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Sermon prononcé par le R.P. Lacordaire, à l'église St-Roch, compte rendu de l'"Observateur belge ;

9 pages
J.-B. Tarride (Bruxelles). 1853. France (1852-1870, Second Empire). In-12. Pièce.
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SERMON
prononcé par
LE R. P. LACORDAIRE,
A L' EGLISE ST.-ROCH.
BRUXELLES,
LIBRAIRIE DE J. B. TARRIDE, ÉDITEUR,
8, RUE DE L'ECUYER
1855
SERMON DU R. P. LACORDAIRE,
PRONONCE A, L' ÉGLISE SAINT-ROCH.
Extraira de la correspondance de l'observateur.
Vous savez qu'il a été fortement question d'exiler le
R. P. Lacordaire. Je vous l'avais déjà écrit. Le magnifique
sermon qu'il a prononcé le 12 février 1853 à l'église de
Saint-Roch, en présence de l'archevêque de Paris et du
cardinal Donnet, est certainement l'acte d'opposition le
plus vigoureux et le plus beau qui ait été fait en France
depuis que nous sommes sous le règne du coup d'État. J'y
étais. Je ne puis vous peindre quel effet merveilleux pro-
duisaient ces sublimes paroles tombant comme une pluie
de feu sur cet auditoire où l'on remarquait un si grand
nombre des courtisans du nouvel empereur. Mgr. Donnet
et Mgr. Sibour courbaient la tête comme devant un juge
envoyé d'en haut pour prononcer leur arrêt.
Trois mille personnes étaient là : des hommes d'État,
des écrivains, des généraux étoiles de plaques d'ordre,
des femmes du monde, et des femmes de cette cour ; une
foule de gens venus là comme on va au spectacle, et qui ne
pensaient pas, à propos d'un sermon de charité , qu'ils al-
laient se retremper aux sources de la vie et de la liberté.
Le R. P. Lacordaire est un magnifique orateur, sincère,
passionné, tour à tour simple et sublime. Son geste a une
—2—
fébrilité nerveuse qui magnétise et dompte l'auditoire, qui
tombe triomphant et tout-puissant sur les fronts qu'il
courbe et fait pâlir.
M. Lacordaire improvise ses discours. De là celle vie
ardente qui est une des beautés de son éloquence. Incer-
tain de l'issue de sa période, il s'y jette toujours tête bais-
sée et à la grâce de Dieu, en homme qui a un autre souci
que celui du succès de sa phrase. Mais comme tous les in-
trépides, il en sort toujours avec bonheur et gloire. Il a
cette foi vigoureuse qui rend aveugle au péril et cette in-
trépidité de la parole qui fait le salut de l'orateur, même
au moment d'une défaite. Il n'est pas rare, à l'instant où
l'on croit à un échec et où trois mille coeurs palpitent d'ap-
préhension et de crainte, de le voir se relever par un de
ces traits soudains, inespérés, qui lui font tout à coup re-
saisir la victoire. Alors tout le monde respire. Quant à lui,
ce moment rapide où il a semblé fléchir le fait paraître
plus grand encore. Sa voix, son regard s'allument, et il
tonne comme un dieu courroucé : il n'a touché la terre que
pour y recueillir de nouvelles forces.
Il faut le voir dans ces moments de triomphe. Il s'enivre
de sa bravoure et rougit de reculer plus longtemps devant,
les questions les plus périlleuses. C'est alors qu'il entraîne
son auditoire ébloui par le flambeau de la vérité qu'il élève,
d'une main si ferme.
M. Lacordaire a beaucoup souffert des persécutions de
la liberté. Sa tête s'est empreinte plus profondément des
sillons de la pensée. Elle a de ces stigmates lumineux
que l'ange des pénitences, des joies et des douleurs de
l'âme laisse sur les fronts qu'il a touchés. Ses yeux ressem-
blent à deux lampes suspendues au fond de deux voûtes
devant l'autel de la vérité.
Mais pourquoi vous parler de son talent, pourquoi vous
le dépeindre, pourquoi vous parler de l'effet qu'il a pro-
duit? Son talent, vous allez l'admirer; l'orateur,vous allez
vous le représenter devant vous ; l'effet, vous allez le com-
prendre. J'ai été assez heureux pour pouvoir me procurer
l'exorde du discours qu'il a prononcé. Le voici, remerciez-
moi; vous avez rarement de telles fortunes.
« Le vieux roi David, ce soldat qui avait remporté