Occitania, les voleurs de Royaume

Occitania, les voleurs de Royaume

-

Documents
144 pages

Description

Jeanne Hermensende herboriste de son état habite la ferme de Manguia, sise sur la commune de Vianne en Gascogne. Je l’ai rencontré sur un marché fermier, il y a quelques semaines. Après un échange de quelques mots, nous sommes devenus amis. Je remarque tout de suite que Jeanne n’est pas un être ordinaire. Taquinant ma curiosité, elle m’invite dans sa ferme, me promettant d’en dire plus sur la louve. La louve gravée au burin sur l’une des pierres de l’abside de Notre-Dame. Lors de ma première visite, à peine ma voiture garée sur le bord de la petite route, je découvre à l’orée d’un bois la magnifique et insolite maison à colombages. Jeanne ramassant des plantes médicinales dans la campagne est absente. Attendant son retour, un mystérieux grimoire attire mon attention. Tout à-côté, une carafe pleine d’un étrange breuvage doré, fin et transparent. Le soleil cogne déjà fort et j’avise à quelques mètres, sous un magnifique chêne sûrement plusieurs fois centenaire un fauteuil de bois, le fût du chêne servant de dossier. Le premier grimoire me contait l’histoire de Gauthier Valdemar, Seigneur de Lasmazères ; le deuxième, celle de Gaillard, seigneur de saint-Cirq…
Je ne peux résister à l’envie de retourner à la ferme de Manguia une troisième fois… À mon arrivée le matin de bonne heure, comme la fois d’avant, et celle d’avant, ramassant des plantes dans la campagne, Jeanne est absente. Mais un autre grimoire et une autre carafe de l’étrange élixir sont là bien en vue. N’attendant que moi pour un nouveau grand voyage dans les méandres des contes et des légendes.
Pour le prochain solstice d’été, toute la famille La Popie est conviée aux épousailles du protégé d’Amanieu VI, le sire d’Albret. C’est un allié de poids résidant en Gascogne. Ce protégé se nomme Gauthier Valdemar, Seigneur de Lasmazères. Il épouse Éléonore, la fille de Raimon Gislebert, bailli de Nérac et de Dame Jeanne de Favresse. On ne sait trop rien sur les parents de ce jeune seigneur qui est, paraît-il, brave et intrépide. Le sire d’Albret mise apparemment beaucoup sur lui. Le voyage jusqu’à Nérac prendra au moins quatre jours.
Ceux qui soutiendront que cette histoire n’a jamais existé ne connaissent rien à la vraie vérité, ou ils en ont peur. La vraie vérité, on ne la trouve pas dans les livres d’histoires, mais seulement dans les contes et les légendes racontés le soir, lors des veillés au coin du feu par les anciens.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 08 novembre 2016
Nombre de visites sur la page 6
EAN13 9791092612172
Langue Français
Signaler un problème
3
Du même auteur -ϭ). Les raisoŶs de l’edžilCol. Les Exilés de L’ArcangeVolet 1 (papier + ebooks 2008-2009) Ϯ) L’iŶsoleŶce du sortCol.Les Exilés de L’ArcangeVolet 2 (papier + ebooks 2010) 3) Les prémicesCol. Les Exilés de L’ArcangeVolet 3 (papier + ebooks 2011) 4) Turbulences champêtresCollection le Net au pré(papier + ebooks2011) 5) Les grands tourments -Collection Les Exilés de L’ArcangeVolet 4 (papier + ebooks 2012) 6) L’hĠritiğre audž deudž roLJauŵes(papier + ebooks 2012) 7) Une ombre sur le Monde -Col. Les Exilés de L’ArcangeVolet 5 (papier + ebooks 2013)8) Du foin sur le greenCol. Le net au pré(papier+ebooks2013) 9 ) La princesse de bronze(papier + ebooks2013) 10) La Louve de Notre-Dame -Collection contes et légendes (papier + ebooks2013) 11) Un exil plus loinCol. Les Exilés de L’ArcangeVolet 6 (papier + ebooks 2014) 12) Les belles annéesCol. Les Exilés de L’ArcangeVolet 7 (papier2014) 12) Les stylos-bille–Col. Les exilés de L’ArcangeVolet 7 (ebooks2014) 13) Gaillard, seigneur de Saint-CirqCol. Contes et légendes (ebooks2014) 14) Les cahiers de mon pèreCol. Les exilés de L’ArcangeVolet 8 (papier2016) 14)L’Ours de L’ArradoLJ-Col. Les exilés de L’ArcangeVolet 8 (ebooks2016)15) Des nems sauce grabuge -Collection le net au pré (papier - ebooks 2015) 16) Occitania, les voleurs de Royaume -et légendes (ebooksCol. Contes 2015) 17Ϳ Un héritier à L’ArcangeCol. Les exilés de L’Arcange(ebooksVolet 9 2016) 18) La villa du truand(ebooks2016)19) les trois faces du miroir (ebooks 2016) 20) Embrouille de foie gras, façon kalach;en cours d’écriture
4
Collection contes et légendes-Dans ce récit, histoire et fictionse mêlent et s’entremêlent… L’auteur s’appuie sur des lieux, des faits et des personnages historiques. Certains sont réels, d’autres, tout droit sortis de son imagination. Mais il précise bien que son roman n’est qu’une fiction… enfin peut-être ! Auteur : Michel ZORDANmichel@zordan.frwww.unauteur.comcontact@unauteur.comISBN979-10-92612-17-2
5
Occitania, les voleurs de RoyaumeEn 1259 le Capétien Louis IX, dit Saint-Louis, et le Plantagenêt Henri III, signe à Paris un traité qui abandonne à l’Angleterre un grand nombre de provinces du sud-ouest de la France. Le Limousin, le Périgord, la Guienne, la Gascogne le Quercy, l’Agenais, la Saintonge et une partie de la Charente, passe officiellement sous suzeraineté Anglaise. Pour un très grand nombre de seigneurs français, c’est une trahison. Cet accord censé apporter la paix sera au contraire l’élémentde la guerre de Cent Ans. Mais déclencheur plus encore, puisqu’il est, semble-t-il, àl’origine de la naissance d’un royaume, un nouveau royaume façonné au fil de l’épée.Dans les mois qui suivent ce traité, plusieurs seigneurs du Quercy et non des moindres se rebellent. Les Anglais n’ont rien à faire chez nous. Chez nous, c’est la truffe, le foie gras, le confit d’oie et de canard.Le lièvre à la royale, l’agneau du Quercy,le civet de capucin et desus scrofa, le coq au vin,les salaisons de pourceaux, les génisses d’Aubrac, le fromage de chèvre, l’huile de noix, et le vin de Cadurcia. Rien à faire des pâtisseries gélatineuses, du pouding, des rôtis bouillis et de l’eau chaude sucrée. Chez nous, la gastronomie est un art, pas un truc juste bon à se caler l’estomac. Conscient du cataclysme qui risque de s’abattre sur eux, les La Popie,
6
les Cardaillac, les Gourdon, lesBarasc, et bien d’autres, hommagent une grande part de leurs biens, au comte Alphonse de Poitiers. Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse n’est autre que le frère de Saint-Louis, Roi de France. Mais chacun n’y voitpas les mêmes intérêts, et certains jouent double jeu. --------Jeanne Hermensende herboriste de son état habite la ferme de Manguia, sise sur la commune de Vianne en Gascogne.Je l’ai rencontré sur un marché fermier, il y a quelques semaines. Après un échange de quelques mots, nous sommes devenus amis. Je remarque tout de suite que Jeanne n’est pas un être ordinaire. Taquinant ma curiosité, elle m’invite dans sa ferme, me promettant d’en dire plus sur la louve. La louve gravée au burin sur l’une des pierres de l’abside de Notre-Dame. Lors de ma première visite, à peine ma voiture garée sur le bord de la petite route,je découvre à l’orée d’un bois lamagnifique et insolite maison à colombages. Jeanne ramassant des plantes médicinales dans la campagne est absente. Attendant son retour, un mystérieux grimoire attire mon attention. Tout à-côté, une carafe pleine d’un étrange breuvage doré, fin et transparent. Le soleil cogne déjà fort et j’avise à quelques mètres, sous un magnifique chêne sûrement plusieurs fois centenaire un fauteuil de bois, le fût du chêne servant de dossier.
7
Après quelques gorgées du mystérieux élixir, j’ouvre l’ouvrage et une étrange histoire, celle de la louve de Notre-Dame envahitmon être, jusqu’à en perdre la notion du temps et du lieu. J’apprends que la ferme était celle de Manga, guérisseuse selon certains et sorcière selon d’autres. Et que le chêne sur lequel j’appuie mon dos a été planté par Gauthier Valdemar, plus de sept siècles plus tôt, au Premier de l’an 1276.Je ne peux résister à l’envie de retourner à la ferme de Manguia. À mon arrivée le matin de bonne heure, comme la fois d’avant, ramassant des plantes dans la campagne, Jeanne est absente. Mais un autre grimoire et une autre carafe de l’étrange élixir sont làen bien vue. N’attendant que moi pour un nouveau grand voyage dans les méandres des contes et des légendes nés de l’imaginaire de nos anciens. Embellis ou dramatisés à maintes et maintes reprises par le narrateur, poussant jusqu’à l’exagération, juste pour le plaisir de voir les yeux, des enfants et des grands écoutant à la veillée, plus écarquillés encore, s’extasiant, sans jamais se lasser. Une fois encoreje m’assieds dans le fauteuil de bois, et adossé au grand chêne, je découvre les premiers mots de ce nouveau grimoire. Ce village de Saint-Cirq Lapopie, ce gouffre de Padirac, je les connais un peu, mais quel rapport avec la louve de Notre-Dame ? Rapidement les pagesm’entraînent, peut-êtreaussi le bois du chêne sur lequel j’appuie mon
8
dos,ou bien l’élixir, ou les deux servent-ils de vecteur, versl’extraordinairel’histoire de Gaillard, Seigneur de Saint-CirqLorsque Jeanne apparaît, l’histoire s’achève, mais elle me fait comprendre qu’elle n’en a pas terminé avec ses révélations, et une fois de plusj’accepteson invitation. Et une fois de plus, lorsque quelques jours plus tard, j’arrive à la ferme de Manguia,elle n’est pas là. Mais la carafe d’élixir et le grimoire disposés bien en vue, sous le chêne planté par Gauthier sont l’augure d’un nouveau voyage fantastique dans le monde merveilleux des contes et des légendes. Cette fois je retrouve, une connaissance…puis deux…----------------Je me présente, Gaillard de la Popie, né à Saint-Cirq en Quercy, le 6mars de l’an 1253. Fils de Galhard de la Popie et d’Ermengarde de Cardaillac. Je suis le benjamin, le petit dernier d’une famille de quatre garçons. Mes grands frères se prénomment Bertrand, Arnaud, et Pons. Ils ont maintenant tous trois quitté Saint-Cirq et la demeure familiale pour fonder leur propre famille. C’est moi qui ai été choisi pour succéder à mon père, Galhard de la Popie. Mais le moment n’est pas encore venu, et j’espère de tout cœur qu’il n’arrivera pas siNotre lieu de vie le château de tôt. Saint-Cirq. Accroché à la falaise, bien ancré sur son piton rocheux,il domine d’un œil protecteur la rivière
9
Olt. Lorsque je regarde par la fenêtre de ma chambre, je la vois, s’écoulant de boucle en boucle vers Cahors, sise à dix lieues plus au nord. C’est l’un de mes ancêtres qui le fit construire en cet endroit, pour veiller sur les gabarres transportant les marchandises au fil de l’eau. Hugues de Cardaillac mon oncle, est aussi seigneur de Saint-Cirq pour un quart. Hugues de Cardaillac, est le frère de notre mèreErmengarde, et sa femme Guiscarde de La Popie est la sœurnotre père. Au de début du siècle, lors de la Croisade des Albigeois ce n’était point l’alliance cordiale entre les Gourdon, les La Popie et les Cardaillac. Les Gourdon et les Lapopie avaient rejoint le camp de Simon de Montfort, alors que les Cardaillac rejoignaient celui du comte de Toulouse. Depuis les choses se sont bien arrangées, et l’entente est plus que cordiale. Deux autres châteaux sont érigés dans la partie basse de Saint-Cirq, celui des Cardaillac et celui des Gourdon. Mais ils sont de moindre importance. C’est le nôtre, celui des La Popie qui domine. Mon grand-père Déodat de la Popie et ma grand-mère Guenièvre de Gourdon habitent, le château de Cénevières deux lieues et demie en amont.C’est aussi la demeure de mon grand frère Bertrand. Avec son épouse Anne de Gourdon et leurs quatre enfants, ils vivent avec eux.Ausolstice d’été de l’an 1269, j’épousede Aélis Cardaillac. Aélis a quinze ans révolus et moi seize
10
depuis le six mars. La petite peste,que j’aicroisée pour la première fois aux épousailles de mon grand frère Bertrand a passé trois années dans un couvent et en est ressorti dresser comme un I et sage comme une image. Humble, dévouée et obéissante. Je suis maintenant Seigneur de Saint-Cirq en second, en apprentissage, mon père Galhardde la Popie œuvrant toujours en maître. La vie se déroule sans aucune aspérité ou presque. Je passe mon temps à chasser. De temps en temps, ici et là, quelques petites anicroches contre quelques bandes de mercenaires, anglais, et pillards. Mais rien de très sérieux qui ne puisse se régler rapidement. La fourche patibulaire étant très souvent le meilleur moyen de clore définitivement une affaire. En trois années ma chère et tendre épouse Aélis de Cardaillac me donne deux merveilleux enfants : Hugues et Guenièvre. C’est quelques jours après la naissance d’Hugues, au solstice d’hiver de l’année 1272que le froid tombe sur le Quercy. Le gel est tellement brutal et féroce que les pierres fendent. Les noyers, les chêneset les ceps de vignes les plus exposés n’yrésistent pas non plus. Dans le chai, derrière le monastère, les frères sont obligés de faire du feu pour éviter que le vin ne se transforme en glaçon. Heureusement au château nous avons une bonne réserve de bois, mais ce n’est pas le cas de tous. Exceptionnellement Père autorise le glanage partout sur
11
nos terres. Il autorise également l’abattage des arbres moribonds ou ayant cessé de vivre. Mais le froid brutal et féroceperdure et prend même de l’ampleurPère et décide d’héberger quelques familles des plus vulnérables. Au château, au monastère, dans les écuries, les étables, les églises, et partout où les bêtes ou les flammes réchauffent, les populations les plus démunies trouvent asile. Hugues, notre petit dernier ne manque pas de chaleur, mais de lait maternel. Aélis mon épouse, très affaiblie pas sa couche, ne peut fournir assez au petit glouton qui passe son temps à réclamer. Il est courant chez les seigneurs et les gens aisés, de faire allaiter les bébés par une nourrice. Mais dans la famille La Popie il est de tradition que la mère doit nourrir. Dans tout malheur, en cherchant bien on finit par trouver une parcelle de bonheur. Dans la matinée le frère Émery du monastère amène au château une femme seule avec son nourrisson de quelques jours.Elle s’appelle Gilette, son bébén’est pasbaptisé et n’a pas encore de prénom. Bien joufflu, lui n’a pas l’air de manquer de nourriture. C’est Gilette quidonnera son sein à Hugues, et avant même que la nuit ne tombe le nouveau-né est conduit sur les fonts baptismaux. L’enfant néun jour avant notre fils se prénomme Sorin. Gilette est veuve, depuis deux à trois mois à peine. Son époux, Genson a fait une chute malheureuse dans une forte pente en portant la vendange. Il en a brisé son cou. Dorénavant, Sorin habitera le château, et sa mère
12