Le Grand Chef des Aucas

Le Grand Chef des Aucas

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Extrait : Un laps de temps assez long s'écoula sans qu'aucun bruit vînt troubler le silence solennel qui planait sur la Plaça Mayor. Tout à coup, un profond soupir s'échappa du monceau de cadavres, et une tête pâle, défigurée par le sang et la boue qui la souillaient, s'éleva lentement au-dessus de ce charnier humain, écartant avec effort les corps qui la cachaient. La victime, qui survivait par miracle à cette sanglante hécatombe, jeta un regard inquiet autour d'elle, et passant la main sur son front baigné d'une sueur froide : --- Mon Dieu~! mon Dieu ! murmura-t-elle avec angoisse, donnez-moi la force de vivre afin que je puisse me venger !

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Nombre de lectures 37
EAN13 9782824712116
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo
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GUST A V E AIMARD
LE GRAN D CH EF DES
A UCAS
BI BEBO O KGUST A V E AIMARD
LE GRAN D CH EF DES
A UCAS
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1211-6
BI BEBO OK
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– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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   tr ente ou quarante ans, alor s qu’ on meait près de quinze
jour s p our se r endr e de Paris à Mar seille , et qu’ on n’était p as tou-I jour s sûr d’ar riv er à destination, il fallait êtr e doué d’une certaine
dose de courag e p our se risquer de pr op os délibéré sur un navir e à
vap eur p artant à la dé couv erte . Les p ay s étrang er s étaient entourés d’une
auré ole my stérieuse qui faisait r eg arder comme des êtr es à p art ceux que
le b esoin d’av entur es ou le désir d’appr endr e p oussaient v er s les régions
inconnues.
A ujourd’hui, grâce à la vap eur et aux chemins de fer , les distances
n’ e xistent plus ; le b esoin de chang er de place est de v enu g énéral, et tous,
grands ou p etits, riches ou p auv r es, s’élancent à qui mieux mieux v er s les
régions éloigné es. i n’a fait au moins, une fois dans sa vie le tour du
monde ?
Seulement, comme l’a dit un grand p oète contemp orain, aujourd’hui
on ne v o yag e plus, on ar riv e . En effet, les p ay s qui sép ar ent le p oint de
dép art de celui de l’ar rivé e , demeur ent supprimés, un coin du v oile
seulement est soule vé , et la curiosité viv ement e x cité e se tour ne de plus en
plus v er s ces contré es lointaines entr e v ues à p eine à trav er s des nuag es
de vap eur et de fumé e .
1Le Grand Chef des A ucas Chapitr e
À l’ép o que où M. Aimard a entr epris ses v o yag es, la vap eur n’était
encor e que dans l’ enfance et les chemins de fer n’ e xistaient p as.
T our menté p ar une fié v r euse inquiétude dont il ne cher chait même
p as à se r endr e compte , ne p ouvant souffrir aucun fr ein et aspirant à des
jouissances suprêmes loin du monde civilisé qu’il ne v oulait p as
compr endr e , M. Aimard p artit av e c l’intention de ne plus r e v enir . Libr e de
tout lien, de toute affe ction, ne laissant der rièr e lui ni amitiés ni haines,
le jeune av enturier était dans les meilleur es conditions p ossibles p our
mener la vie étrang e qui allait commencer p our lui. A ussi, av e c quel b onheur
il p osa le pie d en Amérique et il s’élança à trav ers les Pamp as et les
prairies !
Vingt anné es de sa vie se sont ainsi é coulé es au milieu des tribus
errantes et indompté es des deux Amériques, franchissant à leur suite
d’incommensurables distances ; chassant, pê chant et combaant av e c les
Indiens ; sondant le désert dans ses plus my stérieuses pr ofondeur s ;
gravissant les cimes les plus escar p é es des Cordillèr es, ou, la hache à la main,
se frayant un chemin à trav er s les forêts vier g es du Nouv e au-Monde .
Cee vie du désert, si r ude , si pleine de fatigue , est bien faite p our
r enouv eler l’homme ; les idé es s’élar gissent, on s’habitue à p enser et à
cr oir e . La vie des b ois v ous r end meilleur et v ous fait compr endr e la
mission de dé v ouement, d’abnég ation et de travail que Dieu a imp osé e à
l’homme sur la ter r e .
elle e xistence que celle du nomade ! Ne r e connaissant d’autr e
maîtr e que Dieu, d’autr e loi que son caprice , libr e d’ entrav es de toute
sorte , monté sur un che val aussi indomptable que lui-même , ses pistolets
à la ceintur e , son coute au dans sa b oe , son lasso aux ar çons, et son fusil
sur le de vant de sa selle , il s’élance g aiement en avant. Il ne sait où il va et
ne se soucie même p as de le sav oir , se fiant à son courag e et à son audace ,
convaincu que Dieu ne l’abandonnera p as.
Rentré dans le monde civilisé , M. Aimard a pris la plume , non p our
se fair e homme de ler es, mais p our r e viv r e av e c son p assé . Il se cr oit
encor e au désert, lor squ’il raconte ses cour ses av entur euses, ses chasses
émouvantes, les p érils qu’il a affr ontés.
D ans un pr emier ouv rag e , les T rapp eur s de l’ Ark ansas, il n’avait
timidement esquissé que quelques-unes de ses av entur es dans les prairies ;
2Le Grand Chef des A ucas Chapitr e
dans le Grand Chef des A ucas, il s’ est laissé malgré lui emp orter p ar le flot
puissant de ses souv enir s. Il a v oulu r etracer comment lui, enfant p erdu
de cee civilisation eur op é enne tant vanté e mais si étr oite , il s’était p eu à
p eu transfor mé au désert, et comment, à l’asp e ct des forêts vier g es, sous
la conduite des sauvag es habitants de ces contré es, il était enfin de v enu
homme .
V alentin Guillois n’ est p as un hér os de conv ention, c’ est l’auteur tout
entier av e c ses qualités et ses défauts ; ce liv r e n’ est que l’histoir e de ses
sensations. Ses acteur s, M. Aimard les a tous connus, il a p artag é leur s
joies et leur s douleur s. A ujourd’hui il épr ouv e un plaisir rétr osp e ctif
indicible à se r etr ouv er av e c eux, à les r essusciter tels qu’il les a v us à l’ép o que
où il était si heur eux p ar ce qu’il était libr e .
« C’ est à ce titr e que j’applaudis au liv r e de M. Aimard », dit M. Paul
d’Iv oi dans sa chr onique , « ce qu’il faut v oir surtout dans un liv r e , c’ est
l’ esprit qui l’anime , le sentiment qui l’inspir e . and les Arab es tuent un
lion, ils en font mang er le cœur à leur s enfants p our les r endr e forts. Ces
liv r es qui nous p arlent de lib erté , de grand air , de courag e , de dé v ouement,
de vaillance , sont une saine nour ritur e : c’ est aussi du cœur de lion. »
n
3CHAP I T RE I
Le chap ar r al
   séjour en Amérique , le hasard, ou plutôt
ma b onne étoile , me fit lier connaissance av e c un de ces chas-P seur s, ou cour eur s des b ois, dont le ty p e a été immortalisé p ar
Co op er , dans son p o étique p er sonnag e de Bas de cuir .
V oici dans quelle étrang e cir constance , Dieu nous plaça en face l’un
de l’autr e :
V er s la fin de juillet 1855, j’avais quié Galv eston, dont je r e doutais
les fiè v r es, mortelles p our les Eur op é ens, av e c le pr ojet de visiter la p artie
N.-O . du T e x as, que je ne connaissais p as encor e .
Un pr o v erb e esp agnol dit quelque p art : mas vale andar solo que mal
acomp anado , mieux vaut aller seul que mal accomp agné .
Comme tous les pr o v erb es, celui-ci p ossède un certain fond de vérité ,
surtout en Amérique , où l’ on est e xp osé à chaque instant à r encontr er
des co quins de toutes les couleur s qui, grâce à leur s dehor s sé duisants,
v ous char ment, captent v otr e confiance , et en pr ofitent sans r emords à la
4Le Grand Chef des A ucas Chapitr e I
pr emièr e o ccasion, p our v ous détr ousser et v ous assassiner .
J’avais fait mon pr ofit du pr o v erb e , et, en vieux r outier des prairies,
comme je ne v o yais autour de moi p er sonne qui m’inspirât assez de sy
mp athie p our en fair e mon comp agnon de v o yag e , je m’étais brav ement
mis en r oute seul, r e vêtu du pior esque costume des habitants du p ay s,
ar mé jusqu’aux dents, et monté sur un e x cellent che val demi sauvag e , qui
m’avait coûté vingt-cinq piastr es ; prix énor me p our ces contré es, où les
che vaux sont pr esque à rien.
Je m’ en allais donc insoucieusement, vivant de la vie du nomade , si
pleine d’araits ; tantôt m’ar rêtant dans une tolderia, tantôt camp ant dans
le désert, chassant les fauv es, et m’ enfonçant de plus en plus dans des
régions inconnues.
J’avais, de cee façon, trav er sé sans encombr e , Fr e dericksbur g, le
Llano Braunfels, et je v enais de quier Castr o ville , p our me r endr e à
ihi.
D e même que tous les villag es hisp ano-américains, Castr o ville est
une misérable agglomération de cabanes r uiné es, coup é e à angles dr oits
p ar des r ues obstr ué es de mauvaises herb es qui y p oussent en lib erté , et
cachent des multitudes de four mis, de r eptiles, et même de lapins d’une
fort p etite espè ce , qui p artent sous les pie ds des rar es p assants.
Le pueblo est b or né à l’ ouest p ar la Mé dina, mince filet d’ e au pr esque
à se c dans les grandes chaleur s, et à l’ est p ar des collines b oisé es, dont le
v ert sombr e tranche agré ablement à l’horizon sur le bleu pâle du ciel.
Je m’étais char g é à Galv eston d’une ler e p our un habitant de
Castr o ville .
Le digne homme , dans ce villag e , vivait comme le rat de La Fontaine ,
au fond de son fr omag e de Hollande . Char mé de l’ar rivé e d’un étrang er ,
qui lui appr endrait sans doute des nouv elles, dont, depuis si longtemps,
il était se v ré , il m’avait r e çu de la manièr e la plus cordiale , ne sachant
qu’imaginer p our me r etenir .
Malheur eusement, le p eu que j’avais v u de Castr o ville avait suffi p our
m’ en dég oûter complètement, et je n’aspirais qu’à p artir au plus vite .
Mon hôte , désesp éré de v oir toutes ses avances r ep oussé es, consentit
enfin à me laisser continuer ma r oute .
— A dieu donc ! puisque v ous le v oulez, me dit-il, en me ser rant la main
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