Le fantôme de la rue Michel-Ange

Le fantôme de la rue Michel-Ange

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En juin 1914, M. et Mme Falaise organisent un dîner pour célébrer l'entrée aux Beaux Arts de leur fils unique et invitent leurs meilleurs amis. Au cours du dîner la conversation prend la tournure d'un débat sur les apparitions après la mort d'un proche, sur la communication avec l'au-delà. Personne ne se doute alors que cette conversation sera le prologue d'un drame de famille assez bizarre. Peu de temps après la guerre éclate, avec son cortège de morts... Extrait : e vous citerai le plus probant. Ils étaient entrés en relations avec le sous-lieutenant Malais, qui commandait en second la batterie de Georges Falaise. Le sous-lieutenant Malais avait été blessé et fait prisonnier le 21 février. En captivité, il a pu donner des détails sur la mort de son compagnon d'armes. C'est vers cinq heures du soir que les premières vagues allemandes ont débordé les premières lignes françaises et ont déferlé sur Brabant. Georges Falaise, avec les hommes de sa batterie, essayait d'emmener ses canons quand il a été tué d'une balle au front. Il a levé les bras et il est tombé sans un cri. Exactement comme la scène avait été décrite par son père et sa mère.

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Nombre de lectures 30
EAN13 9782824712697
Langue Français
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H EN RY BORDEA UX
LE F AN T ÔME DE LA
RU E MICH EL- ANGE
BI BEBO O KH EN RY BORDEA UX
LE F AN T ÔME DE LA
RU E MICH EL- ANGE
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1269-7
BI BEBO OK
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compris à Bib eb o ok. L  demain.
L À Henri de Régnier
Mon cher ami,
Aux temps lointains du symbolisme, quand vous étiez déjà un prince de la
jeunesse et que je publiais – à vingt ans à peine – mon premier livre, une
brochure sur Villiers de l’Isle-Adam, je me souviens de vous avoir entendu
commenter ces contes étranges, l’Inter signe , V éra, Clair e Lenoir où se
superposent deux visions, l’une du monde réel, l’autre du monde invisible scruté
et investi. Je n’osais, dans mon ombre, supposer alors que mon admiration
pour le poète qui célébrait si noblement, et non sans quelque élégante et
courtoise ironie, l’auteur d’ Ak é dy sseril, se doublerait un jour d’amitié, et
je ne pouvais soupçonner que je connaîtrais l’honneur d’être reçu par lui à
l’Académie française.
Voulez-vous me permere, en souvenir de ces heureux temps, de vous
offrir cet ouvrage où s’opposent deux explications des phénomènes occultes ;
si j’ai penché pour la plus naturelle, c’est peut-être que j’aime trop notre
1Le fantôme de la r ue Michel- Ang e Chapitr e
bonne terre pour désirer de la quier. . .
Henry Bordeaux.
Chalet du Maup as, ce 1 ᵉʳ septembr e 1922.
n
2CHAP I T RE I
Dîner d’av ant-guer r e
   hôtel de la r ue Michel- Ang e , à A uteuil, constr uit
et meublé p ar lui-même , Falaise avait convié ses meilleur s amisD – ou, plutôt, ses amis les plus r enommés, car il lui faut v
olontier s un p eu de publicité p our stimuler ses sentiments, – afin de célébr er
le succès de son fils Ge or g es, son fils unique , r e çu à l’École des Be
auxArts, C’était avant la guer r e , – au mois de juin 1914, si j’ai b on souv enir .
Il avait réuni des pr ofesseur s de l’École , de grands entr epr eneur s, enfin le
critique d’art, Mer valle , et Ber nin, le fameux historien de la Renaissance ,
tous accomp agnés de leur s femmes, sauf Ber nin qui est célibatair e et qui
p assait alor s p our fair e un doigt de cour – comme on disait autr efois – à
la blonde et subtile M ᵐᵉ Mer valle , d’ origine anglaise et tout inspiré e , dans
ses toilees et son g enr e d’ esprit, des p eintr es préraphaélites, char mants
mo dèles désuets. Elle se situait elle-même dans une mo de et un temps
rév olus, ce qui ne de vait p as déplair e à un é v o cateur du p assé . La cour d’un
Ber nin ne saurait êtr e se crète : il s’ébr oue , s’étale , se se coue comme un
3Le fantôme de la r ue Michel- Ang e Chapitr e I
p achyder me sortant d’un fleuv e et mène grand vacar me av e c ses ane
cdotes et thé ories d’histoir e sur l’ép o que de Machiav el et de Laur ent de
Mé dicis : mais il conte bien, il a du trait, du mouv ement, de la couleur , et
il sait intér esser même une femme délicate et fine .
M ᵐᵉ Falaise avait manqué à toutes les habitudes mondaines en ne le
plaçant p as dans le v oisinag e de son flirt. Mais M ᵐᵉ Falaise n’a aucun
souci des usag es mondains : elle est demeuré e de sa pr o vince et supplé e
p ar sa b onté sy mp athique et sa douceur aimable à cet esprit d’intrigue
qui agite tant de maîtr esses de maison. Elle p ossède une qualité
infiniment rar e dans le tohu-b ohu et le tintamar r e actuels : elle est r ep osante .
and on est las d’ entendr e les affir mations catég oriques des jeunes g ens
et les jug ements définitifs des jeunes filles, on la r eg arde av e c plaisir , car
elle n’a p as d’avis et ne cher che p as à v ous en inflig er un d’autorité . Par
sur cr oît, elle est distingué e et g arde , la quarantaine accomplie , un char me
de noblesse p aisible et de dignité morale . En tenant é cartés l’un de l’autr e
M ᵐᵉ Mer valle et M. Ber nin, elle n’avait p as fait un si mauvais mar ché .
L’historien, p our plair e à trav er s la table , se mit en frais, et le mari, piqué
au jeu, lui donna la réplique , en sorte que nous assistâmes, ce soir-là , à
une joute oratoir e éblouissante comme un jeu d’ép é es entr e escrimeur s
français et italien, l’un cor r e ct et rapide dans ses p arades et ses feintes,
l’autr e e xp ert aux immenses moulinets et aux char g es br uyantes.
Cep endant, toujour s curieux de sur pr endr e en action les p assions
humaines, j’avais fait des y eux le tour de la table p our y cher cher d’autr es
éléments d’intérêt et j’avais ap er çu, à l’un des b outs, une jeune fille , la
seule de l’assistance , qui était la v oisine du hér os de la fête , Ge or g es
Falaise , le nouv el élè v e des Be aux- Arts. Une jeune fille vêtue simplement,
pr esque tr op simplement, d’une r ob e r ose sans un pli – de ces r ob es
étr oites que l’ on p ortait alor s et qui liv raient aisément les for mes du
cor ps – mais assez dé colleté e p our laisser p arler en sa fav eur les bras,
les ép aules, le cou d’une blancheur p olie et comme glacé e . Le visag e au
r ep os était sans é clat, sans ray onnement, et je m’ en serais détour né assez
vite , malgré la régularité des traits, si je n’avais été airé p ar son e xpr
ession même , concentré e , contracté e , fer mé e , les lè v r es minces et ser ré es,
les y eux v erts indiffér ents, toute la p ose immobile , celle que les sculpteur s
prêtent à Poly mnie , la muse de la Mé ditation.
4Le fantôme de la r ue Michel- Ang e Chapitr e I
— elle est cee jeune fille ? m’infor mai-je auprès de ma v oisine ,
M ᵐᵉ Rémy , la femme du grand constr ucteur , qui est une familièr e de la
maison.
— Une p ar ente de pr o vince , M ˡˡᵉ Suzanne Gir oux. La cousine p auv r e .
— Une jolie cousine .
— V ous tr ouv ez ? Il me semble qu’ elle est insignifiante . Les Falaise
sont très b ons p our elle . Ils la g ardent chez eux à Paris. Elle s’ ennuie à
Poitier s. Elle a un tas de frèr es et de sœur s.
Je p ensai :
« La cousine p auv r e a des v ues sur son b e au cousin. »
En effet, quand elle se tour nait v er s lui, le r eg ard indiffér ent s’é clairait,
mais d’un é clat fugitif, comme p eur eux. Je n’ eus guèr e le loisir de l’
observ er , car nous fûmes tous bientôt p erdus dans la bataille d’ér udition que
se liv raient, en face l’un de l’autr e , Mer valle et Ber nin.
L’ o ccasion leur avait été four nie p ar notr e hôte en p er sonne . Il avait,
dans la jour né e même , visité une maison prétendue hanté e où les lo
catair es entendaient, pr esque chaque nuit, toutes sortes de br uits bizar r es :
p ortes s’ ouv rant et se fer mant toutes seules av e c fracas, craquements des
p ar quets, mouv ements des meubles, comme si quelque p er sonnag e
invisible se pr omenait en colèr e dans l’app artement. Et, natur ellement, il
n’avait rien constaté d’anor mal. Il racontait son enquête en plaisantant,
aribuant ces phénomènes à une hallucination colle ctiv e pr o v o qué e p ar
la p eur car , p our sa p art, en homme bien é quilibré , p our v u d’une b onne
santé , lab orieux, p ondéré , et d’ailleur s tout fr oé de cee vie p arisienne
qui est une essence de scepticisme et d’ir onie , il n’admeait rien de ce qui
é chapp e à nos inv estig ations. Mais les vieilles maisons ont des plancher s
p our ris, des p outr es v er moulues, et cela p eut suffir e à e xpliquer ces br uits
que se hâte de gr ossir l’imagination.
— Parlez-moi, conclut-il, prê chant p our sa p ar oisse , des maisons
neuv es. Elles sont confortables, et il n’y a p as de fantômes.
— V ous v ous tr omp ez, répliqua Mer valle . and W alter Sco fit
constr uir e une aile à son châte au d’ Abb otsford, c’ est dans la p artie neuv e
à p eu près ache vé e et meublé e , mais qu’il n’habitait p as encor e , qu’il
entendit, une nuit, un effr o yable vacar me . Ré v eillé en sur saut, il s’ar ma et
visita cee aile ino ccup é e : tout y était rang é en ordr e . Or , il apprit, le
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