La VILLE des SACRES
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Adolescence à Reims.

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Publié le 11 juillet 2020
Nombre de lectures 7
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

LA VILLE des SACRES
BLANCHARD Jef
4 PÉRÉGRINATION D’UNE FAMILLE NOMBREUSESINGULIÈRE BLANCHARD Jef
PROLOGUE Qui ne connaît la trilogie de Marcel Pagnol ? ‘‘La gloire de mon père’’‘‘Le château de ma mère’’‘‘Le temps des secrets’’Cette vie d’instituteur public au siècle dernier avec ses rentrées scolaires, ses grandes vacances, ses ambitions professionnelles et sa vie familiale. Un régal avec l’accent du midi et le chant des ciga-les. On connaît moins la vie d’un instituteur de l’autre réseau, le privé confessionnel. C’est le pari qui est fait ici de la dépeindre en suivant Jeannot, l’un des fils du directeur d’école catholique, et croyez-le, les anecdotes sont croustillantes, parfois banales, d’autres peu édifiantes voire scabreuses, le plus souvent ignorées. C’est incarné dans une famille certainement unique en son genre puisque, le temps venu, le pè-re et deux des fils y enseigneront de conserve plu-sieurs années de suite, une entreprise familiale... impossible dans l’enseignement public...Les lieux sont réels. Les faits, comme cha-cun sait, sortis de l’imagination de l’auteur. Par extraordinaire, si des personnages ou des institutions venaient à s’y reconnaître ce se-rait pure coïncidence...
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Quel sacre ! La famille et son barda débarque à Reims au 14, rue du Mont d’Arène. Adieu greniers mystérieux, adieu caves ténébreuses, adieu grande cour et platanes, adieu jardin, adieu locaux spacieux, adieu chambres nom-breuses, adieu modeste confort…Pour la première fois John ne logera pas dans l’é-tablissement scolaire. Ce dernier se trouve deux rues plus loin et ne comporte aucun logement. Le change-ment est si important, si perturbant qu’il abandonne son surnom et revient à celui de son état civil, mais pas complètement, tout de même… il s’appellera et se fera appeler Jean-François. Cela durera tout au long de sa vie. Même s’il se pliera à mettre le trait d’union, quand il y pensera, sur les papiers officiels, même si au stage des ‘‘Choralies’’ de Vaison-la-Romaine il en reviendra affublé du dimi-
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nutif sympathique et affectueusement amical de Jef par Laura Wagner, descendante du musicien.  Il gardera celui-ci comme nom de scène. Chez les ténors dans les chorales, chez les marcheurs des Cha-mois Verts, comme acteur dans Les Soirées d’Hélène au château de Tournon, mais aussi aux Tréteaux d’Hé-lène et aux Mots Lièrent et chez les percussionnistes de la Batuccada. Par extension cela deviendra son prénom habituel quoique dans la famille ça restera Jean-François, et chez les frères et la sœur, Jean tout court... On eût pu croire que dans la ville des sacres le lo-gement eût été bourgeois à défaut d’être somptueux. Non ce n’était pas un palais, pas plus un château, mê-me décrépi, pas non plus une demeure de nobles rui-nés, même pas un logement de prolétaires. C’était Zo-la ! La porte de la rue s’ouvre sur un couloir qui mène à la courette ridicule surveillée par les innombrables fenêtres des immeubles à étages qui l’entourent.À droite la montée de l’escalier vers les logements des vicaires et de leur vieille-fille de gouvernante. Et en bas, deux pièces, deux pièces seulement pour un couple et ses sept enfants ! N’exagérons rien, la première est partagée en deux par une cloison. Ce sera d’un côté la chambre des parents et de l’autre la pièce à vivre, tout à la fois cuisine, salle-à-manger, salon, buanderie.  Que reste-t-il pour les enfants ?  La troisième pièce. À peine assez longue pour y serrer tous les lits. Un lit double devra recevoir trois dormeurs !
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Mais si ce n’était que cela, le bonheur serait enco-re permis. Il n’y a pas l’eau, il faut aller la tirer au robinet du compteur dans le débarras parallèle au couloir. Il n’y a pas de toilettes, quand les seaux hygiéni-ques, -hygiéniques, quelle ironie lorsqu’ on en connaît les émanations ! - quand donc ils sont pleins il faut pas-ser dans la courette, suivre le passage entre deux im-meubles, pénétrer dans la cour du cinéma paroissial et vider dans les WC extérieurs. Pour ne pas se faire voir par les habitants des étages, on n’y passera que la nuit tombée en espérant qu’il n’y ait pas séance de cinéma ce soir-là !  Et les eaux de la toilette quotidienne, et les eaux de la vaisselle, et les eaux des lessives, des ménages ? Combien de récipients pour l’amener, combien de bassines pour l’évacuer par la grille d’égout de la cour, combien d’allées et de venues continuelles dimanches et jours de semaine ?  Ne disons pas trop de mal du débarras, il accepte les quatre vélos des aînés. Dédé aura gagné le sien pen-dant les vacances par son stage d’apprenti chez l’oncle garagiste de Saint-Martin. La récente machine à laver le linge avec ses rouleaux presseurs pour l’essorage y trouve aussi sa place.  Dans la chambre des sept enfants un luxe inatten-du, un cagibi aveugle pas plus grand qu’un placard pro-fond permettra à la fille de s’isoler momentanément. Les garçons préfèreront le déplacement dans les toilet-tes de la cour du cinéma.
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Voila ce qu’offre, il est vrai, provisoirement… la riche paroisse Saint-Thomas au directeur de son éco-le...Un provisoire qui durera deux années tout de mê-me. Yvon le nouveau bachelier s’installera instituteur à l’école Saint-Jacques dès la rentrée. Marité suivra des cours de sténodactylo au cours privé Notre-Dame, ob-tiendra son diplôme et préfèrera se faire embaucher comme vendeuse aux Nouvelles Galeries, le magasin généraliste fréquenté par la bourgeoisie rémoise. Elle craignait de prendre des kilos à passer ses journées as-sise derrière un bureau. Dédé fidèle à ses compétences sera inscrit au lycée technique des frères de Saint-Jean-Baptiste-de-La-Salle. Jean-François entrera en seconde, rue de Courlancy, au lycée général de la même congré-gation. Pierrot sera envoyé au petit séminaire afin de respecter la tradition des familles nombreuses catholi-ques qui veut qu’un des enfants épouse la prêtrise. En avait-il la vocation ? L’avait-il souhaité ? Comme il ne s’exprimait pas beaucoup et qu’il n’était pas rétif, il était tout désigné pour cet avenir.  André avait négocié tout cela dans une telle né-cessité et une telle urgence qu’il en avait laissé passer l’exigence d’un logement immédiat et adapté pour la famille.  On entrait dans le terrible hiver dix-neuf-cent-cinquante-quatre...
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Hiver 1954 Il faut imaginer cette saison dans le logis !  Celui-ci n’avait pas été conçu pour loger qui-conque. Pour des œuvres paroissiales peut-être ?  Comme salles de réunion des vicaires des étages au-dessus, probablement ?  Sur le poêle bas installé en urgence dans la cham-bre commune la lessiveuse bout pendant la journée. L’air ce soir ne sera pas trop sec pour les dormeurs et le froid n’osera pas entrer. On a chipé la petite radio paternelle, il est absent à cette heure, il règle les problèmes de son école, corri-ge et prépare sa classe sur place. Groupés, on écoute anxieusement les vibrants appels de l’abbé Pierre à l’Assemblée Nationale. Des gens meurent la nuit dans les rues des grandes villes et rien ne se passe ! Une im-mense prise de conscience bouscule les habitudes et les consciences. Enfin l’administration prend le relai desmultiples initiatives privées.
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 Jean-François, il est vrai, vit dans un taudis, mais au moins il peut dormir au chaud. Ah ! Quand il se rend au lycée à l’autre bout de la ville à vélo, ce n’est guère une promenade d’agrément. La température ex-térieure n’a jamais été aussi basse dans la région. Il se trouve happé dans le flot des ouvriers qui se rendent à l’usine, gare à la chute si la roue avant s’incruste dans le vide du rail du tram ou des engins de levage le long du débarcadère du canal. Et comme il commence à avoir les doigts gelés ça pourrait bien arriver. Mais non, au-jourd’hui ce ne sera pas les doigts. Quand il pénètre dans la classe surchauffée ce sont les oreilles qu’il ne sent plus. Il ne les sent plus pendant quelques minutes, puis sans avertissement, une douleur intense, épouvantable, insupportable explose de chaque côté de la tête. Il essaie de mettre les mains en coque dessus, ça ne fait qu’augmenter l’intensité de la douleur. Il faudra attendre patiemment pour que ça se calme. Il était temps d’arriver, un peu plus, les oreil-les ne revenaient pas à la vie ! Cette douloureuse aventure n’est pas arrivée à Yvon, pas plus à Marité qu’à Dédé. Leur déplacement à vélo ne nécessitait pas un temps de trajet si long expo-sé à ce froid polaire.  Pour affronter les frimas Jean-François avait pio-ché dans les vêtements donnés par les Allaert de Peil-lac. Ces gens étaient d’origine du Nord et savaient ceque solidarité veut dire. Il essaya un pantalon trop long et de taille inadaptée mais il fallut s’en contenter, il re-
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montera la ceinture et la serrera sérieusement pour la tenir à son tour de taille. Il enfila un blouson de bonne coupe et de qualité qui venait de la grande fille, la place de la poitrine restera inoccupée, qu’importe il aurait chaud !  Il attendait que la neige arrivât, la température se-rait alors supportable et si la couche était épaisse il au-rait une excuse d’absence pour la journée. Elle ne vint pas.
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La gouvernante Sept enfants dans une piaule ça n’est ni banal ni d’un calme monastique. Sans compter les incessantes allées et venues dans la pièce à vivre ou dehors. Les portes claquent, les exclamations, les rires, les plaintes fusent. La ruche est si bruyante que la gouvernante des vicaires qui loge au-dessus prend d’abord son mal en patience, elle se montre sur son palier pour demander poliment un peu de calme si c’était possible. Ça le fut pour la soirée. Pas pour la suite. De cal-me elle devint plaintive, de plaintive elle devint agressi-ve à ce point que les gamins en faisaient leur jeu. La pauvre vieille-fille, si elle continuait ainsi, allait faire une dépression. Heureusement l’un des vicaires la surprit dans sa colère du haut du palier et la sermonna. Elle se calma, les enfants se lassèrent de la provoquer et com-mencèrent à faire plus attention à leur remue-ménage.  Jean-François s’occupait plus de la belle espagnole qui de temps en temps apparaissait à la fenêtre d’un des immeuble qui plongeait dans la courette. Hélas ce
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bâtiment s’ouvrait sur une autre rue. La rencontre était aléatoire. Il se contenta d’en rêver. Sur son trajet du lycée il croisait régulièrement une jeune étudiante qui comme lui se rendait à son éta-blissement scolaire, à l’opposé du sien. Comme cela devenait quasiment journalier, l’un et l’autre se recon-naissaient et ma foi il aurait fallu peu pour qu’ils s’arrê-tassent et se présentassent même succinctement. L’es-prit de Jean-François à l’époque au lieu de chercher prioritairement la rencontre amoureuse s’inquiétait des liens du mariage...  Quelles difficultés pour satisfaire une épouse !  Il en savait quelque chose en regardant vivre ses parents. Quelle douleur aussi d’être lâché comme il l’avait éprouvé avec son premier amour éphémère ! Pour l’instant il se contentait d’amours platoni-ques, avec ces deux filles comme avec la boulangère du quartier qui bien que moins jeune l’attirait par son côté bonne pâte, surtout quand elle venait livrer à la maison les desserts du repas de la communion solennelle. C’était donc le mariage qui lui posait question. D’autant qu’insensiblement lui venait le désir de per-fection dans le domaine spirituel.  Était-ce l’effet souterrain de sa grande culpabilité provoqué par le sacrilège dont il avait été l’auteur il y a cinq ans maintenant ?  Était-ce le tempérament hérité de la part de son père ?  Était-ce sa façon à lui de réussir une ambition
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