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Sur la guerre actuelle avec la régence d'Alger , en réponse à un écrit de M. le comte de Laborde,...

45 pages
chez les marchands de nouveautés (Paris). 1830. France -- 1824-1830 (Charles X). 43 p. ; in-8.
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PARIS. — IMPRIMERIE ET FONDERIE DE FAIN
RUE RACINE , n° 4, PLACE DE L'ODEON.
SUR
LA GUERRE ACTUELLE
AVEC
LA RÉGENCE D'ALGER,
RÉPONSE A UN ÉCRIT
DE M- LE COMTE DE LABORDE ,
DEPUTE DE LA SEINE.
PARIS.
BACHELIER, LIBRAIRE, QUAI DES AUGUSTINS, N°. 55
DELAUNAY, LIBRAIRE, PALAIS ROYAL,
ET CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTES.
MAI 1830.
SUR
LA GUERRE ACTUELLE
AVEC
LA RÉGENCE D'ALGER.
RÉPONSE A UN ÉCRIT
DE M. LE COMTE DE LABORDE,
DEPUTE DE LA SEINE.
M. LE COMTE DE LABORDE , député de la Seine,
a publié récemment une brochure ayant pour
titre : Appel au Roi et aux Chambres sur les vé-
ritables causes de la rupture avec Alger, et
sur l'expédition qui se prépare.
Il dit, dans sa préface , qu'en examinant cette
guerre on la trouve injuste dans son origine,
imprudente dans sa précipitation, infructueuse
dans ses résultats, et depuis quelques jours
coupable et criminelle dans son exécution.
Dans un moment où les esprits sont si vi-
vement occupés de l'expédition d'Afrique, l'in-
térêt puissant qui s'attache à ce sujet, et le
nom de M. de Laborde, ont dû naturellement
appeler l'attention publique sur un ouvrage dans
I
2
lequel sont reproduites, avec des additions et
des argumens qui sont propres à l'auteur, les
principales objections élevées contre la guerre
dont il s'agit.
Des circonstances particulières nous ayant mis
à portée d'étudier les causes de cet événement,
et d'en suivre les développemens, nous avons cru
qu'il était de notre devoir de ne pas laisser pas-
ser sans réponse un écrit dans lequel les faits sont
exposés d'une manière inexacte ou incomplète;
où l'insulte faite au Roi, dans la personne de son
représentant, est attenuée au point de faire pa-
raître douteux le droit qu'avait S. M. d'exiger
des réparations; qui enfin présente sous un faux
jour les difficultés de l'expédition, en tirant des
inductions mal fondées de tentatives anciennes
auxquelles le succès a manqué.
Avant d'aborder le fond de la discussion, il
ne sera pas sans utilité de rappeler brièvement
l'histoire des rapports de la France avec la ré-
gence d'Alger. Cet ordre est aussi celui qu'a suivi
l'auteur de l'ouvrage que nous nous proposons
d'examiner.
Après avoir fait, au septième siècle, la con-
quête de l'Afrique septentrionale, les Arabes l'a-
vaient partagée en un certain nombre de petites
principautés, qui étaient devenues le patrimoine
des scheiks de cette nation.
Vers l'année 1450, les Français s'établirent
3
dans ces contrées , sur les confins des états actuels
de Tunis et d'Alger, dans le but d'exploiter la
pêche du corail et le commerce intérieur du
pays. Ils acquirent des scheiks arabes la propriété
de ces territoires, moyennant une redevance an-
nuelle que la France paie encore en ce moment
à leurs successeurs.
En 1518, MM. Pierre et Jean Beneett, con-
suls de France au Caire et à Alexandrie, obtin-
rent , du sultan Selim II, divers privilèges relatifs
à la faculté de commercer dans l'empire otto-
man. Le même acte contient la reconnaissance
des propriétés françaises sur les côtes de Barba-
rie , et les déclare très-anciennes.
En 1531 , les deux frères Barberousse , corsaires
de l'île de Mételin, s'emparèrent d'Alger, et y
fondèrent ce singulier gouvernement, qui tire
son principal revenu des déprédations exercées
sur toutes les nations, et qui, à travers les ré-
volutions intestines et les guerres étrangères,
dont ses rapines furent fréquemment suivies,
s'est perpétué jusqu'à nos jours, toujours fidèle
au principe de son institution.
Les maîtres de ce pays ayant inquiété le com-
merce français, François Ier. fit insérer , en 1535,
dans ses traités avec la Porte-Ottomane, un arti-
cle qui déclarait que, si les corsaires d'Alger, con-
trairement à l'ordre impérial, continuaient leurs
brigandages, le roi de France pourrait les trai-
4
ter en ennemis, sans que cette répression portât
aucune atteinte à l'amitié qui régnait entre ses
états et la Turquie.
L'article 12 de ce même traité de 1535 , an-
nonçait que des ordres avaient été donnés pour
que les Français péchassent sur les côtes de Bar-
barie, entre Alger et Tunis, le corail et le pois-
son suivant l'usage anciennement établi, et que
nul étranger ne devait entrer en partage de ce droit.
Ainsi, il reste démontré que les établissemens
formés par la France à la côte d'Afrique , entre
la rivière Seybas et le cap Roux, ont précédé de
long-temps la fondation de l'état d'Alger dans sa
forme actuelle; que la France est bien en effet
légitime propriétaire du sol, puisqu'elle l'a acquis
à prix d'argent de ceux auxquels il appartenait
alors, et que son droit,reconnu par plusieurs trai-
tés authentiques, est consacré par une possession
non interrompue de près de quatre siècles. Les
actes diplomatiques sont appuyés par des faits
décisifs.
Des fortifications et autres bâtimens militaires
avaient été élevés au lieu dit le Bastion de France,
au fort la Calle, au cap Roux, au cap Rose, au
cap Nègre, et il fut constaté , lors d'une inspec-
tion faite par les ordres de Louis XIII , en 1635,
qu'il se trouvait à cette époque, dans ces divers
établissemens, 1,400 hommes de garnison, y com-
pris les pêcheurs de corail.
5
La France jouit en outre, depuis un temps im-
mémorial , du droit de nommer le scheik de la
Mazoule, d'où elle retire l'avantage d'assurer la
bonne intelligence entre les Français des conces-
sions et les Arabes qui sont les plus voisins de nos
établissemens. Ce chef, à qui nous faisons des pré-
sens de peu d'importance, reçoit l'investiture du
dey d'Alger. Le scheik actuel de la Mazoule a été
nommé par Louis XVIII en 1818 ou 1820.
L'érection de fortifications sur le territoire qu'on
occupe, et la nomination du chef du pays envi-
ronnant, constituent bien évidemment des actes
de souveraineté.
Il est vrai que depuis un certain temps le gou-
vernement français, ne trouvant peut-être pas que
les avantages qu'il retirait de l'exploitation de la
pêche et du commerce dans cette partie de l'Afri-
que , fussent une compensation suffisante des dé-
penses que lui occasionait l'entretien des forts et
de leurs garnisons, avait négligé de les maintenir.
Mais comme nous ne cessâmes jamais de rester maî-
tres du territoire, il est évident que l'on ne saurait
tirer de la manière dont il a convenu à la France
d'exercer son droit de propriété, aucune induc-
tion défavorable à l'existence même de ce droit.
Dans l'année 1630 , Louis XIII avait fait re-
construire le Bastion de France , détruit peu de
temps avant par les Algériens; mais, au mépris
des traités avec la Porte-Ottomane et les conven-
6
lions particulières passées avec la régence, les Al-
gériens ne cessaient point d'inquiéter les Français
dans les concessions d'Afrique, ni de molester
leur commerce sur la Méditerranée.
Louis XIV, vainqueur de ses ennemis, voulut
enfin mettre un terme aux déprédations des Bar-
baresques : cependant, malgré toute sa puissance,
il ne réussit pas du premier coup.
En 1664, une escadre française, sous les ordres
du duc de Beaufort, canonna vivement, quoique
sans résultat, la place d'Alger. Gigery fut empor-
tée de vive force; mais le commandant des trou-
pes ayant eu l'imprudence de faire poursuivre les
Barbaresques dans les montagnes par 400 hommes
seulement, une partie de ces troupes fut détruite,
et le reste obligé de se rembarquer précipitam-
ment.
La paix, qui suivit cet événement, fut de courte
durée; les Algériens ne tardèrent pas à recom-
mencer leurs brigandages, qui déterminèrent la
Roi à faire une nouvelle tentative pour les ré-
primer.
Dans l'année 1682, l'amiral Duquesne parut
devant Alger avec une escadre qui comptait, parmi
les nombreux bâtimens dont elle était composée,
cinq galiotes à bombes, instrument de guerre na-
vale, d'une espèce nouvelle, inventée par le Fran-
çais Renaud. Le bombardement fut poussé avec
vigueur, et les Algériens, irrités du dommage qu'il
7
eu recevaient, eurent la barbarie de placer à la
bouche de leurs canons le consul de France et
plusieurs esclaves de la même nation, dont les
membres furent lancés jusque sur les vaisseaux de
Duquesne. L'approche de la mauvaise saison força
cet amiral à s'éloigner de la côte d'Afrique, et
cette première campagne fut ainsi sans résultat.
Les opérations de guerre recommencèrent au
mois de juin de l'année suivante. Après deux jours
de bombardement, le dey proposa d'entrer en
accommodement: une trêve fut accordée, et déjà
un grand nombre d'esclaves français avaient été
rendus, lorsqu'un des principaux officiers algé-
riens, connu sous le nom de Mezzo-Morto, excita
un soulèvement dans la ville, fit assassiner le dey
par la milice, et se fit nommer à sa place. Les
négociations furent rompues, et le bombarde-
ment continua jusqu'au 17 août. A cette époque,
Duquesne, ayant épuisé ses munitions, rentra à
Toulon, laissant devant Alger trois de ses vaisseaux
pour en continuer le blocus.
Cette ville avait considérablement souffert ; les
pirates, menacés d'une prolongation de guerre
qui les ruinait, s'humilièrent enfin; ils envoyè-
rent un ambassadeur au Roi pour lui demander
pardon, et la paix leur fut accordée.
Une leçon aussi sévère ne suffit pourtant point
pour corriger les Algériens ; ils commirent, contre
le commerce français, de nouveaux brigandages
8
qui obligèrent Louis XIV à leur faire sentir encore le
poids de sa puissance. Une escadre, commandée par
Tourville, fut envoyée contre les Barbares au mois
de juillet 1688. Les galiotes-bombardes, qui en
faisaient partie, lancèrent dans la ville plusieurs
milliers de bombes qui causèrent d'énormes dé-
gâts : il y eut fort peu de maisons qui ne furent
pas endommagées. Cet événement n'eut pas d'au-
tres suites.
En 1692, le sultan Achmet rendit, à la de-
mande de Louis XIV, un édit impérial portant
reconnaissance formelle des forteresses et de la
pêche du corail sur les côtes de Barbarie, dont
les Français sont propriétaires.
Cet édit fut suivi deux ans après du traité dit
du Bastion de France, passé entre la régence d'Al-
ger et la compagnie française des concessions
d'Afrique. Par ce traité, la compagnie réunissait
à ses domaines le privilège exclusif de l'exploita-
tion des eaux et de la côte d'Alger depuis le cap
Rose jusqu'à Bougie, tant pour la pêche du corail
que pour le commerce intérieur du pays. On se
sert, aux articles 5 et 7, des mots bon voisinage,
pour désigner nos rapports avec les états de la
régence. L'article 11 établit le droit de propriété
et de pavillon, et stipule, pour prix de la jouis-
sance de ce droit, le paiement d'une lisme ou re-
devance annuelle de la valeur de 17,000 francs.
Cette redevance ne peut, en aucune manière, in-
9
firmer les droits antérieurs de la France; elle
prouve seulement que le gouvernement de ce
pays consentait à faire un sacrifice d'argent, dans
le but de maintenir, avec des voisins turbulens,
un état de paix nécessaire au libre développement
de l'industrie de ses sujets.
Le traité de 1694 fut observé de part et d'au-
tre avec fidélité pendant plus de quatre-vingts
ans , ou du moins les infractions, qui eurent pro-
bablement lieu dans un si long intervalle de
temps, furent regardées comme trop peu impor-
tantes pour être enregistrées par l'histoire. Mais,
en 1776, M. de La Vallée, chargé d'affaires de
France à Alger, fut menacé d'être mis à la chaîne
s'il ne payait 120,000 francs aux créanciers algé-
riens du sieur Crest, négociant français tombé en
faillite ; ce paiement fut opéré par la chambre de
commerce de Marseille. C'est de cette époque que
l'on peut dater le commencement de ce système
de faiblesse et de concessions qui a duré jusqu'à
nos jours, système indigne d'une nation puissante,
et qui, en même temps qu'il blessait la considé-
ration de la France, excitait au plus haut degré
l'orgueil et l'insolence des Algériens.
De 1781 à 1784, la même chambre de Mar-
seille fut encore obligée de payer, contrairement
aux traités, 76,000 fr. pour les dettes du sieur Mey-
fran , et 24, 000 pour celles du sieur Gourdan.
A la même époque, des scènes violentes avaient
10
fréquemment lieu entre le consul général et la
régence, qui prétendait rendre la France respon-
sable des hostilités commises sur nos côtes contre
les bâtimens algériens par les Génois et les Na-
politains, alors en guerre avec cette puissance.
Par suite de ces injustes prétentions, le gouver-
nement français fut amené, en 1789, à fournir
à la régence une corvette du premier rang tout
armée et équipée , en remplacement d'un chébeck
algérien qui avait été détruit par un bâtiment de
guerre napolitain. Il consentit en outre à payer
195,000 fr. à titre de rançon pour vingt-six es-
claves chrétiens qui se trouvaient à bord de ce
chébeck, et qui avaient été délivrés par les cap-
teurs.
Vers le même temps, divers bâtimens français,
dont plusieurs étaient richement chargés, furent
conduits à Alger et déclarés de bonne prise, sous
le faux prétexte qu'ils étaient porteurs de passe-
ports irréguliers ; les équipages qui les montaient
furent condamnés à l'esclavage. Cette affaire fut
arrangée moyennant des présens de grande va-
leur faits au dey et aux grands du pays , plus une
forte somme pour le rachat des prisonniers.
En 1791, un petit corsaire algérien ayant été
détruit près du cap Sépet par un bâtiment gé-
nois, les dépens et dommages réclamés par le
gouvernement barbaresque furent mis à la charge
de la France, qui paya en cette occasion 60,000 fr.,
1 1
sans compter les présens offerts au dey par le né-
gociateur.
En 1798, la paix qui régnait depuis si long-
temps entre la France et la Porte-Ottomane ayant
été troublée par suite de l'envahissement de l'E-
gypte, le grand-seigneur exigea que le dey d'Alger,
son vassal, déclarât également la guerre au gou-
vernement français. Contrairement à tous les
traités, les agens des concessions d'Afrique furent
dépouillés par les Algériens de tout ce qu'ils pos-
sédaient : le compte des pertes qu'ils éprouvèrent
en cette circonstance fut arrêté à 458,115 francs.
Cette guerre de 1798, qui n'amena d'ailleurs
aucun autre événement entre les deux pays, fut
terminée par le traité de paix du 17 décem-
bre 1801.
Il résulte, de l'exposé qu'on vient de lire, que
M. le comte de Laborde n'était nullement fondé
à dire que, depuis l'année 1689 jusqu'au 10 juin
1827, la bonne harmonie n'avait cessé de régner
entre les deux pays. On voit, au contraire, dans
tous les temps, la régence d'Alger, se jouant des
traités, s'attacher, avec cet esprit d'avidité qui est
pour ainsi dire la vie de ce gouvernement, à pro-
fiter de toutes les occasions pour étendre ses pré-
tentions , et pour exiger le paiement de sommes
qui ne lui sont point dues ; tandis que la France,
par des sacrifices d'argent souvent répétés, s'em-
presse de prévenir la rupture de la paix et d'ache-
12
ter la continuation des avantages dont jouit son
commerce dans ces contrées. Au reste, les autres
états de l'Europe montraient autant ou plus de
faiblesse, et les puissances du second ordre sur-
tout avaient à supporter de la part des Algériens
des vexations et des insolences dont la durée cause
toujours un pénible étonnement.
Le traité de 1801 restituait à la France les con-
cessions d'Afrique aux mêmes conditions aux-
quelles elle en avait joui jusque-là, et portait,
entre autres stipulations, que chacun des deux
gouvernemens s'engageait à faire rembourser les
sommes qui seraient légalement dues par ses pro-
pres sujets aux sujets de l'autre.
Dans une lettre du 13 août 1802 , le dey don-
nait au chef du gouvernement français satisfac-
tion pleine et entière sur divers griefs qui avaient
été allégués par celui-ci. Cette lettre finissait par
la phrase suivante, que nous croyons utile de
rapporter textuellement, parce que , rapprochée
du traité de 1801, elle sert à l'expliquer, et
qu'elle marque le point de départ de la transaction
qui eut lieu plus tard en 1819.
« Faites-moi le plaisir, disait Mustapha-Pacha,
» de donner des ordres pour faire payer à Bacri
« et Busnach ce que leur doit votre gouverne-
» ment, puisqu'une partie de cet argent m'ap-
» partient, et j'attends d'être satisfait, comme
13
» me l'a promis, en votre nom, votre consul
» Fouquier-Thainville. »
Mais, malgré les expressions tout amicales de
la lettre dont il s'agit, et le désir que le dey ma-
nifestait de vivre en bonne intelligence avec la
France, on se tromperait beaucoup si l'on pensait
que les Algériens eussent renoncé à notre égard
à leurs habitudes de violences et de rapines.
Ainsi, en 1807 , les agens de la compagnie des
concessions furent chassés inopinément de leurs
établissemens, et les propriétés de la France li-
vrées en pleine paix à des étrangers : elles ne lui
ont été restituées qu'en 1817. A cette époque, les
redevances désignées sous le nom de lismes furent
élevées de 17,000 à 60,000 francs.
En 1810, M. Ragueneau, consul général de
France, ayant refusé son consentement à la vente
forcée d'un chargement d'huile appartenant à un
armateur français , fut chassé d'Alger par le dey,
et porté violemment par des gardes turcs à bord
d'un bâtiment américain , qui le ramena en
France.
Dans la même année, le dey notifia sa déter-
mination de ne plus admettre dans ses ports les
navires pris par les corsaires des diverses puis-
sances belligérantes, si les bâtimens capturés y
avaient relâché précédemment pour s'approvi-
sionner d'eau ou de vivres. Par suite de cette dé-
cision, qui n'était défavorable qu'à nous à l'épo-
14
que dont il s'agit, et qui de plus était contraire
aux usages de toutes les nations maritimes, le dey
fit amener de vive force le pavillon français ar-
boré sur trois navires américains ou anglais qui
avaient été capturés par un corsaire de Marseille ,
et il fit restituer ces navires aux consuls de leurs
nations respectives.
Enfin, en 1811 , diverses marchandises appar-
tenant à des Algériens ayant été confisquées dans
des ports soumis à la domination française, par
l'application qui leur fut faite des lois de douanes
alors en vigueur, le dey fit enlever de vive force,
dans les caisses de la chancellerie de France à
Alger, 46,700 piastres fortes; il fît, en outre,
saisir à Oran et vendre publiquement douze na-
vires pris par des corsaires français : le produit de
cette vente, qui s'éleva à 152,000 piastres fortes,
fut distribué aux Algériens.
Quelque jugement que l'on porte sur le droit
que le chef du gouvernement algérien pouvait
avoir à user de ces moyens de représailles, tou-
jours est-il certain que de tels actes ne s'accordent
point avec cet état de paix que M. le comte de
Laborde suppose avoir régné dans le temps dont
il s'agit, entre la France et la régence.
La situation de l'Europe à cette époque expli-
que assez pourquoi le chef du gouvernement
français ne chercha point à tirer vengeance de
tous les torts dont il avait à se plaindre.
10
Les nouveaux griefs de la France contre la ré-
gence d'Alger , depuis la restauration, ont été ex-
posés en détail dans un article inséré au Moni-
teur au 20 avril: et pour éviter des répétitions
inutiles, nous croyons ne pouvoir mieux faire
que d'y renvoyer le lecteur. Nous nous bornerons
seulement à ajouter ici quelques renseignemens
sur certains points qui n'ont pu être examinés
dans l'article ci-dessus cité.
Dans sa réponse, sous la date du 25 avril, à
la note du Moniteur, M. de Laborde demande
pourquoi Louis XIV dans sa toute-puissance,
n'aurait pas réclamé ses droits de possession ter-
ritoriale, et pourquoi les successeurs de ce mo-
narque n'auraient pas pensé à coloniser ces con-
trées jadis si fertiles.
Nous répondrons à cette objection que le ter-
ritoire des concessions d'Afrique n'avait point été
acquis par la France dans l'intention d'y former
une colonie proprement dite, mais bien seulement
un établissement permanent de pêche et de com-
merce; que ce territoire, qui suffisait à l'objet
qu'on se proposait, n'était point assez étendu
pour qu'on pût songer à en tirer parti par la cul-
ture, que d'ailleurs, dans cette dernière supposi-
tion , il eût fallu pour se mettre à l'abri des dé-
prédations des peuplades incivilisées qui nous
environnaient, entretenir constamment sur pied
une force militaire qui eût coûté bien au delà de