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Un stadhouder, ou les rouges

15 pages
Cosme (Paris). 1851. France (1848-1852, 2e République). In-8 °. Pièce.
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UN
STADHOUDER
ou
LES ROUGES
PARIS,
COSME ET CIE, EDITEURS,
Rue Grange-Batelière, 13.
1851.
Une solution, chacun la désire, chacun la cher-
che, chacun l'attend. Les uns la demandent au
passé, en disant : Mais la légitimité, c'est l'héré-
dité dans la propriété, dans la famille; c'est
cette stabilité que tout le monde veut, cet
horizon d'avenir qui fait naître le travail et à
sa suite le bonheur et la grandeur d'une nation.
Pourquoi la repousser?
La repousser? mais la légitimité est un fan-
tôme, c'est un débris échappé des flancs de l'an-
cien monde qui surnage en celui-ci; qui la con-
naît ? je vous le demande. Est-ce l'homme d'af-
faires, l'industriel, le laboureur ? Demandez à
— 4 —
tous ces hommes s'ils se rappellent les Mérovin-
giens, les Garlovingiens, les Capétiens, et ce pré-
tendu principe immuable de l'hérédité du pou-
voir dans une seule famille, principe trois fois
placé dans des familles différentes par suite des
perturbations arrivées chez les peuples.
Ils répondront : Libres à certaines gens de
faire du pouvoir une théorie détachée des faits
humains, libres à certains hommes de com-
biner dans leurs pensées les éléments fantasques
d'un gouvernement ; lorsqu'on invoque le prin-
cipe de l'autorité, on ne peut jamais aboutir
qu'à une délégation exprimée ou tacite; le temps
ne change rien à cette origine; le droit du gou-
vernement n'a aucun rapport avec celui que
possède l'homme sur la création sortie de ses
mains, et quelles que soient les phrases sonores
dont vous entouriez ce droit imaginaire, on
sent bien qu'il n'appartient qu'à Dieu. S'il en
eût été autrement, aurait-on fait descendre la
sainte Ampoule, parlé du droit divin de Pepin-
le-Bref enfermant saintement le dernier des
Mérovingiens, du droit divin de Hugues
Capet en fesant autant à un descendant de
Charlemagne ? Droit divin, droit légitime, tant
qu'il est utile à la nation, tant qu'elle l'accepte,
soit, mais du jour où elle le répudie, non.
Laissons donc toutes ces théories, ces stériles
spéculations de l'esprit. Pour asseoir un gou-
vernement, il faut avant tout qu'il soit accepté.
Eh bien! qui accepte la légitimité dans le pays?
est-ce nous, gens de condition moyenne, vivant
de notre travail, tout en exerçant notre esprit,
nous qui pouvons connaître le passé et lui de-
mander des éléments de stabilité pour le pré-
sent? Non, vous le savez bien. Cette vieille mo-
narchie nous a blessés dans notre dignité, nous
a arrêtés dans nos aspirations. Nous n'avons pas
oublié que des Fabert et des Vauban étaient
dédaignés pour des Villeroy et des Contades ;
nous n'avons pas oublié que cette impuissante
noblesse a toujours opposé à des services ren-
dus à la France les titres mendiés dans de ser-
viles fonctions,
Étes-vous bien sûrs que tout cela serait chan-
gé aujourd'hui? pouvez-vous l'affirmer, vous,
M. Berryer, dont l'éloquente parole semble par-
fois galvaniser le cadavre d'un passé oublié ? Oh !
non, vous ne le pouvez pas. On connaît, malgré
vous, les impatiences, les dédains, qui accueil-
lent tout plébéien égaré dans ces régions inhos-
pitalières; on sait combien les services pèsent
et combien on désire ardemment les oublier. Ne
nous trompons pas de pays, ne parlons pas de l'An-
gleterre, dont la fière noblesse s'incline obéis-
sante devant le fils d'un filateur de laine. Jamais
la France n'a vu un pareil spectacle, jamais la
dignité de l'homme n'y a été à ce point respectée
et reconnue. La noblesse anglaise, ce sont les
éléments du passé mariés à ceux du présent ; il
— 6 —
n'est pas une intelligence d'élite qu'elle ne s'assi-
mile; le plébéien de la veille marche de pair
avec l'homme titré des vieux temps ; leurs fa-
milles s'unissent, et l'on ne voit pas, comme ici,
des eunuques de l'intelligence exiger de l'homme
qui a rendu des services à son pays, la possession
de poudreux parchemins acquise aux descendants
des bâtards des rois ou des pourvoyeurs des pe-
tites-maisons des princes. La noblesse française
est une caste dont les rangs serrés, ne se sont
jamais ouverts d'une manière franche et décidée
à ceux qui avaient conquis le droit d'y entrer;
c'est une coterie intolérante, ne s'assimilant aux
éléments vitaux de la nation que par de viles,
considérations d'intérêts pécuniaires, vendant
à la vanité d'un plébéien le prestige d'un nom
abaissé. Aussi, lorsqu'en Angleterre, on parle
de noblesse, tout le monde s'incline, car c'est la
personnification de tout ce qu'il y a de grand
dans le pays ; et, lorsqu'en France, on fait le
même appel, tout le monde se tait. C'est pour-
tant sur cette coterie que l'on voudrait asseoir
un gouvernement repoussé par les Français qui
connaissent son passé, et ignoré de cette im-
mense multitude de travailleurs que frappent
seulement quelques noms flottants sur le vaste
océan de l'histoire. Henri IV est trop loin, Na-
poléon est trop près pour que la grande figure
du Charlemagne moderne n'éclipse pas le' seul