Un mot aux électeurs des départements du Nord et du Pas-de-Calais, sur la nécessité de porter à la députation des hommes libéraux. (6 novembre.)

Un mot aux électeurs des départements du Nord et du Pas-de-Calais, sur la nécessité de porter à la députation des hommes libéraux. (6 novembre.)

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27 pages

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Leleux (Lille). 1820. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Ajouté le 01 janvier 1820
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Langue Français
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UN MOT
AUX ÉLECTEURS
DES
DÉPARTEMENS DU NORD
ET
DU PAS-DE-CALAIS,
SUR LA NÉCESSITÉ DE PORTER A LA DÉPUTATION
DES HOMMES LIBÉRAUX.
De toutes paris s'offrent à vos suffrages une foule
de citoyens, amis sincères et zélés de la charte.
également dévoués au trône et à la patrie, égale-
ment ennemis du despotisme et de l'anarchie.
Paroles de S. M. LOUIS XVIII.
A LILLE,
CHEZ LELEUX, EDITEUR DE L'ÉCHO DU NORD,
CRANDE PLACE.
NOVEMBRE 1820.
IMPRIMERIE DE LELEUX,
GRANDE PLACE, A LUXE.
AVERTISSEMENT
DE L'ÉDITEUR.
L'OUVRAGE que je présente aujourd'hui au
public et dont l'auteur veut rester inconnu,
m'est parvenu indirectement et sans titre
positif. Le titré que je lui ai donné n'est
peut-être pas celui qui lui convient le mieux,
puisque cet Ouvrage traite la matière en
général, et s'adresse moins aux électeurs
d'un, département qu'aux électeurs de toute
la France. Toutefois j'ai cru devoir l'adopter
par les raisons que je vais déduire. Dans
plusieurs départemens, des écrits spéciaux
ont été publiés pour éclairer lés électeurs;
à Paris surtout ces sortes d'écrits abondent
et chacun peut y puiser d'utiles instructions:
dans d'autres, les journaux ont eu la faculté
(4)
d'exprimer des opinions libres sur ce sujet.
Il n'en est pas de même chez nous. Aucune
brochure particulière, écrite dans un sens
libéral, n'a paru jusqu'ici dans les deux
grands départemens du Nord et du Pas-
de-Calais, et les commissions de censure,
essentiellement partiales et remplissant à la
lettre les promesses du ministre Pasquier,
ont impitoyablement arrêté tous les articles,
où l'on traitait le sujet des élections sous ce
point de vue. (1) Pour remédier autant que
possible à ce manque d'instructions locales,
j'ai cru devoir adresser directement les
réflexions qu'on va lire aux électeurs qui
vont se rassembler à Lille et à Arras, sous
peu de jours.
(1) Un exemple nouveau vient à l'appui de cette assertion :
aujourd'hui même les censeurs de Lille ont refusé l'insertion
dans l'Echo du Nord, d'un article fort sage sur ce sujet,
lequel article était extrait du Courrier de la Haute-Marne,
et avait subi l'épreuve de la censure à Chaumont. Les
censeurs lillois sont MM. Rohart, prêtre; Bernard, con-
seiller de préfecture; et Dumcsnil, juge au tribunal civil.
(5)
Cet écrit n'est point destine aux libéraux :
ceux-là connaissent leur devoir, sentent nos
besoins et sont d'ailleurs assez éclairés; il
est fait encore moins pour les ultrà-roya-
listes, vieux pécheurs endurcis dans l'ini-
quité, et qui doivent mourir dans l'impéni-
tence finale. Il a pour but de dessiller les
yeux de ces honnêtes Français dont les
voeux, selon l'expression de M. Guizot, ne
repoussent point le système constitutionnel,
dont les intérêts se rattachent à l'ordre
nouveau et se refusent à la contre-révolution;
mais qui, l'esprit frappé des excès de l'anar-
chie et détestant pardessus tout l'immoralité,
le cynisme, les fureurs révolutionnaires,
reculent avec effroi devant tout ce qui les
rappelle, et se rallient à tout ce qui les
combat; honnêtes gens qui ne veulent ni
l'ancien régime, ni les priviléges; mais qui,
faute de lumières ou par pusillanimité, se
sont jetés dans les rangs de leurs plus cruels
(6)
ennemis, dont seuls ils font la force, entre-
tiennent les espérances, exaltent l'audace et
les prétentions. Ces braves et loyaux citoyens,
qui ne veulent que le repos, la justice,
doivent apprendre qu'ils se compromettent
pour une cause qui n'est pas la leur ; qu'ils
perdent, dans cette fausse position, une
bonne part de leur crédit et de leur force ;
que loin d'aider à vaincre une faction qu'ils
redoutent, ils se livrent eux-mêmes à celle
qu'ils devraient redouter le plus. Heureux
l'Auteur de ce petit Ouvrage, s'il parvient
à ce but honorable, le seul auquel il ait
l'ambition d'aspirer !
Lille, 6 Novembre 1820.
UN MOT
AUX ÉLECTEURS
DES
DÉPARTEMENS DU NORD
ET DU PAS-DE-CALAIS.
MESSIEURS,
Appelés à donner à la France des repré-
sentans organes de ses voeux, permettez-moi
de fixer un instant vos pensées sur l'impor-
tance des fonctions que la loi vous confie.
C'est particulièrement à vous que je m'a-
dresse, estimables commerçans, que l'en-
traînement des affaires empêche d'observer
avec assez d'attention les dangers qui me-
nacent nos libertés et nos droits; honnêtes
habitans des campagnes, dont la confiance
généreuse n'est pas assez en garde contre
les projets d'un parti, ennemi né de tout
intérêt général, défenseur passionné des dis-
tinctions héréditaires qu'il regarde comme
(8)
son patrimoine; c'est à votre raison, c'est à
votre propre intérêt que je viens ici faire un
appel. Les débats orageux de la tribune , les
divagations et les personnalités ont si sou-
vent déplacé, embrouillé les questions les
plus claires, mis en problème les vérités les
mieux démontrées, qu'il est utile d'y rame-
ner par un exposé simple et précis.
S'il s'agissait encore aujourd'hui de con-
quérir à la nation la jouissance de ses droits
et qu'on eût le pressentiment de tout ce
qu'ils lui ont coûté, on pourrait examiner
s'il ne vaudrait pas mieux y renoncer que
de les obtenir au prix d'une épouvantable ré-
volution; mais ces droits sont acquis; ils ont
été payés trop chèrementpeut-être; la charte
les consacre ; voulons-nous les abandonner,
ou voulons-nous continuer d'en jouir?
Deux partis sont en. présence : le libéra-
lisme et l'aristocratie, c'est-à-dire, la France
presque toute entière, d'un côté; la classe qui
veut l'asservir, de l'autre. (1) Examinons
(1) Je ne parle pas d'un troisième parti, celui du ministère,
qui, dans l'état d'effervescence où sont arrivés les esprits,
ne peut être rien, s'il ne s'appuie sur l'un des deux autres.
(9)
d'abord les prétentions avouées de chacun
de ces partis, et les conséquences probables
de leur triomphe. Cet examen, fait avec sin-
cérité, vous éclairera sur celui des deux que
vos choix doivent favoriser.
Que veulent les libéraux ou les constitu-
tionnels?
La royauté héritaire, les Bourbons et la
harte.
La royauté héréditaire, parce qu'elle
assure la durée des institutions et le repos
des états;
Les Bourbons, parce que, indépendam-
ment de l'attachement personnel qu'ils peu-
vent inspirer, il est de l'intérêt bien entendu
de la France de préférer à toute autre, une
dynastie dont plusieurs siècles ont légitimé
les droits au trône; et que, sans elle, mille
prétentions contestées viendraient livrer la
patrie à tous les déchiremens de la guerre
civile;
La charte, parce que, donnée par le
Monarque, elle est, en même temps, l'ex-
pression des droits et des voeux de la nation.
Mais cette charte, ils la veulent toute en-
tière, avec toutes ses conséquences :
(10)
Ils veulent la liberté civile et politique
et par suite le rapport des lois qui en sus-
pendraient la jouissance;
L'égalité des droits, et par conséquent
l'abrogation de tout privilége que la charte
n'aurait pas fondé ;
Une organisation administrative telle que
les administrés y aient des défenseurs réels
de leurs intérêts ;
Le perfectionnement du jury, mis hors de
l'influence du pouvoir;
La formation légale d'une garde civique,
purement municipale, consacrée au main-
tien de l'ordre et à la défense des lois;
La responsabilité de tous les agens mi-
nistériels sans exception ;
Une éducation publique conforme aux
principes d'un gouvernement libre;
Toutes les lois enfin et toutes les institu-
tions qui sont l'application ou qui garantis-
sent l'exécution de l'acte constitutionnel.
Que veut maintenant le parti aristocrati-
que ou la noblesse?
Le maintien de la monarchie, mais déga-
gée de tout clément démocratique ;