Vie de S. Maur, disciple de saint Benoît et abbé de Glanfeuil, en Anjou

Vie de S. Maur, disciple de saint Benoît et abbé de Glanfeuil, en Anjou

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Impr. de Lachèse, Belleuvre et Dolbeau (Angers). 1868. Maur, Saint. In-18.
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Ajouté le 01 janvier 1868
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Langue Français
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VIE DE SAINT MAUR.
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DE
S. MAUR
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lï, EN ANJOU.
1 1 EN ANJOU.
Si non ita viiimus ut aliis eiemplo esse
possimus, dedimns tamen operam ne hi
laterent qni essent imitandi.
Vet. auct. Vit. S. Mauri ex Sulpit.
Sever. in Vit. S. Martini.
ANGERS,
IMPRIMERIE P. LACHÈSE, BELLEUVRE ET DOLBEAU,
Chaussée Saint-Pierre, 13.
1868
PRÉFACE.
Parmi tous les sanctuaires vénérables
que l'on rencontre dans l'ancienne pro-
vince d'Anjou, il y en a peu d'aussi
célèbres dans nos annales que celui de
Glanfeuil ou de Saint-Maur-sur-Loire.
Sanctifié par la vie toute céleste et par la
mort bienheureuse du disciple chéri de
saint Benoît, ce lieu a été pour toute la
France le berceau du grand Ordre béné-
dictin. C'est là que fut apportée, dès son
origine pour ainsi dire, cette Règle incom-
parable qui a formé tant de grands hommes,
II
dont les noms retentissent à chaque instant
dans l'histoire de notre pays. C'est de là
que sortit cette sainte et savante organisa-
tion de la vie monastique, à laquelle cha-
cune de nos provinces doit la naissance et
la prospérité de tant de grandes abbayes,
qui ont été, pendant des siècles, les foyers
de la civilisation chrétienne, et qui ont
illustré toutes les parties de l'ancienne
Gaule par l'éclat durable de la science et
des vertus.
« Notre patrie dut à saint Maur l'intro-
duction dans son sein de cette Règle admi-
rable qui produisit les grands saints et les
grands hommes, à qui notre patrie est
redevable de la meilleure partie de sa
gloire. Les enfants de saint Benoît par
saint Maur luttèrent contre la barbarie
III -
franque, sous le règne de la première race
de nos rois ; sous la seconde, ils ensei-
gnèrent les lettres sacrées et profanes à un
peuple dont ils avaient puissamment aidé
la civilisation; sous la troisième, et jusque
dans ces derniers temps où l'Ordre monas-
tique, asservi par la commende et décimé
par les violences d'une politique perverse,
expirait au milieu des plus pénibles an-
goisses, ils furent la providence des peuples
par le charitable usage de leurs grandes
propriétés, et l'honneur de la science par
leurs immenses travaux sur l'antiquité
ecclésiastique et sur l'histoire nationale.
« Le monastère de Glanfeuil communi-
qua sa législation à tous nos principaux
centres d'influence monastique : Saint-
Germain de Paris, Saint-Denis en France,
Marmoutiers, Saint-Victor de Marseille,
- IV-
Luxeuil, Jumiéges, Fleury, Corbie, Saint-
Vanne, Moyenmoutier, Saint-Wandrille,
Saint-Waast, la Chaise-Dieu, Tiron, Chezal-
Benoît, le Bec, et mille autres abbayes de
France, se glorifièrent d'être filles du
Mont-Cassin par le disciple chéri du grand
Patriarche. Cluny, qui donna, entre autres,
au Siège apostolique, saint Grégoire VII et
Urbain II, se reconnut redevable à saint
Maur de la Règle qui fit sa gloire et sa
puissance. Que l'on compte les apôtres, les
martyrs, les pontifes, les docteurs, les as-
cètes, les vierges, qui s'abritèrent sous les
cloîtres bénédictins de France pendant
douze siècles ; que l'on suppute les ser-
vices rendus par les moines à notre patrie,
dans l'ordre de la vie présente et dans
l'ordre de la vie future, durant cette longue
période ; on aura alors quelque idée des
- v -
résultats qu'opéra la mission de saint
Maur l. »
Aujourd'hui la pieuse solitude qui fut
témoin de l'admirable vie de saint Maur,
et qui garda si longtemps le précieux dépôt
de ses reliques, n'entend plus, comme
autrefois, le chant perpétuel des louanges
de Dieu. Depuis quatre-vingts ans bientôt,
les religieux gardiens du tombeau de saint
Maur ont été dispersés par l'impiété révo-
lutionnaire. Et cependant Dieu, dans sa
miséricorde, n'a pas permis que, sur cette
terre bénie, tout fût consumé. Ici, il n'en
a pas été comme dans tant d'autres lieux
célèbres, qui semblent avoir perdu tout
souvenir de leur ancienne grandeur. Ici,
1 Dom Guéranger. ANNÉE LITURGIQUE. Temps de Noël,
t. II, pag. 334.
- VI-
malgré l'humiliation de la ruine, le sanc-
tuaire où saint Maur passa les dernières
années de sa vie, où il voulait rendre son
àme à Dieu devant l'autel, où il fut ense-
veli et reposa pendant des siècles, ce petit
sanctuaire est encore debout ; et nous avons
pu y lire nous-même, avec émotion, ces
paroles gravées sur la muraille : « C'est
ICI le lieu où priait saint Maur : Hic est
locus ubi orabat sanctus Maurus. »
Restaurée par les mains pieuses d'un
prêtre dont le zèle est plus grand que les
ressources, l'église de Saint-Maur, qui
n'est affectée à aucun service officiel, est
encore bien loin d'être convenablement
entretenue ; sa solidité même laisse à dé-
sirer. Elle a donc encore beaucoup à at-
tendre de la charité des fidèles. Et cepen-
- Vil -
dant elle a déjà recouvré une relique du
grand Saint dont elle protège la tombe.
Elle a déjà été enrichie d'indulgences par
le Souverain Pontife Pie IX, glorieusement
i régnant. Elle est toujours chère aux habi-
f tants des alentours. Enfin elle voit accourir
¡ quelques nouveaux pèlerins, héritiers de
lia foi et de la piété des anciens jours.
C'est pour seconder le renouvellement
de cette dévotion, tant de fois séculaire,
que nous avons écrit ce petit livre. Puisse-
t–il, avec la bénédiction de Dieu, contri-
buer à faire revivre de plus en plus parmi
les fidèles la piété envers saint Maur! Tel
est notre désir sincère, et le but que nous
nous sommes proposé.
1
VIE DE SAINT MAUR.
Si non Ita viximus ut allis exemplo esse
poisimus, dedlmus tamen operam ne hi
laterent qui essent imltandi.
Vet. auct. Vit. S. Mauri ex Sulpit.
Sever, in Vit. S. Martini.
La Vie de saint Maur a été écrite par le
B. Fauste, l'un de ses compagnons. C'est à
ce document si respectable que nous em-
prunterons la plupart des détails qui vont
suivre.
L'authenticité de l'ouvrage de Fauste a
été solidement établie par le savant béné-
dictin dom Ruinart, dans sa dissertation sur
la mission de saint Maur en France, impri-
mée à la fin du tome Ier de l'édition ita-
lienne des Annales Ordinis S. Benedicti, de
Mabillon.
CHAPITRE PREMIER.
NAISSANCE DE SAINT MAUR. SON ENFANCE ET LilL
COMMENCEMENTS DE SA VIE RELIGIEUSE.
Maure, qui Francis, moderanfe Christo,
Regolæ sane t a: jubar alfulisti,
Pelle jam nostras rutllans beato
Lutnlne noctes.
Saint Maur, que l'excellence de ses vertui.
plutôt que la priorité de sa vocation, a fait
appeler le premier disciple de saint Benoît,
naquit à Rome, d'une famille sénatoriale, en
l'an 512.
Choisi par Dieu pour être l'un des plus
illustres propagateurs de l'Ordre monas-
tique, il ne tarda pas à voir se révél-er sur
lui les desseins du Ciel; et, lorsqu'il était à
3
peine âgé de douze ans, ses parents nommés
Eutychius et Julia, résolurent de le consa-
crer au Seigneur..
C'était le temps où saint Benoît, retiré
depuis sa jeunesse dans sa grotte de Subiaco,
voyait déjà se presser autour de lui une foule
d'hommes, qui, attirés par la réputation de
sa sainteté et de ses miracles, voulaient l'a-
voir pour guide dans la voie de la perfec-
tion. Le jeune solitaire n'avait donc pas tar-
dé à se trouver à la tête d'une grande familk ;
et ses premiers religieux goûtaient déjà la
douceur de cette sagesse divine qui a dicté
les maximes de la Règle des moines d'Oc-
cident.
La faiblesse de l'âge n'était point un obs-
tacle quand il s'agissait d'être admis dans
cette sainte congrégation, car la charité du
Père des cénobites s'étendait affectueusement
jusqu'aux plus petits. Ce fut donc à Benoît
que le noble Eutychius résolut d'offrir son
enfant, dans le temps même où Tertullus,
autre patricien de Rome, amenait au mo-
4
nastère son fils Placide, qui venait d'atteindre ]
sa septième année 1. ]
Les noms de Maur et de Placide sont res-
tés unis à celui de Benoît d'une manière
inséparable, et si, comme nous l'avons dit
en commençant, saint Maur est considéré
comme le premier disciple de saint Benoît,
saint. Placide a mérité d'être le second. La
prédilection que le grand Patriarche montra
toujours pour eux s'expliquerait déjà par
les relations de leurs familles avec la sienne;
car tous trois appartenaient à la plus haute
noblesse de l'Empire; mais elle est bien
mieux justifiée encore par leur grande sain-
teté. Tandis que d'autres venaient embrasser
la vie religieuse, lorsque, plus avancés déjà
dans la vie, ils avaient pu recevoir ailleurs
1 Le père de saint Maur est quelquefois appelé Équitius,
comme dans les vers suivants :
Tertullus Placidum, Benedicto interprete, Maurum
Dedicat Æquitius, lilia ut alba Deo :
Magna senum pietas, puerorum gratia major,
Qua spretis capiunt fascibus arma crucis.
5
d'autres impressions, ces deux jeunes novices
ne connurent, dès leur âge le plus tendre,
que les enseignements et les exemples de
leur incomparable maître. Aussi de chacun
d'eux on a pu dire qu'il offrait une vivante
image du saint Législateur des moines ; et
notre vénération ne peut les séparer de lui,
non-seulement parce qu'il les aima davan-
̃ tage, mais parce que chez aucun autre ses
leçons ne produisirent des fruits plus abon-
dants.
Si nous les voyons ainsi placés à côté de
leur bienheureux Père en tête des annales
monastiques, nous ne pouvons douter aussi
que l'affection la plus fraternelle ne les ait
unis pendant leur vie. La ressemblance de
l'âge les rapprochait naturellement, et l'ins-
truction qu'ils recevaient sans doute en-
semble était un lien de plus. Mais une
circonstance spéciale, rapportée par saint
Grégoire-le-Grand dans ses Dialogues, vient
associer leurs noms d'une manière plus in-
dissoluble encore. Ce fut en effet de Maur
6
que saint Benoît se servit, dans un grand
danger que courut le jeune Placide, pour
sauver la vie de celui que Dieu se réservait
comme une hostie pacifique et comme les
prémices des martyrs de l'Ordre bénédic-
tin 1.
Voici comment le fait est raconté dans
le second livre des Dialogues de saint Gré-
goire :
« Un jour que le vénérable Benoît était -
retiré dans sa cellule, il arriva que Placide,
cet enfant que nous avons nommé parmi les
religieux du saint homme, sortit pour aller
puiser de l'eau dans le lac 2 ; mais, en plon-
geant le vase qu'il tenait à la main. il ne
prit point assez garde à lui; et, entraîné
par le poids de ce vase, il tomba lui-même
1 Hostiam cruento gladio divinitus reservatam.
(Leg. S. Maur.)
2 Le nom de Subiaco (Sublacus) indique la proximité
d'un laq. Ce lac était formé par la rivière de l'Anio,
qu'on avait arrêtée au moyen d'un barrage artificiel
maintenant détruit.
7
dans l'eau. Aussitôt le flot l'emporte, de ma-
nière qu'il était à une portée de flèche loin
du rivage, quand l'homme de Dieu, tout en-
fermé qu'il était dans sa cellule, connut
inmédiatement ce qui venait d'arriver, et,
se bâtant d'appeler Maur, lui dit : « Frère
« Maur, cours promptement : l'enfant qui
« était allé puiser de l'eau est tombé dans le
te lac, et-déjà ronde l'entraîne bien loin. »
Chose merveilleuse, et sans exemple depuis
l'Apôtre Pierre! Après avoir demandé et
reçu la bénédiction, Maur, volant à l'ordre
de son Père, s'élance, et, croyant toujours
marcher sur le sol, il arrive en courant sur
les eaux jusqu'à l'endroit où elles avaient
entraîné l'enfant, et, le tenant par les che-
veux, il revient avec la même rapidité. A
l'instant où il touchait la terre il revint à lui,
et, se retournant, il s'aperçut qu'il avait mar-
ché sur les eaux. Il s'étonna donc et trembla,
voyant bien qu'il avait fait ce qu'il n'eût pas
osé croire possible. De retour auprès de son
Père, il lui raconta ce qui s'était passé; mais
8
le vénérable Benoît s'empressa d'attribuer
ce fait à l'obéissance de Maur, et non pas à
ses propres mérites. Maur, de son côté,
disait que rien ne s'était fait que par le com-
mandement de Benoît, et qu'il croyait n'être
pour rien dans un miracle qu'il aurait fait
sans le savoir. Dans cet amical différend que
formait leur humilité mutuelle, l'arbitre fut
l'enfant lui-même qui avait été sauvé, et qui
dit : « Moi, quand on me tirait de l'eau, je
« voyais au-dessus de ma tête la coulle de
« l'Abbé, et c'était lui que j'apercevais m'ar-
cf rachant aux flots qui m'avaient englouti. »
Ce prodige fut donc attribué non moins
à la sainteté de Benoît qu'à l'obéissance de
son disciple. Mais les vertus éminentes que
saint Maur pratiquait depuis son entrée en
religion le rendaient parfaitement digne
d'obtenir lui-même des miracles.
Le détail effrayant de ses austérités nous
a été conservé par son pieux biographe.
« Nul autre, dit ce fidèle compagnon de
toute sa vie, n'a jamais pu le surpasser ou
9
2.
même l'égaler dans l'observance régulière.
Qui jamais a traité plus sévèrement son
corps, en le macérant par le froid et les
veilles, par les jeûnes et l'abstinence? Sou-
vent, pendant les jours du Carême, nous
l'avons vu couvert non d'une tunique et
d'une coulle, mais seulement d'un cilice.
Durant ce saint temps, il ne mangeait que
deux fois la semaine, et en si petite quan-
tité qu'il semblait goûter les mets plutôt que
s'en nourrir. Telle fut en effet la pratique de
saint Benoît pendant toute sa vie ; et- Maur,
animé par l'exemple de son maître, le sui-
vait religieusement, en tant qu'il lui était
permis. »
D'autres mortifications semblent avoir été
particulières au saint jeune homme. Ainsi,
pendant la sainte Quarantaine, il se tenait
debout, nous disent les Actes, pour prendre
son sommeil, à moins qu'une trop grande
fatigue ne le contraignît de dormir assis. Le
reste de l'année, il se reposait sur un amas
de chaux et de sable, couvert d'un rude ci-
- 10 -
lice. « D'ailleurs, ajoute son historien, per-
sonne ne l'a jamais vu se lever du lit avec les
autres Frères, mais il faisait en sorte de de-
vancer toujours de beaucoup l'heure de
l'office de nuit. Le plus souvent, quand la
communauté se réunissait pour chanter les
Nocturnes, il avait déjà récité cinquante
psaumes, quelquefois cent, quelquefois
même le psautier complet. Je ne compte pas
les heures entières qu'il passait dans une
oraison silencieuse, ne s'exprimant que par
des larmes et des soupirs. Mais on serait trop
long si l'on voulait tout raconter.
a Son attrait spécial pour le silence et la
lecture le rendait admirable à saint Benoît
lui-même. Ses progrès fnrent tels, que le
saint Abbé, parlant un jour à tous les reli-
gieux réunis, et voulant animer les plus
jeunes et les plus négligents, ne craignit pas
de le proposer pour modèle, en taisant tou-
tefois son nom. « De nos jours, dit-il, nous
a avons vu un fervent jeune homme atteindre,
« dans les années mêmes de son adolescence,
11
« toute la perfection de la vie monastique,
« en sorte qu'on peut sans crainte le compa-
« rer aux plus avancés. » Jamais cependant
Maur ne se laissa séduire par la vanité, et les
progrès qu'il fit n'eurent d'autre résultat
que de l'encourager à en faire encore de
nouveaux. »
CHAPITRE II.
SAINT MAUR PRIEUR A SDBIACO ET AU KONT-CASSIN.
Inde, justorum merltis ODustus,
Spirltus Patris requievlt la te :
Esque vlrtutis speculum pateraz
Factus et hEres.
Saint Benoît, qui, comme nous veuns de
le voir, rendait pleine justice aux mérites de
son disciple, d'autant plus qu'il l'avait formé
lui-même et avait suivi toutes les opérations
de la grâce dans son cœur, ne tarda pas à le
considérer comme son coadjuteur dans
l'oeuvre de Dieu ; et, désirant lui confier une
partie des soins du gouvernement, il le fit
prieur du monastère. Maur, préposé à la
conduite de ses frères, n'oublia jamais qu'il
avait lui-même un chef ; et la supériorité
qu'il exerçait sur eux ne le fit jamais sortir
des bornes de la plus exacte obéissance.
13 -
C'est probablement à cette époque de la
vie de notre Saint que se rapportent deux
faits que nous allons raconter.
Saint Benoît retiré dans sa grotte de Su-
biaco avait eu bientôt, comme nous l'avons
dit, un grand nombre de disciples. Pour les
recevoir, il avait construit aux environs
douze monastères, dans chacun desquels il
avait placé douze moines et un Abbé. Or,
dans l'un de ces monastères il y avait un re-
ligieux qui ne pouvait se fixer à la prière ;
mais, aussitôt que les Frères étaient réunis
pour prier, il sortait du chœur, et, laissant
errer ses pensées, ne s'occupait que de
choses passagères et terrestres. Après avoir
été souvent averti par son Abbé, il fut con-
duit à saint Benoît, qui le reprit sévèrement
de sa conduite insensée; mais, de retour au
monastère, il put à peine observer deux jours
les avis de l'homme de Dieu. Car, le troisième
jour, dominé par son habitude, il recom-
mença à se promener çà et là pendant le
temps de l'oraison. Saint Benoît en ayant
14 -
été averti de nouveau par l'Abbé du lieu,
répondit : « J'y vais, et je veux le corriger
moi-même. » Il vint donc à ce monastère,
et, à l'heure accoutumée, comme les reli-
gieux ayant terminé la psalmodie, se li-
vraient à la prière, il vit un petit enfant noir
tirant dehors par le bord de son vêtement
le moine dont nous parlons. Il dit alors se-
crètement au Père du monastère, nommé
Pompéianus, et au serviteur de Dieu Maur :
cc Ne voyez-vous pas celui qui entraîne ce
« moine hors de l'oratoire? Non, lui ré-
« pondirent-ils. Prions, reprit l'homme
a de Dieu, afin que vous aussi voyiez qui est
« celui que suit ce moine. » Apres deux
jours de prière, Maur, serviteur de Dieu, vit
l'enfant noir, tandis que l'Abbé Pompéianus
ne le vit point. Le jour suivant, la prière
terminée, Benoît sortit de l'oratoire, et,
ayant trouvé le moine qui se tenait dehors,
il le frappa de verges à cause de l'aveugle-
ment de son cœur. Et, depuis ce moment,
le religieux n'eut plus à souffrir les sollicita-
15 -
tions de ce petit enfant noir ; mais il resta
tranquillement appliqué à la prière; et ainsi
l'antique ennemi fut vaincu, comme si c'eût
été lui que la verge eût frappé.
La participation de saint Maur à la clair-
voyance surnaturelle de saint Benoît nous
fait voir combien il le suivait de près.
Voici l'autre circonstance qui nous le
montre comme le second de son maître
et le directeur des autres religieux en l'ab-
sence du saint Abbé.
Il y avait dans la communauté un homme
assez simple d'esprit, qui était Goth de na-
tion, et qui, s'étant présenté pour se faire
moine, avait été reçu par le Père Benoît.
Un jour, par l'ordre de l'Abbé, on donna
au Goth un instrument en fer, une sorte
de faucille, et on l'envoya couper des
ronces dans un endroit où l'on devait faire
un jardin. Ce lieu que le Goth avait reçu
l'ordre de préparer était sur le bord même
du lac. Or, comme il frappait de toutes ses
forces dans le fourré d'épines pour les cou-
tG-
per, le fer, se détachant du manche, tomba
dans le lac. A cet endroit, la profondeur des
eaux était si grande qu'il n'y avait aucun es-
poir de le retrouver. Le fer étant donc perdu,
le Goth vient, tout tremblant, trouver Maur
serviteur de Dieu, lui annonce le dommage
qu'il a causé, et fait satisfaction pour sa faute.
Maur aussitôt prit soin d'en informer le
Père Benoît. A la nouvelle de cet accident,
l'homme de Dieu vient au lac; il prend de
la main du Goth le manche de l'instrument
brisé et le plonge dans l'eau. Aussitôt le fer
remonte à la surface et se rejoint au manche.
Benoît rend aussitôt l'instrument au Goth,
et lui dit : « Voilà, travaille, et cesse de t'at-
trister. »
Nous trouvons encore une autre fois dans
les Dialogues de saint Grégoire le nom de
Maur, pour un fait qui se rapporte au
temps où saint Benoît dut abandonner Su-
biaco, pour aller s'établir au Mont-Cassin.
Le motif qui obligeait le saint Patriarche
17 -
à quitter sa première retraite était la haine
opiniâtre d'un prêtre des environs, nommé
Florent, qui le poursuivit par les plus in-
fâmes manœuvres jusqu'à ce qu'il l'eût con-
traint de partir. Or, à peine saint Benoît se
fut-il mis en chemin, laissant après lui à Su-
biaco quelques-uns de ses religieux, parmi
lesquels était saint Maur, que, par la permis-
sion de Dieu, la maison de Florent s'écroula
et ensevelit ce malheureux sous ses ruines.
« Maur crut devoir annoncer aqssitôt cette
nouvelle au vénérable Père Benoît, qui n'é-
tait encore éloigné que de dix milles à peine.
« Revenez, lui mandait-il ; le prêtre qui vous
« persécutait est mort. » Mais, à ce message,
l'homme de Dieu Benoît laissa échapper de
profonds gémissements, et parce que son
ennemi était mort, et parce que son disciple
s'était réjoui de la mort de leur ennemi. Il
infligea donc une pénitence à Maur, trouvant
que, dans r avait annoncé
qtie, dans la m c!lponMIui avait annonc é
cette nouveUe^jl aVàh p'ârtiW réjouir d'un
aussi triste avènement, m rj- J
18 -
Outre ces faits que nous trouvons dans les
Dialogues de saint Grégoire, le bienheureux
Fauste nous a conservé le suivant, dont, en
sa qualité de compagnon de saint Maur, il
avait pu être témoin.
Un jour que saint Benoît avait dû s'absen-
ter du monastère, saint Maur, qui le rem-
plaçait à la tête de la communauté en sa
qualité de prieur, sortit avec les Frères pour
aller faire la moisson. En revenant de ce tra-
vail, comme ils approchaient déjà de la porte,
ils rencontrèrent un enfant boiteux et mnet,
conduit par son père et sa mère. Ces pauvres
gens se prosternèrent aux pieds du bienheu-
reux Maur, lui demandant avec toutes sortes
d'instances qu'il daignât guérir leur fils.
Maur, effrayé à ce seul mot, répondit qu'il
n'appartenait qu'aux Apôtres, et à ceux qui
leur ressemblaient, de faire de pareils mi-
racles. Il protesta hautement qu'il était un
pécheur, et qu'il ne fallait pas compter qu'il
osât essayer de telles œuvres. Mais les diffi-
cultés ne firent que redoubler leur empres-
19 -
sement ; « et nous-mêmes, dit le religieux
narrateur, connaissant parfaitement la sain-
teté et les mérites de sa vie, nous joignîmes
nos prières à celles des parents pour le dé-
cider à guérir ce pauvre malade. Alors, se
laissant aller à la compassion naturelle dont
son cœur était rempli, il fondit en larmes,
et, se prosternant, se mit en prière et conti-
nua longtemps son oraison. Quand il se re-
leva, il prit l'étole qu'il avait au cou ; (car,
ayant été ordonné diacre tout dernièrement,
il la portait continuellement, selon la cou-
tume, pendant toute cette première année) ;
il la posa sur la tête de l'infirme en faisant le
signe de la croix; et, levant les yeux au ciel,
il prononça ces paroles : « Seigneur Jésus-
« Christ, qui avez daigné faire à vos disciples
« cette promesse : « En vérité, je vous le
« dis, tout ce que vous demanderez dans la
« prière, avec une ferme confiance de Vobte-
a nir, vous l'obtiendrez ; » faites voir en ce
« moment que, par votre grâce, nous aussi
« qui sommes vos serviteurs, quoique faibles
20 -
a et pécheurs, nous croyons en vous et en
« vos saintes paroles. » Ensuite il dit au ma-
lade : « Au nom de la sainte et indivisible
a Trinité, et par les mérites de notre véné-
« rable maître Benoît, sois guéri, et tiçns-toi
« droit sur tes pieds. » L'enfant guéri tout
à coup, se mit aussitôt à marcher parfaite-
ment devant nous, et à remercier Dieu en
disant : « Béni soit le Créateur de toutes
« choses, qui a daigné me guérir par les mé-
« rites du bienheureux Père Benoît, et par
« l'entremise du bienheureux Maur, son dis-
« ciple. »
« De retour au monastère, nous racon-
tâmes au bienheureux Père Benoît ce qui
s'était passé. Ce récit le remplit d'une admi-
ration véritable, et l'affection qu'il portait à
Maur fut mêlée dès lors d'une sorte de véné-
ration; en sorte qu'il ne regardait plus
comme un simple disciple celui qui, par
ses œuvres, se montrait si grand ami de
Dieu. »
CHAPITRE III.
MISSION DE SAINT MAUR EN FRANCE. LES ADIEUX
AU MONT-CASSIN.
Gallise maltls precibus petitus,
Nuntlum rnrsus patriæ remittis :
Te salus gentls movet, et futurse
Gloria prolis.
Le temps était venu où la France allait
recevoir la Règle bénédictine, et saint Maur
était l'homme que la Providence avait choisi
pour apporter dans notre pays cette lumière
nouvelle.
Déjà le bienheureux Père saint Benoît
avait reçu du Ciel à cet égard une révélation
bien explicite. Lorsque, comme le rapporte
saint Grégoire-le-Grand, Dieu lui eut fait
connaître que son monastère du Mont-Cassin
devait être détruit sans que rien pût en être
sauvé, excepté la vie des religieux, accordée
22 -
par grâce à ses instantes prières1 ; comme
il était tout désolé et abattu de cette pensée,
Dieu avait daigné le consoler en lui disant :
« Que la sainte montagne ne demeurerait
« pas ensevelie sous les ruines, et que le
« monastère serait reconstruit avec plus de
cc splendeur ; mais que surtout de là rayon-
« nerait au loin la grâce de la vie religieuse;
» que bientôt on viendrait lui demander
« quelques-uns de ses disciples pour porter
« à d'autres nations le lfambeau de la sainte
« Règle, et qu'il ne craignît pas de choisir
« les plus parfaits pour les envoyer où il fin
u serait prié, parce que le fruit de leurs tra-
u vaux serait abondant, et que l'éclat de
« leurs œuvres augmenterait sa proprie ré-
« compense. »
1 Vir nobilis. Theoprobus. Benedictum amarissime
flentem reperit. « Omne hoc monasterium, quod
construxi, et cuneta quae Fratribus preeparayi, omnipo-
tentis Dei judicio Gentibus tradita sunt. Vix autem obti-
nere potui ut mihi ex hoc loco animae concederentur. »
(GREG. Dialog., lib. II, cap. XVII.'
23 -
Or, dans les premiers, jours de janvier de
l'anoée où. devait mourir le saint Pa-
triarche, en 543, on vit arriver au Mont-
Cassin des envoyés de saint Innocent, évêque
du Mans dans les Gaules. La renommée des
vertus de Benoît était parvenue jusqu'à, ce
vénérable prélat; et c'était pour cela qu'il
députait vers le saint Législateur de l'Ordre
monastique Flodegaire, son archidiacre, et
Harderade, son vidame, aussi distingués par
la noblesse de leur naissance que par leur
habileté dans la- conduite des affaires t. L'é-
vêque les avait. chargés de demander au
Père quelques-uns de ses disciples, choisis
entre les plus parfaits, pour fonder un mo-
nastère du nouvel institut sur les domaines
de l'Église qu'il gouvernait.
Saint Benoît, trouvant cette demande rai-
sonnable et conforme d'ailleurs à la révéla-
tion qu'il avait eue, se résolut, bien que
1 De même que l'archidiacre était le vicaire de l'évêque
pour l'administration spirituelle, le vidame l'était pour
le temporel de l'évêohé.
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déjà Dieu lui eût fait connaître sa fin pro-
chaine, à seconder les pieuses intentions
de révêque du Mans. Il désigna pour cette
mission le bienheureux Maur, avec quatre
autres, nommés Antoine, Constantinien,
Simplice et Fauste.
C'est à ce dernier que nous devons Je récit
de leur voyage et de la fondation de Glan-
feuil. Nous lui emprunterons textuellement
l'admirable scène des adieux.
« Notre bienheureux Père plaça Maur à
notre tête, en nous recommandant de lui
rendre désormais en toutes choses l'obéis-
sance que nous lui rendions à lui-même.
« Maintenant, qui pourrait exprimer la
tristesse et le deuil qui saisit aussitôt toute
notre sainte congrégation ? Comme déjà
notre Père les avait avertis que sa mort était
proche, tout l'espoir de la communauté re-
posait sur le bienheureux Maur. Leur con-
solation était de penser qu'une fois devenus
orphelins, ils l'auraient pour père et pour
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pasteur. Benoît voyant leurs soupirs et leurs
larmes, se sentit ému à son tour, et leur
adressa ces paroles touchantes r
« Frères et enfants bien-aimés, si quel-
« qu'un devait s'attrister aujourd'hui, ce se-
« rait bien à moi de pleurer plutôt qu'à vous,
« puisque je me vois privé tout d'un coup
« de grands secours et de grandes conso-
« lations. Mais puisque l'Apôtre nous dit :
« La charité est généreuse, nous devons moïi-
« trer l'ardeur de notre charité envers ceux
cr que nous savons en avoir besoin, en quel-
cc que manière que ce soit ; et nous ne pou-
« vons chercher notre avantage aux dépens
a de celui des autres. Donc avec toute la
« sollicitude de mon amour paternel, je vous
a prie de cesser vos larmes et vos gémisse-
cc ments, car il est au pouvoir de Dieu d'en-
« voyer à votre sainte communauté, après la
II dissolution de ce corps mortel, des
cc hommes meilleurs que nous, dont les
« mérites et les exemples vous édifieront
« bien plus puissamment que les nôtres. Mais,
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« sur toutes choses, prenons garde que, par
« la malice de l'antique ennemi, ce qui doit
« procurer le salut aux autres ne devienne
« pour nous une occasion de tristesse, et,
« par là même d'imperfection. Une fois que
« l'union des coeurs nous a joints ensemble
« dans la sainte charité, il est impossible
« que l'éloignement, même le plus grand,
« nous sépare; car, tant que nous vivrons,
« toujours nous nous apercevrons mutuel-
« lement par cette vue spirituelle de l'homme
a intérieur, renouvelé à l'image de Celui
« qui l'a créé.
Il Pour vous, Frères très-chers, que nous
« envoyons dans ces pays lointains afin d'y
« travailler à l'œuvre de Dieu, agissez en
« hommes, et affermissez dans votre cœur
« vos bons desseins et l'esprit de vos vœux;
« sachant à n'en pouvoir douter, que, plus
« vous aurez supporté en cette vie de peines
« et de travaux pour le salut des autres, plus
« grande aussi sera la joie de la récompense
a que vous recevrez du Seigneur dans le ciel.
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« Enfin que la dissolution prochaine de
« ce misérable corps ne vous attriste pas ;
« car je vous serai plus présent encore après
a avoir déposé le fardeau de la chair. Ton-
a jours par la grâce de Dieu, je serai votre
« aide et votre secours. »
(c Alors il nous donna le baiser de paix;
et nous conduisit avec toutë'la communauté,
jusqu'à la porte dir monastère. Là, il nous
embrassa de nouveau, et nous bénit. Il re-
mit ensuite à Maur, son disciple bien-aimé,
le livre de la Règle qu'il avait écrit de sa
propre main; puis il fit apporter le poids de
la livre de pain, ainsi qu'un petit vase
d'airain, mesure de l'hémine pour le vin; et
ce fut ainsi qu'il nous laissa partir. Mais au-
paravant il prescrivit aux envoyés du susdit
évêque d'avertir leur maître qu'il eût à nous
traiter, à sa place, avec un ainour paternel,
et qu'il nous donnât, comme il l'avait pro-
mis, un lieu favorable pour y construire le
monastère.
« Étant donc partis le cinquième jour des
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fêtes de l'Épiphanie, qui était un samedi,
nous fîmes notre première halte dans un
domaine qui dépend du monastère et qui
porte le nom d'Euchelia. Nous y fûmes
reçus et traités avec honneur par deux de
nos frères, Probus et Aquinus, que notre
bon Père y avait envoyés la veille à cet effet.
En outre, comme nous célébrions cette
même nuit l'office des Matines, survinrent
deux autres de nos frères, envoyés égale-
ment par le bienheureux Benoît. C'étaient
Honorât, d'heureuse mémoire, et Félicis-
sime, excellent jeune homme, qui était cou-
sin du bienheureux Maur. En les voyant,
nous fûmes remplis, d'une grande joie, pen-
sant bien qu'ils étaient chargés de quelque
chose pour nous de la part de notre Père.
Notre attente ne fut pas trompée; car lors-
que le chant des Matines fut fini et qu'il
nous fut permis de nous entretenir, le moine
Honorat sortit de son sein de magnifiques
présents pour le bienheureux Maur : une
petite châsse d'ivoire, con tenan t des rejiques,
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et une lettre, qui, malgré sa brièveté, nous
fut bien précieuse, à cause des avertisse-
ments prophétiques qui nous y étaient don-
nés, et des sentiments paternels dont elle
renfermait le témoignage. L'ordre exprès de
saint Benoît était que ces objets nous fussent
remis avant notre départ d'Euchelia.
« Les reliques que notre bienheureux
Père avait déposées lui-même dans le coffret
d'ivoire étaient trois fragments du bois de
la vraie croix, des reliques de la bienheu-
reuse Vierge Marie et de saint Michel ar-
change, c'est-à-dire un morceau du voile
rouge qui couvre l'autel construit en son
honneur. Il y avait aussi quelques autres
reliques de saint Étienne, premier martyr,
et du bienheureux confesseur saint Martin.
« Quant à la lettre, c'est celle-là même que
le bienheureux Maur voulut, par amour
pour son Père, emporter avec lui dans le
tombeau. En voici le texte :
« Reçois, ô mon bien-aimé, les derniers
« présents de ton maître. Reçois-les comme
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« un gage de notre longue union, comme
« un secours et une défense, pour toi et
« pour tes compagnons, contre les attaques
« des méchants.
« Lorsque tu auras vu s'écouler trois fois
« vingt ans depuis le jour où tu es entré dans
« la voie de la perfection monastique, tu
« entreras dans la joie de ton Seigneur, ainsi
« que Dieu a daigné nous le faire connaître
a hier après ton départ.
(c Je vous avertis également que vous
« éprouverez des retards en route, et que
« vous aurez de la peine à trouver un lieu
« convenable, à cause d'événements que
« Dieu permettra, et d'empêchements que
« l'ennemi du genre humain vous suscitera.
(1 Jamais cependant la bonté du Dieu de
« miséricorde ne vous fera défaut; mais,
« après un délai qui mettra à l'épreuve la
« fermeté de vos bons desseins, vous trou-
cc verezun séjour très-convenable, mais non
« pas où nous l'avions d'abord espéré.
« Adieu : sois heureux dans ton voyage,
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et et plus heureux encore quand tu seras
« arrivé. »
« Le bienheureux Maur, ayant lu cette
lettre à haute voix, et s'étant trouvé gran-
dement consolé par les secours et les aver-
tissements qu'elle lui apportait, renvoya au
bienheureux Benoît ses messagers, avec
mille actions de grâces, non sans recom-
mander à Féiicissime, jusqu'à cinq ou sept
fois, de travailler à acquérir la perfection de
la vie religieuse.
« Nous reprimes ensuite notre route sans
plus tarder. »
Ce touchant récit des adieux nous a paru
mériter de trouver place en entier dans cette
histoire.
Quant au reste du voyage, sans le racon-
ter en détail, il nous faut en dire au moins
les principales circonstances. Ce sera l'objet
du chapitre suivant.