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Une macédoine poétique, ou Recueil de satires, épigrammes, épîtres, bons mots, quatrains, etc., par Pierre Dumas,...

De
45 pages
impr. de Vve B. Kien (Dunkerque). 1865. In-8° , 44 p..
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UNE
MACÉDOÏNE POÉTIQUE S
oc
Recueil de Salires, Épigrammes, Epilrcs, Bons Mois, Quatrains, etc.,
Par PÎIBBE DOIAS,
DE DUNKERQUE.
Corriger les humains' je ne suis pas si sot.
La vie est une emgme, et je cherche son mot.
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.
E\G£mriA Cour ne PVTTE .... brochure .... in-8°.
OEiU'tS POI TIQUES volume in-8°.
U.NE I^OCE vu COUHGAIN vaudeville en 1 acte m-8°.
L'O'Mor id. id. . in-8°.
EUSIACHE DE SAiNT-PirniiE .... scène historique . . in-8\
LA CHANSON M L^UJON . ... opéia comiq le . . in-8°.
IA Moin DU MAirnr. poème lnstonque. . in-8".
INE MvCbDOINL POÉTIQUE VOluillC 111-8".
LA Monr DU Piirun H JUSTE . . . poème religieux . . in-8°.
LE SONGE DE LOI IS IX id. id. . . m-8».
POUR l'VR VITRE TRES-WCESSAMMCAT.
UN \0L111IE DE POISIE.
ANGI ETERRE FT FLUNCE.
HISTOIRES ET LÉGENDES.
DUNkERQUE.— TYPOGRAPHIE Ve BENJ. KIEN, RUE NATIONALE, 26.
1865.
UNE
MACÉDOINE POÉTIQUE
ou
Recueil de Salires, Épigranmies, Épilres, Bons Mois, Quatrains, etc.,
Par PIERRE DÏMAS,
DE DUNKERQUE.
Corriger les humains' je ne suis pas si sot.
La vie est une énigme, et je cherche son mot.
' ''^ • OUVRAGES DU MÊME AUTEUR.
ENCORE UN COUP DE PATTE .... brochure .... in-8°.
OEUVRES POÉTIQI ES volume in-8°.
UNE NOCE AU COURGAIN vaudeville en 1 acte. in-S°.
L'ORAGE id. id. . in-8°.
EUST\CIIE DE SAINT-PIERRE .... scène historique . . in-8".
LA CHANSON DE L^UJON . ... opéra comique . . in-8°.
LA MORT DU MART\R poème historique. . in-8°.
UNE MACÉDOINE POÉTIQUE volume in-8°.
LA MORT DU PREMIER JUSTE . . . poème religieux . . in-8».
LE SONGE DE LOUIS IX id. id. . . in-8".
POUR PARAITRE TRÈS-INCESSAMMENT.
UN VOLUME DE POÉSIE.
ANGLETERRE ET FRANCE.
HISTOIRES ET LÉGENDES.
DUNKERQUE.
Typographie veuve Benjamin KIEN, rue Nationale, 2G,
1865.
AU LECTEUR.
Qu'est-ce que la vie î Une macédoine plus ou moins poétique.
Térence était esclave, Phèdre, le fabuliste, le fut aussi. Plaute fut réduit
à travailler au moulin. Shakspeare garda les chevaux des spectateurs à la
porte du théâtre du Taureau-Rouge. Homère possédait pour tout bien une
besace et un bâton. Rousseau, le citoyen de Genève, avait de l'orgeuil à
défrayer toute une aristocratie. Eh bien ! et moi? Solon partage l'existence
de l'homme en septénaires, mais selon lui la 9ma vaut moins que les
précédentes. 9 fois 7 font... Hélas ! jecommence à trembler.
Comme tout est changé ! Je me rappelle ma jeunesse. 93 n'avait pas
déteint sur 1810 : il nous restait encore l'arôme du parfum du règne de
Louis XV. Aujourd'hui nous avons remplacé l'odeur de l'ambre par celle
du cigare.
Il y a des pensées qui, pour être vraies, sont désespérantes. Alphonse
Karr dit : « Un poëte qui n'est que poëte, vivra pauvre, mourra de faim
et mourra inconnu, » Triste !!! Quel est donc le poëte de province qui
peut dire comme Rabelais : « Ma cave est remplie de purée septembrale. »
Oh non ! le poëte de province a le sourire pâle comme un crépuscule
d'automne. Le poëte n'a pour lui que sa conscience, qui est un sanctuaire
sacré, un asile où Dieu seul a le droit de pénétrer comme juge. Lui seul
peut secouer le flambeau de la lumière sur les épaisses ténèbres des pré-
jugés. L'homme est un composé de choses bien bizarres ! En 1793, on
a établi 20,000 prisons au nom de la Liberté, et on tuait les hommes dis-
tingués au nom de l'Égalité. Donc, tout est macédoine dans la vie. J'ai
bien fait d'intituler ce petit livre : Une Macédoine. Qu'est-ce que ma
préface ? Une macédoine. Mon existence? autre macédoine... J'ai bien
souffert, et je n'ai pas toujours eu l'héroïsme de ce jeune Spartiate dont
un lézard rongeait le ventre sans que sa figure en dit rien... Seulement
je ressemble au commun des martyrs, et je puis frapper sur ma poitrine et
dire : Mea culpa, etc.. Ah ! mon gaillard ! tu veux avoir des succès
littéraires et tu n'as pas reçu le baptême de la capitale ? Arrière ! Per-
mettez, cher lecteur, ces Messieurs ont formé un rond, lâchez d'y pénétrer.
N'est-ce pas toujours la pensée de Molière ?
Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis.
On disait cela il y-a 200 ans, on le dit encore aujourd'hui.
La vie est une macédoine, donc j'ai bien fait d'intituler mon livre :
Une Macédoine.
Paris, le Ur Septembre 186S.
P. DUMAS.
— 3 —
LA POLITIQUE EN RÉPUBLIQUE.
Un nez très-bourgeonné,
Et toujours un peu rouge.
Le teint très-aviné,
Quand elle sort d'un bouge.
Sur un fragile piédestal
Elle étale sa mine altière.
Le bras droit est borizontal,
La jambe gaucbe est en arrière.
Les yeux convulsés vers le ciel !
Des débats respirant le fiel.
Le poing fermé ! flairant l'alerte ;
Vomissant des mots acérés,
Par une large bouche ouverte,
Sous un angle de vingt degrés !
Tel est mes chers lecteurs, toujours en république
Le monstre teint de sang qu'on nomme politique !
VOLTAIRE ET LE RÉGENT.
Voltaire en quittant la Bastille,
A Philippe fut présenté.
C'était pour une peccadille,
Qu'on enchaînait sa liberté.
Le régent le reçut avec beaucoup de grâce.
« De vos malheurs passés j'effacerai la trace,
» Devenez du pouvoir le docile instrument,
Î Je vous protégerai. > — « C'est d'un heureux augure,
» J'accepte avec plaisir, prince, la nourriture;
« Mais laissez-moi choisir au moins mon logement. »
BON MOT DE M. DE BIÈVRE.
LEMIERRE.
« Le trident de Neptune est le sceptre du monde !
» De Bièvre, quel beau vers I craignez-vous qu'on le fronde ?
» Parlez, mon cher, en toute liberté ;
i II doit aller à la postérité.
» A la ville, à la cour, à chacun il doit plaire. »
DE BIÈVRE.
« C'est un très-beau vers, mais... c'est un vers solitaire. »
ROSSINI ET LE PIANISTE.
Un pianiste très-vulgaire,
Voulut se faire entendre un jour chez Rossini.
« Avec cet appui tutélaire,
■» Je gagnerai, dit-il, de l'or à l'infini. »
Rossini le reçoit, et mon hommage barbote,
Sur le clavier de l'instrument;
Avec ses deux mains il tapote,
En attendant le compliment.
« Assez, Monsieur, lui dit le maître,
» Vos pareils à deux fois ne se font pas connaître.
» Ce pénible labeur demande du repos,
» Veuillez donc modérer cette ardeur furibonde ;
» En six jours, l'Éternel n'avait fait que le monde,
» En un quart d'heure, vous. .. vous faites le cahos ! »
LES 4 MINISTRES.
Richelieu saignait;
Mazarin purgeait;
Dubois était toujours en fête;
Fleury mit la France à la diète. ..
BEAUBOURG ET LE PARTERRE.
Beaubourg était très-laid; il jouait Mitridale.
Vous voyez, cette histoire est de très-longue date.
Mademoiselle Lecouvreur,
Actrice alors fort en honneur,
Car Maurice de Saxe en rend bon témoignage,
Dit à Beaubourg : « Seigneur, vous changez de visage ? »
« — Ce changement pour lui n'est pas à dédaigner,
» Reine, crie un plaisant... il ne peut qu'y gagner. »
LES MONUMENTS ET LE GOUFFRE DU TEMPS.
On voit l'homme durant sa rapide existence,
Élever sur les bords du temps,
Des palais, des châteaux, fastueux monuments,
Dont la base est sans consistance.
Au marbre en vain on a recours,
Sur la terre rien n'est durable.
Ils se minent hélas ! et le temps dans son cours
Les engloutit au fond de son gouffre insondable !
— s —
LE SANS-CULOTTE-
Un ancien inspecteur ayant pour nom Dubois,
Fut privé de sa place en l'an quatre-vingt-treize.
Lorsque l'argent vous manque, on n'est pas à son aise,
Donc, pour ne pas mentir, il était aux abois.
N'ayant pas eu le temps de faire sa pelotle,
Parmi tous ces goulus ;
11 se fit sans culotte,
Car il n'en avait plus.
J.-J. ROUSSEAU ET L'HABIT DE CLAUDE ANET.
« Ce pauvre Anet hélas !
» Ayant sauté le pas,
» Est cloué dans sa bière.
Ï 11 était d'un triste acabit.
ROUSSEAU.
« Quand esl-il mort ? »
LE VALET
« La nuit dernière. »
ROUSSEAU.
« Je vais endosser son habit. »
LA MARQUISE ET LE CURÉ.
Le curé de la Madeleine,
Voyant que de la Pompadour,
La fin, hélas! était prochaine,
Voulut abréger son séjour.
« De vous je prends congé madame.
» Soignez bien votre corps... moi j'ai sauvé votre âme,
» C'est un bonheur inespéré ! >
« De grâce, monsieur le curé,
» Puisque votre devoir aujourd'hui nous rassemble,
» Attendez un moment... nous partirons ensemble. »
LE PORTRAIT DES ANGLAISES.
Des filles d'Albion, voulez-vous le portrait?
— 6 —
Alors, suivez-moi bien dans mes métamorphoses.
Comparez et jugez : une jatte de lait,
Dans laquelle l'amour a répandu des roses !
LES YEUX PERÇANTS OU PERSANS.
LA FEMME.
Mes regards, j'en suis fort aise,
Vous les trouvez ravissants?
L'HOMME.
Ma chère, quoique française,
Vous avez les yeux perçans ! (ou persans.)
REGRETS DE LOUIS QUINZE.
De la pauvre marquise,
On emportait le corps.
Hélas ! sans nuls remords,
Sa place était conquise ;
Car le bon roi Louis, léger dans son amour,
Venait de remplacer la belle Pompadour.
Il pleuvait ce jour là. (De ceci prenez acte )
Le ciel avait ouvert sa grande cataracte,
Or, voici sans péroraison.
De notre roi Louis, la funèbre oraison.
« Pauvre marquise ! c'est dommage !
» Elle aura mauvais temps pour son dernier voyage. »
COMMENT NOMMEZ-VOUS UN IVROGNE QUI DORT?
« Ah! monsieur, quel péché !
> Voyez : outre mesure,
» Cet homme là couché,
s A bu, je vous assure.
» Ah ! comme il ronfle fort!
» Mais sa bouche est béante?
» Réveillons-le : » — « Du tout, un ivrogne qui dort,
t C'est à n'en pas douter, cadavre qui fermente ! »
LA FAUSSE MONNAIE.
Duchaufour fut brûlé sur la place de Grève,
Pour un vice, ma foi, que je ne puis nommer.
— 7 —
Curieuse à l'excès, comme une fille d'Eve,
(Le beau sexe, vraiment, pourrait bien réclamer,
Et ma citation devrait se supprimer,
Car je puis bien me passer d'elle)
Une charmante demoiselle,
Du grand nom de Condé, l'héritière je crois,
Surprise et tremblante à la fois,
Des cris qu'elle entendait voulut savoir la cause,
Le dire tout crûment n'était pas peu de chose.
t Maman, que veut dire ceci ?
» Cet homme qu'a-t-il fait pour qu'on le pende ainsi?
» Ma chère, Une faut pas que tout cela t'effraie,
» Cet homme ... il abattu de la fausse monnaie. »
LE PRÉDICATEUR COURTISAN.
Des flatteurs du pouvoir, la planète regorge,
L'instinct du courtisan nous saisit à la gorge,
Témoin ce fameux orateur,
Qui prêchait à la cour un saint jour de carême,
11 parlait sur la mort, l'auditoire était blême
Sous la parole du pasteur.
« Pour finir nos misères,
» Nous mourrons tous mes frères ! »
Louis treize entre alors .. qui fut confus, ma foi?
C'est le prédicateur prêchant devant son roi.
Comment se rétracter? C'était le difficile,
Il fallait être habile;
11 le fut et reprit d'un ton tranquille et doux,
« Nous mourrons tous pécheurs... ou du moins presque tous. »
LE CONVIVE EN RETARD.
Être exact au repas, c'est de la bienséance,
Se faire attendre une heure, est une impertinence.
« Enfin vous voilà donc? Qu'étiez-vous devenu?
» C'est le Garde des Sceaux qui seul m'a retenu.
» Veuillez me pardonner cette longue séance.
» C'est manquer de respect à tous les assistants.
» Vous auriez dû quitter plus tôt Son Excellence,
» Et vous êtes resté près d'elle trop longtemps ! »
VOLTAIRE ET PIRON.
Le cynique Piron un beau jour chez Voltaire,
— 8 —
Alla se présenter : tous deux ne s'aimaient guère.
Voltaire était absent... notre auteur folichon
Ecrivit sur sa porte un vilain mot... Cochon.
Ce nom doit répugner à notre courtoisie,
Car il n'a pas reçu le droit de bourgeoisie.
Au bienveillant lecteur j'en demande pardon,
Je raconte l'histoire, et l'on connaît Piron.
Ce n'était pas poli... mais l'auteur de Zayrc,
Au lieu de s'en fâcher... prit le parti d'en rire,
Tout en trouvant le mot un peu trop sans façon,
Il voulut lui donner une utile leçon.
Le hasard le servit : au retour d'un voyage,
Il rencontra Piron, le guettant au passage.
« Je vous trouve à la fin... Vous venez de la cour,
> Faire amende honorable... Ah! bravo 1 L'autre jour,
» Je suis allé chez vous ou le diable m'emporte. J>
VOLTAIRE.
« Je le sais. J'ai trouvé votre nom sur ma porte. »
IMPROMPTU POUR L'ALBUM DE Mmo D.
Je cherchais sur la terre une femme accomplie,
Que voulez-vous, Madame, un auteur peut rêver?
J'avais cru, jusqu'ici, poursuivre une utopie,
Erreur... En vous voyant, je viens de la trouver!
A M. E. VINCLER,
SECRÉTAIRE ADJOINT A LA MAIRIE DE CALAIS.
De la fidélité, le chien est le modèle;
Je l'ai pris à ce titre et je suis son soutien.
Jamais la loi, Monsieur, ne me trouva rebelle,
Soyez donc assez bon pour inscrire mon chien.
Le nouvel an commence,
Recevez donc d'avance
Voeux pour votre bonheur;
Et l'humble révérence
De votre serviteur.
LE CHEVAL FONDU.
LE MAITRE.
a Vas chercher la gazette et prends la plus nouvelle,
» Pour revenir plus tôt, prends mon cheval de selle. »
JOCRISSE.
« Prendre un cheval de sel? Je reste confondu,
» S'il pleut sur mon cheval, c'est un cheval fondu. »
L'OMBRE.
Un jour, à son pasteur, un lourdaud de •sillage,
Vint avouer ingénument,
Qu'il avait vu le revenant.
LE PASTEUR.
« A d'autres, mon ami, je vous trouve peu sage.
» Et quand l'avez-vous vu? »
LE LOURDAUD.
<r Mon pasteur à minuit,
» Les revenants, dit-on, ne sortent que la nuit.
J> Il glissait lentement le long de la muraille,
» En vous le racontant mon pauvre coeur défaille. »
LE PASTEUR.
j> Tenez, mon' cher ami, vous êtes un benêt.
» Quelle forme avait-il? »
LE LOURDAUD.
o La forme d'un baudet,
» A ce que j'ai cru voir, car la nuit était sombre. »
LE PASTEUR (souriant).
<i Allons, rassurez-vous, vous aurez vu votre ombre. »
ÉPIGRÀMME A MLLE D.,
QUI AVAIT LA MANIE DE RIMER, ET QUI S AMUSAIT AUX DÉPENS DE
L'AUTEUR, ALORS ÂGÉ DE 1 5 ANS. CETTE DEMOISELLE ÉTAIT
ATTEINTE DU VER SOLITAIRE.
A rimailler soir et matin,
Vous perdez votre temps ma chère.
Laissez le vers alexandrin,
Et bornez-vous au solitaire.
— 10 —
LA GRANDE DAME ET LA PAYSANNE.
LA DAME.
« Mon fils ne saurait vivre au sein de vos hameaux,
» Des vôtres, il ne peut partager les travaux.
» Je ne sais pas, hélas ! résoudre les problèmes,
» Ma bonne, pour avoir des enfants aussi beaux,
» Comment faites-vous donc? D
LA PAYSANNE.
t Je les faisons nous-mêmes. »
UN MEETING DE TEMPÉRANCE.
TEMPÉRANCE !
Ce mot vient du latin, c'est temperantia.
Aux désirs sensuels, il faut vertu morale,
A bon droit, celle-ci se nomme cardinale ;
Alors chantons sur elle, un bon alléluia !
Chez les Russes encore on attend sa venue.
Le Belge de lui plaire a très-peu de souci,
L'Italien l'observe, et l'Espagnol aussi;
Mais chez eux le climat produit la retenue.
De notre nation j'évite le procès,
Le silence est ma loi, car je suis bon Français.
L'Anglais a sur l'alcol (1) prononcé l'ostracisme,
Je parle en ce moment,
Du peuple seulement.
On a fondé pour lui redoutant son mutisme,
Une institution ayant nom totalisme.
De ce conte aujourd'hui l'Angleterre est l'objet.
La Bavière a sa bierre et que Dieu la conserve !
Quand au Suisse, lecteur, tu connais le proverbe.
Vous me croyez verbeux? mais j'avais mon projet,
J'entre donc en matière... et je tiens mon sujet,
Je souhaite qu'il soit à votre convenance.
Après avoir chanté le God save the King,
L'autre soir à Dublin, on tenait un meeting;
(1) On écrit alcool et l'on prononce alcol.
— M -
Meeting de tempérance.
On ouvrit la séance,
Un membre demanda la parole à l'instant,
Pour un fait important.
« Amis, vous le savez, j'ai suivi votre exemple,
» Un fidèle de plus, se trouve dans le temple.
» Soyez contents : Voyez la maigreur de mon col,
» Il prouve à tous les yeux que je suis veuf d'alcol.
» (Bravos dans l'assemblée) à défaut de sacoche
» Je sens un souverain s'agiter dans ma poche.
T> Ah ! ma bourse n'est plus la même qu'autrefois,
» (Bravos très-prolongés) ce n'est pas tout encore,
» Tous les jours au travail je suis avant l'aurore,
» J'invoquai tempérance et le ciel me bénit;
» Et je me trouve avoir sur le dos un habit
» En beau drap superfin. Frères, je vous l'atteste,
i> Avant d'entrer chez vous je n'avais qu'une veste.
» (Hourrahs et hurlements!) Enfin depuis huit jours,
» Et c'est ici la fin de mon trop long discours,
» Je veux le terminer, et pour raison majeure.
J> D'un cercueil j'ai fait choix pour dernière demeure »
» (Étonnement profond.) Si j'ai pris un cercueil,
» C'est qu'au train dont je vais vous porteriez mon deuil.
» Mes yeux sont enfoncés ! j'ai la mine blafarde,
» Et sous peu je pourrais embrasser la camarde ;
» Veuillez me retrancher du nombre des élus ! »
(La foule se dissipe et l'on n'applaudit plus !)
JOCRISSE ET SA SOEUR.
«. Mon maître va rentrer, je l'entends, le voici.
» Charlotte, veux-tu bien cesser tout ce vacarme !
» Pas d'esclandre surtout... Si tu pleures ainsi,
» Dans tout notre quartier, tu répandras l'alarme ! »
A M. F.-C.,
QUI M'AVAIT DEMANDÉ LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX D'EUGÈNE SUE,
ET A QUI JE N'AVAIS PU FOURNIR QU'UNE PARTIE DE L'OUVRAGE.
J'ai pour péchés, monsieur, l'envie-et la colère;
La luxure chez moi trouve un facile accès.
Un jour de mon salut vraiment je désespère,
Car sur sept, j'en ai trois. Je crois que c'est assez.
— 12 —
OPINION DE CHARLES-QUINT SUR LES LANGUES.
La langue anglaise est propre à parler aux oiseaux.
Pour l'allemande il faut la parler aux chevaux.
Ce moine roi, faisait souvent des épigrammes ;
Aux hommes le français, l'italien aux dames.
Dans son opinion point de juste milieu :
Selon lui l'espagnol, on le parlait à Dieu !
PLAINTES D'UN FONCTIONNAIRE PUBLIC
QUE L'ON ACCABLAIT DE CROIX SOUS LE RÈGNE DE CHARLES DIX.
Plaignez mon infortune,
On m'accable de croix.
Déjà, j'en porte trois. ..
Le Christ n'en portait qu'une !
L'ARGENT GAGNÉ SENT BON.
JUVÉNAL A DIT :
Lucri Bonus est odor ex requalibet.
C'est une vieille antienne,
Mais gloire à ce dicton.
De quelque part qu'il vienne,
L'argent gagné sent bon !
LES POLITIQUES DE VILLAGE. (<1)
1« PAYSAN.
« Nous avons pris, Messieurs, la tour de Malakof. »
2™ PAYSAN.
« Où donc est Malakof? »
!«• PAYSAN.
« Mais dans la mer d'Azof. »
2»<= PAYSAN.
« Ah ! c'est miraculeux ! et je ne puis y croire,
s Une tour dans la mer ! »
(1) L'auteur a entendu celte conversation sur la place de Calais. Que va
dire Georges Sand? (Voir Clandie et François le Ghanipy.)
— 13 —
1« PAYSAN.
« C'est pas la mer à boire.
LAIS ET DEMOSTHÈNE.
LAIS.
« Si vous voulez subir le pouvoir de mes charmes
» Et posséder Lais, selon votre désir
» Mon aimable orateur, il me faut mille drachmes. »
DEMOSTHÈNE.
« Je baise vos deux pieds auxquels je rends les armes,
» Mais je n'achète pas si cher un repentir ! » (1)
A UN EMPLOYÉ DU GÉNIE QUI M'AVAIT REFUSÉ UNE
SOUSCRIPTION.
LUI.
« Je ne fréquente pas le dieu de l'harmonie,
» Je suis très-positif, je ne puis le nier. »
MOI.
a Mais vous prenez plaisir à vous calomnier,
» Rien n'est moins positif, monsieur, que le génie. J>
L'IVROGNE ET SA FEMME.
LA FEMME.
c Au lieu dès le matin, de faire ta besogne,
i On te voit tous les jours au cabaret ivrogne ! »
L'IVROGNE.
« Du dieu des médecins je respecte les lois,
» Hypocrate prescrit un excès tous les mois.
Ï Contre tes cris ma chère il faut que je m'insurge,
» Ta bile me tourmente, eh bien alors je purge. »
UN SOUPER CHEZ TALMA
ou L'AMOUR-PROPRE BRITANNIQUE.
KEMBLE.
« Je vous propose un toast à l'immortel Molière,
(i) Nocet empta dolore voluptas.
— 14 —
» Au grand peintre des moeurs, à cet esprit fécond,
» Qui versa sur la France un torrent de lumière ;
» Qui fut toujours premier, et n'eut pas de second.
» Or, vous ne savez pas Français son origine?
» Non ? je vais vous l'apprendre : en le créant Dieu dit :
» Corrige les humains, ris de la médecine,
» Dussent tous les savants en mourir de dépit.
» Que ton fouet sanglant, arme de la satire,
» Pénétre dans les chairs.. . mais fais les toujours rire...
» L'éternel le plaça dans un nuage d'or !
» Mais Français, ce qui va, j'en suis sûr, vous confondre,
» C'est que ce beau nuage en prenant son essor,
n Devait le déposer dans la cité deLondre.
» Nous regardions en l'air avec des yeux surpris :
» Hélas ! un coup de vent le jeta dans Paris ! »
JOCRISSE ET LE BILLET A ORDRE.
LE MAITRE.
« Ah ! quel air consterné ! que veut dire ceci ?
» Jocrisse, je le crois, a fait une bévue,
J As-tu touché l'argent? »
JOCRISSE.
» Je n'ai pas réussi.
» Le payeur est aveugle, et la traite est a vue.
L'OURS ET L'ÉPOUX.
1" VOISIN.
« Je vais vous raconter une bien triste histoire,
» Voisin, de m'écouter il faut prendre le soin.
» C'est l'histoire d'un ours. »
2">e VOISIN.
« Voisin, faut-il vous croire ? »
1er VOISIN.
» Si cela n'est pas vrai, le menteur n'est pas loin. »
2me VOISIN.
« Où dresse t'on les ours ? Ï
15
1er VOISIN.
« Mais dans les Pyrénées. »
2-e VOISIN.
« Qui les dresse ? »
1er VOISIN.
t Eh parbleu, ce sont les montagnards,
» Tous les ans on les voit commencer leurs tournées,
j> Ils reçoivent des sous et quelquefois des liards,
» Veuillez à mon récit donner toute créance,
» Et n'interrompez plus. Est-ce dit? Je commence.
» Moniteur Saint-Pierrois...»
2«>e VOISIN.
« Alors, c'est évident.
1er VOISIN.
« Un préfet voyageait... tout le monde voyage,
j> Grâce au chemin de fer, c'est plus ou moins prudent,
» Car toujours la vapeur recèle un accident,
» Et j'aime peu le bruit de son brûlant ramage.
» Un préfet voyageait... s
2me VOISIN.
« Vous l'avez dit plus haut.
1er VOISIN.
« Vous voulez, je le vois, me trouver en défaut,
» Si c'est un parti pris, au revoir... »
2">e VOISIN.
« Je plaisante,
» Mais ne laissez pas trop l'auditeur dans l'attente. »
1er VOISIN.
« Un préfet voyageait... »
2»e VOISIN.
« C'est la troisième fois. Ï
1er VOISIN.
t Quand nous serons à dix, nous ferons une croix.
» On signale à sa bienveillance,
— 16 —
La compagne d'un meneurs d'ours.
« L'animal ayant fait une longue abstinence,
» A la chair de son maître il avait eu recours.
» Ce n'était pas une tristapate,
» Il la trouva fort délicate,
Ï Un homme pour un ours, ma foi ce n'est pas trop.
Ï Chassez le naturel, il revient au galop. »
« Attendri par les pleurs de la sensible femme,
» Du pauvre monteur d'ours, le noble voyageur
s Voulut connaître à fond ce lamentable drame,
» Et donner en passant son obole au malheur. *
LE PRÉFET.
« Je prétends soulager votre douleur profonde,
» Pauvre femme ! parlez, J
LA FEMME.
i Je n'ai plus rien au monde.
» Avec mon ours, monsieur, où chercher un abri ?
LE PRÉFET.
« Votre ours? Mais n'a-t-il pas mangé votre mari? »
LA FEMME.
« Je ne puis le nier. Mais mon coeur vous l'atteste.
» Du déiunt, cher monsieur, c'est tout ce qui me reste. »
LA CROIX DU SAINT-ESPRIT.
RÉPONSE DE LA DUCHESSE DE CHEVREUSE A UN SEIGNEUR DE LA
COUR QUI LA PRIAIT DE SOLLICITER POUR LUI LA CROIX DU
SAINT-ESPRIT.
LA DUCHESSE.
« Vous demandez la croix? mais avez-vous un titre?
» Voyons, de vos raisons, je veux être l'arbitre.
» La fortune, il est vrai, vous traite en favori.
» Avez-vous fait la guerre au temps du roi Henri? »
LE DUC.
« Non. »
LA DUCHESSE.
« Non ? votre courage, et je vous mets à l'aise,
» S'est-il enfin montré sous le roi Louis treize? »