G-WARRIORS

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G-WARRIORS Bernard VIALLET BERNARD VIALLET G-WARRIORS Editions Emma Jobber DU MÊME AUTEUR ————————— « Le Mammouth m’a tué » (Editions Tempora & Bookless) « Ulla Sundström » (TheBookEdition) « Dorian Evergreen » (TheBookEdition) « Les Faux As » (TheBookEdition) « Bienvenue sur Déliciosa » (L’IvreBook/TheBookEdition) « Opération Baucent » (TheBookEdition) « Expresso Love » (CSP, Bookless & Amazon Kindle) « Montburgonde » (CSP & Amazon Kindle) « L’aéronaute embourbé » (CSP & Amazon Kindle) « Rienn’est difficile à la nature, surtout lorsqu’elle est pressée de se détruire. » (Sénèque) « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas. » (Victor Hugo) Pour Joëlle, Emmanuelle, Marianne et Benoît. Une fois de plus, la réunion hebdomadaire de la cellule des naturalistes du 3ème arrondissement de la ville d’Arseille se déroulait dans une monotonie à bâiller aux corneilles et dans un ennui à mourir. Fenrik s’y était rendu un peu par désœuvrement, un peu par habitude et pas mal par fidélité à ses deux mères. Il y avait retrouvé Mylette, une petite brune boulotte qu’il connaissait depuis ses premières années de Gymnasium. Il la soupçonnait d’être vaguement amoureuse de lui alors que de son côté un statut de bonne copine marrante lui semblait amplement suffisant. Ils étaient assis l’un à côté de l’autre au milieu d’une assistance dont la moyenne d’âge se situait quelque part entre 50 et 60 ans.

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Publié le 14 juillet 2017
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G-WARRIORS
Bernard VIALLET
BERNARD VIALLET
G-WARRIORS
Editions Emma Jobber
DU MÊME AUTEUR —————————
« Le Mammouth m’a tué » (Editions Tempora & Bookless) « Ulla Sundström » (TheBookEdition) « Dorian Evergreen » (TheBookEdition) « Les Faux As » (TheBookEdition) « Bienvenue sur Déliciosa » (L’IvreBook/TheBookEdition) « Opération Baucent » (TheBookEdition) « Expresso Love » (CSP, Bookless & Amazon Kindle) « Montburgonde » (CSP & Amazon Kindle) « L’aéronaute embourbé » (CSP & Amazon Kindle)
« Rien n’est difficile à la nature, surtout lorsqu’elle est pressée de se détruire. » (Sénèque) « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l’écoute pas. » (Victor Hugo)
Pour Joëlle, Emmanuelle, Marianne et Benoît.
Une fois de plus, la réunion hebdomadaire de la cellule des naturalistes du 3ème arrondissement de la ville d’Arseille se déroulait dans une monotonie à bâiller aux corneilles et dans un ennui à mourir. Fenrik s’y était rendu un peu par désœuvrement, un peu par habitude et pas mal par fidélité à ses deux mères. Il y avait retrouvé Mylette, une petite brune boulotte qu’il connaissait depuis ses premières années de Gymnasium. Il la soupçonnait d’être vaguement amoureuse de lui alors que de son côté un statut de bonne copine marrante lui semblait amplement suffisant. Ils étaient assis l’un à côté de l’autre au milieu d’une assistance dont la moyenne d’âge se situait quelque part entre 50 et 60 ans. Sur la grosse trentaine de participants, les jeunes présents devaient se compter sur les doigts d’une seule main. Il faut dire que le spectacle avait tout du soporifique. Après le discours d’ouverture du Président Roger Louis Ricard qui avait longuement tartiné sur la nécessité de soutenir les actions du Bourgmestre Jean-Claude Bourdin et de préparer activement la campagne en vue de sa réélection, il avait fallu se farcir la péroraison de l’adjoint à la stratégie électorale qui avait présenté d’un air gourmand le tout nouveau matériel de propagande : une belle affiche bleue avec un petit village niché dans un vallon verdoyant servant d’arrière-plan à un Bourdin majestueux et enthousiaste tendant le bras droit sans doute pour montrer la direction d’un avenir radieux alors que le gauche entourait paternellement les épaules d’une jolie petite gamine à la peau café au lait et aux yeux d’un vert presque irréel. Le slogan qui accompagnait cette œuvre d’art publicitaire ne valait pas tripette : « Tous derrière J.C.B, avec le soutien du parti naturaliste, marchons joyeux dans une nature saine et propre… »
L’orateur suivant expliqua dans le détail comment il envisageait de muscler la campagne électorale pour ne pas se laisser déborder sur leur aile gauche. Le parti solidariste, le rival de toujours, comptait bien présenter Ploukratov, une
célébrité locale, sorte d’apatride chouchou des médias toujours friands de faire le buzz avec des zozos branchés et autres décadents illuminés. Dernier avatar du marxisme céliniste, le solidarisme mettait en avant la solidarité avec les plus pauvres, lesquels devaient à plus ou moins long terme disparaître après l’avènement du monde solidaire dont ils rêvaient. Pour eux, ce n’était pas compliqué, il suffisait de tout partager en abolissant la propriété privée, source de tous les maux actuels. Mettre en commun l’argent, les objets, les appareils ménagers, la nourriture, les habits, le logement, les moyens de transports et même les partenaires sexuels. Des utopistes, apparemment très minoritaires, mais qui marquaient des points au fur et à mesure que les conditions économiques, sociales et climatiques empiraient dans la Fédération. La conquête d’une ville moyenne comme Arseille semblait à leur portée, elle pourrait servir de vitrine ou de laboratoire d’expérimentation en grandeur réelle, d’où l’inquiétude dans les rangs des naturalistes un peu endormis sur leurs lauriers en raison des six mandats successifs de leur leader. Ayant bien endormi son auditoire, le Président passa la parole à Ségureine Layole, la responsable logistique, qui intervint pour tenter d’organiser de façon concrète la fameuse campagne. Il lui fallait trouver des volontaires pour mettre des tracts sous enveloppe, démarcher indécis et sympathisants par téléphone, sms ou courriels, aller coller nuitamment des affiches et se présenter chez les gens par équipes de deux pour essayer de décrocher de nouvelles adhésions au parti. Quand on passa enfin aux questions diverses, Fenrik n’en pouvait plus de ronger son frein. Il bondit de sa chaise, le bras en l'air et brailla sans attendre d’avoir la parole : « VOUS N’AVEZ TOUJOURS RIEN COMPRIS, BANDE DE NULS ! », ce qui jeta immédiatement un froid. Les visages ridés, les têtes chenues et les chevelures blanches ou bleutées se tournèrent interloqués vers cet hurluberlu à la tignasse hérissée de dreadlocks blond sale et à la parka
militaire d’un autre temps qui venait brusquement interrompre leur sieste de l’après-midi. La majorité grimaça de mépris ou d’agacement. Ce damné contradicteur allait faire s’éterniser une réunion déjà bien ennuyeuse, mais qui semblait tirer vers sa fin. Certains se réjouissaient de l’incident qui se profilait à l’horizon et qui allait alimenter les conversations autour de la soupe du soir. Un peu de piment dans ce brouet fadasse n’était pas pour déplaire à cette minorité. — Que veux-tu donc insinuer, camarade ? Interrogea le Président d’une voix peu amène. — Je n’insinue pas, reprit Paul Simon Fenrik avec un aplomb à la limite de l’insolence. J’affirme que sous votre impulsion le Parti fait fausse route !
Et il se jeta dans l’allée centrale pour foncer à grandes enjambées vers l’estrade. D’autorité, il s’empara d’un micro et, du haut du perchoir, il se lança dans une harangue qu’il croyait être de nature à soulever cette assemblée quasi endormie : « Camarades, frères et sœurs naturalistes, je vous prends tous à témoins ! Depuis plus d’une heure d’horloge, qu’entendons-nous ? Du blablabla, des péroraisons sans intérêt ! Des propositions sans envergure ! Et des perspectives sans panache ! De la cuisine, que dis-je, de la tambouille politicienne, du bricolage minable, de la magouille qui ne veut pas dire son nom, de misérables calculs électoraux de gens qui s’accrochent à leurs petites sinécures comme berniques à leur rocher ! Alors que la gravité de la situation actuelle nécessiterait d’autres projets bien plus ambitieux, d’autres décisions bien plus drastiques et d’autres actions bien plus spectaculaires… Et cette rivalité de boutique avec les solidaristes, franchement, qu’est-ce qu’on en a à cirer ? Au lieu de nous démarquer, faisons alliance avec eux pour nous lancer dans la vraie bataille. Pourquoi vouloir à tout prix réélire un J.C. Bourdin qui n’a jamais fait de miracles alors que nous devrions
rassembler nos forces pour SAUVER MERE NATURE… Trente-six ans aux affaires, six mandats, une éternité que ce gros crétin se prélasse à la tête de notre ville. Et pour quel bilan ? Trois malheureuses pistes cyclables. Une ligne de tramway semi-circulaire totalement insuffisante. Deux souterrains piétonniers, sous la place du Partage et sous la bretelle de la Fraternité, transformés d’ailleurs en pissotière et en coupe gorge. Quelques couloirs de bus, des chicanes et une dizaine de bacs à fleurs au milieu de la chaussée. Autant dire… QUE DALLE ! »
Il eut besoin de reprendre son souffle alors que l’assemblée commençait déjà à grogner toute sa réprobation haineuse. Ah, non, ce jeune malotru n’allait pas se permettre de les insulter tous. J.C. Bourdin était leur leader incontesté depuis des décennies. Il avait placé aux postes clés toute sa famille, tous ses copains, tous ses plus fidèles militants et sympathisants. Il avait donné du travail, des avantages, des subventions et des allocations à des milliers de gens. Il s’était ainsi créé toute une frange d’affidés et d’inféodés. Il avait fidélisé une clientèle qui, tout autant que lui, était attachée à ses privilèges et à ses avantages aussi minimes fussent-ils. Rien que dans cette salle, combien en croquaient ? Du jardinier ex-SDF, à l’employé communal ancien chômeur de longue durée en passant par les secrétaires, les adjoints, les conseillers sportifs ou culturels, les agents, les experts et autres responsables d’associations. Depuis la première élection de Bourdin, Arseille baignait dans le naturalisme, vivait du naturalisme, respirait, mangeait, buvait et pensait naturalisme. Et pourtant qu’est-ce que toute cette agitation avait réellement changé ? Pas étonnant que les paroles enflammées de Fenrik les brûlent autant qu’un jet de vitriol…
— FERME TA GUEULE, SALOPARD D’EXTREMISTE ! Hurla une voix haineuse, quelque part dans l’assistance.
— Avec tout ce qu’on a fait pour les jeunes, voilà comment on est remercié… se lamentait une vieille militante en se drapant dans son poncho péruvien. — …Vous êtes-vous une seule fois demandé pourquoi les jeunes générations ne vous suivaient plus depuis longtemps ? Reprit Fenrik en ignorant les interruptions. Avez-vous remarqué combien elles se font rares dans vos rangs ? Pourquoi ont-elles déserté ? Je vais vous le dire. Parce que vous êtes tous vieux, mous, veules, sans consistance. Et vous en êtes toujours à admirer ce gros poussah centriste ! — CENTRISTE ? Mais il ose insulter notrelider maximo, hurla un naturaliste barbu sans doute de lointaine origine cubaine. — Pourquoi l’ai-je qualifié de « centriste » ? T o u t simplement parce que J.C. Boudin s’est toujours contenté de demi-mesures. Vignettes sur les véhicules les plus polluants, taxes ou taxettes, péages et autres sottises comme cette circulation alternée en centre-ville. Jour pair pour véhicules avec numéros impairs et inversement. Impôts sur la consommation d’oxygène, sur le rejet de CO2, sur les évacuations d’eau, sur la surface des piscines, hammams, jacuzzis et spas et sur la quantité de déchets contenus dans les poubelles. Rien que du bricolage, des mesurettes minables, sans véritable efficacité. Poussant tout le monde à tricher, contourner, frauder. Un concours d’ingéniosité et un festival de système D. Résultat : après 36 années de naturalisme à la Bourdin, Arseille est polluée, invivable et proche de l’asphyxie comme jamais elle ne l’a été… — Là, je m’inscris en faux, intervint le Président. La qualité de l’air s’est améliorée de 18% en quinze ans. Tout cela grâce à l’action vigoureuse de notre bien-aimé Bourgmestre… — 18% ! Pas de quoi pavoiser ! Nous sommes encore loin
du taux 0 ! Plus un seul véhicule dégageant ne serait-ce qu’un microgramme d’oxyde de carbone ne devrait pouvoir apparaître dans nos rues. Toute circulation de ce genre devrait être entravée par des postes de garde avec des barrières ou de grosses chaînes. Tout le monde devrait avoir le choix entre le vélo, la marche ou le bus propre. À la rigueur, on pourrait autoriser le passage de quelques charrettes tirées par des chevaux ou des bœufs pour le transport des matériaux encombrants ou lourds…
— AU FOU ! AU MALADE ! AU DECROISSANT ! Hurlèrent de nombreuses voix de naturalistes en furie. Le brouhaha montait graduellement. Beaucoup de militants étaient debout et réagissaient assez violemment. — MAIS BON SANG, QU’IL LA FERME ! — FAITES-LE TAIRE ! — COUPEZ-LUI LE SIFFLET ! — Toujours pareil avec les extrémistes… Jamais rien de raisonnable… — Ta gueule, éco-terroriste ! — Tu vas pas nous ramener au Moyen Âge, connard ! Fenrik tenta bien de poursuivre son speech en criant dans le micro : « Mais, bien sûr, marcher ou pédaler sur un vélo, c’est fatigant. Avoir le vent dans la figure, se faire doucher par la pluie, c’est désagréable. C’est tellement plus facile de se laisser transporter dans un tas de ferraille polluant ! Non, camarades, la situation est trop grave pour continuer nos petites compromissions. GAÏA, notre Terre chérie, est en danger de mort. D’ailleurs, elle commence à réagir avec le dérèglement climatique et toutes les catastrophes qui vont en découler. Aujourd’hui, dans notre bonne ville d’Arseille, nous nous retrouvons avec les températures que connaissait autrefois