Petites Leçons de Morale de la Nature
73 pages
Français

Petites Leçons de Morale de la Nature

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30 histoires courtes rimées aux formes, thèmes et acteurs variés pour 30 petites leçons de moralité

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Publié le 01 août 2012
Nombre de lectures 1 264
Langue Français
Marc Bermont
 
Petites
Leçons de
Morale de la
Nature
Le concours des pies Le perroquet et les deux voleurs L’escargot et la sauterelle Maître Caméléon et son cabaret Doryane et son rêve Le pangolin et la termite L’hyène et les zèbres Le faucheux et la mouche Le guépard et la gazelle Les deux poux et le commissariat Le berger et les moutons Gabriel, le puzzle et les bonbons Les deux moustiques Les inséparables La femme de ménage et la poussière La sainte fourmi Les trois singes Les perruches Le chat domestique et le chat sauvage Cocotte, Poulette et Coq-le-beau Les deux fraisiers Le canari et sa cage La vieille dame et les deux boulangers L’écureuil et les noisettes Le soleil et les pieds de tomates Le lion et le virus Les quatre dromadaires L’éléphant et les corbeaux Le crocodile et la girafe Jessica et son marché
Avertissement
Ami lecteur, certaines de ces histoires courtes rimées vous permettront de contrôler un personnage du texte. Lorsque plusieurs propositions se présenteront, il vous suffira de vous reporter au numéro correspondant à votre choix pour déterminer la suite des événements.
ÀJessica, Doryane et Gabriel
Le concours des pies
Au fin fond d’une forêt, un concours fut proclamé. C’était l’élection chez les pies, du plus resplendissant nid. Elles qui ne pensaient déjà qu’à briller, qui ressemblaient tant à ces objets qu’elles ramassaient, ne se firent pas vraiment prier, pour se consacrer à cette activité. Car ne vivant que pour le paraître et le dehors, en extraverties, elles commencèrent alors, à s’activer et à causer tout autour d’elles, pour dénicher les plus beaux biens matériels. Ainsi, sans compter, les pies cherchèrent dans les moindres recoins de la forêt, un bout de verre, une pierre de couleur ou tout ce qui peut étinceler. Mais elles étaient si prétentieuses et jalouses entre elles, que la compétition se traduisit par de nombreuses querelles. Les unes se disputant un même bijou. Les autres se critiquant sur leurs goûts. L’un de ces oiseaux, prêt à tout pour l’emporter, tint alors ce raisonnement des moins distingués : « Décidément, je ne pourrai jamais gagner ! D’autres nids sont trop bien décorés. Ils sont abondamment garnis et scintillent de mille feux, alors que dans le mien il y a surtout mes œufs. Pourtant il m’est vraiment impossible d’être la dernière. Je serai la plus honteuse de la Terre entière. Alors il ne me reste plus qu’à faire une chose pour être au sommet : dérober les plus belles trouvailles dans les nids de ces effrontées ! » Cette pie partit alors faire son marché, et ramassa de nid en nid les plus beaux objets. Elle les entassa ensuite dans un lieu secret, pour que personne ne puisse les retrouver. Très discrète personne ne la vit chiper. Mais les victimes s’aperçurent de ce qui leur manquait. À leur demande le concours fut tout à coup arrêté, car, écœurées, elles voulaient savoir ce qui s’était passé. Une enquête fut, pour cette raison, demandée. Des inspecteurs furent aussitôt envoyés. De multiples preuves en grandes déductions, ils en arrivèrent alors à cette conclusion,
qu’un vol avait été commis, ce qui était chez elles, un délit. De ce fait, les inspecteurs amenèrent leur rapport au plus haut, et deux pies furent convoquées devant les tribunaux. Durant le procès elles clamèrent leur innocence, ce qui compliqua le déroulement de la séance. Pourtant la véritable coupable était bien là, mais aussi une innocente qui n’en revenait pas. On les jugea par la suite comme il se doit, pour servir la justice et rien que cela. Mais au final le verdict ne fut pas à la hauteur, car sans le vouloir les juges commirent une erreur. En effet, ils condamnèrent pour vol et tricherie celle qui n’avait rien fait, et libérèrent la voleuse qui s’en alla dans les cimes jacasser. C’est pourquoi ne vous y trompez pas, sur ce que l’on peut vous raconter ça et là : car il y aura beau avoir des jugements et des tribunaux, il n’y a pas meilleur juge que soi, qui sait le mieux ce qu’il vaut.
Le perroquet et les deux voleurs
Dans une grande demeure, au cœur du salon majeur, trônait tout fier dans sa volière, un perroquet qui ne datait pas d’hier. Comme chacun sait, cet animal a cette particularité légendaire, de pouvoir répéter tous les sons et les paroles diffusés dans l’air. Celui-ci ne dérogeait ainsi pas à cette règle, et pouvait même en plus être qualifié d’espiègle. En effet, il adorait jouer des tours au couple qui l’abritait, comme projeter avec son bec des graines sur eux quand ils passaient, ou bien se faire passer pour l’un d’eux en parlant à sa place. À ce petit jeu, l’oiseau coloré était vraiment un as ! Mais si le vieux perroquet excellait si bien dans cette matière, c’était surtout pour se faire remarquer et exister à part entière. Il avait tellement coutume de rester seul dans cette maison, les époux étant très actifs, occupés par de nombreuses distractions. En tout cas, le perroquet essayait d’accepter sa vie. Il le fallait bien pour que son existence soit plus réussie. Néanmoins, un jour, il eut moins de mal à supporter sa douloureuse solitude, quand deux individus s’introduisirent dans la villa, comme s’ils en avaient l’habitude. Le volatile, cependant, ne les connaissait pas et avait jugé leur manière de rentrer très brutale. Ils avaient, en effet, cassé des volets, puis brisé la vitre d’une fenêtre en sautant sur une malle. Mais l’oiseau était tout de même heureux d’avoir de la compagnie, même si pour l’instant les étrangers ne faisaient pas attention à lui. Ils préféraient fouiller, observer de partout sans aucune précaution, ce que le perroquet aimait car cela lui faisait de l’animation. Face à ce remue-ménage, l’animal, soudain tout excité dans sa cage, se mit alors à parler. Les deux hommes se regardèrent inquiets, avant de comprendre que cela venait du perroquet. L’un deux eut aussitôt une idée, et dit à son compagnon agenouillé : « Et si tu demandais à ce perroquet où se cachent les bijoux ? Avec un peu de patience, il nous le dira sans bagou ! » Son compère accepta et se dirigea vers l’oiseau multicolore : « Alors, mon gentil et magnifique perroquet ? dit-il alors, où se trouvent les splendides joyaux de tes maîtres fortunés ? Si tu me le dis, je te donnerais une belle pomme épluchée. »
L’oiseau le regarda d’un air hagard et dubitatif, et répondit sans comprendre la question, ni le motif : « Dans le placard de la salle de bain ! Dans le placard de la salle de bain ! » Les deux voleurs se précipitèrent rapidement vers ce lieu, et cherchèrent aveuglément comme de véritables furieux. Après un bout de temps, et bien qu’ils aient mis le placard sans dessus dessous, ils ne découvrirent néanmoins aucun bijou et rien qui vaille le coup. Pourtant, ils étaient sûrs qu’il y en avait : des bagues, des pendentifs, des colliers dorés ! Le même qui avait déjà interrogé le perroquet, revint alors aussitôt à la charge, déterminé : « Tu m’as bien compris oiseau décoloré ? lui dit-il très énervé, je t’ai demandé où étaient leurs bijoux, pas leurs produits de beauté ! » L’animal cligna des yeux, bougea d’un côté et de l’autre sa tête, soigna ses plumes et son apparence comme un esthète, puis mit quelques secondes avant de prononcer : « Sous le canapé, sous le canapé, sous le canapé ! » Les deux lascars se ruèrent alors sous ce fameux canapé. Mais, là encore, ils ne trouvèrent pas ce qu’ils recherchaient. Ce petit manège continua et dura finalement encore deux fois, avant que les voleurs ne comprennent que l’oiseau leur disait n’importe quoi. Plus bêtes que la bête, ils pensaient que l’animal était doué de jugement. Mais il ne faisait que répéter ce qu’il avait entendu sans discernement. Ainsi, les deux brigands, au lieu d’avoir gagné du temps, en avaient plutôt perdu, car ils n’avaient rien de valeur et ne voulaient chercher ailleurs de peur d’être reconnu. Ils partirent alors complètement frustrés. Ils en voulurent terriblement à ce perroquet, qui, en y regardant d’un petit peu plus près, s’était comporté comme un redoutable menteur : ce qui nous laisse à penser que le mensonge est parfois utile pour être vertueux et meilleur.
L’Escargot et la Sauterelle
Dans un pré non cultivé, où les coquelicots peuvent s’élever, une sauterelle se glorifiait en solitaire sur un muguet : « Que je suis rapide, disait-elle, fière d’elle. Rien à craindre des ailes d’une coccinelle. Encore moins des milles pattes d’un millepatte. Car même à "cloche-patte" je le mate ! Tout ce peuple de l’herbe n’est vraiment pas à la hauteur. Je reste, sans forcer, de loin la meilleure ! Mon corps est si étudié pour la vélocité, qu’il ferait pâlir un bolide ou une fusée ! Mes antennes sont aérodynamiques ! Mes sauts géniaux sont supersoniques ! Qui ici peut prétendre à de telles prouesses. Je pourrai figurer dans le livre des records Guinness ! Je suis tout simplement bâtie pour la vitesse, ce qui rend mes admirateurs en liesse ! » Un jour, alors qu’elle s’admirait comme jamais, la sauterelle rencontra un escargot dans le pré. Elle ne put alors s’empêcher, de se moquer de son voisin qui rampait : « Que vous êtes lent mon pauvre escargot ! Moi, je voyage par monts et par vaux ! Alors que j’en serai déjà à des kilomètres, vous, vous n’en seriez qu’à peine dix mètres ! Je saute aussi haut, je saute aussi loin, sans bavure, tandis que vous, vous vous traînez, quelle honte pour la nature ! − Pas toujours, pas toujours ! répondit l’escargot qui ne semblait pas idiot. − Ah bon ? répliqua la sauterelle, alors parions et écoutez ces quelques mots : si vous arrivez le premier au village voisin, et plus exactement au vieux lavoir du coin, je promets de ne plus jamais me railler de vous ! Au cas contraire, je continuerai, tant pis pour vous ! » L’escargot, à l’annonce du pari, sembla conquis : « D’accord, je vous suis ! » et la course démarra ainsi : la sauterelle distança rapidement son rival, qui lui ne partit pas du tout en aval. Il traversa étrangement et lentement la route, et attendit sur une herbe verte en guise de casse-croûte. Bientôt, une voiture jaune arriva et s’arrêta près de l’escargot. C’était le facteur, commençant sa tournée de lettres et autres dépôts.
Le gastéropode apparemment le savait et entama une gluante ascension, en se hissant sur la porte arrière du véhicule, sans aucune appréhension. Le facteur revint et démarra en direction du fameux village. La sauterelle, à ce moment, n’était plus vraiment dans les parages. Le lavoir se rapprochait et n’était plus qu’à quelques sauts. Mais la voiture rattrapa le temps perdu avec brio. Elle dépassa même, sans problème, l’insecte bondissant, et stationna à côté de l’arrivée des deux prétendants. L’escargot, jusqu’alors collé et résistant, n’eut plus qu’à se laisser tomber tranquillement. À la fin de la course, la sauterelle trouva alors, à la place de la gloire, son concurrent. La nouvelle se répandit vite dans le pré et elle fut la risée de tous ses habitants. Ainsi ceux qui sont vaniteux ne peuvent faire autrement, de se ridiculiser, au moins un jour, auprès des gens.
Maître Caméléon et son cabaret
« Entrez!Entrez ! Animaux de la forêt ! Venez voir le plus grand cabaret ! » Comme chaque samedi soir au fin fond des bois, maître Caméléon annonçait son show à haute voix. Ses représentations avaient, à chaque fois, beaucoup de succès, avec ses nombreux tours qu’il concoctait dans le plus grand secret. Néanmoins, il n’était pas encore satisfait, car sur un point il avait toujours échoué. En effet, le grand artiste de la forêt n’avait jamais réussi son fameux pari ; celui de plaire, un soir, à tous les différents animaux venus jusqu'à lui. Pourtant, cette fois-ci, à force de réflexion, il pensait enfin détenir le show absolument bon. Après un dernier soupir, il entra alors en scène, sur cette piste qui n’était autre qu’un tronc. En premier, il salua les nombreux spectateurs, puis sortit immédiatement le grand jeu, en commençant à tourner avec rapidité et dans des angles incroyables ses grands yeux. Sous les acclamations des limaces, des singes, du boa, et bien d’autres encore, qui n’en revenaient toujours pas, maître Caméléon passa ensuite, avec rythme, à son deuxième numéro. En équilibre sur sa queue, il utilisa alors sa langue comme un lasso, et attrapa en plein vol un papillon jaune et deux criquets à la fois, qu’il ingurgita si vite que la sangsue eut presque mal pour son estomac. Galvanisé, il continua et battit son record en capturant sept criquets d’un coup, toujours en équilibre, ce qui suscita un grand étonnement surtout chez le hibou. Tout heureux de constater la bonne tournure des événements, l’artiste voulut ainsi en finir avec les éventuels mécontents. Il proclama alors, à la foule en délire, la venue de sa grande spécialité, qui allait lui permettre, sans le moindre doute selon lui, de terminer en beauté. Il se mit alors à danser énigmatiquement, comme pour provoquer des pouvoirs magiques, puis, comme un sorcier, devint en un éclair invisible à tout son large public. Ebahis, bon nombre essayèrent avec détermination de le chercher, mais seule sa voix se fit remarquer pour leur dire « merci et bonne soirée. » À la fin de son spectacle, un tonnerre d’applaudissement éclata. Mais, là encore, il y avait quelques irréductibles qui traînaient là : « Sa première partie ne m’a pas plu, critiqua la grenouille, car moi aussi je possède une langue qui se débrouille. Même si elle s’allonge et colle moins que la sienne, elle mériterait les mêmes ferveurs hollywoodiennes ! Car je peux attraper autant d’insectes si je le veux.