Irma Gilquin

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Extrait : Mes chers parents, jusqu'à nouvel ordre gardez le silence sur ma disparition et soyez sans inquiétude à mon sujet. Je pars de mon plein gré avec un homme qui a fait le serment de me donner son nom. Vous me verrez d'ici à trois mois digne de vous, c'est-à-dire mariée à un honnête homme, ou vous ne me reverrez plus. Croyez au respect inaltérable d'une fille qui vous aime tendrement.

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Nombre de lectures 53
EAN13 9782824711829
Langue Français
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CHARLES BARBARA
I RMA GI LQU I N
BI BEBO O KCHARLES BARBARA
I RMA GI LQU I N
1860
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1182-9
BI BEBO OK
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Sour ces :
– B.N.F .
– Éfélé
Ont contribué à cee é dition :
– Gabriel Cab os
Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.CHAP I T RE I
 M  d’une riche et honorable famille
d’Édimb our g. On ne savait de lui que ce qu’il en disait lui-même ,J c’ est-à-dir e , à p eine quelques détails. D ans les univ er sités où il
avait tour à tour séjour né jusqu’à l’âg e de vingt ans, son esprit,
Maxw ell tirait p arfois vanité de cela, avait incessamment répugné aux études,
même à celles qui e xig e aient le moins d’application. A p art l’é quitation,
l’ escrime , la b o x e , la natation, la chasse , les cour ses, rien ne l’intér essait.
D’une constitution r obuste , la tête vide d’ambition, l’âme dans la
chair , non-seulement il n’avait é chapp é au desp otisme d’aucun app étit, il
ne s’était même jamais senti inquiété p ar le b esoin de luer contr e cet
esclavag e . Sous l’ empir e e x clusif de cee v o cation au plaisir , deux ou tr ois
ans tout au plus après sa majorité , il avait déjà dé v oré la moitié d’un p
atrimoine considérable .
C’était alor s que , mis au ban de sa famille , confus lui-même de sa
célébrité dans les mauvais lieux de Londr es, et p our suivi d’un vague désir
1Ir ma Gilquin Chapitr e I
de sauv er son indép endance en sauvant ce qui lui r estait de fortune , il
avait résolu de s’établir en France .
Son instinct l’avait bien ser vi  : p ar le fait seul de cee émigration,
il s’était tr ouvé plus riche encor e qu’il ne l’était chez lui au début. En
Sologne surtout, p ay s d’une p auv r eté pr o v erbiale , dans un châte au enfoui
au milieu des b ois, où les che vaux, les chiens, la chasse , ne p ouvaient
plus êtr e p our lui une sour ce de r uine , ses r e v enus suffisaient et au delà à
ses g oûts, à ses p assions, à sa libéralité et, mieux encor e , à son incurable
insouciance en matièr e d’intérêt.
Là comme ailleur s le choix de ses liaisons r ep osait uniquement sur
le hasard. Peu lui imp ortait la qualité des g ens, p our v u qu’il r encontrât
de jo y eux et br uyants compèr es. Son châte au ne désemplissait p as de p
arasites qu’il r e cr utait à la ville et av e c lesquels, p our tout dir e sommair
ement, il chassait, se pr omenait à che val, faisait des ar mes, jouait au billard
ou aux cartes, et p assait ses nuits à b oir e .
A une femme était é chu le privilèg e de l’ar rêter un moment sur cee
p ente . Bien que le br uit soule vé p ar son mariag e eût été bientôt ap aisé ,
l’av entur e n’ en avait p as moins ser vi longtemps à inspir er des
commentair es fabuleux. ’ on jug e , né anmoins, combien p eu l’histoir e était r
omanesque .
Maxw ell se r endait pr esque jour nellement à la ville . Remisant
toujour s à la même aub er g e , il suivait natur ellement, p our y ar riv er , toujour s
le même chemin. La p er sp e ctiv e d’une nouv elle av entur e le dé cida tout à
coup à dé vier de sa r oute habituelle .
Vêtu d’une longue r e ding ote en drap blanchâtr e , cravaté d’une é char p e
r oug e , le chap e au sur l’ or eille , il était difficile que , dans les r ues étr oites
et tortueuses qu’il trav er sait maintenant, il é chappât à l’aention,
surtout juché comme il l’était au plus haut d’une v oitur e de chasse , aelé e
de deux che vaux magnifiques qu’il conduisait lui-même , ayant à ses
côtés un gr o om s’y prélassant. Son affe ctation à aiguillonner ses che vaux
et à les fair e piaffer de vant l’étal d’un p auv r e b oucher , dans le comptoir
duquel brillaient les char mes d’une grande et fraîche jeune fille , trahit
pr omptement le se cr et de son nouv el itinérair e .
D’une conv er sation de table était né chez Maxw ell le désir de v oir
cee jeune fille . L’ enthousiasme av e c le quel ses amis en avaient p arlé lui
2Ir ma Gilquin Chapitr e I
p ar ut encor e de la tié deur . A p eine l’ eût-il entr e v ue qu’il s’ enflamma, et
cela d’autant plus v olontier s que , dans sa p ensé e , la v ertu même la plus
far ouche , ré duite à une si obscur e condition, ne tiendrait p as longtemps
contr e l’appât d’une mine d’ or .
D es détails r e cueillis çà et là le fortifièr ent encor e dans son illusion.
Ir ma Gilquin était l’aîné e des enfants d’un brav e homme que les e xig ences
de sa tr op nombr euse famille condamnaient au supplice d’une misèr e p
erp étuelle . A moins d’un miracle , l’éblouissante b e auté de la jeune fille
devait s’éteindr e dans l’ ombr e d’un comptoir où l’aachait l’implacable
rigidité d’une mèr e , v oué e d’ailleur s elle-même aux p énibles travaux du
ménag e .
John était donc fondé à cr oir e la sé duction facile . Il se tr omp ait p
ourtant. Sans mar quer ni colèr e ni mépris, Ir ma éloigna fr oidement la vieille
femme char g é e des pr emièr es ouv ertur es. A des tentativ es de plus en plus
pr essantes, appuyé es p ar l’é clat d’un présent considérable , la jeune fille
rép ondit que p our un million elle ne faillirait p oint à son de v oir et qu’ elle
n’app artiendrait qu’à son mari.
T oute femme , en somme , vaut ce qu’ elle s’ estime .
Sous l’ empir e d’un amour dé cuplé p ar la résistance , Maxw ell conjura
la jeune fille de consentir au moins à une r encontr e . L’ entr emeeuse
offrait sa maison et la g arantie de son honorable assistance . Ir ma, que
son caractèr e meait au-dessus de la crainte et de l’ opinion, accorda un
r endez-v ous.
Ce r endez-v ous menaçait de n’ab outir à rien. La jeune fille r estait
insensible aux plus viv es pr otestations d’aachement comme au pr estig e
d’une fortune , et p er sistait av e c intrépidité dans la résolution de n’app
artenir qu’à l’homme dont elle serait la femme .
Mais, au der nier moment, Maxw ell, dans un élan ir résistible de p
assion, pr omit résolûment, sur son honneur , d’ép ouser la jeune fille de là à
une ép o que très-pr o chaine . L’unique condition à cela, condition e xpr esse ,
c’était qu’un enlè v ement pré cé derait le mariag e . Ir ma v oulut bien.
Estimant sans doute qu’av e c un homme lo yal une p ar ole vaut un contrat, se
fiant p eut-êtr e aussi en sa b e auté et en son courag e , le lendemain même
elle déserta la maison p ater nelle p our suiv r e John Maxw ell en son châte au
des Or mes.
3Ir ma Gilquin Chapitr e I
A u pré alable , elle avait laissé dans sa chambr e ces quelques mots à
l’adr esse de son pèr e et de sa mèr e  :
Mes cher s p ar ents, jusqu’à nouv el ordr e g ardez le silence sur
ma disp arition et so y ez sans inquiétude à mon sujet. Je p ar s
de mon plein gré av e c un homme qui a fait le ser ment de
me donner son nom. V ous me v er r ez d’ici à tr ois mois digne
de v ous, c’ est-à-dir e marié e à un honnête homme , ou v ous
ne me r e v er r ez plus. Cr o y ez au r esp e ct inaltérable d’une fille
qui v ous aime tendr ement.
I RMA GI LQU I N.
Cet enlè v ement, toutefois, quoi que la famille en eût, n’avait p as laissé
que de fair e du br uit. Le r etour d’Ir ma en fit plus encor e . Sans autr e dot
que sa v ertu qu’ elle e xp osait un p eu à l’av entur e sur la foi d’une de ces
pr omesses que les mœur s autorisent en quelque sorte à fausser , elle r e v
enait, contr e toute pré vision, légitimement unie à un millionnair e , app
orter dans sa famille la joie et l’aisance .
Une si étonnante fortune ne p ouvait manquer d’é v eiller l’ envie ou
tout au moins de pr o v o quer l’étonnement. Durant quinze jour s, en ville ,
il n’avait p as été question d’autr e chose .
Maxw ell, cep endant, loin de p araîtr e le moins du monde honteux d’ en
av oir été ré duit à ce mariag e , comblait ostensiblement sa femme de soins
et de pré v enances, son amour semblait av oir crû av e c la p ossession  ;
c’était un véritable ensor cellement. Ir ma le tenait p our ainsi dir e enchaîné
à ses g enoux, à ce p oint qu’ on put cr oir e un moment qu’ elle l’avait fix é .
Sous l’influence de cee ser vitude app ar emment fort douce , il avait p
endant près de deux anné es r enoncé à ses liaisons de hasard p our mener une
vie e x emplair e , et avait p oussé la complaisance conjug ale jusqu’à
s’abstenir de s’ eniv r er , comme il faisait jadis p ério diquement.
Mais cee espè ce d’hér oïsme lui coûtait insensiblement tr op d’ efforts
p our ne p as bientôt toucher à sa fin. D éjà aux prises av e c un ennui cr
oissant, il avait eu maintes fois des r etour s v er s ses anciennes et chèr es
habitudes. Ir ma, tout d’ab ord, n’avait pu se résoudr e à fer mer les y eux sur
ces é carts. D es lues p énibles s’ en étaient suivies, d’incessantes quer elles
avaient tr oublé la p aix du ménag e , jusqu’au jour où la jeune femme , de
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guer r e lasse , ou de v enue enfin clair v o yante , s’était résolue à ne plus
disputer son mari et à lui mer e , comme on dit, la bride sur le cou.
A p artir de ce moment, John, de pr o che en pr o che , avait r epris
intégralement sa vie de g ar çon. A ujourd’hui, comme p ar le p assé , quand il
allait à la ville , il en ramenait toujour s de nouv e aux camarades qu’il
héb er g e ait des mois entier s et av e c lesquels il dép ensait son bien et sa vie .
Homme tout d’instincts et de caprices, une fois, p ar av entur e , dans ses
r elations, il pr ouvait quelque constance . Sa mauvaise étoile l’avait mis en
conjonction, c’ est le mot, av e c un p eintr e en p assag e dont la mé dio crité ,
sous le nom de Claude Saint-Martin, jouissait d’une sorte de v ogue dans
la b our g e oisie de la ville . Sé duit tout d’ab ord p ar la fièr e statur e , les air s
de matamor e et la v er v e de commis-v o yag eur de l’artiste , Maxw ell, dès la
deuxième entr e v ue , ne se p ossé dait plus d’ enthousiasme et, à la tr oisième ,
ne r etr ouvait le calme des sens qu’après av oir dé cidé son nouv el ami à
v enir p asser une semaine ou deux au châte au des Or mes.
Le séjour du p eintr e s’y était insensiblement pr olong é au delà de six
mois. Son dép art, à v rai dir e , pr enait dé cidément un caractèr e étrang e
de né cessité  ; aucune invitation amicale ne de vait plus y mer e obstacle .
Loin de là . Après av oir été jusqu’à ce jour l’hôte cho yé , fêté , car essé du
châte au, il s’ en v o yait tout à coup honteusement chassé p ar la haine
implacable d’Ir ma et l’indiffér ence injurieuse de Maxw ell.
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