Rose et vert-pomme

Rose et vert-pomme

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Extrait : Horreur des horreurs ! Dans un petit jardin contigu à la voie, un homme jeune encore était pendu à un arbre fruitier. Jonchant le sol, tout près, une dame en costume d'amazone, un revolver au poing, venait de se tuer, probablement pour ne pas survivre au monsieur pendu. À deux pas, sur le gazon, une femme entièrement nue, le ventre ouvert, les intestins au soleil, les yeux démesurément agrandis par la terreur suprême, gisait\ldots{} Et puis, d'autres cadavres de tout âge et de tout sexe ! Quel drame terrible venait donc de se passer ?

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Nombre de lectures 30
EAN13 9782824712260
Langue Français
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ALP HONSE ALLAIS
ROSE ET V ERT -POMME
BI BEBO O KALP HONSE ALLAIS
ROSE ET V ERT -POMME
Un te xte du domaine public.
Une é dition libr e .
ISBN—978-2-8247-1226-0
BI BEBO OK
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– P hilipp H. Poll
– Christian Spr emb er g
– Manfr e d KleinLicence
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A
n
1CHAP I T RE I
Un coin d’art mo der ne
— Tiens, fis-je en r e ce vant mon cour rier , la drôle d’ env elopp e !
C’était en effet une drôle d’ env elopp e , entièr ement couv erte p ar une
arab esque imprimé e av e c une encr e v ert-d’ e au, pâle comme celle d’un
ser p ent.
Cee env elopp e r e celait une carte de même natur e , à p art ce détail
que l’arab esque était à l’ env er s.
( Je v eux dir e p ar là que l’arab esque de la carte se contour nait en sens
inv er se à celui de l’ env elopp e . Car , où est l’êtr e assez malin p our dir e si
une arab esque est à l’ env er s ou à l’ endr oit ?)
A v e c une p eine énor me , je pus enfin dé chiffr er la teneur de cee carte
toute ty p ographié e de lilas-clair p assé :
« Le gr oup e des Né o-Pantelants prie monsieur Un Tel de visiter son
e xp osition qui se tiendra de telle date à telle date , telle r ue , tel numér o . »
Je n’ eus g arde de manquer le v er nissag e de cee e xp osition, et, comme
v ous p our r ez en jug er v ous-même , je ne r egr eai p oint mon v o yag e .
2Rose et v ert-p omme Chapitr e I
Le public qui p euplait les salles des Néo-Pantelants se comp osait des
jeunes hommes et des jeunes femmes qu’ on ne r encontr e guèr e qu’ en ces
sortes de solennités, ou bien alor s aux r eprésentations de Mæterlinck ou
d’Édouard Dujardin.
Le feu de l’ Art p our l’ Art scintille en leur s pr unelles. Les jeunes
hommes p ortent leur s che v eux souv ent très longs ; les jeunes femmes –
hiératiques, oh ! combien ! – semblent fraîchement guéries d’une grav e
maladie , à moins qu’ elles ne p araissent en couv er une pr o chaine , aussi
p er nicieuse .
Il y avait, dans la p eintur e des Néo-Pantelants , un p eu de tout : du
sy mb ole , du my stique , de l’arab esque , du tourbillonnisme , etc., etc.
( On me p er mera de baptiser de ce der nier nom une étrang e et
nouv elle é cole où l’ on semble v oir la natur e , à trav er s un éter nel cy clone .
Les arbr es, le sol, la mer , les r o cher s, le ciel, toute la natur e enfin, se
tord comme en pr oie à d’ine xprimables coliques. Sp e ctacle p énible , en
somme .)
ant au p ointillisme , je constatai sa pleine dé ché ance . On a emplo yé
tant de confei, ces der nièr es anné es, que p eut-êtr e n’ en r este-t-il plus
p our la p eintur e au p ointillé .
À p eine entré dans une salle , je fus viv ement frapp é p ar la v ue d’un
table au, duquel je m’appr o chai en viv e hâte .
Ce table au r eprésentait deux p er sonnag es, assis à côté l’un de l’autr e ,
un b onhomme et une b onne femme .
La b onne femme avait l’air très bête , et le b onhomme très frip ouille .
Mais le plus curieux de cee œuv r e d’art, c’était sa coloration : la
b onne femme était orang e et le b onhomme bleu.
Mais quel orang e , mes p auv r es dames ! Et quel bleu !
J’ai v u, dans ma déjà longue car rièr e , p as mal d’ orang es et des bleus
comme s’il en pleuvait. Eh bien ! je le jur e , je ne me souviens p as d’av oir
jamais r encontré des é chantillons s’appr o chant, même lointainement, de
ces deux tons-là .
Une étiquee sur le cadr e du table au p ortait ces deux mots :
Mes p ar ents
J’avais b e au luer : une stup eur cr oissante me clouait de vant le sp e
ctacle de ces deux b onnes g ens et je n’ar rivais p as à en rassasier mes
3Rose et v ert-p omme Chapitr e I
p auv r es y eux.
Un jeune homme , qui me r eg ardait depuis quelque temps, vint à moi,
et, d’une v oix douce :
— Cee p eintur e semble v ous intér esser , monsieur ? dit-il.
— À un p oint que je ne saurais dir e , monsieur .
— V ous me flaez considérablement, , car c’ est moi l’auteur .
— Ah ! monsieur . . . Et ne v o y ez, je v ous en conjur e , dans mes p ar oles,
aucun p arti pris de dénigr ement. . . v ous av ez des p ar ents d’une bien drôle
de couleur !
— Mon Dieu, monsieur , je ne prétends p as que , dans la natur e , mon
pèr e soit aussi indig o que cela, p as plus que ma mèr e ne se tr ouv e , à ce
p oint, orang e . À v rai dir e , mes dignes p ar ents seraient plutôt r oses. Mais
si je les avais p eints r oses, je v ous demande un p eu ce que cela aurait bien
v oulu dir e .
— ? ? ? ?
— J’ai v oulu raconter , en affublant chacun d’ eux d’une couleur
complémentair e de l’autr e , la p arfaite har monie qui n’a cessé de
présider à l’ e xistence de ces deux brav es g ens. V ous n’êtes p as sans sav oir
qu’un ray on orang e combiné av e c un ray on bleu r e constitue la lumièr e
blanche ?
— Je le sais, monsieur . . . J’ai v o yag é tr ois ans dans une maison qui
ne faisait que les couleur s complémentair es. Alor s rien de ce qui touche
à cee p artie ne me demeur e étrang er . . . V oulez-v ous me fair e l’amitié
d’accepter un b o ck au buffet ?
— Le plus v olontier s du monde , monsieur .
A u buffet, nous fîmes plus ample connaissance . Char mant g ar çon,
mon nouv el ami me présenta à quelques jeunes p eintr es de sa
connaissance et m’invita, p our le soir même , au banquet qui de vait fêter la
fondation des Néo-Pantelants .
J’acceptai de grand cœur .
La plus franche cordialité ne cessa de présider à ces ag ap es
esthétiques.
Seul un tourbillonniste , d’ origine américaine , je cr ois, tr oubla, un
instant, la sérénité du r ep as en chantant un couplet dû à la v er v e de son
comp atriote R. Sho omard :
4Rose et v ert-p omme Chapitr e I
Tout au fond du corridor sombre,
Les poissons pleuraient lentement ;
Et l’on apercevait dans l’ombre
Valser des filles, à deux temps.
Au bout d’une heur’ de c’t exercice,
On demanda de toutes parts :
Est-ce un petit feu d’artifice,
Où le gazouillis du têtard ?
Refrain.
Goui, goui, goui, goui, goui !
C’est le chant de la fauvee.
Goui, goui, goui, goui, goui !
C’est la voix du salsifis.
Goui, goui, goui, goui, goui !
C’est le cri de l’andouillee.
Goui, goui, goui, goui, goui !
C’est le chant du parapluie.
On eut toutes les p eines du monde à imp oser silence au Y ank e e , et la
conv er sation se réinstalla sur le tapis de l’ Art pur .
— Et à pr op os, fit quelqu’un à un autr e , comment se fait-il que tu n’aies
env o yé , cee anné e , rien de my stique ?
— Par ce que , rép ondit fr oidement l’inter p ellé , j’ai soup é de la r eligion.
— Oh !
— Oui, mes amis, j’ai soup é de la r eligion depuis l’été der nier , p ar un
soir d’ orag e . . . Mour ez-v ous d’ envie de sav oir les détails de mon désabus
my stique ?
— Liéralement !
— Eh bien ! v oici. C’était en Br etagne . . . Isolé de tout élément mondain,
menant une vie calme , simple , à même la natur e , jamais je ne m’étais senti
l’âme aussi pr ofondément r eligieuse . . . Un soir d’ orag e , qu’il tonnait, et
que je me hâtais de r eg agner ma maison, je p assai de vant un christ, un
de ces christs, comme il s’ en tr ouv e là-bas, naïfs et si touchants ! Je me
jetai au pie d du cr ucifix, et, dans un élan de foi ineffable , je priai le fils
de Dieu. Puis, je me r ele vai et m’ en allai. Je n’avais p as fait vingt p as que ,
machinalement, je tour nai la tête . Et v oici ce que je vis. . .
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