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Souvenir national de la fête patriotique offerte à la république Suisse par la ville de Macon : 5-9 Aout 1871...

De
163 pages
Legrand (Macon). 1871. France (1870-1940, 3e République). 164 p. ; In-8°.
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SOUVENIR NATIONAL
DE LA
FÊTE PATRIOTIQUE
OFFERTE
A LA REPUBLIQUE SUISSE PAR LA VILLE DE MACON.
MACON, IMPRIMERIE D'ÉMILE PROTAT.
SOUVENIR NATIONAL
DE LA
FÊTE PATRIOTIQUE
OFFERTE
A LA RÉPUBLIQUE SUISSE PAR LA VILLE DE MACON,
5-9 AOUT 1871,
PAR
CLAUDIUS FONTAINE,
CITOYEN GENEVOIS,
Ancien professeur des internés militaires français à Genève et à Aarau, auteur
de divers mémoires historiques, membre honoraire de la section des sciences
morales, politiques, d'archéologie et d'histoire de l'Institut national de
Genève, collaborateur du journal la Suisse radicale, etc.
OUVRAGE DEDIE A TOUS LES REPUBLICAINS,
GENEVE 1871.
MACON,
LEGRAND, libraire-éditeur.
Rue Philibert-Laguiche 51.
1871
Propriété réservée.
DÉDICACE.
A vous, frères républicains, je dédie ce livre.
Il est modeste, bien modeste, mais ses pages renfer-
ment des souvenirs aussi glorieux qu'impérissables !
Accueillez cet hommage d'un citoyen de la libre Hel-
vétie.
Nous sommes venus avec joie fraterniser avec vous sur
cette belle terre de France, rendue plus belle encore
lorsque le soleil qui la réchauffe est celui de la liberté.
Nous vous avons apporté l'élan de nos pensées et
l'amour de nos coeurs.
Nous vous avons quittés, émus de vos témoignages
sympathiques.
A nos épouses, a nos mères, à nos frères, a nos
soeurs , a nos enfants, nous avons raconté les scènes tou-
chantes dont nous avons été témoins à cette solennelle
manifestation de la cité républicaine de Mâcon.
Nous avions versé des larmes de joie chez vous ; ces
larmes de la reconnaissance, nos compagnes et ceux qui
nous sont chers les ont aussi partagées.
— 6 —
Le récit de ces journées, qui ont offert de sublimes
exemples, doit être transmis à ceux qui nous suivront, et
voilà pourquoi, frères républicains de France, j'ai
écrit ces lignes pour rappeler votre union à la Républi-
que, notre commune patrie.
Je dis commune patrie, parce que la patrie est partout
où règne la liberté.
Excusez les imperfections de mon travail, et croyez,
frères de France, qu'au delà de nos montagnes, nous
pensons toujours à vous, nous prions pour la prospérité
de votre généreuse nation , nous communions avec vous
par la pensée et par le coeur.
Vive la France républicaine !
CLAUDIUS FONTAINE.
Genève, août 1871.
— 7 -
PRÉPARATIFS DE LA FÊTE A MACON.
Aussitôt que les autorités de Mâcon décidèrent qu'une
grande fête patriotique de reconnaissance, fixée aux 5,
6, 7 , 8 et 9 août 1871 , serait offerte par leur cité a la
République helvétique, quelques organes réactionnaires
eurent l'indigne courage d'attaquer les dévoués et cou-
rageux citoyens, organisateurs de la plus belle des
démonstrations populaires dont la France puisse donner
l'exemple.
Ces journaux , nous ne les nommerons pas ; leur rôle
odieux leur a valu le mépris des Français et celui de nos
concitoyens.
Mâcon a répudié toute solidarité avec ces feuilles ven-
dues à la monarchie.
La presse républicaine a parlé, et surtout l'un de ses
excellents organes, l' Alliance, de Mâcon , par des paroles
élevées, auxquelles nous avons été sensibles, nous a
donné une nouvelle preuve que l'amitié dont nous avions
été honorés à Mâcon n'était pas un vain simulacre. La
fête de Mâcon fera époque dans l'histoire de cette ville;
elle aura un retentissement immense, n'en déplaise aux
réactionnaires et à tous les acolytes de l'Univers.
— 8 —
Et voici ces nobles paroles de l'Alliance républicaine :
« Ah ! nous vous en conjurons, libres fils de l'Helvétie, n'iden-
tifiez pas nos concitoyens avec ces gens-là ; fermez l'oreille à
leurs propos et détournez-vous d'eux avec mépris. Oubliez
tout et ne songez qu'à ceux qui vous tendent les bras, qui
vous accueillent avec des cris enthousiastes. Les journées qui
viennent de s'écouler vous ont permis de souder l'esprit et les
sentiments de la majorité de la population. Cela vous suffit.
Que vous importe le langage éhonté des ilotes? Que vous
font les satires des partisans de l'obscurantisme? Quand l'âme
est satisfaite et la conscience en paix, on peut laisser impuné-
ment son ennemi verser les flots de la noire calomnie ; ils vont
se perdre dans l'océan de l'oubli et du dédain.
Songez donc seulement à la joie que nous avons de vous
presser dans nos bras ; songez à cette démocratie mâconnaise,
l'espoir de l'avenir, qui veut s'inspirer de vos salutaires leçons
et de vos sublimes exemples. Apprenez-nous à aimer la Répu-
blique, à pratiquer la liberté, l'égalité, la fraternité, ces trois
vertus qui ont fait de vous un peuple modèle et vous ont per-
mis de triompher de tous les tyrans qui voulaient river à vos
mains la chaîne des esclaves. »
Après cet appel, nous nous empressons de féliciter et
de remercier cordialement les autorités de Mâcon, les
membres de la Société du tir, les organisateurs de la fête
et les généreux habitants de cette ville, pour l'empresse-
ment avec lequel ils se sont prêtés au succès de la solen-
nité dont eux avec nous garderont un précieux souvenir.
Oui, encore une fois , merci !
— 9 —
PRÉPARATIFS DE LA FÊTE EN SUISSE.
APPEL. — FÊTE ET TIR DE MACON.
Le comité central pour le tir de Mâcon s'est constitué.
Sur l'invitation des comités fédéraux du tir :
Il a décidé que les tireurs seraient invités à porter
un chapeau de paille avec ruban vert foncé, large , rho-
dodendron et cocarde fédérale en métal. — Le comité
demandera aux compagnies de chemins de fer d'accorder
des billets à prix réduits du 4 au 10 août, soit sur le
réseau français , soit sur les chemins de fer suisses.
Le comité s'adressera au comité de Mâcon pour obte-
nir que les cartes délivrées par le comité central servent
de cartes de légitimation soit pour entrer en France , soit
pour le port des armes, soit pour l'obtention des billets
de chemins de fer.
Ces cartes seront adressées dans le plus bref délai aux
chancelleries de chaque canton pour être remises aux
municipalités chargées de les délivrer. Le prix de ces
cartes est fixé à 2 fr.
Le départ de la députation principale aura lieu de
Genève le dimanche 6 août vers midi, par un train
spécial.
Les autorités cantonales ou communales, ainsi que les
sociétés, sont invitées à prévenir le comité central, pour
le 3 août au plus tard, du nombre de citoyens qui se
— 10 —
proposent d'arriver à Genève pour prendre le train de la
députation.
Le comité siégera à l'Hôtel de Ville tous les jours, de
dix heures à midi, pour donner les renseignements qui
seraient demandés
Toutes les communications doivent être adressées au
bureau du Comité central suisse pour le tir de Mâcon, à
Genève.
Les noms des membres du comité seront publiés inces-
samment.
Un modèle de chapeau présenté par M. Maeder, à Rerne,
a été adopté. Le comité laisse à chacun l'achat de cette
coiffure; des modèles sont déposés au bureau du comité.
Les journaux et sociétés suisses sont invités à donner
la plus large et la plus prompte publicité au présent avis.
Genève , 26 juillet 1871.
Moïse VAUTIER , président du Conseil d'Etat ;
Ch. FRIDERICH, conseiller national ; Emile
CAMBESSEDÈS , conseiller d'Etat.
La cordiale invitation faite aux citoyens suisses par les
républicains français, a la fête de Mâcon , a rencontré
un écho vraiment sympathique dans tous nos cantons. De
toutes parts on annonce des députations de tireurs et
d'amis ; l'élan, nous pourrions presque dire l'enthou-
siasme, est général : ce sera une vraie manifestation. La
Suisse sera dignement représentée. La colonne helvéti-
que formera une véritable armée. D'après les indices cer-
tains parvenus au comité central de Genève, on peut
compter sur 2,500 tireurs, sans parler des corps auxi-
liaires et des amis. Ce sera presque l'effectif de quatre
bataillons fédéraux.
On compte que Genève fournira un contingent d'envi-
— 11 —
ron 400 hommes , Neuchâtel peut-être autant, et Vaud au
moins 600. Cette troupe, armée de carabines et portant
le brassard fédéral, le chapeau d'ordonnance avec la croix
fédérale, les couleurs de la ville de Mâcon et une aigrette
de rose purpurine des Alpes (rhododendron), aura un
fort bel aspect. Elle sera distribuée et encadrée militaire-
ment , selon l'usage des confédérés dans les grands tirs
étrangers, et placée probablement sous le commandement
d'un officier supérieur de l'armée fédérale.
Des batteries de tambours et quatre musiques militaires,
en uniforme militaire, précéderont les différents corps.
On espère pouvoir obtenir le gracieux concours du corps
des cadets de Bâle avec leur batterie de canons , fanfare,
tambours, fifres traditionnels.
On a proposé aussi, et ce ne serait pas la partie la
moins belle ni la moins pittoresque de la colonne,
que le corps ou un détachement des anciens Suisses de
Vevey, dans leur costume de hallebardiers fédéraux du
XVIe siècle, accompagne la députation pour ouvrir et
fermer la marche (1).
Ce magnifique corps serait précédé de ses tambours et
fifres, battant la vieille marche des Suisses. N'oublions
pas le mutz (ours) légendaire de l'antique république de
Berne, compagnon obligé de toutes les réjouissances de
ce canton , paré des couleurs de la ville et armé de la pique.
Les drapeaux ondoyants et variés, donnant tant de vie,
de couleur et de mouvement à nos solennités nationales,
ne manqueront pas à ce beau cortége.
Chaque corporation de tireurs, chaque cercle ou société
de carabiniers apportera naturellement sa bannière. Le
vénérable drapeau, âgé de plusieurs siècles, de notre
(1) Ce projet n'a pas reçu d'exécution.
— 12 —
vieille confrérie des arquebusiers genevois (exercices
réunis de l'Arquebuse et de la Navigation) verra en par-
ticulier les bords de la Saône.
Cet illustre débris , qui ombrageait jadis de ses plis le
courageux Berthelier, chef des arquebusiers en son temps,
figurera honorablement en tête de nos carabiniers.
On sait que ce noble martyr, Berthelier , qui paya de
sa tête son dévouement pour les libertés de Genève, était
un membre actif de la confrérie des arquebusiers gene-
vois ; ce fut lui qui fonda, en particulier, l'ancien stand
de la Coulouvrenière.
A propos de bannière, le comité central doit, nous
assure-t-on, offrir aux citoyens de Mâcon un drapeau
fédéral en témoignage de la franche et généreuse invita-
tion adressée à la Suisse par ces citoyens.
Nous apprenons, d'autre part, que des prix d'honneur
se préparent de tous côtés. On nous dit que la députation
de Berne, qui se composera de plus de 200 carabiniers ,
apporte une magnifique coupe.
Celle de Fribourg se propose de suivre cet exemple.
C'est notre excellente fanfare d'élite qui accompagnera
en uniforme la députation genevoise.
On annonce aussi, comme nous l'avons dit, les corps
de musique militaire des cantons de Vaud , Neuchâtel et
Berne.
Le cortége général se formera à Genève, siége du comité
central et point de départ pour la France.
Les députations des cantons éloignés doivent arriver
samedi, dans la journée, et recevront l'hospitalité des
confédérés genevois. Des lits seront préparés dans les
casernes pour ceux qui ne seront pas logés chez les parti-
culiers.
— 13 —
Enfin, dimanche prochain, à onze heures et demie du
matin, la colonne helvétique partira pour Mâcon par le
train, après avoir fait le tour de notre ville et fait ses
adieux a la population.
Une réception magnifique lui est réservée.
Nouvelle excellente pour terminer : la compagnie du
Paris-Lyon-Méditerranée, à ce que nous apprenons , a
consenti généreusement à un rabais considérable pour le
transport des tireurs ; le voyage, aller et retour, de Genève
à Mâcon durant les jours de fête, ne coûtera que 11 à
12 fr.
Qui est-ce qui n'ira pas a Mâcon ?
La lettre suivante fut adressée à tous les gouvernements
cantonaux par le comité central suisse pour nos carabi-
niers qui désirent se rendre à la fête de Mâcon :
Genève, 28 juillet 1871.
MONSIECE LE CHANCELIER,
TRÈS-HONORE MONSIEUR,
Nous avons fait établir pour le tir de Mâcon des cartes dres-
sées conformément aux indications du Comité de la fête, et
qui sont de nature à donner toutes les facilités nécessaires aux
tireurs. Nous avons communiqué ces cartes aux autorités fran-
çaises pour qu'elles soient reconnues officiellement.
Le temps nous manquant pour entrer en rapports avec les
sociétés de carabiniers, nous adressons à la Chancellerie d'Etat
de chaque canton, en la priant d'en remettre le nombre né-
cessaire aux communes ou aux sociétés de tir.
Nous vous prions, Monsieur, de nous excuser pour la liberté
que nous avons prise, mais nous n'avions pas d'autres moyens
pour prévenir un encombrement et du désordre à la frontière,
au moment du passage des députations.
— 14 —
Il serait impossible de faire établir ces cartes à la dernière
heure à Genève, et il est absolument nécessaire que chaque
tireur ait sa carte régulièrement établie en arrivant dans notre
ville.
Le prix de la carte est fixé à 2 fr. Cette somme servira à
couvrir les frais de bureau pour Genève et Mâcon , et l'achat
des cocardes qui seront remises à Genève aux tireurs.
Nous vous recommandons de ne bien vouloir remettre des
cartes à chaque société que sur l'engagement pris par son
comité ou son président de tenir compte du prix des cartes qui
auront été délivrées à des tireurs, et de restituer les autres au
comité de Genève.
Prière de nous adresser pour le jeudi 3 août le nombre
approximatif des cartes distribuées dans votre canton, afin que
nous puissions traiter avec les compagnies de chemin de fer.
Toutes les communications au comité devront être envoyées
à l'adresse suivante : Comité central suisse pour le tir de Mâcon,
Hôtel de Ville, à Genève.
Agréez, Monsieur le Chancelier, l'assurance de notre res-
pectueuse considération.
Au nom du Comité central suisse pour le tir de Mâcon.
Ch. FRIDERICH , vice-président ;
Alphonse PATRU, secrétaire.
Genève, 1er août.
Le Comité central suisse pour le tir de Mâcon adresse
à tous les tireurs qui se proposent de se rendre à cette
fête les communications suivantes que les journaux suis-
ses sont priés de reproduire :
1° La carte de légitimation du Comité suisse, ainsi
que la lettre d'invitation du Comité de Mâcon, sont indis-
pensables.
— 15 —
2° Les tireurs suisses portent le chapeau de paille avec
ruban vert foncé, large, et rhododendron (rose des Alpes);
la cocarde fédérale sera délivrée à Genève.
3° Le principal départ aura lieu à Genève, le dimanche
6 août, à onze heures du matin.
4° La compagnie de Paris-Lyon a accordé, d'après une
communication du Comité de Mâcon, une réduction de
50 0/0 sur le prix ; les détails en seront donnés ultérieu-
rement.
5° Le bureau du Comité suisse sera ouvert a Genève
jusqu'au dimanche, a huit heures du matin ; il sera trans-
féré a Mâcon dans un local spécial où pourront être pris
tous les renseignements et où pourront être adressées
toutes les lettres destinées à des Suisses.
6° Le Comité suisse s'adjoindra , des le 6, les délégués
que lui auront désignés les députations cantonales.
7° Le Comité a reçu les meilleures assurances quant
aux logements, lesquels seront en quantité suffisante et
a des prix très-modérés.
Le Comité central :
Signé : Moïse VAUTIER, président du Conseil
d'Etat ; Charles FRIDERICH, conseiller na-
tional ; Emile CAMBESSEDÈS , conseiller
d'Etat.
La Commission ;.
MM. Alfred Le Royer, Henri Duchosal, J.-P.
Cambessedès , Fr. Berthoud , Jacques
Ritzchel , Alphonse Patru , Etienne
Reichlen, Louis Dizerens, Georges Held,
Antoine Eggly, Antoine Barbier, Henri
Duvillard , Michel Granger, Gottier,
Alphonse Pictet, Gustave Ador, Mori-
cand, Micheli-Ador, Catry, Christian
Susz, Albert Pictet.
— 16 —
Genève, 2 août.
Nous rappelons qu'il y a deux catégories d'invités :
1° Les invités de la municipalité;
2° Les invités de la Société du tir.
Les premiers ont reçu , en même temps que leur invi-
tation d'assister aux fêtes du tir, une carte d'invitation
personnelle. Cette carte les fera participer aux réceptions
et leur donnera entrée au Stand et à la salle du banquet.
Ces invités seront logés par les soins de la municipalité.
La seconde catégorie comprend les invités de la Société
du tir. La municipalité de Mâcon fera tous ses efforts pour
qu'ils trouvent dans la ville tout le confortable qu'ils
peuvent désirer, et cela à des prix réduits.
Le Comité central a ouvert à l'Hôtel de Ville un bureau
d'inscriptions et de renseignements. Des listes de sous-
criptions pour offrir un prix aux tireurs français y ont été
déposées , ainsi que dans les principaux cafés de la ville.
Genève, 4 août.
Les préparatifs continuent chez nos confédérés, sur
une large échelle, pour cette solennité internationale qui
aura surtout le caractère d'une belle manifestation suisse
et républicaine, et contribuera puissamment à resserrer
davantage les liens d'amitié et de bon voisinage qui exis-
tent entre les deux peuples. Cette manifestation sympa-
thique aura l'avantage de réduire au silence les quelques
misérables agents provocateurs, comme celui du Salut
public , qui jettent, dans une intention vile et coupable,
des calomnies calculées contre notre pays et ses magis-
trats.
— 17 —
Le tir de Mâcon, comme la fête de bienfaisance qui se
prépare à Lyon, en l'honneur de la Suisse et pour venir
au secours de ses inondés, contribuera à faire tomber
d'injustes préjugés et sera la meilleure réponse aux indi-
gnes correspondants du monarchique Salut public.
Les journaux vaudois publient les instructions sui-
vantes :
Armes et munitions. — Toutes les armes sont admises.
Les tireurs doivent prendre avec eux leurs armes et muni-
tions dont l'entrée en France leur sera accordée gratui-
tement sur le vu du laissez-passer
Organisation et départ. — Les divers groupes de
citoyens vaudois se rendant a Mâcon partiront dimanche
6 août des différentes stations du réseau de la Suisse
occidentale, par les premiers trains du matin, savoir :
Pour la direction de Neuchâtel-Lausanne, par le train
partant de Neuchâtel à quatre heures cinquante-cinq
minutes.
Pour la direction Berne-Lausanne, par le train partant
de Berne à quatre heures quinze minutes.
Pour la direction Sion-Lausanne, par le train pariant
de Saint-Maurice à cinq heures quarante-cinq minutes.
A l'arrivée à Lausanne des trois trains ci-dessus, il
sera organisé, s'il y a lieu, un train spécial de Lausanne
à Genève, faisant immédiatement suite au train ordinaire
partant de Lausanne à huit heures quinze minutes et tou-
chant aux mêmes stations. — Arrivée à Genève à dix
heures vingt minutes.
La colonne vaudoise sera reçue à la gare par le comité
central suisse, et conduite de là au Bâtiment électoral où
un déjeuner lui est offert.
2
— 18 —
Départ de Genève pour Mâcon par train spécial dont
l'heure sera fixée ultérieurement.
On écrit de Mâcon, d'autre part, au Progrès de Saône-
et-Loire :
« Hier, un délégué de Genève est venu s'entendre
avec nous pour la préparation des logements que va exi-
ger la présence de 2,500 à 3,000 tireurs suisses, com-
pris des musiques militaires des cantons de Vaud, Genève
et Neuchâtel. Il n'y aura pas de lits pour tout ce monde.
» On prépare des campements spéciaux où les objets
de literie ne tiendront pas une place bien grande , mais
la municipalité est en mesure d'assurer des chambres et
de véritables lits à ses invités.
» Nous sommes sur les dents , notre bonne volonté est
grande, nous sommes à la tâche du matin au soir. Il
faut espérer que nous arriverons sans encombre au noble
but que nous nous proposons.
» Si, dans les détails, nous n'étions pas à la hauteur
des circonstances, nous faisons appel dès à présent à
l'indulgence de nos visiteurs. «
Hier, le magnifique drapeau que nos concitoyens Neu-
châtelois offriront aux républicains maçonnais, flottait
sur la terrasse du Cercle national de Neuchâtel.
Dans cette ville, ainsi que dans les principales locali-
tés du canton , on fait de grands préparatifs de départ :
les Sociétés se sont toutes inscrites, et chacun est déjà
muni de la coiffure nationale!
Les autorités locales ont eu une entrevue avec M. Fri-
derich, vice-président du Comité central, et l'on peut
affirmer que le chiffre des visitants Neuchâtelois aux fêtes
de Mâcon sera bien supérieur à celui annoncé.
— 19 —
Genève, 5 août.
On attend pour demain dans notre ville toutes les dépu-
tations des autres cantons ; il paraît que le chiffre annoncé
d'abord pour un certain nombre d'entre elles sera nota-
blement dépassé.
On annonce également un grand nombre de prix d'hon-
neur et en particulier un magnifique chronomètre de
poche , chef-d'oeuvre de notre industrie nationale.
Le National suisse publie les lignes qui suivent :
Le comité central d'organisation à Genève pour la fête de
Mâcon nous communique les détails suivants :
Le comité général accepte avec empressement l'offre de la
musique du Locle, et vous êtes autorisé à remettre à chacun
des membres une carte gratuite de légitimation, comme nous
le faisons pour notre musique d'élite, car c'est là tout ce que
nos faibles ressources permettent pour le moment.
Nous organisons nos casernes pour ceux qui voudront en
profiter (musiciens ou tireurs) pendant la nuit du 5 au 6.
Nous avons commandé un fort beau drapeau et une montre
de Genève, qui seront offerts aux Maçonnais (au moyeu d'une
souscription).
Nous aimerions beaucoup savoir si les Neuchâtelois se pro-
posent de venir le samedi pour coucher à Genève, afin d'orga-
niser une chaude et fraternelle réception. (La ville offre le
vin d'honneur, etc.)
Si vous ne deviez venir que le dimanche, ce serait bien fati-
gant pour les tireurs, parce que ce serait 60 à 65 lieues con-
sécutives en wagon.
Il y a un grand enthousiasme à Genève pour aller à Mâcon,
et quand nous serons fixés sur les prix de chemin de fer, des
logements à Mâcon etdu mode de vivre , nous verrons l'af-
fluence augmenter encore, car l'hésitation à ce sujet paralyse
avec raison nos voyageurs.
— 20 —
Genève, 6 août.
Les tireurs confédérés commencent à arriver en grand
nombre dans notre ville. Hier déjà, on voyait dans nos
rues de nombreux promeneurs au chapeau décoré de la
rose des Alpes et de la cocarde fédérale. Un certain
nombre sont déjà partis pour Mâcon aujourd'hui, par le
premier train.
Comme nous l'avions annoncé, le commandement
général de la députation helvétique sera confié à un offi-
cier supérieur. Nous apprenons que c'est M. le colonel
fédéral Aymon de Gyngins-la-Sarraz (canton de Vaud),
qui a été appelé à ces fonctions honorables par le comité
central; MM. Ernest Ruchonnet et le commandant Debon-
neville pour remplaçants.
M. le major Charles Savary, délégué de Payerne ,
prendra dès la gare de Lausanne le commandement de
la colonne vaudoise.
M. le commandant Jaccard ( de St-Croix ) est chargé
d'offrir une coupe d'argent, au nom des citoyens vau-
dois, et M. Cérésole (de Vevey) doit présenter une autre
coupe au nom des carabiniers vaudois.
On nous prie d'annoncer que, sur la demande de plu-
sieurs cantons et sur une décision ultérieure du comité
central, le brassard fédéral est supprimé pour la dépu-
tation. Le chapeau de paille, avec large ruban vert,
cocarde fédérale et aigrette de rose des Alpes ( rhododen-
dron), par contre, est obligatoire.
Le comité central nous prie en outre de faire savoir
que le bureau de renseignements, pour la délivrance
tardive des cartes pour la fête, continuera à siéger à
l'Hôtel de Ville , n° 14, jusqu'au mardi 8 août, à cinq
heures.
- 21 —
Au moment où nous mettons sous presse, on nous
annonce l'arrivée des confédérés.
Nous tiendrons nos lecteurs au fait de tout ce qui se
passera durant la fête de Mâcon , dont l'importance poli-
tique , comme manifestation républicaine , n'échappera à
personne.
Le comité central a fait afficher le programme général
de la fête , en ce qui concerne la députation helvétique ;
nous devons en reproduire les parties principales :
Des cartes de légitimation remplaçant le passeport ont
été délivrées par les chancelleries cantonales. Ces cartes
peuvent encore être retirées a Genève , Hôtel de Ville ,
n° 14 , de dix heures à midi et de deux à sept heures.
Chaque tireur doit porter un chapeau de paille avec
large ruban vert foncé, rhododendron et cocarde fédérale.
Cette cocarde sera remise aux tireurs le samedi, de
deux à dix heures du soir, au Bâtiment électoral ; on
pourra réclamer encore à ce moment des cartes pour les
Suisses d'autres cantons, ainsi que des rhododendrons.
Le billets de Genève à Mâcon et retour , valables pour
tous les trains du 5 au 10 inclusivement, seront délivrés
au prix de 11 fr. 40 c., soit 50 pour cent de rabais sur
les prix ordinaires.
Le train principal de la députation suisse partira le
dimanche 6 août, a dix heures quarante minutes du
matin. Dans le cas où ce train serait insuffisant, il sera
suivi d'un second train partant vingt minutes après.
Pour faciliter le contrôle à la frontière, les cartes seront
mises au chapeau.
Nos confédérés qui arriveront à Genève samedi soir ,
seront reçus à la gare et conduits au Bâtiment électoral,
où le vin d'honneur leur sera offert.
— 22 —
Dimanche , à neuf heures , réunion générale aux Bas-
tions, formation du cortége et départ à neuf heures et
demie pour la gare.
A dix heures vingt minutes, arrivée des confédérés
vaudois, fribourgeois et valaisans; délivrance de leurs
billets de chemin de fer ; vin d'honneur offert à la gare.
A dix heures quarante minutes, départ du train spécial ;
arrivée à Mâcon à 6 heures. Réception des Suisses à la
gare ; le cortége se rend devant l'Hôtel de Ville pour
recevoir les billets de logement. Les représentants des
autorités municipales invitées spécialement ( cartes
bleues) entreront à l'Hôtel de Ville.
Lundi, réunion des Suisses à huit heures sur la pro-
menade de la gare. Cortége pour se rendre au Stand. A
neuf heures, réception par le comité des tireurs maçon-
nais. A dix heures, banquet sur remplacement du Stand
■prix 1 fr. 50 à 2 fr.
Une heure, réunion sur la place de la gare. Les Suisses
se rendent à l'Hôtel de Ville. Réception officielle par la
ville de Mâcon. Présentation du drapeau. Vin d'honneur
offert dans les salles de l'Hôtel de Ville.
Mardi à midi, banquet au Stand.
Mercredi à onze heures, banquet au Stand.
Mercredi à une heure, délivrance des prix.
Mercredi à quatre heures , banquet officiel par la ville
de Mâcon aux délégués des municipalités suisses (cartes
bleues). Les tireurs peuvent souscrire pour le prix de
5 fr.
Un train spécial est demandé pour le retour, à onze
heures du soir.
Le programme officiel de Mâcon donne les autres détails
de la fête.
— 23 —
Observations.
Le comité central suisse et les délégués des députa-
tions cantonales siégeront dès le dimanche dans un local
spécial à Mâcon , quai Sud. Toutes les réclamations et
demandes de renseignements peuvent être adressées à ce
bureau.
Les citoyens suisses sont invités a se conformer stric-
tement aux directions qui leur sont données soit par le
comité, soit par leurs délégués. — Le port du brassard
est supprimé.
Le comité central formé à Genève fait appel au
patriotisme de ses concitoyens et à leur bonne hospitalité
pour la réception de nos confédérés et leur logement
pour la nuit de samedi à dimanche. Une liste d'inscrip-
tion pour les logements est déposée au bureau, une seconde
sera ouverte au Bâtiment électoral , samedi après midi.
Les tireurs genevois qui voudront prêter leur concours
au comité sont invités à se rencontrer soit à la gare , soit
au Bâtiment électoral, le samedi, de six à huit heures.
Le Comité central.
Genève, 7-8 août.
Samedi après midi , notre population était tout en
émoi par l'arrivée des nombreux carabiniers de divers
cantons se rendant au tir de Mâcon. Les bateaux à vapeur
et les premiers trains de l'Ouest-Suisse nous amenaient
de forts contingents ; mais le gros des députations, plus
de 600 tireurs, arrivait principalement des cantons de
Neuchâtel, Bâle, Zurich et Berne par le train de sept
heures et quart. Le comité central les attendait à la gare.
— 24 —
d'où , après quelques paroles chaleureuses , le cortége
s'est mis en marche , au milieu d'une foule considérable
et sympathique , vers le Palais électoral , où l'attendait
une collation. Nos confédérés étaient accompagnés de
nombreuses bannières, de l'excellente musique du Locle
et de la célèbre batterie de tambours des cadets de Bâle,
qui justifie parfaitement sa réputation. Nos braves confé-
dérés furent fêtés et choyés, et recevaient, pour la plus
grande partie , une cordiale hospitalité chez nos conci-
toyens.
Dimanche matin, le temps variable de la veille avait
fait place à un soleil radieux, et de bonne heure nos rues
étaient sillonnées et réjouies par d'innombrables tireurs,
coiffés du chapeau à la rose des Alpes, échangeant de
joyeux propos, en attendant le rassemblement de la
première colonne du départ sous les magnifiques arbres
des Bastions, qui semblent faits exprès pour ces patrio-
tiques circonstances. Vers dix heures, la colonne s'est
mise en mouvement par la Corraterie, la rue du Rhône .
le pont du Mont-Blanc ; puis, faisant le tour du faubourg
par Coutance , elle est venue se ranger devant la gare en
attendant le départ.
Une foule énorme se pressait sur le parcours du cor-
tége , qui avait fort bel air. Les cadets de Bâle surtout
attiraient tous les yeux : leur gentil tambour-major, dont
le panache aux couleurs fédérales flottait à la bise, maniait
et lançait sa canne avec une dextérité et une sûreté admi-
rables ; on la voyait parfois tournoyer à une hauteur res-
pectable, à la grande joie des spectateurs. La joyeuse
harmonie des fifres se mêlant aux sons des tambours, rap-
pelait à nos vieux concitoyens un temps qui est déjà bien
loin de nous. Notre musique d'élite, pimpante, la rose
— 25 —
des Alpes au pompon , marchait lestement et le sac au
dos après les cadets et en tête de la colonne. Nos tireurs ,
la carabine sur l'épaule, avaient une tournure martiale ,
et Mani (le mutz), en fourrure noire et armé de sa halle-
barde , au fer hardiment découpé , avait une mine héral-
dique qui faisait plaisir à voir et charmait les curieux.
A dix heures et demie, une seconde colonne de 800
hommes environ arrivait par le train de Suisse. Elle était
composée surtout des députations de Vaud, Fribourg et
Valais.
Pendant que la première colonne montait en wagon,
la nouvelle, arrivée, se dirigeait vers la grande école
municipale de la gare , où une modeste collation lui avait
été préparée. Cette seconde colonne ne cédait en rien à
la précédente. Elle suivait la belle musique de Fribourg.
en grande tenue militaire , qui faisait retentir la gare de
ses accords.
D'innombrables drapeaux aux symboles et aux couleurs
les plus variés ondoyaient joyeusement au-dessus des
carabiniers et faisaient au soleil un effet magnifique.
Le premier train , composé de vingt-quatre grands
wagons, presque tous de 50 places et garnis, partait
pour Mâcon à onze heures, emportant 11 à 1,200
hommes, aux acclamations de la foule et. aux cris répétés
de « Vive Genève! » partis des wagons.
Peu après le second se mettait en marche.
Un grand nombre de tireurs étaient déjà partis, soit
par le premier train , soit la veille, pour la fête.
Disons aussi que pour diverses raisons le cortége avait
dû être simplifié, et qu'on a dû renoncer à plusieurs corps
auxiliaires qui d'abord devaient faire partie de la députa-
tion helvétique.
— 26 —
Nous tiendrons nos lecteurs au courant de toutes les
nouvelles qui nous parviendront de cette grande fête
internationale, dont le caractère important n'échappera
à personne. Il ne s'agit pas ici d'une simple réunion de
plaisir pour les tireurs, mais d'une véritable manifesta-
tion de fraternité républicaine et de bon voisinage,
aussi nécessaire pour notre patrie que pour la France
dans les graves circonstances actuelles.
CANTON DE VAUD.
Un élan remarquable se manifeste, et les vignerons du
Mâconnais auront la visite de nombreux et sympathiques
confrères du vignoble vaudois ; toutes les localités prin-
cipales organisent leurs contingents de tireurs et prépa-
rent des prix d'honneur pour le tir international de
Mâcon. A cet effet, le comité de Lausanne vient de publier
la lettre suivante dans les journaux des cantons :
MONSIEUR LE RÉDACTEUR ,
Obéissant spontanément à ses sentiments d'humanité et à
son patriotisme, le peuple suisse a offert sur son territoire un
refuge hospitalier à l'armée française de l'Est.
Mais, à peine sortie des terribles épreuves qu'elle vient de
traverser, déjà la France républicaine, dans un esprit de géné-
reuse revanche, multiplie envers nous les témoignages de sa
gratitude. Ceux de nos confédérés récemment visités par l'incen-
die et les inondations sont journellement de sa part l'objet de
secours abondants, accompagnés de paroles chaleureuses qui
rehaussent encore le prix de ces dons.
La ville de Mâcon, de sou côté, nous offre aujourd'hui un
témoignage tout spécial de son estime en invitant les tireurs
suisses à se rendre nombreux dans ses murs pour y participer
à des fêtes et à un tir organisés en l'honneur de notre pays.
— 27 —
De toutes parts nos confédérés s'apprêtent à se rendre à cet
appel amical d'une cité voisine.
Les avis qui nous parviennent depuis quelques jours nous
informent également que cette invitation est accueillie avec
faveur par tous les districts de notre canton.
Les circonstances étant telles , conviendrait-il à la colonne
des tireurs vaudois de déroger aux habitudes vaudoises en se
rendant à Mâcon les mains vides ?
Plusieurs de nos concitoyens, nos communes, nos sociétés
de tir en particulier, tiendront sans doute à honneur qu'une
offrande de leur part, si modeste qu'elle soit, figure au pavil-
lon des prix du tir régional de Mâcon.
Sachant que l'initiative individuelle et locale est de toutes
la plus puissante et la plus féconde, nous laisserons à chaque
localité et à chaque société de tir le soin de prendre à cet
égard les mesures qu'elles jugeront les plus convenables.
Cependant nous désirons qu'outre les prix locaux qui seront
offerts, un prix spécial le soit par la colonne des tireurs vau-
dois au nom du canton de Vaud.
A cet effet, et pour atteindre ce but, nous vous prions,
monsieur le rédacteur, de bien vouloir ouvrir dès ce jour dans
votre journal une souscription publique qui, nous aimons à
l'espérer, sera promptement couverte de signatures, car le
temps presse. Les dons les plus modestes seront reçus avec
reconnaissance.
Nous vous présentons, etc.
Lausanne, le 31 juillet 1871.
COMITE CANTONAL VAUDOIS.
Une nombreuse réunion de citoyens arrivés le 28 cou-
rant à l'Hôtel de Ville, à Lausanne, a chargé le comité
soussigné de pourvoir aux divers détails d'organisation de
la colonne des tireurs vaudois se rendant à Mâcon.
— 28 —
En suite d'entente avec le département militaire, le
comité prévient ceux de ses concitoyens qui désirent se
rendre à Mâcon qu'ils peuvent se procurer des laissez-
passer auprès des syndics de leurs communes respectives
pour le prix de 2 tr. 50.
Munis de cette pièce qui les dispensera de la coûteuse
formalité du passeport, les tireurs vaudois seront admis
à passer la frontière par Bellegarde, et recevront en outre
la cocarde fédérale et l'hospitalité à leur passage à Genève.
Les insignes fixés par le comité central siégeant à
Genève sont le brassard fédéral, ainsi que le chapeau
de paille garni d'un ruban vert et orné d'une branche de
roses des Alpes.
Le comité portera ultérieurement à la connaissance
des tireurs vaudois, par la voie de la presse , les autres
renseignements nécessaires.
Lausanne, le 29 juillet 1871.
Le Comité vaudois :
Ernest RUCHONNET, président; LARPIN, capitaine,
et DAPPLES , major, vice-présidents ; William
REYMOND et Paul VULLIET, secrétaires ; MARTI-
NONI aîné, caissier; Eugène BERNARD, NOVERRAY-
DELESSERT, François MANDRIN fils.
CANTON DE NEUCHATEL.
Nous apprenons que nos confédérés de La Chaux-de-
Fonds et du Locle (Neuchâtel) réunis se proposent d'offrir
un témoignage d'amitié et un souvenir aux républicains
français, à l'occasion de la fête de Mâcon : une magnifi-
que coupe d'argent.
— 29 —
A propos de cette fête, le comité neuchâtelois écrit au
National suisse de La Chaux-de-Fonds une lettre dont nous
extrayons le passage suivant :
II est à regretter, vu le peu de temps dont on disposait pour
l'organisation, que le comité genevois ne se soit pas constitué
plus tôt afin de s'entendre de suite avec les organisateurs vaudois
et neuchâtelois ; on aurait ainsi évité des démarches faites à dou-
ble. Au reste, une réunion des délégués officiels des gouver-
nements des trois cantons va régler au premier jour tous les
menus détails qui peuvent encore rester en suspens.
Des tireurs du Val-de-Travers nous ont demandé de pouvoir
entrer librement en France par la ligne de Pontarlier-Dijon.
Nous avons immédiatement fait des démarches dans ce but.
Enfin, nous avons appris avec le plus vif plaisir que la mu-
sique militaire du Locle a décidé d'accompagner à Mâcon
les tireurs neuchâtelois.
On écrit de Berne :
Croyez qu'il restera quelque chose de cette fête de la frater-
nité républicaine, et que la façon vraiment chaleureuse dont
les citoyens suisses ont répondu à l'invitation qui leur est
faite reconfortera les amis de la liberté dans ce grand pays de
France, où elle a tant de peine à subsister. .
La société de tir de campagne de Thoune, qui est
représentée à Mâcon par 15 de ses membres, a envoyé
une coupe en argent de la valeur de 150 fr., comme don
d'honneur à la cible destinée exclusivement aux tireurs
de Mâcon. La coupe, gracieusement ornée, contient les
armoiries de la ville de Thoune avec les devises : L'ins-
truction du peuple, c'est sa délivrance, et Post tenebras lux.
— 30 —
On lit dans le Confédéré, de Fribourg :
La société des carabiniers de Fribourg ouvre une souscrip-
tion publique pour offrir une coupe au tir de Mâcon au nom
des tireurs fribourgeois.
Nous ne pouvons qu'applaudir à cette décision , que nous
nous empressons de faire connaître à nos concitoyens, dans
l'espoir que chacun apportera son offrande au plus tôt, car le
temps presse, les fêtes de Mâcon devant s'ouvrir aux premiers
jours.
Des souscriptions semblables ont eu un grand succès dans
les cantons voisins. Que les Fribourgeois imitent donc l'exem-
ple de leurs confédérés.
CANTON D' ARGOVIE.
La société de carabiniers de ce canton a alloué à ceux
de ses membres qui seraient désireux de visiter le tir de
Mâcon une somme de 150 fr. par tireur.
Les tireurs qui se sont rendus à la fête de Mâcon ont
apporté comme don d'honneur de la société du tir de cam-
pagne une carabine Vetterli avec plaque en argent gravée
et munitions. Ce don devra être départi à la cible uni-
quement réservée aux tireurs de Mâcon.
— 31 —
LETTRES ET DOCUMENTS
Adressés de Mâcon à Genève, renfermant les détails de la Fête,
ainsi que les discours qui y ont été prononcés.
Mâcon, 4 août.
La rue Joséphine et le quai Sud se pavoisent : de grands
mâts peints en rouge ou tricolores sont surmontés d'ori-
flammes aux couleurs franco-suisses; dans la ville, on
aperçoit quelques bannières aux fenêtres : elles ne peu-
vent être nombreuses-, car il fait un temps déplorable, la
pluie tombe à flots au désespoir des braves Maçonnais.
Allons au tir : il est situé à 20 minutes de la ville,
dans un emplacement délicieux. A l'entrée du parc , on
place un arc portant cette caractéristique et simple ins-
cription :
Les tireurs mâconnais
Aux tireurs fédéraux.
Et sur le revers notre devise commune :
Soyez les bienvenus !
La cantine proprement dite est jolie, construite d'après
les proportions du stand qui a beaucoup de rapport avec
celui de Caroûge, quoique plus élégant; son intérieur
est aménagé très-convenablement et selon la méthode
suisse. Les allées du parc, le chemin qui y conduit et
— 32 —
divers points de l'emplacement du tir sont aussi pavoisés
aux couleurs françaises et fédérales; les abords sont
occupés par des buvettes rustiques de la plus grande
simplicité.
Les Mâconnais ont sagement compris le but de leur
fête et les circonstances où se trouve leur pays ; ils ont
tenu à donner à cette grande manifestation républicaine le
cachet qui lui convient.
Je dois vous dire qu'ils ont été profondément irrités
d'un article inséré dans l'Univers du 4 août, d'après
lequel il semble que la fête qui va s'ouvrir voile un but
malveillant. Je renonce à vous reproduire ces indignités
que ne méritent certainement pas les autorités locales
pleines de bienveillance , et les dévoués organisateurs de
cette patriotique démonstration.
Les ennemis de la République emploient un triste
moyen pour jeter la déconsidération sur cette fête natio-
nale , mais le bon sens de la population de Mâcon suffit
pour déjouer les indignes manoeuvres des derniers sou-
dards du régime impérial ou royal.
L'Alliance républicaine, qui a pour imprimeur M.
Romand et M. Monin pour gérant, a publié une lettre de
M. Vautier annonçant l'envoi d'une montre en or offerte
comme prix aux tireurs français par les carabiniers de.
Genève. Le même organe, dans son numéro de ce soir,
reproduit intégralement l'excellent article de la Suisse
radicale qui contenait d'intéressants détails sur l'organi-
sation de nos députations cantonales, et qui se terminait
par les mots : Qui est-ce qui n'ira pas à Mâcon?
De nombreuses armoiries des vingt-deux cantons, des
milliers de drapeaux fédéraux et cantonaux vont être
distribués demain, et Mâcon, encore novice dans ce genre
— 33 —
de fêtes, les inaugurera somptueusement à la manière
helvétique. Aux programmes que vous avez publiés, il
faut ajouter celui des régates.
Mâcon, 5 août.
Un soleil resplendissant perce les nuages et vient dis-
siper les craintes de la population mâconnaise. De toutes
parts résonnent les coups de marteau; on ne voit qu'écus-
sons cantonaux, bannières françaises et suisses. Ce spec-
tacle réjouit le coeur. Le comité de Mâcon se multiplie;
on le rencontre dans toutes les rues; l'infatigable M.
Ferret, maire de Mâcon , surveille en personne tous les
préparatifs et fait pourvoir à tous les besoins.
La fête sera splendide ; on travaille à l'ornementation
d'un char allégorique qui doit parcourir la ville en même
temps que le cortége officiel ; vingt-deux jeunes filles
vêtues de blanc, portant des écharpes aux couleurs de
nos cantons et leurs écussons respectifs, représenteront
la Confédération suisse; au centre de ce groupe, la France
républicaine, tenant d'une main le drapeau tricolore et
s'appuyant de l'autre sur l'écusson fédéral, complétera
cet heureux et symbolique ensemble.
Nos compatriotes peuvent s'attendre à une cordiale
réception ; un enthousiasme immense s'est subitement
emparé de l'esprit de la population à la nouvelle du chiffre
énorme des visiteurs annoncés de la Suisse ; aussi
M. l'avoué Martin a-t-il été envoyé ce matin à Genève, afin
de s'assurer exactement que toutes les dispositions néces-
saires sont bien prises, et d'annoncer en même temps à
M. le président Vautier , l'aimable et patriotique invita-
tion des Lyonnais qui tiennent à être honorés de notre
visite et se préparent à nous offrir un grand banquet.
3
— 34 —
La société alimentaire de Mâcon vient d'ouvrir ses
fourneaux à des prix excessivement réduits ; elle fournira
pendant la durée de la fête une consommation de choix
et très-variée : c'est une sage mesure qui a été fort bien
accueillie.
Tous les logements sont mis en réquisition ; on a
poussé la précaution jusqu'à retenir les vastes salles et
dortoirs de l'Ecole normale professionnelle de Cluny,
établissement éloigné de 25 kilomètres de Mâcon. Le
chemin de fer y transportera les Suisses sans asile ; un
train spécial partira chaque soir à onze heures et revien-
dra le matin à huit heures et demie à Mâcon.
Ce matin , à huit heures , le tir a été ouvert ; il n'y a
pas eu de cérémonie. Quelques Suisses ont dignement
ouvert le feu ; leur adresse fait l'admiration des amateurs
mâconnais.
Un service postal est organisé de la ville au Stand ; les
tireurs sont charmés de cette institution qui rend de
très-grands services. Dès l'arrivée des membres du
comité central, un bureau suisse de renseignements
sera établi quai du Sud. Vous voyez que les meilleures
dispositions ont été prises pour nous être agréables.
Je retrouve à mon retour en ville la même activité qui
se faisait remarquer à mon départ pour le tir : la grande
promenade, les quais se couvrent de centaines de tentes-
baraques où les marchands de toute sorte commencent
à étaler leurs produits. Sur la place de l'Hôtel de Ville,
le drapeau fédéral flotte au vent, et notre magnifique
écusson genevois figure admirablement en compagnie de
ceux de nos cantons confédérés.
Un Suisse vaudois, établi à Mâcon, m'arrête et me
conduit chez lui ; il réunit ses voisins, et, après quelques
— 35 —
rasades en l'honneur de notre chère patrie, il me remet
plusieurs de ses cartes afin de lui adresser ceux de nos
compatriotes que je serai appelé à rencontrer dans la
journée. Un digne frère maçon de l'Orient de Mâcon
réserve deux places à sa table avec logement aux deux
premiers genevois de son ordre qui auront la chance de
me tomber sous la main.
Vous le voyez, il n'y a que le sentiment républicain
qui est susceptible de réveiller l'esprit et l'amour natio-
nal en France : dès le début, il enfante des prodiges ;
que sera-ce dans quelque temps ?
Demain j'irai assister a la gare à l'arrivée du train
venant de Genève, afin de vous transmettre sans perte de
temps un récit simple et fidèle des impressions de la
journée.
Mâcon , 5 août, soir.
Comme je vous l'annonçais ce matin, un soleil radieux
a éclairci l'horizon et a ravivé l'enthousiasme populaire
qui semblait hier refroidi avec la température. Je profite
donc de cette ravissante métamorphose pour courir par-ci
par-là, afin de ne pas revenir à Genève sans pouvoir vous
entretenir de Mâcon avec pleine connaissance.
Je ne vous ai pas encore parlé des prix : le pavillon
n'est pas encore construit, et je crois même qu'il n'y en
aura pas; ils sont, en attendant leur classification, exposés
rue de la Barre et rue Lamartine, dans le magnifique
magasin de M. Lagrost, successeur de la maison Couturier.
Aujourd'hui, jour de marché , c'est vraiment curieux
de voir et d'entendre les paysans faire l'estimation de
ces services d'argent, de ces médailles d'or , d'argent,
de vermeil aux armes de Mâcon, de ces pendules de
— 36 —
cheminée que les Prussiens n'ont pas pu emporter, et
des nombreux objets qui garnissent les rayons de la
vitrine, voire même un énorme pain de sucre. J'ai admiré
entre autres un beau tableau qui rappelle un fait de notre
histoire nationale : les Helvètes faisant passer les
Romains sous le joug.
Mâcon est une charmante petite ville, moins belle que
Genève, quoique admirablement située au pied d'un
coteau qui expire sur les bords de la Saône. Sa population
est d'environ 20,000 habitants. Parmi ses édifices méri-
tant une mention, je peux vous citer l'église Saint-Pierre,
terminée depuis près de cinq ans. Elle est de style
roman et des plus remarquables. Je m'exempte de vous
faire une description des couvents de Révérends Pères
Récollets et des soeurs de tous ordres, lesquels, pour
des Suisses , n'auraient surtout d'attrait que par les bons
crus qu'ils renferment dans leurs caves.
M. Ferret, l'excellent maire républicain de Mâcon , a
beaucoup d'analogie, comme caractère, avec notre prési-
dent du Grand Conseil, M. le docteur Fontanel, à Carouge;
c'est un magistrat très-aimé à Mâcon, où il occupe égale-
ment une haute position commerciale.
Le tir continue à être des plus animés. A demain des
détails , lesquels ne pourront devenir vraiment intéres-
sants aux lecteurs de la Suisse radicale qu'à partir du
moment où nos compatriotes seront arrivés.
Mâcon , 5 août, soir.
Un certain nombre de tireurs de Genève et d'autres
cantons sont arrivés cette après-midi par le train , qui a
éprouvé un retard de près d'une heure. La colonne s'est
— 37 —
immédiatement organisée, et, précédée de la musique
française du 45e, elle a été accompagnée par celle-ci jus-
qu'à l'Hôtel de Ville.
Je crains que les logements fassent défaut, si les hôtes
à recevoir de Suisse surpassent le nombre de deux ou
trois mille. Les habitants des villes et localités du voisi-
nage affluent. Cependant les logis ne sont pas excessi-
vement chers. Dans l'un des établissements très-renom-
més, on a fixé à sept francs par jour le prix de la chambre
garnie avec deux repas, déjeuner et dîner à la fourchette.
Aux diverses parties du programme de la fête, que
vous avez publié dans la Suisse radicale ( je la reçois
régulièrement), il faut encore ajouter une grande soirée
musicale , dramatique et littéraire , qui sera donnée au
théâtre de Mâcon , lundi prochain, à huit heures du soir,
au profit des inondés suisses.
M. Scheler, dont nous avons apprécié le mérite à
Genève, est l'organisateur de cette bonne oeuvre ;
M. Ferret, maire de Mâcon, a voulu la seconder de
sa bienveillante protection.
Parmi les artistes qui prêteront leur concours à cette
soirée, figurent MM. Bovet et Jaeger, de Genève , ainsi
que la musique d'élite militaire de Genève (en uniforme),
dirigée par M. Fezio.
La salle de Mâcon sera trop petite, car quantité de
places sont déjà retenues.
L'Alliance républicaine de Mâcon , que vous recevrez
régulièrement dès ce jour , a publié un excellent article
que nous serions ingrats de ne pas soumettre aux lecteurs
de la Suisse radicale ; c'est un chaleureux salut de récep-
tion à nos compatriotes. J'ai vivement félicité son auteur ;
cet article , le voici; il réjouira mes chers compatriotes :
— 38 —
SALUT AUX SUISSES !
Salut, nobles hôtes, trois fois salut !
Accourez tous nombreux et pressés ; Mâcon vous tend les
bras. La joie illumine tous les visages, la reconnaissance dé-
borde de tous les coeurs. C'est que nous voyons en vous les
sauveurs, les bienfaiteurs de nos fils de nos frères, de nos
parents, de nos amis ; c'est que vous avez arraché aux étreintes
de la mort et de la faim ces jeunes gens, l'espoir de la Répu-
blique , qui vous acclament aujourd'hui de leurs cris enthou-
siastes ; c'est que, citoyens libres d'un peuple libre, vous leur
avez appris à aimer la vraie liberté, les saines doctrines, les
saines idées. Vous leur avez donné la nourriture du corps et
de l'âme ; vous avez revêtu leurs pauvres membres grelottants
sous le froid et la neige ; vous avez réchauffé leur moral abattu
par tant de revers et de désastres. Enfants ils étaient partis,
hommes ils sont revenus.
Que vous rendrons-nous pour tant de bienfaits ? des présents,
des couronnes, des fleurs, de l'or, de l'argent? Oh non! cela ne
suffit pas. Il faut quelque chose de plus grand, de plus dura-
ble ; quelque chose qui soit éternel. Eh bien ! nous apprendrons
à nos enfants à vous aimer, à vous vénérer. Nous leur parle-
rons de votre charité, de votre dévouement, et le récit de vos
nobles actions se transmettra de génération en génération ,
d'âge en âge, jusqu'à la postérité la plus reculée, comme le
nom du héros dont nous saluons en vous les glorieux descen-
dants.
Encore une fois salut! trois fois salut!
Que sur votre passage chacun s'empresse ; que chacun vous
accueille comme des frères et des amis ; que notre hospitalité
soit digne de la vôtre.
— 39 —
Mâconnais, parez vos maisons, ornez vos demeures; que
les drapeaux des deux nations flottent à toutes les fenêtres ;
que les rues soient jonchées de fleurs et de verdure ; que par-
tout retentissent des chants d'allégresse. Mais aussi que notre
joie soit calme et sereine. N'oublions pas que cette République
dont nous saluons l'aurore a encore des ennemis; n'oublions
pas qu'au moment où nous pensions à préparer cette fête de
reconnaissance, des gens, que je n'ose qualifier ici, nous
prêtaient de sinistres intentions ; n'oublions pas que depuis
ils ont continué leur oeuvre de calomnie et de mensonge, et
qu'hier encore, l'Univers répétait, d'après un journal catho-
lique de Saint-Gail que je signale à la réprobation des Suisses
présents dans notre ville, un article qui est un outrage pour
eux et pour nous.
Eh bien ! républicains de Mâcon et de Suisse, faisons mentir
nos ennemis en respectant l'ordre avec une scrupuleuse atten-
tion. Apprenons-leur que nous connaissons nos devoirs ;
montrons-leur que nous sommes dignes de la liberté.
La pensée de la reconnaissance et de la fraternité doit élever
nos coeurs au-dessus des passions mesquines. Ne songeons pas
à ceux qui ne cherchent qu'à semer le trouble et le désordre
pour en tirer profit ; mais fêtons l'union, la concorde, la cha-
rité , toutes ces vertus qui font les peuples frères. Cimentons,
resserrons les liens qui nous unissent aux citoyens de la noble
Helvétie, et répétons tous ce cri, qui, j'en suis sur, est sur
toutes les lèvres : Vive la Suisse! Vive la France! Vive la
République !
Genève, 9 août.
Nous continuons à publier les lettres qui nous arrivent
successivement de cette belle fête internationale.
Toutefois il semble qu'à l'imitation de l'effet de cer-
tains palais enchantés des contes arabes , l'accueil admi-
rable fait à nos compatriotes captive, ou plus exac-
— 40 —
tement charme si fort ces derniers, qu'ils oublient même
le pays et les amis, car les nouvelles qui nous parvien-
nent , — quand elles nous parviennent, — sont d'un
décousu et d'une intermittence désespérante.
Du reste, nous nous attendions quelque peu à cette
incohérence : n'oublions pas que Mâcon fait partie du
plus fameux vignoble du monde et..... etc.
Du reste , l'hospitalité et la cordialité de l'excellente
population de Mâcon sont, paraît-il, contagieuses :
Lyon , la grande cité du Rhône, veut aussi, elle, avoir
ses hôtes helvétiques, et des préparatifs se font avec une
fiévreuse activité pour les recevoir au retour de Mâcon.
La bienveillance et l'urbanité traditionnelles du peuple
français sont ingénieuses pour exprimer et témoigner ses
sentiments d'amitié et de reconnaissance.
Outre la grande fête artistique de bienfaisance et de
gratitude, organisée en l'honneur de la Suisse, et en
faveur de ses malheureux inondés, pour l'anniversaire
républicain du 4 septembre, nos braves voisins de Lyon
travaillent à souhaiter la bienvenue à nos compatriotes à
leur rentrée au pays.
Si ces derniers prennent le chemin de l'école pour
revenir à Genève, ce ne sera certes pas l'école de l'amitié,
car les deux villes du Rhône ont d'antiques et cordiales
relations qui ne peuvent que se raviver encore dans cette
heureuse et fraternelle étape.
A ce sujet, le comité central suisse à Mâcon a reçu
hier la communication suivante, qu'on veut bien nous
transmettre :
« Un groupe nombreux de démocrates lyonnais a
l'intention d'offrir un banquet aux Suisses revenant des
fêtes de Mâcon et qui, avant de rentrer dans leur pays ,
— 41 —
voudraient voir la deuxième ville de France et serrer la
main à des bons amis.
» Quel serait le nombre sur lequel nous pourrions
compter et les mesures à prendre ? »
Mâcon, 6 août.
Mâcon est transformé depuis hier; sa parure est sim-
ple , il est vrai (car elle est loin d'égaler celle de notre
ville lors des fêtes de septembre), cela démontre que la
population se réveille de la léthargie dont nous paraissions
l'accuser. Il fait un temps superbe; aussi me suis-je levé
de bonne heure pour me rendre sur l'emplacement du
tir où on a mis la dernière main aux décors. A l'entrée
et au-dessous de l'inscription dont je vous ai transmis le
texte, sont appendus deux écussons admirables dans leur
symbolisme.
Sur la face d'entrée, la République française fraternise
avec Guillaume Tell, et le revers nous présente deux
mains étreintes recouvertes par les plis des drapeaux
français et suisses. La vaste cantine qui s'élève à l'est est
recouverte de toiles; il est à regretter que ce lieu de
réunion soit en dehors du parc et du stand.
Jamais Mâcon n'a eu pareille fête; il faut donc excuser
ce qui fait défaut dans l'organisation , puisque ici nous
avons à faire à des gens encore novices dans ce genre de
manifestations.
Le tir est très-animé ; j'y ai pris part et, comme jour-
naliste , je me suis exercé au pistolet, où j'ai eu le bon-
heur de faire un drapeau à la cible du centre. Aujour-
d'hui à midi, les résultats obtenus par nos compatriotes
sont les suivants ; ils m'ont été donnés par un membre
du Conseil d'Etat de Soleure , M. Heutschi.
— 42 —
Cible Suisse.
1. Pfenninger, Staefa (Zurich) 96 points.
2. Heutschi (Soleure) 91 »
3. Boesiger, de Roggwyl (Berne).. ..89 »
4. Feldmann (Glaris) 88 »
5. Knuty (Bâle). 85 »
Cible au plus grand nombre de cartons.
« Internationale. »
Samuel Baenziger, de Wald (Appenzell), 6 cartons.
J'abandonne le parc du tir pour me diriger du côté de
la ville. Un de Messieurs les professeurs du lycée Lamar-
tine s'empare de mon bras et m'offre la meilleure place
de l'équipage mis à notre disposition ; le cocher qui con-
duit porte un microscopique drapeau fédéral à sa cas-
quette. Chemin faisant, il me cite quelques anecdotes qui
mériteront une place dans notre journal ; je vous les
réserve à une prochaine correspondance. Ensemble nous
avons visité l'Hôtel de Ville où tous les préparatifs sont
terminés.
La cour du côté de Saint-Pierre est embellie dans son
pourtour par des vases, de la verdure et un petit jet
d'eau ; le grand escalier, les salles d'attente ressemblent
à de véritables serres. Notre croix fédérale occupe la
meilleure place dans tout ce brillant décorum qui sur-
prendra nos magistrats ; l'Hôtel de Ville de Mâcon , sim-
ple à l'extérieur, est richement orné et meublé à l'inté-
rieur. Ici, le buste de la République; là, ceux du poète
Lamartine et de l'historien Lacretelle. Dans la grande
salle réservée à la réception des délégués, j'ai remarqué
un tonneau reposant majestueusement sur son fond,
muni d'une boîte scellée, et sur lequel on lit cette devise :
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Honneur à l'Helvétie ! En approchant de cette pièce, j'ai
vu que les lettres de l'inscription ne sont point décou-
pées , mais artistiquement formées par le tressage des
osiers de chacun des cercles. C'est un vrai chef-d'oeuvre
de patience et d'adresse auquel s'est dévoué un des ouvriers
de M. le maire de Mâcon , nommé Sautellier.
Au-dessus de l'inscription l'écusson fédéral est formé
de la même manière.
L'intérieur de notre Hôtel de Ville ressemble a un gre-
nier à côté de celui de Mâcon , dont les vastes salles sont
parquetées, cirées, et leurs murailles ornées de boiseries
peintes de sujets variés. Dans l'une d'elles on voit les
portraits de plusieurs hommes célèbres : Rossini, Molière,
Voltaire, etc.
Ainsi que je vous l'ai annoncé dans une précédente
lettre, les logements deviennent rares. Je me prépare à
faire partager ma jolie chambre à un de nos amis que
j'irai choisir à l'arrivée du train de Genève.
Demain le vrai commencement de la fête : si le temps
ne change pas, elle sera splendide dans sa simplicité.
Mâcon, 6 août.
Une formidable avant-garde envahit Mâcon; elle est
composée de gens des villes voisines et des environs.
Jamais la cité n'a reçu autant de visiteurs, et cette foule
qui l'étonné n'est pas encore celle qu'elle doit admirer.
Des abords de la gare à l'extrémité de la rue qui con-
duit au quai Sud, c'est une fourmilière humaine.
On attend les Suisses : voilà les seuls mots qui circu-
lent de bouche en bouche, et ces mots ne sont interrompus
que par les vivats frénétiques qui accueillent l'arrivée du
char allégorique se rendant à la gare pour suivre le cortége.
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Ce char , traîné par quatre chevaux, est d'un effet
magique. Il porte vingt-deux jolies petites filles tenant
des bannières aux armes de nos cantons. La France, vêtue
et couronnée à l'antique, repose majestueusement au-
dessus de ce groupe, entourée des emblèmes de l'indus-
trie. A sa droite, elle tient haut et ferme le drapeau
national ; à sa gauche, est un buste de la Liberté.
Et tout le long du parcours , aux acclamations popu-
laires, se mêle l'obole en faveur des inondés, la dette
de la reconnaissance, c'est ainsi qu'on l'appelle à Mâcon.
Le sifflet de la locomotive se fait entendre : voici le
train de Genève.
Ce sont bien nos compatriotes; ils sont nombreux. A
leurs chapeaux, outre la fleur des Alpes, on remarque
une fleur blanche, souvenir de l'ovation dont ils ont été
l'objet de la part des dames françaises à leur passage à
Bourg.
Un cri formidable et unanime part du train de Suisse :
Vive la République ! Et la foule sympathique leur répond
non moins vivement : Vive la Suisse !
L'immense cortége se forme. Une batterie de tambours
et la fanfare du 45° le précèdent ; les autorités locales et
le comité suisse viennent ensuite , puis les fanfares suis-
ses, les charmants cadets de Bâle, la multitude des
tireurs armés de leur carabine auxquels se sont joints les
premiers arrivés.
Vive la France ! Vive la République ! Vive la Suisse !
sont mille fois répétés ; c'est une tempête de vivats lors-
que la colonne s'ébranle, et ces vivats se mêlent aux saluts
sur toute l'étendue du parcours où nos couleurs nationa-
les flottent au vent, de la gare jusqu'à l'Hôtel de Ville.
M. le maire Ferret apparaît au balcon; son émotion
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est grande. Il saisit le drapeau tricolore saluant ceux pour
lesquels il s'est tant préoccupé. Vive la République!
répondent les Suisses.
Leurs bannières brillant au beau soleil s'agitent et,
tous les coeurs émus, la foule emplie de surprise et de
joie répond avec enthousiasme : Vive la Suisse !
Spectacle sublime que celui de la paix, de la frater-
nité entre les nations.
Mais à aujourd'hui n'est point réservée la réception
officielle. Seuls les délégués sont admis dans les salons,
tandis que chacun se rend au domicile qu'il a choisi ou
qui lui est assigné.
Jusqu'à une heure assez avancée, les voitures n'ont
cessé de transporter le public et les Suisses sur l'empla-
cement du tir où des dames collectaient en faveur des
inondés de notre pays. Dans la ville règne une animation
extraordinaire; tous les cafés sont remplis.
L'Hôtel de Ville, ouvert au public, a été dès lors visité
par des milliers de personnes ; c'était un besoin et une
satisfaction donnée au peuple auquel l'accès de ces salons
était interdit sous le régime impérial.
Et pendant que la foule se livrait à l'expansion de sa
joie, un illustre malade , M. l'avocat Margue , recevait
ma visite et celle de deux compatriotes qui m'accom-
pagnaient.
Nous lui avons serré la main et nous l'avons entendu,
cet éloquent et courageux républicain, qui doit représenter
les démocrates de Mâcon au banquet de mardi ; puisse sa
santé le lui permettre.
Nos compatriotes seront émus jusqu'aux larmes à la
parole énergique de ce tribun populaire.
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DÉPÊCHES.
Mâcon, 6 août, 5 h. du soir.
Temps splendide. La ville se pavoise de toutes parts.
Foule énorme. Tir très-animé. Les tireurs suisses arrivés
hier font merveille. Ont obtenu à la cible suisse : Pfen-
ninger, de Staefa (Zurich), 96 points; Heutschi (Soleure),
91; Boesiger, de Roggwyl (Berne), 89; Feldmann, de
Glaris, 88; Knuty, de Bâle, 85; et à la cible interna-
tionale pour le plus grand nombre des cartons : Baenziger,
de Wald (Appenzell).
Mâcon, 6 août, 10 h. 30 m. soir.
Voyage excellent. Pas d'accidents. Train en retard.
Réception admirable. Foule immense et enthousiaste.
Acclamations interminables. Sommes fatigués. A demain.
Mâcon, 7 août, matin.
Le rappel bat : ce sont nos cadets de Bâle qui font le
tour de la ville, émerveillant la population par leur atti-
tude guerrière et la régularité avec laquelle ils accom-
pagnent du fifre tous les détails de la marche.
Le rendez-vous est à la promenade de la gare, où , de
là, nous devons nous rendre en cortége jusque sur l'em-
placement du tir, pour la remise des drapeaux et des
dons offerts à la Société du tir à Mâcon.
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Le temps est ravissant ; le soleil brille dans tout son
éclat; le ciel est dégagé de tout nuage. Voici l'heure.
Peu a peu les groupes se condensent, et une immense
colonne est bientôt formée. Quel majestueux ensemble !
Les bannières flottent au vent, les fanfares résonnent,
les tambours roulent, la colonne s'ébranle, ayant une
avant-garde genevoise formée principalement de la société
du tir de campagne. Sur le parcours, les habitants se
découvrent respectueusement et acclament notre chère
Suisse ; nous répondons à leurs saluts toujours par les
cris de : Vive la France ! Vive la République !
Arrivés sur la place du tir, et en face du stand, le
cortége, l'immense cortége forme le carré. Moment so-
lennel où, je vous l'avoue, mon pauvre coeur battait bien
fort et se sentait retrempé d'un plus pur amour pour le
pays où j'ai reçu le jour. Les trois corps de musique de
Genève, Fribourg et Locle font retentir les airs de leurs
accords. Délicieux prélude.
Une table est placée au centre du carré, et M. Dupuis,
président du tir de Mâcon, se présente. Il est accueilli
par d'enthousiastes applaudissements. Tous les auditeurs
se découvrent.
D'une voix émue, l'honorable président prononce le
discours suivant :
MESSIEURS ,
Soyez les bienvenus et merci de l'honneur que vous nous
faites. Notre jeune Société de tir est heureuse de fêter en vous,
non-seulement les plus habiles tireurs du monde, mais encore
de généreux bienfaiteurs. ( Applaudissements.)
Après les immenses désastres qui ont accablé notre infor-
tuné pays, alors que l'Europe entière, intimidée par un impi-
toyable vainqueur, assistait impassible à tous nos revers, et
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que nos malheureux soldats français, forcés de quitter leur
patrie qu'ils ne pouvaient plus défendre, se retiraient en hail-
lons, exténués de fatigue , souffrant de la faim et du froid ,
vous, Messieurs, vous seuls, sans crainte pour l'intégrité de
votre territoire, sans songer à votre chère indépendance , qui
pouvaient être l'une et l'autre compromises par les services
que vous alliez nous rendre, vous seuls, dis-je, vieux répu-
blicains que les partis ne divisent pas , n'écoutant que la voix
de l'humanité, avez recueilli ces pauvres soldats comme des
compatriotes, comme des frères. (Applaudissements.)
Vos femmes et vos filles, que nous voudrions fêter aussi,
et près desquelles nous vous prions d'être les interprêtes de
notre profonde gratitude, se sont jointes à vous pour donner
à ces malheureuses victimes de la guerre les soins les plus
intelligents et les plus dévoués.
Grâce à ces soins, grâce à votre mâle attitude , vous avez
pu rendre à la France, et presque entière, une armée de
100,000 hommes avec son immense matériel.
Je suis heureux, Messieurs, d'être appelé un des premiers
à rendre un solennel hommage à tant de générosité pendant le
trop court séjour que vous allez faire parmi nous. Des voix
plus autorisées que la mienne sauront vous dire tous les senti-
ments de reconnaissance que votre noble conduite nous a ins-
pirés, et qu'il nous tardait, sans attendre la guérison des plaies
encore saignantes de notre malheureuse patrie, de vous remer-
cier du fond du coeur, eu notre nom et au nom de nos braves
populations bourguignonnes, des immenses services que vous
nous avez rendus.
Vive la Suisse! Vive la France! Vive la République!
La foule émue applaudit avec frénésie ; les vivats à la
République française font trembler l'espace.
M. Friderich, de Genève, prend la parole comme re-
présentant la députation des tireurs suisses.
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GARABINIERS DE MACON ,
CITOYENS PRANÇAIS ,
Au nom des tireurs suisses, je vous exprime mes remercie-
ments pour votre cordiale invitation et pour votre réception
fraternelle.
Nous ne sommes pas venus assister à une fête ordinaire ;
nous savons que vous n'avez pas d'écho pour les éclats de la
joie d'une grande fête. Nous sommes venus pour assister à une
grande solennité nationale, heureux de voir nos voisins et
amis soutenir comme nous cet exercice national du tir, le plus
noble et le plus utile malheureusement pour des citoyens
libres. (Applaudissements.)
Nous avons besoin à cet égard, nous, Suisses, d'enseigne-
ments et de leçons ; nous avons voulu voir comment on tirait
à Mâcon, et venir provoquer à cette lutte fraternelle, à cette
conciliation sans laquelle toute institution, quelque belle
qu'elle puisse être, s'étiole et dépérit.
Nous venons vous disputer les prix que vous accordez à vos
meilleurs tireurs, espérant que vous aussi viendrez nous dis-
puter ceux que nous offrons dans nos grands tirs. (Applaudis-
sements.)
Nos drapeaux se sont présentés à Francfort, à Brême, à
Vienne, à Turin , mais jamais nous ne sommes venus dans un
tir avec plus d'enthousiasme qu'à celui qui nous est offert par
la cité républicaine de Mâcon. (Vifs applaudissements.)
Il y a dans les tirs républicains une idée commune que je
dois rappeler.
II est beau d'aimer sa patrie, mais aujourd'hui cet amour
n'est rien s'il n'anime pas un peuple qui a des armes pour dé-
fendre cette patrie et cette liberté, et si ce peuple ne sait pas
se servir de ces armes. Voilà le but de nos tirs. Nous sommes
heureux de voir nos idées partagées par les citoyens réunis en
cette belle journée. (Bravos.)
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Mais il y a quelque chose de plus qui nous a amenés à Mâcon.
Après ces jours de deuil auxquels nous nous sommes associés,
après cette guerre qui a fait aussi la douleur de ceux qui pen-
sent, un cri d'allégresse a retenti dans tout notre pays lors-
qu'on nous a annoncé que la France libre, maîtresse de ses
destinées, avait proclamé la République. ( Applaudissements
prolongés. )
Nous n'avons ni à louer ni à critiquer ce qui se fait chez
vous ; nous appartenons à un petit peuple qui demande avant
tout à rester libre, et qui ne veut pas plus se mêler des affaires
des autres qu'il né veut qu'on se mêle des siennes. Mais il
nous est impossible, Républicains français, de ne pas acclamer
avec vous ces idées de respect des droits personnels, de liberté
et de progrès politique et social par l'instruction, par l'éman-
cipation des individus que nous appelons la République, et
qui ont créé chez nous un ordre public à la défense et au
maintien duquel nous sacrifions tout. (Bravos.)
Carabiniers de Mâcon, je vous présente, en souvenir de cette
journée, ce modeste drapeau : il vous rappellera nos voeux et
nos espérances. C'est tout ce que peut vous offrir la petite
nation au milieu des peuples de l'Europe. Ce sont les voeux
d'espérance d'un peuple dont les ancêtres ont lutté pendant
un siècle pour laisser à leurs descendants une patrie libre,
indépendante et respectée. (Applaudissements.)
Nous avons entendu l'aveu de ce peuple , soit à la tribune
des représentants de votre nation, soit dans vos réunions popu-
laires , des paroles que nous conservons dans nos coeurs, et
nous sommes heureux de vous dire ici combien , dans notre
Suisse, sont sincères et vivantes les sympathies pour la France
républicaine. (Vifs applaudissements.)
Que nos drapeaux flottent fiers et honorés les uns à côté des
autres, et promettez-nous de les apporter dans notre prochain
tir. (Oui! oui!)