Contre-Nature

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91 pages

Description

Alors que Rachel pensait s’être sortie de la vie tourmentée qu’elle mène depuis son adolescence, tout s’effondre suite à la disparition brutale de son mari. Face à une enquête faisant du sur-place et menée par un flic peu scrupuleux, elle décide de se lancer elle-même à la poursuite de ceux qui sont sur le point de détruire sa vie…
Dans son premier roman, Amélie Preve nous entraîne dans le quotidien touchant d’une jeune femme luttant pour sa survie et celle de son enfant.

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Publié le 03 janvier 2017
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EAN13 9782373030181
Langue Français
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Contre-nature

Éditions de la Reine

21 parc de Cerisy 76130 Mont Saint Aignan

2016

Amélie PREVE

Contre-nature

© Éditions de la Reine

Tous droits réservés

ISBN : 978-2-37303-017-4

eISBN : 978-2-37303-018-1

Dépôt légal février 2016

PROLOGUE

Le temps était morne ce matin et, pourtant, elle ne pouvait s’empêcher d’admirer le ciel qui se couvrait d’un gris tirant sur le noir. C’était sûr, elle allait se prendre une averse sur le coin de la figure. On n’entendait plus les oiseaux chanter ni même gazouiller. Ils étaient probablement partis se réfugier dans les arbres et arbustes, se cacher de l’orage qui menaçait d’exploser, de la pluie qui les empêcherait de voleter. C’était dommage, elle aimait entendre le son mélodieux de leurs voix joyeuses, voir la nature pleine de vie. Même les fleurs semblaient se recroqueviller sur elles-mêmes sous le poids de l’air électrifié. Elle aurait tant voulu les voir s’épanouir comme elle le faisait elle-même en cet instant. Cette morosité environnante ne pouvait entacher l’excellente humeur de la jeune femme. Elle avait l’impression que c’était le plus beau jour de sa vie, qu’elle renaissait de ses cendres, plus forte et déterminée que jamais.

La souffrance avait disparu, du moins pour le moment. Cela ne l’empêchait pas pour autant de ressentir un léger pincement au cœur, vestige d’une ancienne vie qui lui paraissait maintenant à plusieurs milliers d’années-lumière, et peut-être même appartenir à une existence ultérieure. Elle s’attendait tout de même à ce que la douleur l’assaille à nouveau, se réveille un jour ou l’autre, certainement au moment où l’excitation et la joie se seraient atténuées. Au moment où elle reviendrait là où tout avait commencé.

Essayant d’ignorer les premières gouttes de pluie de la journée, elle se concentra sur son futur, sur les conséquences de sa situation alambiquée afin de ne pas retomber dans le passé. Désormais, il lui faudrait réapprendre à vivre, en essayant d’oublier les mois qui s’étaient écoulés. Elle se doutait que rien ne serait plus jamais pareil, le traumatisme était bien là, ancré au plus profond d’elle-même, et, malgré ses efforts pour tout oublier, ses souvenirs reviendraient à la charge contre sa volonté, au moment où tout ce qui est refoulé nous assaille sans répit… au moment où elle fermerait les yeux, seule dans son lit.

Elle secoua la tête pour chasser ces mauvaises pensées, il était hors de question d’assombrir cette journée. Alors, elle pencha la tête vers le bas et sut à cet instant qu’elle ferait tout pour aller de l’avant, sans se retourner, pour se donner la force d’avancer. Un sourire se dessinait sur ses lèvres alors qu’elle commençait à avancer sur Job’s Well Road, dans cette modeste ville qu’était Carmarthen. Là où le calvaire avait débuté, mais où il avait également pris fin. Chaque pas qu’elle faisait la rapprochait un peu plus de cette nouvelle vie. Elle embarquait pour un nouveau départ. Et elle savait qu’elle n’aurait plus à s’inquiéter désormais, il ne la laisserait plus jamais seule. Maintenant, il serait là pour elle. Et elle serait là pour lui.

PARTIE 1

Le bonheur est éphémère.

Tel un oiseau, il s’envole lorsque vous l’approchez et,

dans un bruissement d’ailes, il disparaît à jamais.

1.

Le perron lui semblait être à une distance infranchissable. Après le long trajet qu’ils venaient d’effectuer, ses jambes étaient engourdies et avaient bien du mal à la porter. Pourtant, ce n’était pas elle qui conduisait, mais Peter. Il était beaucoup plus patient qu’elle au volant et commençait à avoir l’habitude de les emmener en vacances à chaque fois. Rachel, elle, détestait conduire, surtout sur les longues distances. Elle essayait donc d’éviter la route au possible et ne l’empruntait que si elle n’avait d’autre choix. Plus que pour un simple confort, elle cherchait à céder sa place de conducteur, car elle appréhendait le comportement des autres automobilistes. Elle trouvait elle-même cela idiot de s’empêcher de conduire pour cette seule raison, mais c’était comme ça, elle n’y pouvait rien.

Rachel se dirigea vers la petite cour qui conduisait à la porte d’entrée de leur petite maison en briques brunes, appréciant la douce température de cette nuit d’août. Le ciel dépourvu de nuages laissait apparaître une multitude d’étoiles lumineuses et la lune pleine baignait la rue d’une douce lueur blanche. Kensington Court Place était calme, comme à son habitude à cette heure tardive. Seuls quelques râles de chats se faisaient entendre au loin. Ils étaient certainement en train de se chamailler pour de la nourriture trouvée dans une poubelle ou un territoire qui, de toute façon, ne leur appartiendrait jamais vraiment.

Rachel récupéra le courrier qui s’était empilé dans la boîte aux lettres depuis leur départ, pendant que Peter déchargeait le coffre de la vielle Rover 200 d’un rouge délavé dont ils avaient fait l’acquisition peu de temps après s’être installés ici. En pénétrant dans la maison, elle se sentit à la fois soulagée de rentrer dans leur petit cocon londonien pour se reposer, mais également déçue d’arriver aussi rapidement au terme de ce séjour de rêve. Leurs vacances étaient passées bien trop rapidement et le retour au quotidien ne l’enchantait pas plus que ça. En revanche, elle avait hâte d’être un peu au calme et de pouvoir se blottir dans son lit.

Elle regarda Peter passer la porte d’entrée avec leurs deux valises en souriant. Son mari, bien qu’elle ait encore du mal à le considérer comme tel au bout de deux semaines de mariage, avait les traits fatigués par les cinq heures de route depuis Newquay. Pourtant, même cela ne parvenait pas à faner sa beauté presque insolente. Comme souvent depuis leur rencontre, une légère décharge parcourut le corps de Rachel et une sensation de bien-être l’envahit. Ses cheveux bruns en bataille, des lunettes de soleil dressées sur le crâne, Peter avait gardé ses airs de mauvais garçon. Ses yeux noisette étaient rougis et gonflés par la fatigue, leur petite taille en disait long sur le peu de temps qu’il leur faudrait pour se fermer. Autant dire que les vacances avaient été relaxantes, mais peu reposantes. Les heures de randonnées dans le magnifique paysage côtier, l’air salé qui venait fouetter leurs lèvres et leurs cheveux. Des vacances comme ils n’en avaient jamais passé.

Pour la route, Peter n’avait pas cru nécessaire de troquer sa tenue de vacancier contre des vêtements plus ordinaires. Sûrement pour s’y croire encore un peu. Il portait un short marron qui lui arrivait jusqu’aux genoux ainsi qu’un t-shirt à manches courtes aux couleurs chaudes. Des tongs venaient compléter le tableau ; sans oublier les coups de soleil qu’il avait pris sur les bras et les joues et qui lui donnaient une teinte écrevisse.

— Tu es écarlate, se moqua-t-elle gentiment.

Peter lui tira la langue et rigola. Sa femme n’avait pas arrêté de lui rappeler de mettre de la crème solaire et de se protéger, mais en vain.

Alors qu’il montait leurs bagages dans la chambre située à l’étage, Rachel en profita pour ranger ce qu’il restait de leur pique-nique du soir dans l’étroite cuisine aux teintes orangées. Comme à chaque fois avant d’aller se coucher, la jeune femme lança un regard vers le portrait de son père trônant au-dessus du bar en bois vernis qui séparait la cuisine de la salle à manger. Il était beau sur cette photo, rayonnant de joie. Une boule se forma dans sa gorge. Rachel ne pleurait plus, les années avaient fait leur travail de deuil, mais le manque était toujours bien présent, surtout dans les tournures importantes que prenait sa vie depuis quelque temps. Cette absence, elle l’avait particulièrement ressentie lors de son mariage. Elle aurait tout donné pour qu’il soit là et qu’il la voit devenir une femme, qu’il la regarde fonder sa propre famille.

Il lui avait semblé être dans un rêve, lorsqu’elle s’était avancée vers l’autel deux semaines plus tôt. Mais cela avait été la partie la plus dure de cette magnifique journée. Elle avait traversé l’église seule, contrairement à la tradition. Ce moment, elle aurait dû le partager avec l’homme à qui elle devait la vie. Son père aurait sûrement été fier de la tenir à son bras et de l’emmener jusqu’à son fiancé, mais il n’était plus de ce monde depuis bien trop longtemps. Alors qu’elle n’avait que douze ans, celui-ci avait été assassiné dans leur salle de bain en plein hiver. Un meurtre sans preuves, sans arme et donc sans coupable. La seule trace du crime était le trou d’à peine plus d’un centimètre de diamètre lui transperçant la poitrine au niveau du cœur. Entrant à peine dans l’adolescence, c’était Rachel qui l’avait découvert, allongé dans son bain de sang. L’image avait mis des années à s’estomper, à quitter doucement les songes de ses nuits tourmentées. Aujourd’hui encore, dès qu’elle pensait à son père, elle revoyait cette image atroce qu’elle ne pourrait jamais, à son plus grand regret, effacer complètement de sa mémoire. L’enquête avait été abandonnée après plusieurs semaines de recherches et d’interrogatoires en vain, les laissant, elle et sa mère, dans un profond deuil et avec une page à laquelle elles n’arriveraient peut-être jamais à mettre un point final. Le pire, pour la jeune fille qu’elle était à ce moment-là, était sûrement de savoir que le meurtrier de son père ne serait ni arrêté ni puni et qu’elle ne comprendrait jamais pourquoi on l’avait privée de son modèle. Alors qu’elle pensait que lui dire adieu serait le plus difficile, elle avait été relativement sereine au funérarium. Son père lui avait semblé presque vivant, paisible, comme s’il n’avait pas souffert. Le sang ne tachait plus ses vêtements et ses joues avaient repris des couleurs avec le maquillage. Alors elle avait essayé d’oublier, de refouler ce désir de vengeance qui s’était installé en elle, pour que son père reste fier d’elle. Et puis pour se venger de quoi ? De qui ? Elle aurait voulu s’en prendre à la terre entière, mais elle n’avait aucune cible à blâmer.

C’était pour la même raison que la jeune femme s’était avancée, la tête droite, le long de l’allée de l’église, tentant de refouler les larmes qui menaçaient d’inonder ses joues, essayant d’oublier l’absence de son père à son bras. Elle avait réussi à se reprendre lorsqu’elle avait croisé le regard de son fiancé empli d’amour, de tendresse et d’encouragement. Un sourire nouveau s’était alors accroché à son visage et ne l’avait plus quitté depuis.

Perdue dans ses pensées, elle n’entendit pas Peter redescendre et sursauta lorsqu’il lui enserra tendrement la taille.

— Allez, viens te coucher, lui chuchota-t-il dans le creux de l’oreille avant de déposer un baiser dans son cou.

Rachel le suivit silencieusement jusqu’à l’étage et passa à la salle de bain jointive de la chambre. Elle avait grand besoin de se rafraîchir un peu avant de se coucher, ne serait-ce que pour avoir moins l’air d’être passée dans un mixeur. Elle se regarda dans le miroir ovale placé au-dessus du lavabo et vit que la fatigue avait rendu ses yeux verts humides. Ses cheveux d’un brun presque noir, d’habitude ordonnés en de belles boucles, étaient désormais emmêlés par sa sieste lors du trajet de retour, cachant son tatouage discret situé en dessous de l’oreille. Son visage lui paraissait souvent un peu trop maigre et captait tous les signes de fatigue ou de stress. Elle fut déçue de voir qu’elle n’avait pas beaucoup bronzé. Elle était toutefois satisfaite de ne pas ressembler à une écrevisse, contrairement au retour des vacances précédentes.

Pour une fois que ce n’est pas moi.

La jeune femme retira son alliance en or blanc à l’intérieur de laquelle on pouvait apercevoir l’inscription « 03/08/2013 ». Elle savait que la plupart des personnes mariées la gardaient nuit et jour, mais Rachel ne supportait pas de porter ses bijoux pour dormir. Cela la gênait et elle ne pouvait pas s’empêcher de les faire rouler entre ses doigts des minutes durant.

Après un rapide coup de peigne, elle releva ses cheveux en une queue de cheval haute et revêtit une nuisette en coton avant de se diriger vers la chambre. Celle-ci ne lui avait jamais paru aussi accueillante qu’à ce moment. Elle se laissa tomber sur le matelas moelleux aux côtés de Peter. Il était bien plus confortable que celui qu’ils avaient connu pendant leur séjour. Retrouver un vrai lit était une grande satisfaction pour son corps courbaturé par sa position inconfortable pendant la route. Remontant le drap en satin écru sur ses hanches, elle ne tarda pas à se blottir dans les bras de son mari.

Ces deux semaines à Newquay lui avaient fait un bien fou. Elle avait pu oublier les contrariétés du quotidien grâce au paysage, à la plage et aux yeux attendris de son époux. Le temps n’avait pas été idéal pendant tout le séjour, mais la joie et la bonne humeur étaient au rendez-vous, ce qui leur avait permis de passer un moment mémorable.

Peter la caressait doucement, comme à son habitude. C’était presque une sorte de rituel depuis le début de leur relation, il passait ses doigts le long de son corps, de ses hanches jusqu’à son cou. Cela la berçait et l’apaisait. Cependant, il avait l’air soucieux, ses gestes se faisaient moins tendres, moins passionnés qu’à l’ordinaire. À la faible lumière que laissaient passer les stores de l’unique fenêtre de la chambre, la jeune femme voyait le regard de celui qu’elle aimait se perdre dans le vague. Ce changement d’humeur brusque et sans raison apparente l’inquiéta un peu, ce n’était pas son genre de se renfermer aussi brusquement. Elle l’avait vu récupérer le courrier sur la table de cuisine juste avant de monter, y avait-il une lettre de mauvais augure ? Une mauvaise nouvelle ?

— Quelque chose te chagrine ? demanda-t-elle, hésitante.

— Tout va bien, ne t’inquiète pas.

Il esquissa un sourire qui ne sembla pas tout à fait sincère à la jeune femme et déposa un baiser sur ses lèvres avant d’ajouter :

— Je n’ai pas envie que ces vacances s’arrêtent, de reprendre le boulot.

Cela surprit Rachel. Il adorait son travail, pourtant. Elle ne comptait plus le nombre de fois où il lui avait vanté les bienfaits de son bar et du contact avec ses clients. Même si cette explication lui semblait plutôt plausible, elle sentit au plus profond d’elle que quelque chose clochait, qu’il ne lui disait pas tout. Mais elle savait qu’il ne lâcherait pas le morceau, même si elle insistait pendant des heures. Peter ne se confiait jamais à personne, tant qu’il ne l’avait pas décidé lui-même. En revanche, elle avait envie de lui changer les idées, de profiter de leur dernière soirée en amoureux.

Les caresses sur sa peau avaient réveillé en elle les souvenirs de leur nuit de noces. Des frissons se propageaient sur toute la surface de son corps et elle se pressa contre son mari pour l’embrasser. Après tout, elle pouvait bien retarder un peu l’heure du coucher pour quelques instants de plaisir.

2.

Rachel ouvrit les yeux sur sa chambre baignée d’une douce lumière. Elle se retourna pour se blottir contre son époux, mais ne rencontra que le vide. Elle grogna, surprise de se retrouver seule dans son grand lit en chêne massif. La chaleur du corps de son amant était encore perceptible sur le drap et elle l’apprécia quelques secondes. Alors qu’elle regardait le radio-réveil sur la petite table de nuit, elle se rendit compte qu’il était quatorze heures passées, bien trop tard à son goût. Elle avait beau aimer flâner dans le lit avec Peter de temps en temps, elle ne supportait pas de se lever après onze heures. Cela lui donnait l’impression d’avoir gâché la moitié de sa journée.

Elle émergea doucement, peinant à quitter la douceur des draps, renfila sa nuisette et se dirigea vers les escaliers. Peter devait se trouver à l’étage inférieur.

— Bonjour chéri ! lança-t-elle alors qu’elle franchissait la porte de la cuisine.

Il lui répondit avec un sourire radieux. Il lui tendit une tasse de café et déposa un baiser tendre sur son front. Il devait déjà être passé à la douche, car il portait uniquement une serviette autour de la taille.

— Remise de ta nuit ? demanda-t-il en lui lançant un clin d’œil coquin.

Il était vrai qu’elle avait été un peu mouvementée. Même après quatre ans de vie commune, ils agissaient encore comme des tourtereaux, passant des heures entières à faire l’amour. Le sommeil se faisait rare dans ces moments, mais cela donnait un peu de piment à leur vie de couple et permettait de ne pas laisser s’installer une routine mortelle. Et cette nuit-là n’avait pas fait exception à la règle.

Alors qu’un petit rire s’échappait des lèvres de la jeune femme, elle s’empara d’une orange dans la coupe de fruits trônant au centre de la table ronde en verre.

— Il fallait bien profiter de la dernière des vacances.

Peter s’activait un peu trop à son goût. Pourquoi se précipiter autant ? Même s’il était tard, il avait encore du temps avant l’ouverture. Patron du bar « Blueberry Cafe » où ils s’étaient rencontrés autrefois, il reprenait le travail le soir même. Mais il devait surtout y passer l’après-midi afin de remettre de l’ordre. Détestant confier son bar à ses employés qu’il ne jugeait pas assez responsables pour le tenir si longtemps, il avait rarement pris des vacances depuis qu’il l’avait racheté. Et pourtant, Rachel était persuadée que tout se passerait bien s’il osait lâcher la bride de temps en temps.

Leur rencontre. Celle-ci faisait encore rire Rachel, quatre ans après. À cette époque, elle se battait pour trouver une maison d’édition acceptant de publier son premier roman sur lequel elle travaillait depuis déjà trois ans. Désespérée par les nombreux refus et après s’être renseignée sur les prix exorbitants en imprimerie, elle était entrée au Blueberry en solitaire, s’était accoudée au bar et avait commandé un scotch au charmant barman. Elle en avait descendu un, puis deux, puis trois, elle ne se souvenait plus exactement du nombre. Elle n’était pas vraiment fière de cet épisode de sa vie, mais elle devait cette fabuleuse histoire d’amour à sa période de déchéance passagère. Aujourd’hui encore, elle ne se rappelait que du visage de Peter lorsqu’il l’avait réveillée et de la conversation absurde qui avait suivi.

— Je ne veux pas vous paraître désobligeant, avait-il dit avec un sourire moqueur, mais, à moins que vous ne souhaitiez passer la nuit sur ce comptoir, vous devriez essayer de rentrer chez vous.

Elle s’était endormie sur le bar en imitation marbre, à côté de son énième verre de whisky. Mis à part elle, tous les clients avaient quitté le Blueberry et les employés s’affairaient déjà pour remettre de l’ordre. Les tables rangées et nettoyées, les lumières éteintes : la fermeture devait être imminente. Il ne restait que Peter en face d’elle, affichant toujours son sourire presque agaçant en lui tendant sa veste de cuir noire qu’elle avait fait tomber en s’assoupissant.

— Alors, où est-ce que je vous dépose ?

— Nulle part, je me débrouillerai seule.

Elle ne s’était pas vraiment rendu compte à quel point son ton était sec, mais elle se sentait agacée et ne se contrôlait plus tout à fait. Lorsqu’elle s’était levée, titubant et ne tenant pas sur ses jambes, le barman l’avait rattrapée juste avant qu’elle ne s’effondre sur le sol.

— Peter, s’était-il présenté en lui tendant la main.

En la saisissant, elle avait senti un frisson la parcourir, partant du bout des doigts et se propageant dans l’ensemble de son corps. Elle avait relevé la tête et plongé les yeux dans ceux pétillants de l’homme. Une profonde attirance, presque du désir, était alors née à cet instant au fond d’elle et son état avancé d’ébriété lui avait donné le courage nécessaire pour se lancer. L’alcool est un vrai inhibiteur de honte et de dignité, elle en rougissait encore tant elle se trouvait ridicule après coup.

— Eh bien, Peter, qu’attendez-vous donc pour me ramener chez moi ?

Il lui avait fait un sourire, à la fois taquin et charmeur, qui en disait long sur son intention. Puis plus rien. Les images étaient floues. Elle se souvenait lui avoir dit au revoir dans la voiture, se revoyait ouvrir la porte de son appartement miteux, mais le noir complet pendant le trajet et à partir du moment où elle s’était retrouvée seule chez elle.

Le lendemain, l’alcool cognant encore durement dans son crâne, elle avait décidé d’aller le remercier en l’invitant à boire un verre. Il avait immédiatement accepté la proposition avec enthousiasme et un premier rendez-vous avait été fixé. Ils s’étaient rapidement revus par la suite, convaincus par le peu de temps passé ensemble que quelque chose d’intéressant pouvait se passer entre eux.

Avisant l’heure déjà avancée de l’après-midi, Peter se précipita à l’étage pour redescendre quelques minutes plus tard en ayant revêtu sa tenue de travail : un pantalon noir fait d’une matière assez proche du jean, une chemise blanche et une veste de barman assortie au pantalon. Classique, sobre et terriblement élégant.

La sonnette de l’appartement retentit alors, tirant Rachel de ses rêveries. La porte s’ouvrit sur une Chris débordante d’énergie dont l’accoutrement fit frémir sa meilleure amie. La jeune beauté portait une jupe courte en lin blanc, laissant apparaître ses cuisses finement taillées ainsi qu’un décolleté couleur cyan mettant en valeur sa généreuse poitrine. Ses longs cheveux blonds, ondulés complétaient à la perfection ce corps d’une beauté sans égal. Rachel en était presque jalouse.

— Comment oses-tu venir aguicher mon mari sous mes propres yeux ? s’exclama Rachel en riant, serrant son amie dans ses bras.

— Pas mon genre !

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