Romans - Volume 4: Candide

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The Project Gutenberg Etext of Candideby Voltaire(#6 in our series by Voltaire)Copyright laws are changing all over the world. Be sure to check thecopyright laws for your country before downloading or redistributingthis or any other Project Gutenberg file.Please do not remove this header information.This header should be the first thing seen when anyone starts toview the eBook. Do not change or edit it without written permission.The words are carefully chosen to provide users with the informationneeded to understand what they may and may not do with the eBook.To encourage this, we have moved most of the information to the end,rather than having it all here at the beginning.**Welcome To The World of Free Plain Vanilla Electronic Texts****eBooks Readable By Both Humans and By Computers, Since 1971*******These eBooks Were Prepared By Thousands of Volunteers!*****Information on contacting Project Gutenberg to get eBooks, andfurther information, is included below. We need your donations.The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a 501(c)(3)organization with EIN [Employee Identification Number] 64-6221541Find out about how to make a donation at the bottom of this file.Title: CandideAuthor: VoltaireRelease Date: November, 2003 [Etext #4650][Yes, we are more than one year ahead of schedule][This file was first posted on February 20, 2002]Edition: 10Language: FrenchCharacter set encoding: ISO-Latin-1The Project Gutenberg Etext of ...

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The Project Gutenberg Etext of Candide by Voltaire (#6 in our series by Voltaire) Copyright laws are changing all over the world. Be sure to check the copyright laws for your country before downloading or redistributing this or any other Project Gutenberg file. Please do not remove this header information. This header should be the first thing seen when anyone starts to view the eBook. Do not change or edit it without written permission. The words are carefully chosen to provide users with the information needed to understand what they may and may not do with the eBook. To encourage this, we have moved most of the information to the end, rather than having it all here at the beginning.
**Welcome To The World of Free Plain Vanilla Electronic Texts** **eBooks Readable By Both Humans and By Computers, Since 1971** *****These eBooks Were Prepared By Thousands of Volunteers!***** Information on contacting Project Gutenberg to get eBooks, and further information, is included below. We need your donations. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a 501(c)(3) organization with EIN [Employee Identification Number] 64-6221541 Find out about how to make a donation at the bottom of this file.
Title: Candide Author: Voltaire Release Date: November, 2003 [Etext #4650] [Yes, we are more than one year ahead of schedule] [This file was first posted on February 20, 2002] Edition: 10 Language: French Character set encoding: ISO-Latin-1 The Project Gutenberg Etext of Candide by Voltaire ******This file should be named candi10.txt or candi10.zip****** Corrected EDITIONS of our etexts get a new NUMBER, candi11.txt VERSIONS based on separate sources get new LETTER, candi10a.txt Project Gutenberg eBooks are often created from several printed editions, all of which are confirmed as Public Domain in the US unless a copyright notice is included. Thus, we usually do not keep eBooks in compliance with any particular paper edition. The "legal small print" and other information about this book may now be found at the end of this file. Please read this important information, as it gives you specific rights and tells you about restrictions in how the file may be used. ***
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 OEUVRES  DE  VOLTAIRE.  TOME XXXIII  DE L' IMPRIMERIE DE A. FIRMIN DIDOT, RUE JACOB, N24.
 OEUVRES  DE  VOLTAIRE  PRFACES, AVERTISSEMENTS, NOTES, ETC. PAR M. BEUCHOT.  TOME XXXIII. ROMANS. TOME I.  A PARIS,  CHEZ LEFVRE, LIBRAIRE, RUE DE L'PERON, K ET LEQUIEN FILS,6. WERDET  RUE DU BATTOIR, N2O.  MDCCCXXIX.
 CANDIDE,  ou  L'OPTIMISME.
Prface de l'diteur
Candide parut au plus tard en mars 1759. Le roi de Prusse en _ _ accuse rception par sa lettre du 28 du mois d'avril. Voltaire en avait envoyle manuscritla duchesse de La Vallire, qui lui fit rpondre qu'il aurait pu se passer d'y mettre tant d'indcences, et qu'uncrivain tel que lui n'avait pas besoin d'avoir recourscette ressource pour se procurer des lecteurs. Beaucoup d'autres personnes furent scandalis , etes de Candide _ _ Voltaire dsavoua cet ouvrage, qu'il appelle lui-mme une co ne faut pas, au reste, prendreonnerie. Illa lettre son titre d'optimisme. L'optimisme, dit-il ailleurs[1], n'est qu'une fatalitdsesprante. _ _ _ _  [1] Homlie sur l'athisme . les Voyez Mlanges , anne _  1767; et aussi, tome XII, une des notes du troisime Discours _  sur l'homme .
Voltairecrivit, sous le nom de Mead, une lettre relative_ _ Candide, qui fut insre dans le Journal encyclopdique , du 15 juillet 1759: on la trouvera dans les Mlanges,cette date. C'estThorel de Campigneulles, mort en 1809, qu'n attribue _ _ une Seconde partie de Candide , publie en 1761, et plusieurs fois rimprimela suite de l'ouvrage de Voltaire, commetant de lui. On l'a mme admise dans unedition intitule : _ _ Collection complte des Oeuvres de M, de Voltaire, 1764, in-12 . L'dition de Candide, 1778, avec des figures dessines et graves par Daniel Chodowicky, contient les deux parties. _ _ Le Remercment de Candide Marconnay) estM. de Voltaire (par de 1760. _ Linguet publia, en 1766, la Cacomonade, histoire politique et morale, traduite de l'allemand, du docteur Pangloss, par le _ docteur lui-mme, depuis son retour de Constantinople , 1766, in-12; nouvelledition, augmente d'une lettre du mme auteur, 1766, in-12. Un arrt de la cour royale de Paris, du 16 novembre _ _ 1822 (insrdans le Moniteur du 26 mars 1825), ordonne la _ destruction de la Canonnade, ou Histoire du Mal de Naples, par _ Linguet . Ce n'est pas la premire fois que les ouvrages condamns sont mal dsigns dans les jugements. L'arrt de la cour du parlement, du 6 aot 1761, ordonne de lacrer et brler le tome XIII du Commentaire de Salmeron, qui n'a que quatre volumes. _ _ Candide en Danemarck, ou l'Optimisme des honntes gens , est d'un auteur qu'on ne connat pas. _ _ Antoine Bernard et Rosalie, ou le Petit Candide , a paru en 1796, un volume in-i8. _ Le Voyage de Candide fils au pays d'Eldorado, vers la fin du dix-huitime sicle, pour servir de suite aux aventures de M. son _ pre , an XI-1803, a deux volumes in-8. _ _ Le chapitre XXVI de Candide atimit, en 1815, par Lemontey, dans un article intitul Carnaval de V: Le renonc J'ainise ._ _
reproduire ce petit morceau, lorsque j'ai vu l'annonce des _ _ Oeuvres de Lemonley , osans doute on le trouvera, J.-J. Rousseau pr Lettre sur latendait[2] que c'est sa _ Providence qui a donnnaissance en est la Candide Candide ; _ _ _ _ _ _ rponse . Voltaire en avait fait une de deux pages oil bat la _ campagne, et Candide parut dix mois aprs .  [2] Lettre de J. J. Rousseau au prince de Wirtemberg, du 11  mars 1764.
_ _ Ce que Rousseau appelle sa Lettre sur la Providence , est sa lettreVoltaire du 18 aot 1756 ; la rponse de Voltaire est du 21 septembre 1766; Candide ne vit le jour que vingt-septvingt-neuf mois plus tard. ------Les notes sans signature, et qui sont indiques par des lettres, sont de Voltaire. Les notes signes d'un K sont desditeurs de Kehl, MM. Condorcet et Decroix. Il est impossible de faire rigoureusement la part de chacun. Les additions que j'ai faites aux notes de Voltaire ou aux notes desditeurs de Kehl, en sont spares par un--, et sont, comme mes notes, signes de l'initiale de mon nom.  BEUCHOT. 4 octobre 1829.
 CANDIDE,  ou  L'OPTIMISME,  TRADUIT DE L'ALLEMAND  DE M. LE DOCTEUR RALPH,  AVEC LES ADDITIONS  QU'ON A TROUVES DANS LA POCHE DU DOCTEUR, LORSQU'IL MOURUT   MINDEN, L'AN DE GRCE 1759  1759
CHAPITRE I. Comment Candide futlevdans un beau chteau, et comment il fut chassd'icelui. Il y avait en Vestphalie, dans le chteau de M. le baron de
Thunder-ten-tronckh, un jeune garonqui la nature avait donnles moeurs les plus douces. Sa physionomie annonait sonme. Il avait le jugement assez droit, avec l'esprit le plus simple; c'est, je crois, pour cette raison qu'on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison souponnaient qu'iltait fils de la soeur de monsieur le baron et d'un bon et honnte gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais pouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre gnalogique avaittperdu par l'injure du temps. Monsieur le barontait un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son chteau avait une porte et des fentres. Sa grande salle mmetait orn les chiens Touse d'une tapisserie. de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin; ses palefrenierstaient ses piqueurs; le vicaire du villagetait son grand-aumnier. Ils l'appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il fesait des contes. Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s'attirait par lune trs grande considration, et fesait les honneurs de la maison avec une dignitqui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cungonde,ge de dix-sept ans,tait haute en couleur, frache, grasse, apptissante. Le fils du baron paraissait en tout digne de son pre. Le prcepteur Pangloss[1]tait l'oracle de la maison, et le petit Candidecoutait ses leons avec toute la bonne foi de songe et de son caractre.  [1] De pan , tout, et glossa , langue. B. _ _ _ _
Pangloss enseignait la mtaphysico-thologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le chteau de monseigneur le barontait le plus beau des chteaux, et madame la meilleure des baronnes possibles. Il est dmontr, disait-il, que les choses ne peuventtre autrement; car touttant fait pour une fin, tout est n bien que les nez Remarquezcessairement pour la meilleure fin. onttfaits pour porter des lunettes; aussi avons-nous des lunettes[2]. Les jambes sont visiblement institues pourtre chauss pierres ontes, et nous avons des chausses. Lestformes pourtre tailles et pour en faire des chteaux; aussi monseigneur a un trs beau chteau: le plus grand baron de la province doittre le mieux log; et les cochonstant faits pour tre mangs, nous mangeons du porc toute l'anne: par consquent, ceux qui ont avancque tout est bien ont dit une sottise; il fallait dire que tout est au mieux.  [2] Voyez tome XXVII, page 528; et dans les Mlanges , anne _ _  1738, le chapitre XI de la troisime partie deslments de la _  philosophie de Newton ; et anne 1768, le chapitre X des _  Singularits de la nature . B. _ _
Candidecoutait attentivement, et croyait innocemment; car il trouvait mademoiselle Cungonde extrmement belle, quoiqu'il ne pr concluait qu'aprt jamais la hardiesse de le lui dire. Ils le bonheur d'tre nbaron de Thunder-ten-tronckh, le second degrde bonheurtait d'tre mademoiselle Cungonde; le troisime, de la voir tous les jours; et le quatrime, d'entendre matre Pangloss, le plus grand philosophe de la province, et par
consquent de toute la terre. Un jour Cungonde, en se promenant auprs du chteau, dans le petit bois qu'on appelait parc, vit entre des broussailles le docteur Pangloss qui donnait une leon de physique exprimentale la femme de chambre de sa mre, petite brune trs jolie et trs docile. Comme mademoiselle Cungonde avait beaucoup de disposition pour les sciences, elle observa, sans souffler, les expriences ritres dont elle fut tmoin; elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effets et les causes, et s'en retourna tout agite, toute pensive, toute remplie du dsir d'tre savante, songeant qu'elle pourrait bientre la raison suffisante du jeune Candide, qui pouvait aussitre la sienne. Elle rencontra Candide en revenant au chteau, et rougit: Candide rougit aussi . Elle lui dit bonjour d'une voix entrecoupe; et Candide lui parla sans savoir ce qu'il disait. Le lendemain, aprs le dner, comme on sortait de table, Cungonde et Candide se trouvrent derrire un paravent; Cungonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa; elle lui prit innocemment la main; le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacit, une sensibilit, une grce toute particulire; leurs bouches se rencontrrent, leurs yeux s'enflammrent, leurs genoux tremblrent, leurs mains s'garrent. M. le baron de Thunder-ten-tronckh passa auprs du paravent, et voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du chteaugrands coups de pied dans le derrire. Cungonde s'vanouit: elle fut soufflete par madame la baronne ds qu'elle fut revenueelle-mme; et tout fut consterndans le plus beau et le plus agrable des chteaux possibles.
CHAPITRE II Ce que devint Candide parmi les Bulgares.
Candide, chassdu paradis terrestre, marcha longtemps sans savoir o, pleurant, levant les yeux au ciel, les tournant souvent vers le plus beau des chteaux qui renfermait la plus belle des baronnettes; il se coucha sans souper au milieu des champs entre deux sillons; la neige tombaitgros flocons. Candide, tout transi, se trana le lendemain vers la ville voisine, qui s'appelle Valdberghoff-trarbk-dikdorff , n'ayant _ _ point d'argent, mourant de faim et de lassitude. Il s'arrta tristement hommes habill Deuxla porte d'un cabaret.s de bleu le remarqurent: Camarade, dit l'un, voilun jeune homme trs bien fait, et qui a la taille requise; ils s'avancrent vers Candide et le prirentdner trs civilement.--Messieurs, leur dit Candide avec une modestie charmante, vous me faites beaucoup d'honneur, mais je n'ai pas de quoi payer moncot.--Ah! monsieur, lui dit un des bleus, les personnes de votre figure et de votre mrite ne paient jamais rien: n'avez-vous pas cinq pieds cinq pouces de haut?--Oui, messieurs, c'est ma taille, dit-il en fesant la rv mettez-vousrence.--Ah! monsieur,table; non seulement nous vous dfraierons, mais nous ne souffrirons jamais qu'un homme comme vous manque d'argent; les hommes ne sont faits que pour se secourir les uns les autres.--Vous avez raison, dit Candide; c'est ce que M. Pangloss m'a toujours dit, et je vois bien que tout est au mieux. On le prie d'accepter quelquescus, il les prend et veut faire son billet; on n'en veut point, on se mettable. N'aimez-vous oui, pas tendrement?....--Oh! rpond-il, j'aime tendrement mademoiselle Cungonde.--Non, dit
l'un de ces messieurs, nous vous demandons si vous n'aimez pas tendrement le roi des Bulgares?--Point du tout, dit-il, car je ne l'ai jamais vu.--Comment! c'est le plus charmant des rois, et il faut boiresa sant.--Oh! trs volontiers, messieurs. Et il boit. C'en est assez, lui dit-on, vous voill'appui, le soutien, le dfenseur, le hros des Bulgares; votre fortune est faite, et votre gloire est assure. On lui met sur-le-champ les fers aux pieds, et on le mne au rgiment. On le fait tournerdroite,gauche, hausser la baguette, remettre la baguette, coucher en joue, tirer, doubler le pas, et on lui donne trente coups de bton; le lendemain, il fait l'exercice un peu moins mal, et il ne reoit que vingt coups; le surlendemain, on ne lui en donne que dix, et il est regardpar ses camarades comme un prodige. Candide, tout stupfait, ne dmlait pas encore trop bien comment iltait un hros. Il s'avisa un beau jour de printemps de s'aller promener, marchant tout droit devant lui, croyant que c'tait un privilge de l'espce humaine, comme de l'espce animale, de se servir de ses jambesson plaisir. n'eut pas Il fait deux lieues que voilquatre autres hros de six pieds qui l'atteignent, qui le lient, qui le m lui Onnent dans un cachot. demanda juridiquement ce qu'il aimait le mieux d'tre fustigtrente-six fois par tout le rgiment, ou de recevoir-la-fois douze balles de plomb dans la cervelle. Il eut beau dire que les volonts sont libres, et qu'il ne voulait ni l'un ni l'autre, il fallut faire un choix; il se dtermina, en vertu du don de Dieu _ _ qu'on nomme libert,passer trente-six fois par les baguettes; il essuya deux promenades. Le rgimenttait composde deux mille hommes; cela lui composa quatre mille coups de baguette, qui, depuis la nuque du cou jusqu'au cul, lui dcouvrirent les muscles et les nerfs. Comme on allait procder la troisime course, Candide, n'en pouvant plus, demanda en grce qu'on voult bien avoir la bontde lui casser la tte; il obtint cette faveur; on lui bande les yeux; on le fait mettregenoux. Le roi des Bulgares passe dans ce moment, s'informe du crime du patient; et comme ce roi avait un grand gnie, il comprit, par tout ce qu'il apprit de Candide, que c'tait un jeune mtaphysicien fort ignorant des choses de ce monde, et il lui accorda sa grce avec une clmence qui sera loue dans tous les journaux et dans tous les si brave chirurgiencles. Un gurit Candide en trois semaines avec lesmollients enseigns par Dioscoride. Il avait djun peu de peau et pouvait marcher, quand le roi des Bulgares livra bataille au roi des Abares.
CHAPITRE III. Comment Candide se sauva d'entre les Bulgares, et ce qu'il devint.
Rien n'tait si beau, si leste, si brillant, si bien ordonnque les deux armes. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons; formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversrent d'abordpeu prs six mille hommes de chaque ct; ensuite la mousqueterieta du meilleur des mondes environ neufdix mille coquins qui en infectaient la surface. La baonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monterune trentaine de millemes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie hroque.
_ _ Enfin, tandis que les deux rois fesaient chanter des Te Deum , chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin; iltait en cendres: c'tait un village abare que les Bulgares avaient brl, selon les lois du droit public. Ici des vieillards cribls de coups regardaient mourir leurs femmesgorges, qui tenaient leurs enfantsleurs mamelles sanglantes; ldes filles ventres aprs avoir assouvi les besoins naturels de quelques hros, rendaient les derniers soupirs; d'autresdemi brles criaient qu'on achev cervellest de leur donner la mort. Des taient rpandues sur la terrectde bras et de jambes coups. Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village: il appartenaitdes Bulgares, et les hros abares l'avaient traitde mme. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants outravers des ruines, arriva enfin hors du th��tre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais mademoiselle Cun provisions luigonde. Ses manqurent quand il fut en Hollande; mais ayant entendu dire que tout le mondetait riche dans ce pays-l, et qu'on ytait chrtien, il ne douta pas qu'on ne le traitt aussi bien qu'il l'avaittdans le chteau de M. le baron, avant qu'il en et tchasspour les beaux yeux de mademoiselle Cungonde. Il demanda l'aumneplusieurs graves personnages, qui lui rpondirent tous que, s'il continuaitfaire ce mtier, on l'enfermerait dans une maison de correction pour lui apprendrevivre. Il s'adressa ensuiteun homme qui venait de parler tout seul une heure de suite sur la charitdans une grande assemble. Cet orateur le regardant de travers lui dit: Que venez-vous faire ici? ytes-vous pour la bonne cause? Il n'y a point d'effet sans cause, rpondit modestement Candide; tout est enchanncessairement et arrangpour le mieux. Il a fallu que je fusse chassd'auprs de mademoiselle Cungonde, que j'aie passpar les baguettes, et il faut que je demande mon pain, jusqu'ce que je puisse en gagner; tout cela ne pouvaittre autrement. Mon ami, lui dit l'orateur, croyez-vous que le pape soit l'antechrist? Je ne l'avais pas encore entendu dire, rpondit Candide: mais qu'il le soit, ou qu'il ne le soit pas, je manque de pain. Tu ne mrites pas d'en manger, dit l'autre: va, coquin, va, misrable, ne m'approche de ta vie. La femme de l'orateur ayant mis la ttela fentre, et avisant un homme qui doutait que le pape ft antechrist, lui rpandit sur le chef un plein..... O ciel!quel excs se porte le zle de la religion dans les dames! Un homme qui n'avait pointtbaptis, un bon anabaptiste, nommJacques, vit la manire cruelle et ignominieuse dont on traitait ainsi un de ses frres, untredeux pieds sans plumes, qui avait uneme; il l'amena chez lui, le nettoya, lui donna du pain et de la bire, lui fit prsent de deux florins, et voulut mme lui apprendretravailler dans ses manufactures auxtoffes de Perse qu'on fabrique en Hollande. Candide se prosternant presque devant lui, s'criait: Matre Pangloss me l'avait bien dit que tout est au mieux dans ce monde, car je suis infiniment plus touchde votre extrme gnrositque de la duretde ce monsieurmanteau noir, et de madame sonpouse. Le lendemain, en se promenant, il rencontra un gueux tout couvert
de pustules, les yeux morts, le bout du nez rong, la bouche de travers, les dents noires, et parlant de la gorge, tourmentd'une toux violente, et crachant une dentchaque effort.
CHAPITRE IV. Comment Candide rencontra son ancien matre de philosophie, le docteur Pangloss, et ce qui en advint.
Candide, plusmu encore de compassion que d'horreur, donnacet pouvantable gueux les deux florins qu'il avait reus de son honn Le fantte anabaptiste Jacques.me le regarda fixement, versa des larmes, et sauta effrayson cou. Candiderecule. Hlas! dit le misrablel'autre misrable, ne reconnaissez-vous plus votre cher Pangloss? Qu'entends-je? vous, mon cher matre! vous, dans cettat horrible! quel malheur vous est-il donc arriv? pourquoi n'tes-vous plus dans le plus beau des chteaux? qu'est devenue mademoiselle Cungonde, la perle des filles, le chef-d'oeuvre de la nature? Je n'en peux plus, dit Pangloss. Aussitt Candide le mena dans l'table de l'anabaptiste, oil lui fit manger un peu de pain; et quand Pangloss fut refait: Eh bien! lui dit-il, Cungonde? Elle est morte, reprit l'autre. Candide s'vanouitce mot: son ami rappela ses sens avec un peu de mauvais vinaigre qui se trouva par hasard dans l'table. Candide rouvre les yeux. Cun meilleurgonde est morte! Ah! des mondes, o tes-vous? Mais de quelle maladie est-elle morte? ne serait-ce point de m'avoir vu chasser du beau chteau de monsieur son pregrands coups de pied? Non, dit Pangloss, elle atventre par des soldats bulgares, aprs avoirtviole autant qu'on peut l'tre; ils ont cassla ttemonsieur le baron qui voulait la dfendre; madame la baronne atcoupe en morceaux; mon pauvre pupille traitprcisment comme sa soeur; et quant au chteau, il n'est pas restpierre sur pierre, pas une grange, pas un mouton, pas un canard, pas un arbre; mais nous avonstbien vengs, car les Abares en ont fait autant dans une baronnie voisine qui appartenaitun seigneur bulgare. A ce discours, Candide s'vanouit encore; mais revenusoi, et ayant dit tout ce qu'il devait dire, il s'enquit de la cause et de l'effet, et de la raison suffisante qui avait mis Pangloss dans un si piteuxtat. Hlas! dit l'autre, c'est l'amour: l'amour, le consolateur du genre humain, le conservateur de l'univers, l'me de tous lestres sensibles, le tendre amour. Hlas! dit Candide, je l'ai connu cet amour, ce souverain des coeurs, cetteme de notreme; il ne m'a jamais valu qu'un baiser et vingt coups de pied au cul. Comment cette belle cause a-t-elle pu produire en vous un effet si abominable? Pangloss rpondit en ces termes: O mon cher Candide! vous avez connu Paquette, cette jolie suivante de notre auguste baronne: j'ai gotdans ses bras les dlices du paradis, qui ont produit ces tourments d'enfer dont vous me voyez dvor; elle entait infecte, elle en est peut- Paquettetre morte. tenait ce prsent d'un cordelier trs savant qui avait remont la source, car il l'avait eu d'une vieille comtesse, qui l'avait reu d'un capitaine de cavalerie, qui le devaitune marquise, qui le tenait d'un page, qui l'avait reu d'un jsuite, qui,tant novice, l'avait eu en droite ligne d'un des compagnons de Christophe Colomb. Pour moi, je ne le donneraipersonne, car je me meurs.
O Pangloss! s'cria Candide, voilunetrange gnalogie! n'est-ce pas le diable qui en fut la souche? Point du tout, rpliqua ce grand homme; c'tait une chose indispensable dans le meilleur des mondes, un ingrdient ncessaire; car si Colomb n'avait pas attrapdans unele de l'Amrique cette maladie[1] qui empoisonne la source de la gnration, qui souvent mme empche la gnration, et qui estvidemment l'opposdu grand but de la nature, nous n'aurions ni le chocolat ni la cochenille; il faut encore observer que jusqu'aujourd'hui, dans notre continent, cette maladie nous est particulire, comme la controverse. Les Turcs, les Indiens, les Persans, les Chinois, les Siamois, les Japonais, ne la connaissent pas encore; mais il y a une raison suffisante pour qu'ils la connaissentleur tour dans quelques sicles. En attendant elle a fait un merveilleux progrs parmi nous, et surtout dans ces grandes armes composes d'honntes stipendiaires bienlevs, qui dcident du destin des tats; on peut assurer que, quand trente mille hommes combattent en bataille range contre des troupesgales en nombre, il y a environ vingt mille vrols de chaque ct.  [1] Voyez tome XXXI, page 7. B.
Voilqui est admirable, dit Candide; mais il faut vous faire gu comment le puis-je? dit Pangloss; je n'ai pas le sou,rir. Et mon ami, et dans toute l'tendue de ce globe on ne peut ni se faire saigner, ni prendre un lavement sans payer, ou sans qu'il y ait quelqu'un qui paie pour nous. Ce dernier discours dtermina Candide; il alla se jeter aux pieds de son charitable anabaptiste Jacques, et lui fit une peinture si touchante de l'tat oson amitait rduit, que le bon-homme n'hsita pasrecueillir le docteur Pangloss; il le fit gurirses d dans la cure, ne perdit qu'un oeil et unepens. Pangloss, oreille. Ilcrivait bien, et savait parfaitement l'arithmtique. L'anabaptiste Jacques en fit son teneur de livres. Au bout de deux mois,tant obligd'allerLisbonne pour les affaires de son commerce, il mena dans son vaisseau ses deux philosophes. Pangloss lui expliqua comment touttait on ne peut mieux. Jacques n' Il faut bien,tait pas de cet avis. disait-il, que les hommes aient un peu corrompu la nature, car ils ne sont point ns loups, et ils sont devenus loups. ne Dieu leur a donnni canons de vingt-quatre, ni baonnettes, et ils se sont fait des baonnettes et des canons pour se dtruire. Je pourrais mettre en ligne de compte les banqueroutes, et la justice qui s'empare des biens des banqueroutiers pour en frustrer les cr celaanciers. Touttait indispensable, rpliquait le docteur borgne, et les malheurs particuliers font le bien gnral; de sorte que plus il y a de malheurs particuliers, et plus tout est bien. Tandis qu'il raisonnait, l'air s'obscurcit, les vents soufflrent des quatre coins du monde, et le vaisseau fut assailli de la plus horrible tempte,la vue du port de Lisbonne.
CHAPITRE V. Tempte, naufrage, tremblement de terre, et ce qui advint du docteur Pangloss, de Candide, et de l'anabaptiste Jacques. La moitides passagers affaiblis, expirants de ces angoisses inconcevables que le roulis d'un vaisseau porte dans les nerfs et dans toutes les humeurs du corps agites en sens contraires, n'avait pas mme la force de s'inqui L'autreter du danger.
moitijetait des cris et fesait des prires; les voilestaient dchires, les mts bris Travaillaits, le vaisseau entr'ouvert. qui pouvait, personne ne s'entendait, personne ne commandait. L'anabaptiste aidait un peula manoeuvre; iltait sur le tillac; un matelot furieux le frappe rudement et l'tend sur les planches; mais du coup qu'il lui donna, il eut lui-mme une si violente secousse, qu'il tomba hors du vaisseau, la tte la premire. Il restait suspendu et accroch une partie de mt rompu. Le bon Jacques courtson secours, l'aideremonter, et de l'effort qu'il fait, il est prcipitdans la merla vue du matelot, qui le laissa prir sans daigner seulement le regarder. Candide approche, voit son bienfaiteur qui reparat un moment, et qui est englouti pour jamais. Il veut se jeter aprs lui dans la mer: le philosophe Pangloss l'en empche, en lui prouvant que la rade de Lisbonne avaittforme exprs pour que cet anabaptiste _ _ s'y noy qu'il le prouvaitt. Tandispriori , le vaisseau s'entr'ouvre, tout pritla rserve de Pangloss, de Candide, et de ce brutal de matelot qui avait noyle vertueux anabaptiste; le coquin nagea heureusement jusqu'au rivage, oPangloss et Candide furent ports sur une planche. Quand ils furent revenus un peueux, ils marchrent vers Lisbonne; il leur restait quelque argent, avec lequel ils espraient se sauver de la faim aprs avoirchapp la tempte. A peine ont-ils mis le pied dans la ville, en pleurant la mort de leur bienfaiteur, qu'ils sentent la terre trembler sous leurs pas[1]; la mer s'lve en bouillonnant dans le port, et brise les vaisseaux qui sont tourbillons de flammes et del'ancre. Des cendres couvrent les rues et les places publiques; les maisons s'croulent, les toits sont renverss sur les fondements, et les fondements se dispersent; trente mille habitants de toutge et de tout sexe sontcras matelot disait en Les sous des ruines. sifflant et en jurant: il y aura quelque chosegagner ici. Quelle peuttre la raison suffisante de ce phnomne? disait Pangloss. Voici le dernier jour du monde! s'criait Candide. Le matelot court incontinent au milieu des dbris, affronte la mort pour trouver de l'argent, en trouve, s'en empare, s'enivre, et ayant cuvson vin, achte les faveurs de la premire fille de bonne volontqu'il rencontre sur les ruines des maisons dtruites, et au milieu des mourants et des morts. Pangloss le tirait cependant par la manche: Mon ami, lui disait-il, cela n'est pas bien, vous manquezla raison universelle, vous prenez mal votre temps. Tte et sang, rpondit l'autre, je suis matelot et n Batavia; j'ai marchquatre fois sur le crucifix dans quatre voyages au Japon[2]; tu as bien trouvton homme avec ta raison universelle!
 [1] Le tremblement de terre de Lisbonne est du 1er novembre 1755.  B.  [2] Voyez tome XVIII, page 470. B.
Quelquesclats de pierre avaient blessCandide; iltaittendu dans la rue et couvert de dbris. Il disaitPangloss: Hlas! procure-moi un peu de vin et d'huile; je me meurs. Ce tremblement de terre n'est pas une chose nouvelle, rpondit Pangloss; la ville de Limaprouva les mmes secousses en Amrique l'anne passe; mmes causes, mmes effets; il y a certainement une trane de soufre sous terre depuis Lima jusqu'Lisbonne. Rien n'est plus probable, dit Candide; mais, pour Dieu, un peu d'huile et de vin. Comment probable? rpliqua le