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L'imposture

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Pernichon, chrétien médiocre, folliculaire ambitieux, s'entretient avec l'abbé Cénabre. Chanoine admiré, celui-ci est un être supérieur sur le plan de l'intelligence - mais dévoré par l'orgueil et l'hypocrisie, il ne croit plus depuis longtemps. Dans un geste satanique, il appelle en pleine nuit l'humble abbé Chevance, ancien curé, destitué, de Costerel-sur-Meuse. Il prétend vouloir se confesser, en fait il souhaite se moquer de cet être fragile dont la pureté l'inquiète. À la suite de leur entrevue, il tente de se suicider, mais en vain : son revolver s'enraye... Ce roman composé de plusieurs fragments indépendants, sans intrigue véritablement construite, met principalement en scène deux personnages résolument opposés, Cénabre et Chevance, le noir et le blanc, ainsi que Chantal, la pure et mystique jeunne fille, qui prendra une grande importance dans le second opus de ce dyptique, La joie. Il nous propose aussi une galerie de portraits traités par Bernanos avec une magistrale ironie. Un drame spirituel unique se joue : celui d'un prêtre et peut-être aussi de toute une société qui a perdu ou qui n'a jamais connu la foi...

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Nombre de lectures 69
EAN13 9782824712581
Langue Français
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GEORGES BERNANOS
L’IMPOST U RE
BI BEBO O KGEORGES BERNANOS
L’IMPOST U RE
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1258-1
BI BEBO OK
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Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.Pr emièr e p artie
1— Mon cher enfant, dit l’abbé Cénabr e , de sa b elle v oix lente et grav e ,
un certain aachement aux biens de ce monde est légitime , et leur défense
contr e les entr eprises d’autr ui, dans les limites de la justice , me semble un
de v oir autant qu’un dr oit. Né anmoins, il convient d’agir av e c pr udence ,
discrétion, discer nement. . . La vie chrétienne dans le siè cle est toute pr
op ortion, toute mesur e : un é quilibr e . . . On ne résiste guèr e à ces violences
selon la natur e , mais nous p ouv ons en régler le cour s av e c b e aucoup de
p atience et d’application. . . Ne défendons que l’indisp ensable , sans
prév ention contr e p er sonne . À ce prix notr e cœur g ardera la p aix, ou la r
etr ouv era s’il l’a p erdue .
— Je v ous r emer cie , dit alor s M. Per nichon, av e c l’accent d’une
émotion sincèr e . La lue p our les idé es nous é chauffe p arfois, je l’av oue . Mais
l’ e x emple de v otr e vie et de v otr e p ensé e est un grand ré confort p our moi.
( Il p arlait ainsi la b ouche encor e tiré e p ar une grimace conv ulsiv e , qui
faisait tr embler sa barb e .)
— J’accorde , r eprit-il, que le rapp ort annuel eût pu êtr e confié à un
autr e que moi. Il y a des confrèr es plus qualifiés. Par e x emple , j’aurais
cé dé v olontier s la place au vénérable do y en de la pr esse catholique , s’il
n’avait dé cliné dès le pr emier jour un honneur qui lui r e v enait de dr oit. . .
2L’imp ostur e Chapitr e
Pouvions-nous ré ellement supp oser que l’ effacement v olontair e du vieux
lueur aurait cee consé quence d’éle v er un Lar naudin sur le p av ois ?
Son r eg ard e xprimait une véritable détr esse , l’anxiété d’une douleur
phy sique , comme si le malheur eux eût vainement cher ché à suer sa haine .
— Je n’ai aucune pré v ention contr e M. Lar naudin, fit de nouv e au la
b elle v oix lente et grav e . Je l’ estimerais plutôt. D e ses critiques même
injustes, j’ai toujour s tiré quelque pr ofit. Hé quoi ! mon ami : les do ctrinair es
ont cela de b on qu’ils ré v eillent, p ar contraste , certaines facultés que
l’usag e et l’ e xp érience de la vie affaiblissent en nous. Ils nous four nissent de
r epèr es utiles.
Puis il se mit à rir e , d’un rir e dur .
— Je v ous admir e ! s’é cria p assionnément Per nichon. V ous r estez, dans
ce vain tumulte , un calme obser vateur d’autr ui – à l’autel et p artout
ailleur s sacerdotal. Né anmoins le tort fait aux intérêts les plus r esp e
ctables p ar les p olémiques de M. Lar naudin, son p arti pris, son entêtement,
v otr e bienv eillance même ne p eut l’ oublier ! « D onner des g ag es et encor e
des g ag es ! » disait hier de vant moi v otr e éminent ami Mgr Cimier , « le
salut est là ! » Or , nous les av ons donnés tous, à un seul près : le désav eu
for mel, nominal – oui, nominal ! – de quelques e x altés sans mandat, que
suiv ent une p oigné e de naïfs. Est-ce tr op demander ?
( La sueur r uisselait enfin sur le fr ont du p etit homme qui semblait en
épr ouv er un soulag ement infini.)
M. Per nichon ré dig e la chr onique r eligieuse d’une feuille radicale ,
sub v entionné e p ar un financier conser vateur , à des fins so cialistes. Ce
qu’il a d’âme s’ép anouit dans cee triple é quiv o que , et il en épuise la
honte substantielle , av e c la p atience et l’industrie de l’inse cte . Pr esque
inconnue aux bur e aux de l’Aurore nouvelle , sa silhouee déjà usé e ,
maléfique , encor e défor mé e p ar une b oiterie , est la plus familièr e à ce public si
p articulier d’é crivains sans liv r es, de jour nalistes sans jour naux, de
prélats sans dio cèses, qui vit en mar g e de l’Église , de la Politique , du Monde
et de l’ A cadémie , d’ailleur s si pr essé de se v endr e que l’ offr e r estant tr op
souv ent sup érieur e à la demande , l’âpr e commer ce est sans cesse menacé
d’un avilissement des prix. T elle crise , une fois dénoué e , quand on l’a v ue
se multiplier jusqu’au pullulement, la denré e p érissable , désor mais sans
valeur , achè v e de p our rir dans les antichambr es.
3L’imp ostur e Chapitr e
Ancien élè v e du p etit séminair e de Notr e-D ame-des-Champs, jouant
jusqu’au der nier jour la comé die à demi consciente d’une v o cation
sacerdotale , sitôt le cap franchi d’un baccalauré at hasardeux, on p erdit sa trace
un long temps, jusqu’à ce moment dé cisif où il obtint de signer chaque
semaine , dans un Bulletin p ar oissial, des nouv elles é difiantes, puis des
« Ler es de Rome » ré dig é es chez un p etit traiteur de la r ue Jacob . el
autr e que lui eût semblablement tiré p arti de ce rôle obscur ? Mais il sait
ép ar gner sou p ar sou sa futur e r enommé e , p ar eil à ses ancêtr es auv
ergnats qui, l’été , graissant de leur sueur une ter r e ingrate , viennent l’hiv er
v endr e à Paris les châtaignes dont les co chons s e r ebutent, amassent
lentement leur trésor p our finir inassouvis, seulement déliés p ar la mort de
leur rê v e absurde , et hâtiv ement dé crassés, p our la pr emièr e fois, p ar l’
ense v elisseuse , avant la visite du mé de cin de l’état civil.
Ces ler es de Rome ne sont d’ailleur s p oint sans mérite . Elles en
valent d’autr es, moins connues, mais ré dig é es dans le même esprit p ar
des vaniteux dé çus p our y dé char g er , à p etits coups, leur s âcr etés. Le tour
p eut en varier sans doute , av e c chaque auteur , non p as le sens pr ofond
et se cr et, la rancune vivace , la clair e cupidité du pir e , et, sous couleur de
p aix civique , une rag e d’infir me contr e tout ce qui dans l’Église g arde le
sens de l’honneur .
Ayant considéré un moment, av e c r esp e ct, le visag e du maîtr e ,
souriant de ses mille rides pré co ces :
— Je r enonce , dit Per nichon, à v ous fair e r essentir de l’indignation
contr e qui que ce soit. . . Le nonce , cep endant, e xprimait hier . . .
— Ne p arlons p as du nonce , v oulez-v ous ? pria l’abbé Cénabr e . Le zèle
de Sa Sainteté à ne p as déplair e finira p ar p araîtr e injurieux à nos
ministr es républicains. . . La démo cratie aime le faste : on lui env oie de p etits
prélats intrig ants, d’une bassesse à é cœur er . T enez ! celui-ci, je v ous jur e ,
n’ entend p as le gr e c !. . . Chez M. le sénateur Hub ert. . .
Il p assa ses mains sur ses joues, rê va une se conde , et dit
tranquillement :
— À quoi b on ? V ous ne l’ entendez p as non plus.
— V ous oubliez, s’é cria Per nichon av e c une g aieté for cé e ( les vanités,
même touché es à l’impr o viste , ont toujour s un réfle x e adr oit), v ous
oubliez que j’ai r emp orté le prix de v er sion gr e cque , en 1903, au séminair e
4L’imp ostur e Chapitr e
de Paris ! Hélas ! j’aurais v oulu plutôt me consacr er aux Ler es. . . Mais
les tristes é vénements dont nous sommes les témoins. . .
— Le se cr et de la p aix, dit T ag or e , est de n’aendr e rien d’heur eux. . .
Sainte érèse l’avait é crit avant lui. . . Ces r encontr es, mon ami, ont
quelque chose de singulier , d’amer . . .
Sa main, sur le drap r oug e du bur e au Louis X V I, bait un rapp el
éner vé . L’horlog e sonna onze coups.
— Je crains de v ous fatiguer , dit M. Per nichon : je sais que v ous v eillez
rar ement. Mais ces haltes tr op rar es dans v otr e solitude , à deux p as du plus
br uyant Paris, me font tant de bien ! Je v ous quie chaque fois en pleine
certitude , en pleine foi. Le r eg ard que v ous p osez sur l’é vénement et sur
l’homme est si calme , v otr e malice même d’une indulg ence si raffiné e ! Je
suis fier ( laissez-moi le rép éter , mon éminent maîtr e !), je suis fier de v oir
en v ous non seulement un pr ote cteur selon le monde , mais aussi le pèr e
de ma p auv r e âme . . .
L’abbé Cénabr e r eg arda la p endule , se tassa dans son fauteuil et
fermant à demi les y eux, e xig e ant le silence de sa main dr oite le vé e , il laissa
tomb er ces mots sur un ton de singulièr e autorité :
— J’appré cie , mon ami, v otr e p atience et v otr e soumission à l’ég ard
d’un prêtr e qui ne v ous ménag e ni les av ertissements, ni les r epr o ches,
p arfois un p eu sé vèr es. C’ est à contr e cœur , cep endant, que je v ous
entends pr esque chaque semaine : v ous n’ignor ez p as que l’ e x er cice du
ministèr e m’ est r endu difficile , que mon mo deste travail d’historien absorb e
le plus clair de mon temps. Ce n’ est p as, d’ailleur s, à un critique aussi
discuté qu’un pieux jeune homme de vrait demander l’absolution. . . Je ne
v ous r efuse certes p as mes conseils si v ous y tr ouv ez quelque pr ofit, mais
je désir e que v ous r e couriez désor mais, au moins p our la matièr e du
sacr ement, à un autr e prêtr e que moi. Le choix v ous est aisé . . . V ous ne
manquez p as de r elations avantag euses, s’il v ous déplaît tr op de v ous adr esser
à quelque vicair e de p ar oisse , tr op simple . . . Je v ous é coute donc
aujourd’hui p our la der nièr e fois.
Ils g agnèr ent une e xtrémité de l’immense piè ce où le chanoine
s’assit sur une simple chaise de p aille , du mo dèle le plus v ulg air e , auprès
d’un prie-Dieu de même asp e ct, sur le quel s’ag enouilla son p énitent. Pour
agrandir son bur e au – sa librairie , disait-il – l’abbé Cénabr e avait fait
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