Rose-d

Rose-d'Amour

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Extrait : J'étais seule, avec un jeune garçon plus âgé que moi de trois ans, qu'on appelait Bernard l'Éveillé, lorsqu'au détour du sentier je vois venir à moi le loup, une grande et énorme bête, avec une gueule écumante et des yeux étincelants que je vois encore. Je pousse des cris affreux et je veux fuir : mais le loup, qui peut-être ne songeait pas à moi, courait pourtant de mon côté et allait m'atteindre

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Nombre de lectures 12
EAN13 9782824712352
Langue Français
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ALF RED ASSOLLAN T
ROSE-D’AMOU R
BI BEBO O KALF RED ASSOLLAN T
ROSE-D’AMOU R
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1235-2
BI BEBO OK
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– Christian Spr emb er g
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.Pr emièr e p artie
Rose-d’Amour
1CHAP I T RE I
’     près dix ans quand je fis connaissance av e c Ber nard. . .
Mais avant tout, madame , il faut que je v ous p arle un p eu de maJ famille .
Mon pèr e était char p entier , et ma mèr e blanchisseuse . Ils n’avaient
p our tout bien que cinq filles dont je suis la plus jeune , et une maison
que mon pèr e bâtit lui-même , sans l’aide de p er sonne , et sans qu’il lui en
coûtât un centime . Elle était p er ché e sur la p ointe d’un r o cher qu’ on
s’attendait tous les jour s à v oir r ouler au fond de la vallé e , et qui, p our cee
raison, n’avait p as tr ouvé de pr opriétair e . and j’étais enfant, j’allais
m’asse oir à l’ e xtrémité du r o cher , sur une p etite mar che en pier r e , d’ où
l’ on p ouvait v oir , à tr ois cents pie ds au-dessous du sol, la plus grande
p artie de la ville .
Mon pèr e , après sa jour né e finie , v enait s’asse oir à côté de moi. Son
plaisir était de me pr endr e dans ses bras et de r eg arder le ciel, sans rien
dir e , p endant des heur es entièr es. Il ne p arlait, du r este , à p er sonne , e
x2Rose-d’ Amour Chapitr e I
cepté à ma mèr e , et encor e bien rar ement, soit qu’il fût fatigué du travail,
– car la hache et la scie sont de dur s outils, – soit qu’il p ensât, comme
je l’ai cr u souv ent, à des choses que nous ne p ouvions p as compr endr e .
C’était, du r este , un très b on ouv rier , très doux, très e x act et qui n’allait
p as au cabar et tr ois fois p ar an.
Si mon pèr e était silencieux, ma mèr e en r e vanche p arlait p our lui,
p our elle , et p our toute la famille . Comme elle avait le v erb e haut et la
v oix forte , on l’ entendait de tout le v oisinag e ; mais ses g estes étaient
encor e plus pr ompts que ses p ar oles, et d’un r e v er s de main elle rétablissait
p artout l’ ordr e et la p aix. Sa main était, ré vér ence p arler , comme un v rai
mag asin de tap es, et la clef était toujour s sur la p orte du mag asin. A u
pr emier mot que nous disions de trav er s, mes sœur s et moi, la p auv r e
chèr e femme ( que le b on Dieu ait son âme en son saint p aradis !) nous
choisissait l’une de ses plus b elles gifles et nous l’appliquait sur la joue .
Et cr o y ez bien, madame , que nous n’avions p as envie de rir e , car ses
mains, endur cies p ar le travail, avaient la p esanteur de deux baoir s. Du
r este , b onne femme , qui pleurait comme une Madeleine les jour s d’
enter r ement, et qui aurait donné p our mon pèr e et p our nous son sang et
sa vie ; mais quant à crier , bar e et se disputer av e c ses v oisins, elle n’y
aurait p as r enoncé p our un empir e .
Mon pèr e , qui était la b onté même , v o yait et entendait tout sans se
plaindr e , se contentait de le v er quelquefois les ép aules, – ce qui ne le
sauvait même p as de tout r epr o che . Mais il était dur à la p eine . Il disait
souv ent : « Nous ne sommes p as en ce monde p our av oir nos aises ; et,
puisque nous ne p ouv ons p as av oir d’ enfants sans nos femmes, il faut
sav oir supp orter nos femmes. » On l’app elait le vieux Sans-Souci , p ar ce
que jamais p er sonne n’avait pu le mer e en colèr e , ni homme , ni enfant,
ni cré atur e vivante , et qu’il n’aurait p as donné une chiquenaude , même à
un chien, e x cepté p our se défendr e de la mort.
Un jour , en r e v enant du lav oir , ma mèr e se sentit fort altéré e et toute
en sueur . Elle but un grand v er r e d’ e au fr oide , tomba malade et mour ut la
semaine suivante . Mon pèr e la mena au cimetièr e sans pleur er , et r e vint
à la maison av e c mes sœur s et moi. Il nous embrassa toutes, donna les
clefs de ma mèr e à ma sœur aîné e , qui avait déjà dix-huit ans, s’assit dans
le coin de la cheminé e , et mit sa tête entr e ses mains. À dater de ce
jour3Rose-d’ Amour Chapitr e I
là , le vieux Sans-Souci , qui n’avait guèr e p arlé jusque-là , ne p arla plus du
tout : il avait l’air de rê v er nuit et jour , et nous-mêmes, intimidé es p ar son
silence , nous ne p arlions plus qu’à v oix basse p our ne p as l’inter r ompr e
dans ses rê v es.
Cep endant mes sœur s se marièr ent l’une après l’autr e , quand l’âg e
fut v enu, et laissèr ent là mon pèr e , av e c qui je r estai bientôt seule . J’avais
alor s dix ans, et ce fut v er s ce temps-là , comme je v ous le disais en
commençant, que je fis p our la pr emièr e fois connaissance av e c Ber nard, dit
l’ Éveillé et le Vire-Loup . Car v ous sav ez, madame , que c’ est assez la
coutume chez nous de donner des sur noms aux g ar çons comme aux filles,
et que ces sur noms font souv ent oublier le nom que nous a donné notr e
pèr e . Moi, p ar e x emple , quoiqu’à l’église et à la mairie l’ on m’ait app elé e
Marie , je n’ai jamais, depuis l’âg e de douze ans, rép ondu qu’au nom de
Rose-d’Amour , que les filles de mon âg e me donnaient p ar dérision, et que
les g ar çons rép étaient p ar habitude .
Car il faut v ous dir e , madame , et v ous de v ez le v oir aujourd’hui, que
je n’ai jamais été jolie , même au temps où l’ on dit communément que
toutes les filles le sont, c’ est-à-dir e entr e seize et dix-huit ans. J’avais les
che v eux noir s, natur ellement, les y eux bleus et assez doux, à ce que disait
quelquefois mon pèr e , qui ne p ouvait p as se lasser de me r eg arder ; mais
tout le r este de la figur e était fort ordinair e , et si j’ajoute que je n’étais
ni b oiteuse , ni manchoe , ni malade , ni mal confor mé e , que j’avais des
dents assez blanches, et que je riais toute la jour né e , v ous aur ez tout mon
p ortrait.
Du r este , on m’aimait assez dans le v oisinag e , p ar ce que je n’avais
jamais fait un mauvais tour ni donné un coup de langue à p er sonne , ce
qui est rar e p ar mi les p auv r es g ens, et plus rar e encor e , dit-on, chez les
riches.
Il ne faudrait p as cr oir e que je fusse le moins du monde malheur euse
de viv r e av e c mon pèr e , quoiqu’il ne me dit p as six p ar oles p ar jour , si ce
n’ est p our les soins du ménag e , et que nous n’ eussions p as toujour s de
quoi viv r e . Les g ens qui se p ortent bien et qui travaillent n’ ont p as de très
grands b esoins : un p etit é cu leur suffit p our la moitié d’une semaine , et
s’il n e suffit p as, ils pr ennent p atience , sachant bien que la vie est courte ,
que la b onne conscience est mèr e de la b onne humeur , et que la g aieté
4Rose-d’ Amour Chapitr e I
vaut tous les autr es biens.
T ous les soir s, après soup er , dans la b elle saison, j’allais me pr omener
av e c mon pèr e et quelques v oisins dans la camp agne ; nous montions dans
ce b ois de châtaignier s que v ous connaissez et qui est sur la hauteur , à
une demi-lieue de la ville . Là , mon pèr e se couchait sur le g azon, les y eux
tour nés v er s les étoiles, et moi je courais autour de lui av e c les enfants de
mon âg e . L’hiv er , nous r estions au coin du feu, tantôt chez nous, tantôt
chez le pèr e Ber nard, dit Tape-à-l’Oeil , afin de ménag er le b ois, qui ne se
donne p as dans notr e p ay s, et qui coûte aussi cher que le p ain.
Un soir , c’était au mois d’av ril, mon pèr e ne v oulut p as v enir av e c
nous, et me laissa aller au b ois av e c plusieur s autr es g ar çons et filles sous
la conduite de la mèr e Ber nard, qui était une femme très r esp e ctable et
âg é e . T out en courant, je m’ég arai un p eu dans le b ois qui n’était p as
toujour s sûr ; les loups y v enaient quelquefois de la grande forêt de la
Renarderie , qui n’ est qu’à six lieues de là . Justement, ce jour-là des chasseur s
avaient fait une baue dans la forêt, et un vieux loup , p our é chapp er aux
chiens, s ’étant jeté dans la camp agne , avait cher ché un asile dans le b ois
où je courais.
J’étais seule , av e c un jeune g ar çon plus âg é que moi de tr ois ans, qu’ on
app elait Ber nard l’ Éveillé , lor squ’au détour du sentier je v ois v enir à moi
le loup , une grande et énor me bête , av e c une gueule é cumante et des y eux
étincelants que je v ois encor e . Je p ousse des cris affr eux et je v eux fuir :
mais le loup , qui p eut-êtr e ne song e ait p as à moi, courait p ourtant de
mon côté et allait m’aeindr e ; j’ entendais déjà le br uit de ses p aes qui
r etombaient lourdement sur la ter r e et fr oissaient les feuilles des arbr es
dont les chemins étaient couv erts depuis l’hiv er , lor sque tout à coup
Bernard l’ Éveillé se jee au-de vant de lui. Comme il n’avait ni ar me ni bâton,
il quie sa v este , aend le loup , et, le v o yant à p orté e , la lui jee sur la
tête p our l’étouffer .
En même temps il m’app elle à son se cour s ; mais j’étais bien
embarrassé e , et p endant qu’av e c les manches de sa v este il cher chait à étouffer
le loup , je p oussais des cris effrayants au lieu de l’aider . Le loup , tout env
elopp é dans la v este de Ber nard, p oussait de sourds hurlements, se dr essait
contr e lui, et cher chait à le mordr e et à le dé chir er . Je ne sais p as
comment l’affair e aurait fini, si les chasseur s et les chiens qui le p our suivaient
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