Stein à Davoust, ou Réplique au Prince d

Stein à Davoust, ou Réplique au Prince d'Eckmuhl par une de ses victimes...

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29 pages

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Dentu (Paris). 1814. In-8° , 30 p..
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Ajouté le 01 janvier 1814
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Langue Français
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DE L'IMPRIMERIE D'ABEL LANOE,
RUE DE LA HARPE, N.° 78.
STEIN À DAVOUST,
OU
RÉPLIQUE
AU PRINCE D'ECKMUHL,
PAR UNE DE SES VICTIMES.
« Qui n'est point irrité, ayant trop de quoi l'être,
« L'est souvent d'autant plus qu'on le voit moins paraître;
« Et cachant son dessein , pour le mieux assurer,
« Cherche à picridre ce temps qu'on perd à murmurer. »
A PARIS,
Chez DENTU , au Palais-Royal , galerie vitrée ,
n.os 265 et 266, et rue du Pont de Lodi, n.° 3.
ET CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS:
1814.
LES exemplaires non revêtus de la signature de
l'Auteur seront regardés comme une contre-
façon.
STEIN A DAVOUST,
OU
RÉPLIQUE AU PRINCE D'ECKMUHL,
PAR UNE DE SES VICTIMES.
I L est bien difficile de garder les bornes de la
modération, lorsqu'on a à se plaindre du trai-
tement le plus infâme qu'un homme puisse
éprouver, et surtout lorsque le cruel aggres-
seur ose, pour comble d'impudence, se vanter
de sa modération et de vertus qui lui sont étran-
gères. Mais la vérité n'a pas besoin d'invectives ;
je ne sortirai point de mon caractère naturel ;
et quoiqu'il me fût bien permis d'emprunter
au prince d'Eckmuhl la grossièreté du langage ?
(6)
dont il me donna un exemple le jour qu'il me
fit arrêter à Hambourg, je me bornerai à lui
répondre par des faits.
Cependant, pour mériter la confiance du
Public, il faut que je paraisse comme un accu-i
sateur digne de foi, Je dois donc lever le voile ,
que j« croyais à jamais tiré sur mes actions ,
pour prouver que l'homme qui, pendant plus,
de vingt ans, a pu agir avec tant de persévérance
en faveur des principes respectés et avec tant de
désintéressement, n'est pas capable d'en impo-
ser à la fin de sa carrière et dans un moment
où, par suite des mauvais traitemens qu'il a es-
suyés, il est sur le point de descendre au tom-
beau.
Etranger ( natif de Lubec ), élevé en Angle-
terre, ayant atteint l'âge des hautes conceptions,
je me trouvais à Londres le 21 Janvier 1793 .-
je jurai dès lors, dans mon âme , haine et
vengeance contre les auteurs et complices du
crime, dont ma plume se borne à rappeler l'é-
poque; et seul, concentré en moi-même, fi-
dèle à mon serment, j'ai lutté contre une bande
d'usurpateurs, et enfin contre ce Corse parvenu
(7)
moins par son mérite militaire personnel que
par la bravoure naturelle aux Français.
Plusieurs arrestations attestent à-la-fois mes
principes, mes efforts et ma prudence a la-
quelle je dus tant de-fois mon salut dans les
plus grands périls ; fallait-il que je fusse des-
tiné à devenir la victime du prince d'Eckmuhl?
Encore, si quelque fait positif et prouvé eût
justifié sa fureur si l'apparence des formes
judiciaires avait du moins sanctionné en quelque
sorte le traitement infâme que j'essuyai par ses
ordres ; mais, hélas ! je ne fus ni jugé, ni
entendu : mon ennemi avait la force en main;
je lui avais déplu : voilà mon crime. Sa ven-
geance dicta et fit exécuter l'arrêt.
Né avec une fortune assez considérable, je
commençai à me rendre utile à l'auguste cause
pour laquelle mon âme s'était déclarée, en se-
courant, tant à Londres qu'à Hambourg, de
mes moyens pécuniaires , les personnes qui en
étaient les martyrs, et en assistant celles qui
travaillaient à la faire triompher.
Arrivé, en 1798, à Paris, j'y fus accusé,
avec le général Lavalette, d'une conspiration
(8)
contre le Directoire; je fus, par suite, détenu à
l'Abbaye et au Temple, et banni de la Répu-
blique.
Cet événement me prouva la nécessité de me
concentrer en moi-même. Les rôles d'un mar-
quis de Posa, d'un Abélino enflammèrent mon
coeur. D'ailleurs, le rôle d'un conjuré contre
une usurpation soutenue, tout tardif qu'il était,
m'offrit pli]s de succès, que je ne pouvais en at-
tendre, des conspirations les mieux combinées..
L'exemple du brave Georges et d'autres qui se
sont inutilement sacrifiés pour leur légitime mo-
narque,, vient à l'appui, de ce principe.
Aussi, je cessai d'avoir des confidens , lors-
qu'en 1807 je sauvai la. vie au général Danican,
qui, caché à Alloua, et poursuivi par Bour-.
rienne, ministre français à Hambourg, se sauva
sur un passeport que je lut fis avoir sous mon
nom, tandis, que ce Bourrienne fit effectivement
arrêter, sur le signalement dudit général Dani-r
can, deux individus innocens, Messieurs do
Fanget et Dudoignon, dans le temps que, pour
exécuter les ordres très-pressés de son maître,
il était à la poursuite de ce général.
(9)
Je n'eus pas non plus de complices, lorsqu'en
1808, me hasardant de venir à Paris, j'y subis
une détention de dix-sept jours au secret, à la
Préfecture, accusé d'intentions hostiles contre
l'usurpateur , et dont je ne sortis que par défaut
de preuves contre moi, quoiqu'en m'arrêtant
on m'eût considéré comme un homme plus
dangereux que Georges lui-même. Mon invul-
nérabilité ne me sauva cependant pas du bannis-
sement de l'Empire français.
Voilà, en peu de mots , ce que j'ai subi pour
le soupçon de mon dévouement à la cause légi-
time.
Arrivé des prisons de la France à Hambourg,
et m'y trouvant lors de la prise de possession
de cette ville par les troupes françaises, je for-
mai le projet de me retirer en Angleterre; mais
lin contre-temps fâcheux me rejetant sur le con-
tinent, je me vis forcé de rester à Hambourg,
où mes propres besoins m'obligèrent d'exercer,
pendant trois ans, l'emploi de traducteur à la
haute police et à la cour prévôtale (1).
(1) Tel est l'aveuglement de plusieurs individus de
( 10 )
Si cette place a mis des bornes à mes vues,
elle m'a laissé au moins la faculté d'aider, de
servir et de tirer de l'abîme mille individus qui
se trouvaient injustement inculpés par suite des
mesures violentes dont vous, prince d'Eckmuhl,
avez été l'auteur. C'est dans l'exercice de mes
fonctions que j'ai appris à vous connaître ; c'est
en vertu d'elles que je puis vous demander-, en
réponse à votre Mémoire, où vous prétendez,
page 2,
« Qu'aucun de vos actes ne peut être
taxé d'arbitraire, »
pourquoi avez - vous fait détenir, comme les
plus grands criminels, et sans les soumettre à
un jugement, les nommés Mejer, Mevius ,
Schutze, Biorn, l'avocat Baumhauer , les
malheureux marchands d'oiseaux de Saxe,
Hambourg, que, malgré les grandes preuves de mon
dévouement et de mes souffrances pour la bonne cause ,
cette fonction m'y a fait des ennemis, parcequ'ils
n'ont pas été assez clair-voyans pour sentir que je ne
l'avais acceptée, en partie, que dans la pure intention,
de rendre des services particuliers, attendu que mes.
services généraux avaient perdu leur ressort.
( 11 )
les nommés Kruger , Gumprecht, Keller, et
nombre d'autres dont, je ne me rappelle pas les
noms ? Car vous devez savoir que mon ouvrage,
se composant dans les vingt-quatre heures, se
borne à relever quelques passages du vôtre,
sans en couler l'analyse.
Je vous demande encore, pour combattre
l'assertion de la page 3 de votre Mémoire, où
vous niez
« D'avoir commis des actes arbitraires,
qui tendaient a rendre odieux le nom
français, »
pourquoi vous avez persécuté un vieillard
presque octogénaire, l'abbé Sabatier, et que,
pon content de l'avoir chassé de Hambourg,
vous l'avez encore fait bannir d'Altona, par
votre influence sur la police de cette ville , ainsi
que plusieurs abbés restés fidèles à leur souve-
rain légitime ?
Je vous demande aussi pourquoi, vous, qui
vous vantez,
» page 24 , de votre moralité,
vous avez abusé de la faiblesse d'une femme
(Madame L. M.), qui sollicitait votre appui dans,
( 12)
un procès, a été rebutée par vous, du moment
où sa complaisance lui donnait un titre à voire
protection particulière :
Je vous interroge encore sur la sensibilité,
qui, selon votre dire , à la page 22 ,
« S'émeut en vous. »
Pourquoi, dans tant de cas d'arrestations où le
directeur de la haute police de Hambourg, vous
faisait des représentations tendantes à la' mo-
dération, vous lui reprochiez, pour refrein de
vos réponses , d'avoir les entrailles d'un poulet ?
— Si ce fonctionnaire ( dont je n'ai pas à me
louer, qui m'est devenu étranger, et sur le mé-
rite ou le démérite duquel je ne veux faire au-
cune réflexion ) a, dans une dernière brochure,
reçu le titre de Robespierre de Hambourg, je
voudrais bien savoir si ce n'est pas à vous, plutôt
qu'à lui, que cette qualification serait applica-
ble ?
Vous voyez que je suis initié dans bien des
secrets : vous n'avez pas cru que je pusse sur-
vivre à vos mauvais traitemens. Mais avant de
parler de vos torts envers moi, je veux encore
parcourir quelques phrases de votre Mémoire ,