Souvenirs du siège de Paris : la Guerre sainte, par Hippolyte Langlois

Souvenirs du siège de Paris : la Guerre sainte, par Hippolyte Langlois

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28 pages

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tous les libraires (Paris). 1871. In-16, 32 p..
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Ajouté le 01 janvier 1871
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Langue Français
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SOUVENIRS DU SIÈGE DE PARIS
LA
GUERRE SAINTE
t-
içlu
Paris. — Typ. PILLIÎT fils aîné, 5, me des Grands-AugiiBlin».
PREFACE
« Les Allemands - sont nés
bêtes; Vinstruction les a rendus
méchants. »
HENRI HEINE
(Allemand)
SOUVENIRS DU SIEGE DE PARIS
LE JEUDI-GRAS
Sa Majesté le Roi-Pendule,
Etant ce jour un peu moins gris,
Trouva qu'il était ridicule
De ne point entrer dans Paris.
Il appela d'un air tragique :
Bismarck, dit-il, c'est carnaval !
Le vrai moment psychologique
De triompher. Hop ! à cheval I
Traversons Babylone en maîtres.
De mon manteau neuf d'empereur,
Pour amuser un peu mes reîtres,
Je veux secouer la terreur.
Paris m'a traité de pauvre homme;
Eh bien ! j'ai dressé mes calculs
Et vais agir ainsi qu'à Rome
Faisaient les rois et les consuls.
Bruit et fanfare, éclat et gloire
Autour de l'heureux parvenu !
La loi fatale de l'histoire
M'apprend que mon tour est venu !
Suivant le brillant horoscope
Tiré par mes.savants au roi;
Si je voulais avoir l'Europe,
Demain j'aurais l'Europe à moi.
Pour le moment je ne demande
Qu'un triomphe longtemps rêvé ;
Il faut que ce Paris entende
Mes sabres battant son pavé.
Voyons, chancelier,. ce n'est guère;
Ces derniers honneurs désirés,
Je les dois bien, après la guerre,
A mes très-chers confédérés.
— 9 -
Entre nous, compère, il est juste
De convenir ici, tout bas,
Qu'eux seuls pour ma personne auguste
Ont porté le poids des combats.
Paternelle et savante astuce !
En les poussant à l'ennemi,
De Moltke a ménagé la Prusse,
Et ma garde a toujours dormi !
Faveur peu chère... et bien insigne
Que ce triomphe à partager.
Avant qu'à la paix ma main signe,
Donnons-leur cet os à ronger.
On les a déjà gâtés, certes
(Sans pourtant oublier les siens) ;
Pour les consoler de leurs pertes,
J'ai fait... deux maréchaux prussiens!
Tout à coup, gonflant la narine, .
Guillaume clignota des yeux,
Et sa voix, jusque-là câline,
Prit un accent religieux.
— 10 —
Il poursuivit : « De Notre-Dame,
J'expédie en duplicata
Ce magnifique télégramme
A l'impératrice Augusta :
<t Nous triomphons ! Personne au monde
« N'a reçu concours plus divin.
« La France est à bas... mais féconde :
« J'ai pris son or et bu son vin I
« Prions, le front dans la poussière I
« Avant un mois tu reverras
*
« Rentrer chez nous l'armée entière...
« Avec des meubles sous le bras. »
Guillaume ici s'arrêta comme
S'il eût eu peur de son cornac ;
Mais Bismark, qui connaît son homme,
Le pria de vider son sac.
— Sire, buvez cette rasade,
Dit-il, c'est du plus pur Aï.
Et le roi reprit sa tirade
Comme un Moyse au Sinaï.
— 11 —
Le vieil ivrogne avait la fièvre ;
Son oeil brillait d'un sombre feu.
Il passa la main sur sa lèvre :
— Toi, fit-il, seras duc sous peu ;
Tu m'as fait en une campagne
Biblique autant que Gédéon ;
J'ai le sceptre de Charlemagne
Et j'efface Napoléon.
Mais, entre nous, et sans vergogne,
Comme tous ceux de ma maison,
Si je suis un royal ivrogne,
Je ne perds jamais la raison.
En somme, cela n'est pas grave,
On peut boire sans forligner,
Et, comme le dernier burgrave,
J'ai bien le droit de me soigner.
A Paris qui va me connaître,
Aussi bien qu'à ma propre cour,
On dit que ton auguste maître
Fait double cuvée en un jour.
- 12 -
Calomnie, injure grossière 1
Viens me prendre à l'heure où chacun
Fait, au saut du lit, sa prière,
Et nous triompherons à jeun!
Et nous allons leur montrer comme
On est un propre potentat,
Et comme aujourd'hui le rogomme j
Passe après la raison d'Etat.
Ils vont me voir, moi le roi-foudre,
Passer sur mon.grand palefroi,
Et, le front courbé dans la poudre,
M'acclamer et pâlir d'effroi.
J'ai d'autres raisons par centaines
Que j'omets, pour te déclarer
Que ce sont mes grands capitaines
Qui dans Paris veulent entrer.
Tu comprends, Bismark, ma noblesse,
Mes gentilshommes les meilleurs
Ont vu Paris dans leur jeunesse
En qualité de balayeurs.
— 13 —
D'autres, parmi mes dignitaires,
Voudraient pouvoir aller toucher
Le reliquat de leurs salaires
Ou chez Ducoux ou chez Richer.
Trois ducs, un peu de ma famille,
De Gérolstein ou de Cobourg,
Ayant échoppe à la Bastille,
Décrottaient les gens du faubourg.
Ah! Bismark, tes compatriotes!...
Ils sont bons à tout, les soudards !
Aussi bien à cirer les bottes
Qu'à nettoyer les lupanars !
Peut-être en étais-tu, toi-même,
De ces valets à toute main....
On tient à revoir ce qu'on aime...
Entrons donc à Paris demain !
Bismark laissa voir un sourire :
— J'ai tout entendu, tout compris,
Dit-il, et, pardonnez-moi, Sire,'
On ne touche, pas à Paris !