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L'Oublié des Dieux

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163 pages

Description

L'Oublié des Dieux est l'histoire d'un homme qui a subi une malédiction, celle de ne jamais oublier ce qu'il a fait. Cette malédiction va s'avérer au cours du temps plus terrible qu'il n'avait pu l'imaginer, car d'incarnation en incarnation, il est incapable d'oublier tout ce qu'il a vécu, et surtout ce qu'il a fait. Il tente par tous les moyens de mettre fin à cet enchantement, ainsi que de retrouver celle qu'il a aimée, traversant les siècles et les civilisations qui passent et disparaissent, tandis que lui se souvient encore de tout...

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Publié le 09 avril 2014
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Langue Français
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Olivier Decèse
L’OUBLIÉ DES DIEUX
Introduction :
La Malédiction
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Aux Enfants de Poussières
« Rien n’est vrai, rien n’est faux ; tout est songe et mensonge Illusion du cœur qu’un vain espoir prolonge. Nos vérités, hommes, sont nos douleurs. » ALPHONSE DE LAMARTINE
« Longtemps muets, nous contemplâmes le ciel où s'éteignait le jour. Que se passait-il dans nos âmes ? Amour ! Amour ! » « … emportés par le tourbillon sombre des noirs événements ... » « … une ombre reste au fond de mon cœur qui vous aime ... » VICTOR HUGO « Les Contemplations »
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Cela se passait il y a fort longtemps, il y a plus de trois cent mille ans ; c’était sur terre, mais c’était un autre monde ; la même terre, les mêmes âmes, mais dans des corps différents ; un autre monde, ni plus ni moins cruel, ni plus ni moins civilisé ; autre, simplement ; juste un peu moins évolué, donc un peu moins complexe, avec des formes plus grossières, des corps moins fins, mais pas moins beaux, une conscience collectivement plus restreinte, et une pensée plus simple… qu’aujourd’hui : un monde peuplé d’êtres plus passionnels, moins cérébraux.
C’était une époque ancienne, mélange de fin de « race » et de début de la nouvelle, depuis longtemps disparue et oubliée des hommes d’aujourd’hui ; oubliée de tous sauf d’un être qui se souvient encore… Il n’a pas oublié ce monde ancien ni tous ceux qui se sont succédés ensuite ; il a pu contempler bon nombre de civilisations qu’il a vu naître, croître puis mourir… comme les hommes qu’il a rencontrés, côtoyés, aimés ou haïs, ou même ignorés… Il n’a rien oublié de tout ce qu’il a vu ni de tout ce qu’il a été, toutes les formes qu’il a revêtues… condamné sur cette terre à l’exil perpétuel, condamné à se souvenir toujours, jusqu’à la fin du monde. Victime d’un terrible, d’un effroyable enchantement qui pèse sur son âme tel un lourd fardeau, il traîne ses souvenirs de siècle en siècle comme un fantôme traîne derrière lui son boulet ; âme en peine errant sans pouvoir s’évader, pourchassé par ses ombres, ensorcelé par un magicien blessé, dans un moment de colère… le condamnant à ne jamais oublier, à ne jamais mourir en ce monde… Et il se souvient encore et toujours. C’était lors de la fête du nouvel an, la Samadhi… celle qui annonçait également la nouvelle décade… Cela se situait à la pleine lune du Bélier,
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aussi nommé plus couramment en ce temps « le bouc enflammé », premier des dix signes de la Grande Roue qui allaient se succéder pour un nouveau cycle… une lune énorme et rousse, pleine de bonnes et de mauvaises influences selon ce que seraient capable d’en retirer les êtres, une pleine lune surtout susceptible d’exciter les passions les plus torrides des hommes et des femmes de ce monde, extrêmement sensibles émotionnellement à son action, en cette époque lointaine.
La reine Menh’hi-Kha organisait les festivités qui allaient avoir lieu pour le royaume, dans sa somptueuse demeure et siège du gouvernement central pour les Mille Royaumes Amis, le Palais de Cristal, encore baptisé « le palais aux mille rêves », capitale de Lerr-hii’, actuelle Mongolie, devenue depuis un désert, le désert de Gobi. De tout ce royaume et ceux attenants, il ne subsiste plus rien aujourd’hui. Le temps a passé et a effacé les moindres traces de ses vestiges de sa main insensible, sans que personne ne se souvienne de son existence. Cette brillante civilisation, alors sur son déclin, s’est essentiellement développée en utilisant comme matériau principal pour ses fondations le bois, maté-riau qui se dégrade rapidement sans laisser beaucoup de marque sur le paysage. Même si quelques constructions plus solides ont été réali-sées, comme les palais, certaines forteresses, des temples, certaines riches demeures, etc., les vents, l’eau, les ont érodées depuis longtemps, ou même les hommes qui se sont servis des pierres pour reconstruire autre chose, réduisant les anciennes constructions en simples cailloux ou en poussière grise, le tout enseveli sous une épaisseur conséquente de sable et de terre qui a recouvert toute la région. Mais à cette époque, elle était une des régions du monde les plus fer-tiles et les plus riches, couverte de verdoyantes prairies et de richis-simes demeures où palais, cités… rivalisaient de beauté et d’activités. Relativement à l’échelle chronologique de la planète, cette partie du monde était alors jeune, l’essentiel de son territoire venant tout juste d’émerger de sous les flots, suite à des mouvements tectoniques sensibles, après avoir été longtemps recouverte par une vaste mer intérieure, dont le rivage reculait sensiblement chaque année. La mer intérieure qui s’était installée à cet endroit pendant plusieurs millénaires, enfouissant peut-être d’encore plus anciennes civilisations,
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était de nouveau en train de s’assécher sous l’action du léger refroidis-sement de la planète.
Les festivités qui allaient avoir lieu étaient données en l’honneur de la déesse Maya, divinité féminine des Eaux, représentée sous les traits de la Lune où elle avait établi sa demeure. Maya-Rhâ la Mère Éternelle, mère de l'Amour et de la Naissance, mais aussi Dame des Ténèbres et de la Mort. La déesse aux mille visages. Mah, la Nuit-Mère, Dame de l’Abîme et Grande Mère de toutes les Existences, Mère de la Terre et pâle reine des nuits, aux attributs et aux noms infinis, était une des divinités les plus vénérées et la plus crainte tout à la fois dans l’univers matériel, la divinité principale des mille royaumes. Le « Palais de Cristal » était le centre spirituel et mondain, économique, religieux et militaire du « Royaume des Mille Amis », territoires indé-pendants, rattachés de façon symbolique, stratégique et politique à la Cité Sacrée, où siégeaient les représentants des Domaines à titre honorifique, traitant des affaires concernant l’ensemble des territoires alliés, mais laissant à chaque entité le soin de diriger à sa façon ses affaires internes. Vaste palais-cité, englobant le palais à proprement parlé, demeure de la reine Menh’hi-Kha et des différents souverains depuis plusieurs générations, ainsi que ses dépendances, c’est-à-dire tout ce qui avoisi-nait cette demeure à plus de dix lieues à la ronde. Le palais tenait son nom d’un immense cristal, sans doute le plusgros connu dans cette partie du monde, de la taille d’un crâne humain, reposant soigneusement gardé au cœur de l’édifice, dans les entrailles souterraines du Palais. Certaines rumeurs parlaient de pierres de cristal encore plus grosses découvertes dans d’autres endroits du monde, mais aucune preuve n’avait jamais été apportée pour confirmer ces dires. La pierre était très vénérée, pour sa représentation symbolique, pour sa valeur marchande, mais surtout pour le mystérieux pouvoir qu’elle conférait aux mages du Royaume qui s’en servaient comme amplifica-teur. Récepteur et émetteur d’énergie, de nombreuses légendes cou-raient autour du cristal, sur ses origines, ses réels pouvoirs et son histoire.
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On racontait que la Pierre était très ancienne, amenée, en d’autres temps, par un collège de mages parmi les colons venus d’un continent à l’époque englouti. C’était, en ce temps, des sorciers très puissants, dont on ne gardait plus que le quart, voire même moins, de leur savoir. On n’utilisait plus tout le potentiel du pouvoir que recelait le cristal, comme cela avait été le cas à l’origine. Certaines légendes narraient même que les hommes de cette époque s’en servaient pour déplacer d’énormes poids, téléguidant des engins roulant sur la terre, mais flottant également et même volant. Cette science avait depuis longtemps disparu, tombée en désuétude dans les oubliettes de la mémoire humaine… Bien sûr, il ne fallait pas prendre toutes ces histoires au sérieux. Il était même possible que tout n’ait été que des légendes, mais après tout, tout était aussi possible. Il y avait eu tant de civilisations sur cette pla-nète qui avaient vu le jour et avaient disparu, que pourquoi pas ? D’ail-leurs, qui savait de quoi demain serait fait ? Peut-être que les hommes qui viendraient après eux les oublieraient à leur tour, et que dans dix mille ans, dans mille ans, tout ce qu’on raconterait sur cette civilisation ne serait plus que des légendes également ! Mais, en ce temps-là, le pouvoir du cristal était bien réel et encore puissant, malgré les oublis. Et toutes les connaissances n’avaient pas été perdues. Quant à ce qu’il permettait d’accomplir précisément, seuls les « initiés » le savaient. Eux seuls avaient le droit de s’en approcher et de le contempler. Et pour devenir un « initié », ce n’était pas une mince affaire. On ne le devenait que dans certaines conditions très spécifiques, après de longues études et après avoir fait ses « preuves », ou après avoir accompli un acte notoire extraordinaire. L’initiation apportait bon nom-bre de privilèges, permettant d’accéder aux charges les plus impor-tantes du royaume, mais celle-ci n’était pas offerte à tous. Si tout le monde rêvait un jour d’être présenté, peu tentaient de la passer et encore moins nombreux étaient ceux qui parvenaient jusqu’au bout. C’est dans le « Palais de Cristal » qu’avaient lieu toutes les épreuves, ainsi que les rituels cérémoniels d’admission, une fois par an, pour tous les Domaines. Et cette année, les nouveaux « initiés » profiteraient de la présente fête pour être intronisés, en plus de l’événement exceptionnel qui commandait aux festivités.
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Situé sur un tertre dominant l’immense plaine fertile entourée de toutes parts de hautes chaînes montagneuses telles de formidables fortifications, le Palais de Cristal se profilait de son élégante silhouette à l’extrémité septentrionale de la colline. Les murs de marbre gris étaient striés de motifs en jaspe rouge décorant les façades des bâtiments. De hautes colonnes soutenaient un dôme imposant recouvrant tout le bâtiment principal. Sur le côté gauche, une aile reliée au palais par des arches s’étendait en un coude en direction du sud-est. Constitué du même marbre gris, ce bâtiment secondaire, imposant par sa masse et sa richesse décorative, autant à l’extérieur qu’à l’intérieur, abritait le Conseil des Mille Royaumes. C’est là, dans cette grande salle sombre, mais richement meublée, que les représentants des Domaines traitaient entre eux des affaires et recevaient les doléances des habitants pour tout ce qui concernait l’ensemble des royaumes. Le Palais était également flanqué sur sa droite du Temple principal de la cité, lieu des cérémonies officielles et royales. Le Temple n’avait rien à envier de la beauté et finesse des ouvrages des autres bâtiments. De couleur grise unie, de multiples colonnes en malachite verte posaient l’assise du toit, aux nombreuses arches et arcades, d’où dépassaient quelques gargouilles plus ou moins bienveillantes, aux airs menaçants. Entre les colonnes, des niches abritaient des statues aux allures anciennes. Sur le côté, à quelques mètres du Temple, au sud-ouest, une tour s’éle-vait, la Maison de la Reine, demeure de la famille royale et de toute sa suite. L’ensemble de ces bâtiments était entouré de toutes parts de jardins, entretenus avec soin. Dans la partie septentrionale, des bois aux essences variées séparaient les bâtiments des murailles, tandis qu’au sud trônait une magnifique fontaine sculptée dédiée aux génies du lieu, entourée de parterres de fleurs de toutes les couleurs. De l’autre côté de la fontaine, face au palais, une pyramide avait été érigée au centre de la Grande Place Centrale, sur laquelle débouchaient les quatre rues, artères principales de la Cité, chacune délimitée par un arc de triomphe aux effigies des quatre esprits gardiens des points cardinaux.
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La rue qui remontait vers le nord, la plus étroite des quatre et la moins fréquentée, se dirigeait rapidement en lacets vers les marais s’étendant au pied des montagnes ; celle de l’ouest traversait les thermes et le quartier des temples intra-muros, pour longer le quartier militaire hors de l’enceinte ; l’artère méridionale donnait sur d’autres jardins, le port fluvial et des quartiers d’habitation, avant de longer le fleuve ; et enfin la dernière allait se perdre vers les contrées orientales en passant entre le plus important quartier d’habitation au nord et les Arènes au sud. Et au-delà de ces routes, s’étendaient les chaînes montagneuses, avec certains sommets toujours enneigés, les plus élevés se trouvant dans la partie occidentale du Royaume. C’est au pied des murailles, à l’extérieur, que la plupart des étrangers, visiteurs venus de tous les horizons, allaient installer leur campement pour quelques décades, sur les emplacements prévus à cet effet, tandis que la majorité des représentants des Domaines seraient hébergés chez l’habitant, sous tentes dans les jardins privés saturés du parfum de myriades de fleurs ou dans des bâtiments en dur, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’enceinte de la Cité, selon leur importance.
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