Le débutant

Le débutant

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Arsène Bessette est un journaliste et écrivain québécois. Extrait : Un jour Paul confia à sa tante un gros secret : il voulait épouser l'institutrice. La brave femme s'en boucha les oreilles : « C'était-y-possible, à son âge ! » Elle se promit de l'envoyer à confesse au plus tôt et ne dit rien. L'enfant, prenant ce silence pour une approbation, crut son projet de mariage parfaitement réalisable, et, déjà, presque réalisé. Ce fut une joie innocente et profonde.

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Nombre de lectures 63
EAN13 9782824712642
Langue Français
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ARSÈN E BESSET T E
LE DÉBU T AN T
BI BEBO O KARSÈN E BESSET T E
LE DÉBU T AN T
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1264-2
BI BEBO OK
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Fontes :
– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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encourag é à le fair e .
V ous de v ez aribuer l’ o euv r e aux différ ents auteur s, y
compris à Bib eb o ok.  en jour nalisme , aux hommes publics sincèr es et
dr oits, à tous ceux qui ont p erdu leur s illusions, avant ou enA même temps que leur s che v eux, je dé die ce mo deste travail,
Ar sène Bessee ,
St-Je an, 19 janvier 1914.
Au lecteur
L’auteur avait d’ab ord song é à demander à l’un de nos hommes
illustr es de lui é crir e une préface p our son liv r e . Mais il y en a tr op , ça
l’a dé courag é ; il n’a p as su le quel choisir .
Il a craint aussi la concur r ence . Si on ne lisait que la préface , sans lir e
le liv r e ?
C’ est p our quoi ce mo deste v olume entr e dans le monde sans p ar rain.
C’ est bien fait p our lui.
L’auteur a é crit ce liv r e av e c la plus grande sincérité , cr o yant fair e
o euv r e utile en montrant aux naïfs et à la jeunesse ine xp érimenté e ce
qu’ on leur cache av e c tant de soin. Il raconte ce qu’il connaît, sans se
soucier de plair e à celui-ci ou de mé contenter celui-là , p ar simple amour
de la V érité , cee vier g e que l’ on viole si souv ent, qu’il faut sans cesse lui
acheter une r ob e nouv elle .
1Le débutant Chapitr e
Ce liv r e , il ne p ouvait l’é crir e autr ement, puisqu’il l’a é crit comme il le
p ensait. Il a fait ce qu’il cr o yait bien. Le le cteur le jug era comme il v oudra.
A.B.
N.B. C’ est de l’histoir e d’hier que l’auteur s’ est inspiré p our é crir e ce
r oman ; mais cee histoir e r essemble singulièr ement à celle
d’aujourd’hui. D es ty p es du monde du jour nalisme qu’il présente aux le cteur s, b e
aucoup ont disp ar us, mais d’autr es viv ent encor e . ant aux p er sonnag es
p olitiques dont il est question, ils sont de tous les temps, depuis la
Confédération des pr o vinces du Canada, jusqu’à nos jour s. Et l’ espè ce ne p araît
p as prête de s’éteindr e : elle fait constamment des p etits.
n
2CHAP I T RE I
Aux champs
 ’   le plus intellig ent de la classe , qu’il avait une
jolie v oix et que c’était un élég ant p etit homme , à chaque e x amen,P l’institutrice du quatrième ar r ondissement, de la p ar oisse
Mamelmont, lui faisait lir e l’adr esse de bienv enue à monsieur le curé et aux
commissair es d’é coles. Cela ne lui plaisait guèr e , à cause des pr ofondes
ré vér ences qu’il fallait fair e au commencement et à la fin. D éjà , dans son
âme d’ enfant, il sentait l’humiliation des courb ees p our la dignité
humaine . Mais l’institutrice était si g entille av e c lui, elle avait une façon de
lui car esser la joue qui lui eût fait fair e bien d’autr es choses. Signes
préco ces, chez l’ enfant, indiquant que plus tard l’homme joindrait à l’amour
de l’indép endance le culte de la b e auté .
À douze ans, Paul Mir ot aimait mademoiselle Ge or g ee Jobin,
l’institutrice . Il l’aimait p ar ce qu’ elle avait de grands y eux noir s et la p e au
blanche , la taille souple et le g este gracieux, br ef, p ar ce que c’était une
b elle fille . Il est v rai qu’ elle était b onne p our lui, qu’ elle le traitait en
3Le débutant Chapitr e I
fav ori, p ar ce que l’admiration de cet enfant p our sa b e auté la touchait
comme un hommag e sincèr e , sans l’ ombr e d’une mauvaise p ensé e .
Souv ent elle le g ardait après la classe , l’amenait chez elle , le pr enait sur ses
g enoux et le faisait causer . Le p etit homme appuyait sa tête blonde sur
cee p oitrine aux contour s pr o v o cants, r espirait av e c délices le p arfum
de cee chair de femme et tâchait de dir e des choses jolies p our qu’ on
lui p er mît de r ester plus longtemps, comme cela, à la même place . Et
c’était toujour s av e c p eine qu’il v o yait appr o cher le moment où sa grande
amie le r emeait deb out en lui disant : « Maintenant, mon p etit, file vite ,
on p our rait êtr e inquiet chez v ous. » Elle lui donnait un b on baiser de
ses lè v r es chaudes et il s’ en allait av e c l’impr ession de cee car esse , qui
durait jusqu’au lendemain.
Cet amour était toute sa vie , du r este , car chez l’ oncle Batè che , qui
l’avait r e cueilli or phelin, à quatr e ans, l’ e xistence n’était p as g aie . L’ oncle
n’était p as mé chant, mais il avait ses opinions, des opinions que lui seul
compr enait et qu’il s’ effor çait d’imp oser , chez lui, p our se v eng er des r
ebuffades essuyé es au conseil municip al de la p ar oisse , dont il était l’un des
plus b e aux or nements. À cet enfant de douze ans, il v oulait inculquer des
princip es sé vèr es de v ertu chrétienne en même temps que le g oût de la
cultur e de la b eerav e , dont il aurait fait la grande industrie du p ay s, si on
avait v oulu l’é couter au conseil. Paul préférait les amusements de son âg e
à ces discour s sans suite ; mais il lui était imp ossible de s’é chapp er avant
l’heur e où le b onhomme p artait p our son champ , ou bien s’ en allait autr e
p art. La tante Zo é ne valait guèr e mieux, comme intellig ence , cep endant,
elle avait plus de b onté de co eur . À sa façon, elle aimait bien le p etit qui
lui était ar rivé tout fait, elle qui n’avait jamais pu rien conce v oir , p as plus
phy siquement que moralement. and il était sag e , elle lui donnait un
mor ce au de sucr e , et la fessé e s’il avait sali sa culoe en jouant av e c ses
camarades d’é cole .
T out de même , le ménag e Batè che avait une certaine considération
p our le ne v eu, à qui les p ar ents avaient laissé une fer me en mourant, et
tr ois mille dollar s d’ar g ent prêté destiné , d’après le testament, aux soins
de son enfance et à son é ducation. En r e cueillant l’ or phelin, l’ oncle avait
été char g é de l’administration de ses biens. Il les administrait le plus
honnêtement p ossible , tout en s’appr opriant la pr esque totalité des r e v enus
4Le débutant Chapitr e I
de la fer me , en comp ensation de sa mise en valeur . Il y avait aussi la dîme
au curé , les tax es municip ales, la r ente du seigneur à p ay er . L’ar g ent file
si vite .
Un jour Paul confia à sa tante un gr os se cr et : il v oulait ép ouser
l’institutrice . La brav e femme s’ en b oucha les or eilles : « C’était-y-p ossible ,
à son âg e ! » Elle se pr omit de l’ env o y er à confesse au plus tôt et ne dit
rien. L’ enfant, pr enant ce silence p our une appr obation, cr ut son pr ojet
de mariag e p arfaitement ré alisable , et, déjà , pr esque ré alisé . Ce fut une
joie inno cente et pr ofonde .
Hélas ! au moment où il cr o yait que ce b e au rê v e de toujour s r ester ,
désor mais, dans les bras de sa bien-aimé e , allait s’accomplir , il fit la dé
couv erte d’une chose affr euse : l’institutrice avait un amour eux, un grand. Il le
connaissait bien, c’était Pier r e Blute au, le b e au Pier r e , comme on l’app
elait. Il avait la sp é cialité des institutrices, ayant fait la cour à toutes celles
qui étaient p assé es p ar l’é cole . Il avait même été la cause d’un scandale
dont on s’abstenait de p arler de vant les enfants. and il p assait sur la
r oute , à la tombé e de la nuit, plus d’une honnête femme de cultivateur
se disait : « Ben sûr qu’y s’ en va v oir la maîtr esse . » Et l’ on g oûtait, dans
cee e xpr ession, toute la sav eur p er v er se d’une mauvaise p ensé e . On s’ en
confessait p our fair e ses Pâques. Il savait tout cela, le p etit Mir ot, sans tr op
compr endr e de quoi il s’agissait.
Mais c’ en était assez p our lui fair e pr essentir le dang er que courait sa
sé duisante amie . Il aurait v oulu la défendr e contr e ce dang er en défendant
en même temps son amour . Mais comment fair e ? Il ne savait p as. Ce
qu’il avait sur le co eur , il ne savait p as, non plus, comment l’ e xprimer .
D’ailleur s, depuis quelque temps ; l’institutrice le néglig e ait b e aucoup . Il
n’allait plus chez elle après la classe et il ne p ouvait lui p arler que de vant
ses p etits camarades. Un soir , il v oulut la suiv r e , comme autr efois, elle le
r env o ya br usquement.
Il en fut malade huit jour s.
and il r e vint à l’é cole , l’institutrice p ar ut à p eine av oir r emar qué
son absence et s’infor ma distraitement de sa santé . Il en fut pr
ofondément blessé , et à p artir de ce jour , il se liv ra av e c achar nement au jeu,
p endant les ré cré ations. Ses camarades ne lui plaisaient guèr e , p ourtant.
Ils étaient, p our la plup art, malpr opr es, d’une br utalité ré v oltante et
d’in5