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Vie du serviteur de Dieu Jean-Marie-Baptiste Vianney, curé d'Ars, par l'abbé J.-H. Olivier,... 4e édition

De
241 pages
Wattelier (Paris). 1873. Vianney. In-18, 235 p..
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.MA"
ANNALES DE LA SAINTETÉ AU XIX* SIÈCLE
HONORÉES D'CK BREF LAUDATIF DE S. S. LE PAPE PŒ IX
VIE
DU VÉNÉRABLE SERVITEUR DE DIEU
JEAN-MARIE-BAPTISTE VIANNEY
CURÉ D'ARS
Par l'Abbé J.-H. OLIVIER
DOGTSOR EN THÉOLOFILB
- C'est pourquoi Nous jugeons digne de toute
recommandation votre dessein de publier les
Vies des Serviteurs de Dieu qui ont fleuri dans
notre sièele. »
Bref de S. S. PIE Il aux Rédacteurs-Fon-
dateurs des Annalet.
CINQUIÈME ÉDITION
PARIS
CHEZ WATTLIER. 19, RUE DE SÈVRES
, 1873
Tou droits résnés.
VIE
DU SERVITEUR DE DIEU
J. M. B. VI ANNE Y
CURÉ D'ARS
Imprimerie EUGtNE HEUTTE et Cie, à Sainl-Germain.
PROTESTATION
DES RÉDACTEURS DES ANNALES DE LA SAINTETÉ
AU XIXE SIÈCLE.
Les titres de Saints, de Bienheureux, et même de Véné-
rables, que nous emploierons souvent dans les pages des
Annales, ne sont autre chose que l'expression de notre
estime et de nos sentiments de vénération à l'égard des
Serviteurs et Servantes de Dieu dont nous écrivons la
Biographie. Selon les prescriptions du Droit en ces ma-
tières, nous n'avons nullement l'intention de prévenir
le jugement définitif à leur égard du Saint-Siège Aposto-
lique.
Nous déclarons que, pour les faits merveilleux non
encore approuvés et sanctionnés par l'autorité de la sa- -
crée Congrégation des Rites et de Sa Sainteté le Souve-
rain Pontife, nos pieux lecteurs ne doivent qu'une créance
purement humaine en rapport avec la valeur et l'authen-
ticité des documents et les témoignages que nous appor-
tons à l'appui pour en garantir la vérité.
Fils respectueux et soumis de la sainte Église, nous
voulons en toutes choses et toujours nous conformer aux
prescriptions publiées par l'autorité du Pape Urbain VIII,
en particulier dans les années 1625, 1631 et 1634.
ANNALES DE LA SAINTETÉ AU XIX' SIÈCLE
HONORÉES D'CN BREF LAUDATIF DE S. S. LE PAPE PIE IX
'VIE
an vÉirtmniin nFinvurim de mrif - -
JEAMARIE-BAPTISTE'YWM'
CURÉ D'ARS
PsffQDH*bé*J.-H. OLIVIER
THÉOLOGIE'
« C'est pourquoi Nous jugeons digne detoute
recommandation votre dessein de publier les
Vies des Serviteurs de Dieu qui ont fleuri dans
noire siècle. >
Bref de S. S. Pte IXaui Rédactcurs-Fon-
dateurs des Annales.
lu ——
CINQUIÈME ÉDITION
PARIS
CHEZ WATTELIER, 19, RUE DE SÈVRES
1873
Tous drolls rëscrvés
- i
PRÉFACE
�-
Entre les noms les plus célèbres de l'illustre Clergé
français, il n'y en a point qui soit connu comme celui du
Serviteur de Dieu Jean Marie Baptiste Vianney, appelé
communément le Curé d'Ars. Il est à juste titre la gloire
la plus pure et la plus éclatante parmi les soixante mille
Prêtres de notre patrie; il est une des grandes merveilles
de notre époque.
Les Annales de la Sainteté ayant pris pour règle de ne
publier les Vies des Serviteurs de Dieu du xixe siècle que
câpres les documents des Procès apostoliques ou ordi-
naires , c'était dès lors un devoir sacré pour nous d'at-
tendre que le Sommaire du Procès fait par l'autorité de
'Évêque eût été remis en nos mains. Il fallait tout le
jiids d'une si grave raison pour nous permettre de ne
as inaugurer notre Recueil par la publication de la Vie
e ce grand Serviteur de Dieu.
Mais la divine Providence, dans les desseins profonds
e sa sagesse, a voulu que le premier exemplaire du
2 PRÉFACE
Sommaire, sorti des presses de la Civilta, à Rome, nous
ait été confié par un ami dévoué à notre œuvre.
A ce signe nous avons reconnu la volonté du Ciel qui
venait confirmer les vœux les plus ardents de notre
cœur. Nous nous sommes mis sans retard au travail, et
nous avons la douce consolation d'ouvrir le deuxième
volume des Annales par la Vie du vénéré Curé d'Ars.
Nous ne venons pas les premiers, il est vrai, faire con-
naître à la France et au monde catholique la vie de cet
illustre Serviteur de Dieu; nous avons été devancés par
un grand nombre d'auteurs, qui ont eu à cœur de ra-
- conter les vertus et les actions merveilleuses du saint
Curé. Nous sommes heureux de proclamer le mérite des
travaux de ceux qui nous ont précédés. La Vie du Curé
d'Ars par le R. P. Alfred Monnin a eu surtout un succès
que nous aimons à constater, car ce pieux auteur a su
joindre à un fonds riche de documents l'éclat d'un style
brillant et plein d'une éloquence émouvante.
Notre grand mérite, à nous, ce qui nous justifie dans
la publication de cette nouvelle Vie, ce n'est pas la pré-
tention de faire un ouvrage plus parfait que celui des
autres, c'est l'occasion providentielle qui nous a permi
d'écrire notre travail sur les documents du Procès de
l'Ordinaire. Tout ce que le pieux lecteur trouvera dans
cette vie a pour fondement des témoignages juridiques,
qui ont eu lieu sous la garantie d'un serment solennel, el
qui ont été soumis au contrôle rigoureux des hommes
éminents délégués pour constituer le tribunal en vue de
la Canonisation du vénéré Curé d'Ars.
: -: f 1 -
PREFACE 3
Les Annales de la Sainteté ne pouvaient avoir la moindre
hésitation à publier cette Vie. Il s'agissait d'une de nos
gloires nationales, d'un saint Curé qui avait été l'objet
d'une vénération extraordinaire, d'un Prêtre qui est
mort, il n'y a que quelques années, avec une réputation
de sainteté si grande, que l'histoire nous en offre à peine
de rares exemples.
Il y a dans cette Vie un spectacle qu'il importe de bien
mettre en relief, car il faut remonter aux premiers âges
de l'Église pour rencontrer des faits analogues. Il y a
eu, sans nul doute, à des époques diverses, des hommes
apostoliques qui ont produit un mouvement immense au
sein des peuples, entraînant les populations, convertis-
sant les pécheurs, par la vertu de leur parole et par
l'éclat des miracles qu'ils ne cessaient de semer pour
confirmer leur mission céleste. L'histoire a conservé dans
ses annales les noms glorieux de saint Bernard, de saint
Antoine de Padoue, de saint Vincent Ferrier, et, au der-
nier siècle, de saint Léonard de Port-Maurice, de saint
Paul de la Croix, et d'autres encore dont le nom est gravé
dans la mémoire des hommes. Mais ces Saints se sont
transportés d'un lieu à un autre; ils ont parcouru, dans
leurs courses apostoliques, d'immenses distances; en un
jnot, ils sont allés, pour ainsi dire, chercher eux-mêmes
les peuples à convertir, les pécheurs à ramener dans les
voies du salut.
Dans la Vie admirable du vénéré Curé d'Ars, c'est tout
différent : ce sont les masses qui viennent à lui; les
pécheurs sont entrainès par une force invisible à aller
4 PRÉFACE
vers l'Apôtre, de sorte qu'il peut s'écrier dans sa touchante
humilité : « Ah ! les pécheurs finiront par tuer le pé-
cheur. » Dans ce siècle si plein d'indifférence pour tout
ce qui regarde le salut, parce que le soin des intérêts
matériels absorbe l'attention des esprits et suscite l'ardente
cupidité et la convoitise des cœurs, nous avons vu ce
qui se retrouve à peine aux jours les plus glorieux de
l'histoire ecclésiastique, des hommes calmes, recueillis1
et dans la prière, attendant non-seulement des heures,
mais même plusieurs jours, pour avoir le bonheur de
faire une Confession sincère à celui qu'ils considéraient
comme un Saint.
Tous ceux qui ne connaissent la Vie des Saints que
par les livres ont peine à se défendre contre une certaine
crainte que les auteurs ne se soient laissé entraîner ù-
quelque exagération dans leur récit; mais ici il s'agit d'un,
Serviteur de Dieu que des milliers et des milliers de té-
moins encore vivants ont eu sous leurs yeux, et nous
écrivons d'après les dépositions juridiques de ceux qui
font connaître ce qu'ils savent à titre de témoins oculaires
ou auriculaires, confirmant par un serment solennel ce
qu'ils nous apprennent.
L'hagiographie sacrée est placée au-dessus de tout
doute; mais, en cette circonstance, ce serait en vérité re-
nier la valeur de la certitude en fait de témoignage que
de ne pas avoir confiance daris le pieux récit que nous
allons mettre sous les yeux du lecteur.
C'est un grand bonheur pour tout homme d'avoir eu
dans sa vie la douce consolation de voir un Saint; tous
PRÉFACE 5
ceux qui ont eu la joie de visiter le Serviteur de Dieu con-
servent dans leur cœur, nous en avons l'assurance, un
ardent désir de savoir tout ce qui est resté inconnu pen-
dant qu'il vivait encore. Dans notre profonde conviction,
la gloire incomparable du vénéré Curé d'Ars, ses mérites,
les dons de Dieu en lui ne sont pas encore pleinement
mis en lumière. C'est surtout dans la direction des âmes
que Dieu accordait à notre Saint des lumières surnatu-
relles dignes d'admiration. Nous avons la confiance qu'à
l'occasion du Procès apostolique, il sera révélé des faits
merveilleux à cet égard. Celui qui écrit ces lignes pourra
déposer de la lumière prophétique qui avait été accordéa
à ce grand Serviteur de Dieu.
La Cause du vénéré Curé d'Ars a trouvé à Rome un
accueil aussi sympathique qu'il était permis de le désirer;
il y avait un si grand nombre de témoins pour attester les
vertus et la vie si pleine de prodiges du Serviteur de
Dieu, qu'il ne pouvait en être autrement. Aussi nulle
Cause de Saint n'a été si rapidement en voie d'être intro-
duite, et n'aura peut-être un succès si prompt. Nous
avons l'espérance de lui voir décerner le titre de Vénérable
dans un temps peu éloigné.
Daigne l'illustre Serviteur de Dieu obtenir les béné-
dictions du Ciel pour cette nouvelle Vie, afin qu'elle pro-
chmse les vertus dans les cœurs et qu'elle soit une semence
l'éternelles bénédictions pour les âmes.
Nous avons en vue, dans ce travail, d'offrir aux pieux
pèlerins qui accourent au tombeau du vénéré Curé d'Ars
rn petit livre qui fasse mieux connaître ses vertus et le
6 PRÉFACE
montre comme un modèle à imiter-, non-seulement pour
les Prêtres qui ont charge d'âmes, mais pour les per-
sonnes de tout rang et de toute condition. Le grand Servi-
teur de Dieu a su trouver la voie royale qui conduit à
l'éternelle récompense, c'est à nous à marcher sur ses
traces 1.
1. Le Sommaire, que nous citerons souvent dans cette Vie, est le résumé
fidèle et complet fait par un avocat de la Sacrée Congrégation des Rites
chargé de la Cause du Serviteur de Dieu. Les dépositions des témoins
entendus dans le Procès pour la Canonisation y sont disposées avec ordre,
selon les prescriptions du Droit et les traditions en ces matières. C'est sur
ce Sommaire que les Consulteurs et les éminentissimes Cardinaux de la
Sacrée Congrégation des Rites prononcent leur décision; il n'est donc pas
nécessaire de démontrer au long toute l'autorité de ce document authen-
tique.
z ,-
VIE (
- :
DU SERVITEUR DE DIEU
J. M. B. VIANNEY
CURÉ D'ARS
CHAPITRE PREMIER :
Naissance de Jean Marie Vianney et son Baptême. — Vertus éminentes
des parents du Serviteur de Dieu. — Ils accordent la plus généreuse
hospitalité aux pauvres; le B. Benoît Labre est reçu chez eux. — Vertus
précoces de notre futur Saint. — Dès son jeune âge, il refuse de-pren-
dre de la nourriture avant d'avoir fait le signe de la Croix. — Son goût
merveilleux pour la prière dans son enfance; son horreur du péché. —
Il a une obéissance parfaite; sa tendre dévotion à la sainte Vierge. —
Son instinct surnaturel pour la pureté virginale.
Le Serviteur de Dieu Jean Marie Vianney vint au
monde le 8 mai 1786, vers l'heure de"minuit ; un des
témoins dans le Procès ordinaire avait en sa possession
une copie authentique de l'acte de sa naissance4. Cet en-
1. Sommaire du Procès ord., p. 14a ne 30.
8 VIE DE J. M. B. VIANNEY
-
fant, que le Ciel appelait à de si hautes destinées, naquit
à Dardilly, bourg assez important du Diocèse de Lyon.
Dès le jour même, ses pieux parents lui firent adminis-
trer le Sacrement de Baptême, et il y reçut les noms si
doux de Jean et de Marie. Le Serviteur de Dieu nous a
fait connaître qu'il n'avait adopté celui de Baptiste que
bien plus tard, à Fépoque de sa Confirmation.
Son père s'appelait Matthieu Vianney, et sa mère Marie
Beluse. Ses parents n'avaient pas une grande fortune,
mais ils vivaient dans l'aisance par la culture de leurs
biens. Tous les témoins qui ont fait leur déposition dans
le Procès ordinaire pour la Canonisation du Serviteur de
Dieu sont unanimes à faire l'éloge de leur vive piété, et
à nous les montrer comme riches en vertus de toute sorte.
Matthieu Vianney avait une certaine inclination vers
la sévérité, mais les sentiments religieux dont il était
animé corrigeaient en lui le défaut de son caractère.
Aussi il était très-aimé de ses nombreux enfants, aux-
quels il inspirait des sentiments d'affection plutôt que de
crainte.
La maison de Matthieu Vianney était toujours ouverte
à ceux qui n'avaient point de toit pour s'abriter. Il a été
vu jusqu'à plus de vingt pauvres qui venaient y chercher
l'hospitalité; il les recevait toujours avec une affabilité
toute chrétienne. Sa charité allait jusqu'à ce degré de per-
fection de traiter ceux qui venaient mendier comme les
propres membres de sa famille. Il ne se mettait point à
table, le soir, sans avoir pris soin de faire distribuer à
tous les pauvres accueillis sous son toit une soupe abon-
CHAPITRE 1 9
dante, et si, eu égard au grand nombre de portions à
donner, il ne restait plus assez de bouillon pour les
siens, il disait : « Eh bien ! moi, j'en prendrai un peu
9 moins. »
Une charité aussi généreuse toucha si vivement le
cœur de Dieu, qu'il inspira au bienheureux Benoît
Labre d'aller s'asseoir parmi les mendiants qui entou-
raient ce foyer hospitalier, et cette présence, sans nul
doute, apporta dans cette maison les plus précieuses
bénédictions.
Marie Beluse avait reçu de la nature un cœur tendre,
des manières affables, une âme grande et, pour ainsi dire,.
au-dessus de sa condition. Les habitants de Dardilly
étaient unanimes à reconnaître sa piété et sa rare vertu.
Mais nul n'a fait son éloge comme son vénérable fils. Le
souvenir seul des exemples qu'il avait reçus de sa mère
suffisait pour l'attendrir et lui inspirer des paroles subli-
mes. « Il mesemble, disait-il un jour dans son extrême
& vieillesse, qu'il est impossible de regarder sa mère
» sans pleurer. »
De toutes les faveurs par lesquelles le Ciel récompensa
la vertu de ces dignes époux, la plus grande fut celle de
leur avoir donné pour fils le Serviteur de Dieu dont nous
écrivons la vie. Jean Marie Vianney fut un de ces enfants
privilégiés que le Seigneur prévient de l'abondance de
ses grâces, et se plaît, pour ainsi dire, à sanctifier dès
qu'ils ont reçu l'être.
Appelé, de même que Jérémie et Jean-Baptiste, à
réconcilier les enfants des hommes avec le Père céleste, il
10 VIE DE J. M. B. VIANNEY
n'est pas étonnant qu'il ait obtenu une participation de la
grâce qui a été accordée à ces grands Saints, et que nous
voyions en lui de bonne heure les signes de sa future
sainteté.
La pieuse Marie Beluse veillait attentivement sur cet
enfant, afin de surprendre le premier réveil de son intel-
ligence et la porter doucement vers Dieu ; avant qu'il pût
parler, il savait tourner ses regards vers le Ciel et joindre
ses petites mains dans l'attitude de la prière. Après
avoir grandi un peu, il ne prenait jamais de nourriture
sans faire le signe de la Croix. Cet acte de Religion lui
était devenu si cher, qu'il se serait abstenu de prendre
aucun aliment plutôt que de l'omettre. Il est très-impor-
tant de citer ici le témoignage de Marguerite Vian-
ney, sœur du Serviteur de Dieu, par la déposition de
laquelle nous connaissons sûrement tous les faits qui ap-
partiennent aux premières années de notre Saint.
« Mon frère, dit-elle, n'avait encore que seize mois,
» lorsqu'un jour ma mère oublia de lui faire faire le signe
» de la Croix avant de lui donner sa soupe. L'enfant ne
» voulut jamais manger, et il se mit à caresser ma mère
» comme pour lui demander quelque chose. Celle-ci à la
» fin coipprit, et elle lui fit faire le signe de la Croix.
» Alors mon frère fut content, et il mangea volontiers. Ma
» mère nous a raconté cent fois ce fait1. »
Des sentiments si extraordinaires de piété dans un âge
si peu avancé appelèrent l'attention de la sage Marie
1. Sotn., p. 18, n" 79.
CHAPITRE 1 il
Beluse, et lui firent apprécier le trésor que le Ciel lui
avait confié. Aussi elle mit tous ses soins à développer
dans cet enfant les heureux germes de vertu que la grâce
y avait semés.
Pendant qu'elle le berçait sur ses genoux, il lui arriva
souvent de le baigner de ses larmes, dans la pensée de ce
qu'il pouvait devenir un jour et de la responsabilité que
son titre de mère faisait peser sur elle.
Elle s'efforça surtout de lui inspirer un vif amour de la
prière. Un jour que le saint Curé d'Ars revenait avec at-
tendrissement sur les souvenirs de son enfance, ses Mis-
sionnaires lui disaient : « Vous êtes bien heureux d'avoir
» senti de si bonne heure le goût de la prière. » —
« Après Dieu, répondit le vénérable vieillard, c'est l'ou-
» vrage de ma mère. Elle était si sage1 I. » A peine
peut-on se figurer jusqu'à quel degré d'ardeur alla dès
lors cet amour de la prière.
« Mon frère, nous apprend sa sœur Marguerite, n'a-
» Tait encore que trois ans, lorsqu'un jour il disparut
» sans que l'on pût savoir ce qu'il était devenu. Comme
? il y avait près de la maison une mare d'eau, ma mère
v craignit un malheur; elle fit même des recherches
» pour s'assurer qu'il ne s'était pas noyé. Étant ensuile
» entrée dans l'étable, elle entendit comme le mur-
» mure de quelqu'un qui prie. C'était Jean Marie
» qui, à genoux entre deux vaches, faisait dévotement
» sa prière.
i. Le Curé d'Ars, par M. A. Monnin, 1. 1, p. ii.
12 VIE DE J. M. B. VIANNEY
» Ma mère lui fit des reproches. « Pourquoi, lui dit-
» elle, vas-tu te cacher ainsi pour prier ? Tu sais bien que
» nous faisons nos prières ensemble. Pourquoi te cacher
» et me donner tant d'inquiétudes ? » Jean Marie, tout
» confus de la peine qu'il lui avait causée, se jeta dans ses
a bras et l'embrassa tendrement. Je me souviens que sou-
» vent ma mère a fait allusion à ce trait, et lui a dit en
» notre présence : « Tu m'as causé bien du chagrin le
3) jour où tu t'es caché l. »
Un autre sentiment que Marie Beluse chercha, par tous
les moyens, à faire pénétrer dans le cœur de son enfant,
fut une horreur très-grande pour le péché. Elle lui disait
souvent ces belles paroles qui rappellent les mots célèbres
de la reine Blanche à saint Louis : « Vois-tu, Jean Marie,
» j'aime tous tes frères, et si quelqu'un d'entre eux offen-
» sait le bon Dieu, j'en serais désolée; mais mon cha-
» grin serait plus grand encore, si tu l'offensais toi-
» même. »
Ces admirables paroles firent sur le Serviteur de Dieu
une impression ineffaçable, et firent naître en lui tant d'é-
Aoignement pour le péché, qu'il en fuyait jusqu'à l'ap-
3rence. Il disait lui-même plus tard, sans prendre garde
qu'il révélait une des plus précieuses faveurs que le Chré-
tien puisse recevoir : « Si je n'avais pas été Prêtre, je n'au-
» rais jamais su ce que c'est que le péché. » Heureuses
les mères qui savent inspirer à leurs enfants l'horreur
du mal : elles leur assurent par là dans l'avenir une abon-
dante moisson de vertus!.
1. Som., P. 181no 80.
CHAPITRE 1 13
La grâce ne pouvait point trouver d'obstacles dans
un cœur si pur pour y opérer de véritables merveilles.
Une des récompenses les plus douces que le Seigneur ac-
corde aux parents fidèles à leurs devoirs, c'est de leur
donner des enfants dociles et obéissants. Les époux
Vianney goûtèrent tout le bonheur de cette inapprécia-
ble faveur. Tous leurs enfants étaient soumis, mais
l'obéissance sembla s'être personnifiée dans l'aimable
Jean Marie. « Nos parents nous disaient souvent, a
» déposé Marguerite : Nous n'avons pas à nous plaindre
» de vous, mais vous n'êtes pas aussi sages que Jean
» Marie. Lorsque nous hésitions à faire ce qu'ils nous
» commandaient, ils nous disaient : Voyez comme
» Jean Marie est obéissant ; aussitôt que nous lui or-
» donnons quelque chose, comme il s'empresse de
» courir!. »
Cet enfant ne se contentait pas de pratiquer cette vertu,
il exhortait encore les autres à l'embrasser, et à l'autorité
de l'exemple il ajoutait l'efficacité de la parolè : « Mon
» frère nous disait souvent, ajoute Marguerite : Oh ! il
» faut obéir à notre mère 1. »
« La vertu, répétait souvent le Serviteur de Dieu, passe
» du cœur des mères dans le cœur des enfants, qui font
» volontiers ce qu'ils voient faire. » Le saint Curé parlait
ainsi d'après sa propre expérience. Marie Beluse avait
une tendre dévotion à la Mère de Dieu, et elle trouva le
secret de la transmettre, pour ainsi dire, avec le lait à
i. Som., p. 363, a- 493.
14 VIE DE J. M. B. VIANNEY
son angélique fils. Elle lui avait appris à réciter Y Angélus
à midi et au coucher du soleil. Si quelquefois, préoccupée
par les affaires du ménage, elle n'entendait pas elle-
même le son de la cloche, l'enfant l'avertissait, et se met-
tait à genoux avec une gravité charmante. Elle lui avait
aussi fait prendre la sainte habitude de saluer la très-sainte
Vierge toutes les fois que l'horloge sonnait, et de dire
à la suite de l'Ave Maria:' « Soit bénie la sainte et imma-
» culée Conception de la bienheureuse Vierge Marie
» Mère de Dieu. 0 Marie, que toutes les nations vous glo-
)) rifient, et que toute la terre invoque et bénisse votre
» Cœur immaculé!. » Le Serviteur de Dieu s'affectionna
tant à cette pratique, qu il la conserva durant toute sa
vie. Il forma même plus tard une sorte d'association pour
la faire connaître et la propager.
La vue d'une piété si précoce inspira à l'intelligente
Marie Beluse la pensée de faire présent à son fils d'une
petite statuette en terre de la très-sainte Vierge. L'im-
pression de bonheur que le Serviteur de Dieu éprouva en
recevant ce cadeau fut si profonde, que dans sa vieillesse il
en parlait encore avec attendrissement. « Ohl que j'aimais
» cette petite statue! disait-il un jour à ses Missionnaire;
» je ne pouvais m'en séparer ni le jour ni la nuit. Je
» n'aurais pu dormir tranquille, si je ne l'avais eue près
» de moi, dans mon petit lit. »
Un jour, l'un de ses collaborateurs dans le Ministère
lui ayant demandé s'il y avait longtemps qu'il aimait la
très-mainte Vierge, il répondit: « Je l'ai aimée avant de la
» connaître, c'est ma plus vieille affection. Quand j'étais
CHAPITRE 1 15
J) encore tout petit, j'avais un beau Chapelet; ma sœur
» l'ayant désiré, ma mère me conseilla d'en faire le sacri-
» fice. J'obéis, mais ce fut là l'un de mes premiers cha-
» grins1. »
Les pratiques de dévotion'n'étaientpas pour Jean Marie
un passe-temps et un amusement d'enfant, mais l'effet
d'un don infus dans son cœur par la grâce : aussi les
actes qu'il pratiquait produisaient en lui des fruits mer-
veilleux. Il n'avait encore que sept ans, lorsqu'un jour,
s'étant rencontré avec Marie Vincent, petite fille de son
âge et d'une maison voisine, ils se mirent à causer en-
semble avec une grande intimité. Jean Marie lui dit :
« Je crois que nous nous accorderions parfaitement nous
» deux. » — « Oui, répondit Marie, et si nos parents vou-
» laient, nous nous marierions. » — « Ah ! pour cela,
» non, répondit vivement le Serviteur de Dieu ; pour ce
» qui est de moit n'en parlons plus, n'en parlons jamais2. »
Jean Marie avait aimé la sainte Vierge avant de la connaî-
tre, et la sainte Vierge lui avait obtenu le don de la vir-
ginité avant qu'il pût savoir en quoi elle consiste. L'amour
de cet enfant pour Marie était déjà assez grand pour obli-
ger cette Mère de bonté à répandre sur lui de précieuses
faveurs, si elle ne voulait pas se laisser vaincre en géné-
rosité.
C'est au moulin de Saint-Didier, où il conduisait un âne
chargé de blé, que Jean Marie fit cette admirable protesta-
tion que nous venons de rapporter. A cette époque il avait
1. Som., p. 108, no 492.
S. Som., p. 491, no 41.
16 VIE DE J. M. B. VIANNEY
part aux travaux communs de la famille : chacun sait qu'à
la campagne l'âge du travail arrive de bonne heure. Son
occupation ordinaire consistait à garder un petit troupeau
composé de quatre à cinq vaches, d'un âne et de trois
brebis.
Nous allons le voir sorti d'entre les bras de sa mère,
dans la solitude et au milieu des champs : si nous
l'avons admiré dans son âge le plus tendre, il ne nous
ravira pas moins avec sa petite houlette debçrger. ;
— - CHAPITRE II .1� 17
-}
CHAPITRE II
La nature est un livre qui raconte la gloire de Dieu-et ses attributs infi-
nis. — Le Serviteur de Dieu en a eu J'intelligence, quoiqu'il soit scellé
pour le grand nombre. — Il fait prier et instruit les autres bergers. —
Il recherche la solitude pour s'unir plus facilement à Dieu. — La sainte
Messe a pour lui un attrait particulier, et il fait toutes sortes de sacri-
fices pour pouvoir y assister. — Il manifeste un amour singulier pour
la paix et envers les pauvres. — Trait héroïque de patience. — La
sainte Vierge le fortifie dans un travail au-dessus de ses forces, — II est
un parfait modèle des écoliers. — Commencement du règne de la Ter*
reur en France.
De tous les langages, celui de la nature est le plus
propre à nous révéler la grandeur de Dieu et ses attributs
adorables. Quelle image sublime de sa Majesté nous pré-
sente le spectacle d'un soleil radieux, qui se lève tout à
coup sur l'horizon, dissipe les ténèbres de la nuit, et
inende l'univers de flots immenses de lumière. La nuit
n'est pas moins éloquente avec ses voiles sombres et son
firmament peuplé d'étoiles scintillantes. Cette multitude
presque sans nombre de feux brillants dans le ciel ne
seitible-t-elle pas réfléchir sur la terre les perfections in-
finies de la Divinité ?
Mais la nature ne se contente pas de nous raconter la
gloire de notre Créateur, elle nous dit aussi l'immensiLé
18 VIE DE J. M. B. VIANNEY
de son amour, pour nous. Quelle source de douces con-
templations dans ce tendre gazon qui croît sous les pieds de
! 'homme pour lui offrir un tapis de molle verdure ; dans
ces fleurs qui s'épanouissent partout, et forment des or-
nements mille fois plus précieux que tous les produits Se
l'industrie la plus perfectionnée ; dans ces parfums déli-
cieux qui s'exhalent du calice des fleurs et embaument
l'atmosphère ; dans ces arbres dont les espèces si variées
nous offrent à la fois un aspect admirable et des fruits suc-
culents ; dans cette multitude d'oiseaux qui peuplent l'air
et nous charment par leurs chants mélodieux ; dans ces
fleuves et ces mers immenses dont les eaux servent de
liens pour unir les peuples les plus éloignés; dans ces
sources qui surgissent de toutes parts, et vont répandre
en tous lieux la fécondité et la vie ! Tout est grand dans
-l'œuvre de Dieu, et l'hiver rigoureux qui dépouille toute
la nature et semble vouloir nous ensevelir pour toujours
sous un voile de deuil, et le printemps qui redonne la
vie à tout, et l'été qui mûrit les moissons, et l'automne
qui paraît comme s'épuiser en faveur de l'homme et lui
rodigue tous les aliments propres à le fortifier et à pro-
longer son existence.
La nature est si belle, et son langage si éloquent, que
les esprits contemplatifs ont toujours recherché la soli-
tude, les forêts et les montagnes, pour s'élever plus facile-
ment vers Dieu et pénétrer dans ses mystères. Mais la
simplicité même de ce langage le rend difficile à compren-*
dre, et il faut, pour en avoir l'intelligence, une grâce,
un don spécial. Il y a des hommes qui savent à peine con-
CHAPITRE 11 19
tenir leur admiration pour l'habile peintre qui aura re-
produit un point de vue avec son pinceau, mais ils demeu-
rent indifférents devant le spectacle sublime de la réalité,
et ils ne pensent point à Celui qui a tout créé.
Il n'en est pas ainsi de l'homme qui a été initié à la
science de la création, et a reçu le don de lire dans le li-
vre mystérieux de la nature : pour lui, il n'y a pas, dans
tout l'univers, une créature qui ne lui parle et ne l'invite
à élever sa pensée vers l'Auteur de toutes choses.
Dès l'âge de sept ans, Jean Marie, illuminé par l'Es-
prit-Saint, avait reçu la connaissance infuse du langage
de la nature. Pour lui, les arbres et les plantes, le Ciel et
la terre étaient autant de voix qui lui disaient l'amour
de Dieu pour les hommes, et l'invitaient à correspondre
à son amour. Afin de donner un libre cours aux vives
effusions de sa piété, il plaçait la statuette de la Vierge
dans le creux d'un arbre, s'agenouillait, joignait les
mains, et passait de longues heures en prière.
Les autres bergers, attirés par sa douceur, l'aménité de
son caractère et le doux parfum de vertu qu'il exhalait, ve-
naient souvent se réunir autour de lui, et quoiqu'il fût le
plus jeune d'entre eux, ils le traitaient avec vénération et
respect. Jean Marie, dont un zèle naissant échauffait déjà
le cœur, les exhortait à l'amour de la vertu par des paroles
si persuasives, que nul d'entre eux ne pensait à y résis-
ter. Il leur disait « qu'il fallait être sage, bien aimer le
» bon Dieu, ne contrarier personne, et surtout prier beau-
» coup. »
Lorsqu'il s'apercevait que ses compagnons étaient émus
- 20 VIE DE J. M. B. VIANNEY
et désireux de mettre en pratique ses avis, il prenait sa
statuette de Marie, la plaçait sur une pierre ou un tronc
t; d'arbre, et les invitait à réciter le Chapelet à la divine
? Mère. Les bergers tombaient alors à genoux et répondaient
o à toutes les prières que faisait Jean Marie. Quelquefois,
■s transporté par son zèle, il montait sur un rocher ou un
; petit tertre, et il se mettait à prêcher avec ardeur à ses
amis rangés en demi-cercle autour de cette chaire impro-
visée. Sa prédication était l'image de son âme; elle con-
sistait à pousser des cris d'amour de Dieu et de sa très-
sainte Mère, et à imiter les gestes des Prédicateurs qu'il
avait entendus.
Les enfants qui l'écoutaient le regardaient avec étonne-
ment; et ils éprouvaient en l'entendant je ne sais quelle
émotion secrète qui les remuait et les rendait meilleurs.
Lorsque leur attention s'était lassée, et qu'ils éprouvaient le
besoin de s'abandonner à des jeux d'une autre nature,
Jean Marie se séparait d'eux et allait se cacher dans quel-
que endroit solitaire pour continuer à prier. Il appelait
alors le plus raisonnable de tous, et lui promettait une
récompense s'il voulait faire la garde de son troupeau,
afin de pouvoir prier plus à l'aise et de n'être distrait par
aucune préoccupation.
Les vieillards de Dardilly ont conservé la mémoire de
ces scènes touchantes, et ils les racontent avec bonheur à
leurs petits-enfants. « Je me suis souvent trouvé avec
» M. Vianney, a déposé l'un d'entre eux, durant son en-
» fance et son adolescence. Il me disait maintes fois :
yy Viens avec moi, j'ai un bon goûter, et il peut suffire pour
CHAPITRE II 21
» deux. » Lorsque nous étions dans les champs1, il me di-
» sait : « Tiens, garde mon troupeau, et je vais faire une
» commission. » Si pendant ce temps quelque autre ber-
» ger venait et me demandait où était Jean Marie, je lui
» répondais : « Il est allé faire une commission, ou plu-
» tôt il est allé prier ; allez dans tel. endroit, et vous le
» trouverez.
» Que de fois ne suis-je pas allé examiner ce qu'il fai-
» sait, à travers les haies et les broussailles. Je l'ai tou-
» jours trouvé à genoux, et récitant dévotement son Cha-
» pelet. Nous connaissions parfaitement ses pratiques de
» piété, mais en cela nous ne le contrariions nullement.
» Bien souvent nous nous disions : « Voyez comme Jean
» Marie est occupé à prier. » On lui voyait sans cesse
» remuer les lèvres, et il avait presque toujours le Cha-
» pelet à la main. Il nous le faisait souvent réciter. Aus-
» sitôt qu'il entendait sonner l'horloge de la Paroisse, il
» se découvrait, et disait Y Ave Maria. Il était très-exact
» pour nous faire réciter l'Angélus, mais pour l'Ave ma-
in ria de toutes les heures il nous laissait libres. Si, lors-
» que Y Angélus sonnait, nous continuions à travailler,
» il nous disait : « Il y a temps pour travailler et temps
» pour prier 4. »
L'assistance au divin Sacrifice de la Messe a été l'un des
traits distinctifs de la dévotion du Serviteur de Dieu ; elle
s'est manifestée en lui dès l'enfance. « Lorsque Jean Marie
se trouvait dans les champs, dit Marguerite Vianney, il
1. Som., p. 16, no 32.
22 VIE DE J. M. B. VIANNEY
aimait à fabriquer avec de l'argile des statuettes de Saints.
Ses sœurs enviaient ces sortes d'ouvrages, et son ardeur
pour entendre la Messe leur fournissait toujours une occa-
sion favorable de l'en dépouiller. Au premier son de la
cloche il quittait tout, et priait ses sœurs de le remplacer
dans ce qu'il avait à faire. Celles-ci s'offraient. volontiers
pour lui rendre service, mais à la condition qu'il leur cé-
derait tous ses petits Saints. Jean Marie les leur donnait
volontiers, et il était heureux d'acheter à ce prix le bon-
heur qu'il désirait. »
Si, au moment du saint Sacrifice, il se trouvait auprès
des bergers, il cherchait un prétexte pour confier à l'un
d'entre eux les quelques bêtes de son troupeau. -
« Il allait à la Messe le plus souvent qu'il pouvait, dit
un autre témoin, et il y assistait avec un recueillement
qui m'a toujours surpris. Il prétextait quelque chose à
raccommoder, afin de s'y rendre sans que les autres s'en
aperçussentl. »
La paix de l'Esprit-Saint qui était dans son cœur ne
lui permettait pas de voir sans déplaisir la moindre dispute
entre ses compagnons ; aussi il reprenait avec douceur
ceux qui commençaient les querelles. Il ne voulait pas
non plus que l'on frappât les bêtes avec colère, et bien
moins encore que l'on prononçât des paroles inconvenan-
tes ou propres à troubler l'union qui doit régner entre des
frères.
- Le père de notre Saint voyait avec bonheur que l'amour
i. Som., p. 17, 63, - - - 1-
!. Som., p. i7, n') 63. - --.
CHAPITRE Il - 23
des pauvres avait passé de son cœur dans celui de son
jeune fils, et il cherchait à développer en lui cette vertu.
Il lui disait quelquefois, lorsqu'ils se trouvaient ensem-
ble dans les champs : « Jean Marie, charge l'âne de bois
» autant que tu pourras, il servira pour les pauvres. »
L'enfant aurait voulu alors multiplier les forces du pau-
tre animal, afin de lui faire porter une provision suffi-
sante pour tous les besogneux du village. Il arrivait sou-
vent à la maison paternelle accompagné de quelques
pauvres qui ne savaient où trouver un abri pour y passer
la nuit; il recueillait tous ceux qu'il rencontrait, et
leur indiquait la maison de son père, s'ils l'ignoraient
encore. ,
Tous ces faits ont été déposés par des témoins oculaires,
et l'un d'entre eux a terminé son récit par ces remarqua-
bles paroles : « Je n'ai jamais découvert un défaut dans
» M. Vianney, ni entendu dire que d'autres en aient re-
» marqué i. »
Il ne faudrait cependant pas croire que la vertu-de cet
enfant n'ait jamais été mise à l'épreuve. Parmi les ber-
gers qui l'entouraient, il y avait des caractères à demi
sauvages qui se montraient peu disposés à lui accorder
l'estime qu'il méritait. L'un d'entre eux, d'une humeul
contrariante et brutale, s'oublia plus d'une fois jusqu'à
lui donner de violents coups de pieds dans les jambes.
C'est le Serviteur de Dieu lui-même qui a raconté ce
fait dans un moment d'expansion intime, et il ajouta avec
1. Som., p. 16, du n° 54 au no 71.
24 VIE DE J. M. B. VIANNEY
une. candeur incomparable : « Il agissait ainsi parce qu'il
Bavait que je ne disais jamais rien l. »
Jean Marie ne continua pas longtemps son paisible.
luétier de berger. Nous savons par le témoignage de sa
ÇEur Marguerite qu'il commença à se livrer aux travaux
de la campagne vers l'âge de huit ans 2 ; et c'est à cette
époque qu'il faut placer l'anecdote suivante, dont les bio-
graphes du Serviteur de Dieu ont retardé la date de
plusieurs années.
« Un jour, rapporte Marguerite, mon frère avait voulu
» tenir tête à son frère François, qui était plus âgé que
» lui. Le soir, lorsqu'il rentra à la maison, il était épuisé
» de fatigue, et il dit à ma mère : « J'ai bien bêché
» aujourd'hui, j'ai voulu suivre mon frère, mais je
» n'en peux plus. » Ma mère recommanda à mon frère
» François de ne plus aller si vite; mais celui-ci ré-
» pondit que son frère étant plus jeune, il n'était pas
» obligé d'en faire autant que lui. « Que dirait-on,
» ajouta-t-il, si l'aîné n'avançait pas davantage que le
» cadet? »
« Le lendemain, il vint à la maison une Religieuse des
» Antiquailles de Lyon. Elle donna une image à chacun
» de nous. Elle avait encore une statuette de la très-
b sainte Vierge enfermée dans un étui. Nous voulions
v tous la posséder, mais cette Religieuse la donna à Jean
o Marie. Le surlendemain, mon frère et François allèrent
, 1. Som., p. 230, n. 152.
2. Som., p. 19, no 87.
CHAPITRE Il 25
» tous les deux travailler à la vigne. Avant de se mettre à
» l'ouvrage, Jean Marie baisa dévotement la statuette de
-# la Vierge, la posa aussi loin qu'il put, et se mit à
) travailler avec ardeur pour la rejoindre. Arrivé à
D l'endroit où elle était, il la prit respectueusement, la
> baisa de nouveau, et courut la placer au loin, comm
il avait fait la première fois. Il agit de même durant
» toute la journée.
« Le soir, en arrivant, il dit à ma mère : « Ayez tou- -
» jours une grande confiance à la très-sainte Vierge;
» pour moi; je l'ai invoquée toute la journée, et elle m'a
» si bien aidé, que j'ai pu aujourd'hui suivre mon frère,
» sans éprouver la moindre fatigue l. »
A cet âge encore si tendre, Jean Marie faisait l'admi-
ration de tous ceux qui le connaissaient. Pendant qu'il
fréquentait l'école du village, M. Dumas, l'instituteur,
disait aux autres enfants : « Oh 1 si vous imitiez le petit
Vianney 1 » Son application ne laissait, en effet, rien àdési-
rer. Au sortir de l'école, il continuait à travailler avec ar-
deur. Il ne prenait jamais aucune part aux amusements de
ses frères. Pendant qu'ils se délassaient en ébats propres
aux enfants, il s'occupait à étudier son Catéchisme, qu'il
apprenait par cœur avec un soin extrême. Il méditait en-
suite gravement les vérités qu'il venait de confier à sa
mémoire, ou il s'efforçait de les enseigner à ses frères
et à ses sœurs. « Il nous faisait même, dit Margue-
» rite, de petits sermons où il nous disait ; « 0 mes
1. Som., P. 20, w 88.
26 VIE DE J. M. B. VIANNEY
p enfants, soyez sages, et le bon Dieu vous bénirai. »
Pendant que le jeune Jean Marie croissait en âge et en
vertu devant Dieu et devant les hommes, l'impiété venait
de triompher en France, et y exerçait un despotisme
absolu ; elle voulut anéantir notre divine Religion qu'elle
blasphémait dans un langage infernal.
Des édits sanglants de proscription ne tardèrent pas à
être portés. Jean Marie avait atteint sa onzième année,
lorsqu'un jour il n'entendit plus sonner la cloche du
village pour appeler les Fidèles de Dardilly au saint Sa-
crifice de la Messe. Plein d'étonnement, il en demanda
la cause à sa mère. Celle-ci poussa un gémissement, mit
la main sur son cœur et leva les yeux au Ciel, témoi-
gnant ainsi que le cœur était désormais le seul temple où
il fût permis d'adorer Dieu, et le Ciel l'unique trônej
d'où l'impiété ne pourrait le chasser.
L'Église de Dardilly se trouvait, comme toutes les
Eglises de France, veuve de son Pasteur. Un autre Prêtre,
il est vrai, était venu à sa place; mais, comme il n'avait
pas rougi de prêter serment à la Constitution civile duj
Clergé, les Fidèles le désignèrent sous le nom odieux de,
jureur, et le laissèrent dans un isolement presque ab-
solu. Les familles Vianney et Beluse crurent d'abord, dans
la simplicité de leur Foi, que l'indignité du Ministre ne
devait pas les priver du bonheur de pratiquer les devoirs
de notre sainte Religion; mais, avertis de leur erreur par
une personne pieuse et instruite, ils cessèrent à rinstanfj
i. Soin., p. 20, n03 92 et 93. 1
CHAPITRE II 27
mte participation aux actes sacrilèges de cet intrus. Le
ïrvitemr de Dieu aimait à raconter cet acte de fidélité de
iigme et sainte famillel.
ȏs ce moment les Vianney et les Beluse s'unirent aux
rremts Chrétiens de Dardilly, qui ne craignaient pas de
ire plusieurs heures de chemin pour aller entendre la
esse d'un Prêtre fidèle et recevoir les Sacrements de sa
ain 2. La réputation de piété dont jouissait la. Paroisse
Ecully y avait attiré un vénérable Religieux de Sainte-
Riteviève, M. Balley, et deux membres distingués de
lint-Sulpice, MM. Royer et Chaillou, l'un Directeur,
lutre Econome du grand Séminaire de Lyon, M. Gro-
tz, qui lut ensuite secrétaire intime du Cardinal Fesch,
deux Religieuses de Saint-Charles, les Sœurs Deville
Cuillet.
La persécution contre le Clergé s'étant un moment ra-
atie après le 9 thermidor, ces Prêtres zélés payèrent
kispitalité généreuse dont ils avaient été l'objet, auprès
es kabitants d'Écully, en leur donnant les consolations de
•fcre divine Religion. Ils célébraient la sainte Messe du-
tilt la iluit, réunissant les Fidèles tantôt dans une maison
ta.tôt dans une autre, pour mieux tromper les recher-
les des méchants. Les âmes courageuses de tous les vil
1. Sam,, p. 320, n° ii7.
2. lieu s'est plu à accorder une bénédiction qui est encore visible sur
s descendants des familles où les Prêtres proscrits trouvaient un asile.
i peine de mort était portée contre quiconque donnait abri à un Prêtre;
fallait dès lors être prêt au martyre pour exercer cet acte d'hospitalité.
assi le Ciel ne l'a pas mis en oubli ; nous en ferons connaître un jour des
amples mémorables.
28 VIE DE J. M. B. VIANNEY
lages Voisins venaient à Ecully, et les familles Vianney
Beluse, profitant de la présence de proches parents da:
cette Paroisse, y accoururent aussi, sans crainte d'expos
leur vie, à l'exemple des premiers Chrétiens, pour ail
entendre la Messe et recevoir les Sacrements. Dans
noble confiance que leur inspirait leur Foi, ils condi
saient avec eux leurs enfants, et leur faisaient partagi
leur bonheur.
CHAPITRE III 29
CHAPITRE III
m Marie fait à Écully sa première Confession, et se prépare à sa pre-
mère Communion. — Il montre un goût admirable pour la prière et
hn grand amour envers les pauvres. — Trait héroïque de sa charité. —
Une première Communion sous le régime de la Révolution. — Le Ser-
rifcenr de Dieu retourne à Dardilly et s'y livre aux travaux des champs.
- Il est le modèle de ceux qui travaillent à la campagne. — Il reçoit
le Sacrement de Confirmation à Ecully; ses études préparatoires au
Sacerdoce.
Nous allons être témoins de scènes touchantes qui
kus rappelleront celles des premiers Chrétiens dans les
itacombes de Rome. Le digne abbé Groboz remarqua
i jour, à côté de sa mère, le jeune Jean Marie. Frappé
i son air de modestie et de candeur, il s'approcha pour le
resser, et lui dit : « Mon enfant, quel âge avez-vous ? »
- « Onze ans, » répondit Jean Marie. — « Combien y
t-il de temps que vous vous êtes confessé? » —
Jamais. » — cc Jamais ? » reprit M. Groboz ; et, en
~t ces mots, il prit l'enfant pour le confesser aus-
~lot.
Il est probable que ce pieux et vénérable Ecclésiastique
Lt une.-inspiration sur cette âme qui lui paraissait si
indide. La démarche qu'il fit, à la suite d'un entretien
K. lui avait révélé tant de vertus précoces, nous le mon-
b suffisamment.
30 VIE DE J. M. B. VIANNEY
Il conseilla à la pieuse Marie Beluse de laisser quelqui
temps son fils à Écully, afin qu'il pût y suivre les Caté
chismes et se préparer à sa première Communion. L
mère y consentit volontiers, et confia Jean Marie à ur
de ses tantes, nommée Imbert. Le Serviteur de Dieu fu
au comble de la joie à la nouvelle qu'il restait à Écull
car il pourrait ainsi entendre tous les jours la sain
Messe.
Les Sœurs Deville et 'Combe t faisaient l'office de catd
chistes, et elles gardaient les enfants jusqu'à ce que, inj
truits sur les éléments de la Doctrine chrétienne, ils eu
sent besoin d'un enseignement plus élevé. Alors elL
les remettaient à M. l'abbé Groboz, qui achevait de le
donner les connaissances en rapport avec leur aptitud
et leur âge. Ces Catéchismes avaient toujours lieu da
la nuit, tantôt dans une maison et tantôt dans une autr<
Les enfants qui les fréquentaient s'y rendaient avec u
grand zèle, mais le plus assidu de tous était le jeuJ
Jean Marie. Il était aussi le plus fervent dans la prièri
Les Sœurs étaient ravies de voir un enfant si raisonnablj
si recueilli, si appliqué à profiter de tous les instants pôi
prier. Dans leur pieux enthousiasme, elles en faisaiei
hautement l'éloge, et le proposaient à tous pour modèle
Les jeunes compagnons de Jean Marie l'estimaient
L'aimaient; mais, comme ils ne pouvaient égaler sa fe
veur, ils disaient quelquefois sur un ton un peu railleu]
« Voyez là-bas Jean Marie qui fait assaut avec son Anj
1. Som., p. 67, no 127.
CHAPITRE III 3i
gardien. » Le vénérable M. Groboz partageait l'admira-
tion générale, et lorsque plus tard il fut nommé secrétaire
du cardinal Fesch, il parlait volontiers de l'impression
que lui avait faite la vue d'une sainteté si précoce. Au
reste, ils s'étaient admirablement appréciés l'un et l'au-
tre, quoique séparés par la distance de l'âge, de la condi-
tion et du savoir. Jusque dans les dernières années de sa
vieillesse, le vénérable Curé d'Ars a parlé de M.* Groboz
en des termes si avantageux, qu'il en faisait concevoir la
plus grande estime à tous ceux qui l'entendaient i.
AEcully, de même qu'à Dardilly, le jeune Vianney fiL
tes délices d'être avec les pauvres et de les secourir selon
ion pouvoir. Il conduisait dans la maison de sa tante
Imbert tous ceux qu'il trouvait sans asile, et comme
cette pieuse parente ne s'opposait nullement à son zèle,
îlle vit plus d'une fois la vaste ferme où elle demeurait
oute remplie de mendiants. Un jour, Jean Marie porta
e zèle de l'aumône jusqu'à un véritable excès.
Il venait de faire une visite à sa famille, et il retour-
lait à Ecully, ayant aux pieds une paire de souliers
eufs. Au milieu de. la route, il rencontre un pauvre
îeillard marchant les pieds nus. Profondément ému de
~mpassion à la vue d'une si grande misère, il n'écoute
ue l'impulsion de son excellent cœur, et lui donne sa
~aussure. Mais son père le réprimanda,.et lui fit bien
pmprendre que son amour pour les pauvres ne devait pas
lier jusque-là.
!i. Som., p, 67j n' 128
32 VIE DE J. M. B. VIANNEY 1
Tels étaient les actes de vertu par lesquels le jeun
Vianney se préparait à recevoir son Dieu pour la prèl
mière fois. Il aspirait à cet heureux moment avec tan
d'ardeur, qu'il lui semblait parfois qu'il n'arriverait ja
mais. Mais enfin le jour et l'heure furent déterminés, ei
il s'empressa d'en informer sa famille. i
A cette heureuse nouvelle, le père et la-mère, les frè
l'es et les sœurs accoururent et voulurent l'accompagne
dans cet acte solennel. Ils se rendirent dans une atte-
nance du comte Pingeon, homme plein de courage,
qui ne1 craignait pas, dans ces temps périlleux, d'oui
vrir un asile aux Ministres proscrits de notre divin
Religion, et de leur faciliter l'exercice du Culte ca'
tholique.
Cette cérémonie fut néanmoins entourée d'un voile dj
mystère. La sainte Messe se célébra au milieu de la nuit
dans une grange destinée à serrer le foin. Les famille
arrivaient séparément et en silence. Des hommes fidèle
étaient échelonnés en sentinelles, afin de donner av]
du moindre danger. Pour éluder la curiosité de ceux qi
n'étaient point initiés au secret de ce qui allait se passe]
le comte avait fait encombrer de charrettes chargées c
foin la petite place qui s'étendait devant la grange, i
saison favorisait le succès de ces précautions. C'était l'étj
en 1799.
V
M. l'abbé Groboz offrit le saint Sacrifice au mili<
de cette réunion de Fidèles fervents et attendris. Le jeui
Vianney croyait être déjà dans le Ciel. Son cœur pld,
d'innocence et de pureté se dilatait sous l'action j
CHAPITRE III 33
s
l'Esprit-Saint qui préparait en lui une demeure digne de
l'Homme-Dieu. Les Anges contemplaient cette merveille,
et en tressaillaient de joie.
Nôtre-Seigneur avait hâte de prendre possession d'une
âme si pure, et d'asseoir à jamais en elle son trône et sa
douce domination. Lorsque le Prêtre déposa l'adorable
Hostie sur ses lèvres, l'enfant se recueillit, son visage de-
vint semblable à celui d'un Séraphin, et le mystère
d'union s'accomplit entre le jeune Serviteur de Dieu et le
Bien-Aimé qui se plait dans les cœurs purs.
La vue du spectacle ineffable qu'offrit en ce moment
le jeune Jean Marie laissa une impression si profonde
E ceux qui en furent les heureux témoins, qu'à soixante
ans de distance ils en parlaient comme d'un fait qui se
lit accompli la veille. « Je me souviens encore, rap-
» porte Marguerite, de l'époque où mon frère fit sa pre-
» mière Communion, et j'ai eu la bonne fortune d'y
» assister moi-même. Il était si content, qu'il ne voulait
» plus sortir du lieu où il avait reçu son Dieu pour la
» première fois 4. »
Le saint Curé ne faisait que traduire en paroles les pré-
cieuses opérations de la grâce qu'il éprouva en ce jour
fortuné, lorsque plus tard il s'exprimait ainsi : « Quand
» on fait la sainte Communion, on sent quelque chose
» d'extraordinaire, un bien-être qui parcourt tout le
;;JJ corps et se répand jusqu'aux extrémités. Qu'est-ce
i que ce bien-être ? C'est Notre-Seigneur qui se com-
1. Som., p. 21, n- 95 et 96.
34 VIE DE J. M. B. VIANNEY
» munique à toutes les parties de notre corps et les fail
» tressaillir. Nous sommes obligés de dire comme saini
» Jean : C'est le Seigneur1 ! »
Le Serviteur de Dieu ne cessa jamais d'avoir gravée
dans son esprit cette action solennelle, et il ne se la rap-
pelait point sans une vive émotion. « Lorsque le sain!
» Curé, a déposé l'un de ses collaborateurs, me parlait d<
» sa première Communion, il me disait : « C'a été le plui
» beau jour de ma vie! et, pendant qu'il parlait ainsi, sol
» visage s'enflammait, et souvent il répandait des larmei
» de joie. 2 » 1
Les effets que la divine Eucharistie produisit danj
cette âme si bien préparée furent admirables. « J'ai ap
» pris du frère du Serviteur de Dieu, dit un témoin, qu'l
» partir de sa première Communion jusqu'à l'époque oi
» il commença ses études, on remarqua en lui un redon
» blement de ferveur ; il édifiait toute la famille et la p
» roisse entière. » Le vénéré Curé d'Ars ne faisait que parle
de ses impressions personnelles, lorsqu'il disait : « 0]
» sait quand une âme a reçu dignement le Sacrement d
» l'Eucharistie. Elle est tellement noyée dans l'amour
o pénétrée et changée, qu'on ne la reconnaît plus dan
» ses actions et ses paroles. Elle est humble, douce
» mortifiée, modeste, charitable ; elle s'accorde avec tou
» le monde. C'est une âme capable des plus grands sa
» crifices 31 »
i. Voy. Petites Fleurs d'Ars; p. 37.
2. Soin., p. 67, il0 129.
3. Petites Fleurs d'Ars, p. 38. -
CHAPITRE III 35
r
« Après sa première Communion, nous apprend Margue-
rite, mon frère retourna à Dardilly,où il se livra aux '.1
travaux des champs. »Tousles vieillards de Dardilly ont à :
raconter quelque souvenir touchant sur cette époque de la
vie du Serviteur de Dieu. Leurs dépositions sont pleines
de détails édifiants que les habitants de la campagne de- ;
vraient méditer sans cesse, pour apprendre à se sancti-
fier dans des occupations dont souvent ils ne tirent aucun
profit pour leurs âmes.
Jean Marie avait toujours en vue sa sanctification per-
sonnelle, et il y faisait concourir toutes ses œuvres. Il se
livrait au travail avec ardeur, mais c'était de telle
sorte qu'il était encore plus- appliqué à cultiver son âme
que le champ de son père. Il nous a lui-même révélé, -
dans un moment d'expansion extraordinaire, les sublimes
pensées dont il nourrissait son esprit pendant que ses
bras se fatiguaient au travail : « A chaque coup de pio-
» che que je donnais, a-t-il dit, je me disais à moi-même :
y> C'est ainsi qu'il faut cultiv.er son âme. »
La plupart des habitants de la campagne prétendent
que les travaux des champs les détournent de la prière, et
le Serviteur de Dieu trouvait, au contraire, qu'il n'y a pas
de condition plus favorable pour s'y livrer. Il priait en
allant au travail, et il priait encore en en revenant. S'il
se trouvait en compagnie, il'restait un peu en arrière,
afin de réciter son Chapelet en liberté. Plus d'une fois
cette conduite lui attira des mots piquants qui en auraient
déconcerté bien d'autres; mais, placé au-dessus de toutes
les faiblesses du respect humain, il n'y prenait pas même
35 VIE DE J. M. B. VIANNEY j
garde. Un soir que, selon son habitude, il revenait à la
maison le Chapelet à la main, un homme de la compa-
gnie dit à François, sur un ton assez haut pour être en-
tendu du Serviteur de Dieu : « Ne vas-tu pas, toi aussi,
réciter des Pater ? François rougit et fut un peu décon-
tenancé, mais ces paroles de raillerie ne donnèrent pas
même une distraction à Jean Marie.
Le Serviteur de Dieu était alors si libre de prier, qu'il
a regretté ce temps jusque dans son extrême vieillesse.
« Quant j'étais seul aux champs, disait-il, avec ma pelle
» ou ma pioche à la main, je priais tout haut, mais quand
» j'étais en compagnie, je priais à voix basse. Si, mainte-
» nant que je cultive les âmes, j'avais le temps de penser
» à la mienne comme quand je cultivais les terres de
» mon père, que je serais content ! Il y avait au moins
» quelque relâche pendant ce temps-là, on se reposait
» après le dîner avant de se remettre à l'ouvrage. Je m'é-
» tendais par terre comme les autres, je faisais semblant
» de dormir, et je priais Dieu de tout mon cœur. Ah !
» c'était le bon temps i. »
A sa rentrée, le soir, au foyer domestique, il prenait
un Catéchisme, ou quelque autre livre de piété, et il tâ-
chait d'alimenter son âme, en se pénétrant des grandes
vérités de notre sainte Religion. Il adressait aussi quel-
quefois la parole aux membres de sa famille, pour les
édifier. En un mot, son cœur était tellement rempli de
Dieu, qu'il ne savait parler que de lui seul, et il ne pou-
i. Som., p, 109, n° 497.
1
CHAPITRE III 37
vait goûter qu'en lui du repos et du plaisir. Dès lors il
commençait à s'écrier : « Ètre aimé de Dieu, être uni à
Dieu, vivre en présence de Dieu, vivre'pour Dieu : ô belle
vie !. et belle mort1 !. »
Dieu, touché de compassion à la vue du malheur de la
France, venait enfin de susciter un homme puissant pour
mettre un frein aux fureurs révolutionnaires et rétablir le
Culte de nos pères. La Paroisse d'Écully fut l'une des
premières à recueillir le bénéfice de ce bienfait. L'autorité
diocésaine crut devoir récompenser sa fidélité en lui don-
nant, au mois de février 1803, pour Pasteur le digne
M. Balley, l'un des Confesseurs de la Foi qu'elle avait abri-
tés dans son sein. A peine ce vénérable Ecclésiastique se
vit à la tête de cette pieuse population, qu'il s'appliqua
à instruire la jeunesse et à lui inspirer le goût des prati-
ques chrétiennes. Ce fut dans son Église que Jean Marie
reçut lé Sacrement de Confirmation des mains du Cardi-
nal Fesch, Archevêque de Lyon. Deux vieillards ont dé-
posé qu'ils étaient en ce moment agenouillés à côté de lui,
et qu'ils regardaient cette circonstance de leur vie comme
l'une des plus fortunées.
« L'Esprit-Saint, disait le Serviteur de Dieu, nous con-
y> duit comme une mère conduit son enfant de deux ans.,
y> comme une personne qui y voit conduit un aveugle2. »
Il en fut ainsi pour cette âme privilégiée. L'Esprit-Saint
s'en empara plus que jamais pour le conduire, à travers une
série d'événements admirables, à des destinées sublimes.
1. Petites Fleurs d'A ri, p. 28.
Z. Petites t leurs d'Ars, p. i6. - - 1
38 VIE DE J. M. B. VIANNEY
Il commença par lui souffler à l'oreille du cœur qu'il
devait quitter la culture des biens de son père, et se
préparer par l'étude à la culture bien autrement noble des
âmes. Fidèle à l'appel d'En-Haut, il parla à son père de
son désir d'embrasser le Sacerdoce; mais celui-ci, sans
repousser sa demande, se contenta de lui répondre que le
malheur des temps ne lui permettait pas de faire face aux
dépenses qu'exigeait l'éducation ecclésiastique.
La soumission humble et patiente aux adorables des-
seins de la divine Providence est le moyen infaillible de
triompher des difficultés en apparence les plus insurmon-
tables. Après de longues prières et des actes fréquents de
résignation, Jean Marie trouva un moyen de commencer
ses études, sans imposer à sa famille des charges trop oné-
reuses. Il avait appris que M. Balley avait transformé son
Presbytère d'Écully en Séminaire d'aspirants au Sacer-
doce: il obtint, par la médiation de sa mère, que son père
allât lui demander de l'admettre au nombre de ses élèves.
M. Balley n'accepta pas tout d'abord l'offre qui lui était
faite; le travail immense qu'exigeait la réorganisation
d'une Paroisse assez considérable, et le temps nécessaire
pour s'occuper de plusieurs jeunes gens, le firent hésiter
devant une nouvelle aggravation d'un fardeau déjà trop
pesant. Mais, lorsqu'il eut vu le jeune Vianney, il changea
tout à coup de sentiment, et il devint aussi désireux de le
recevoir parmi ses disciples qu'il avait montré auparavant
d'hésitation et de répugnance. « Soyez tranquille, mon ami,
» lui dit-il, je ferai pour vous tous les sacrifices qui seront
« en mon pouvoir. »
CHAPITRE III 39
Dès ce moment tout fut conclu : le Serviteur de Dieu
entrait dans les rangs de ce Clergé dont il est devent
le grand ornement et la gloire. Il prit logement chez si
pieuse tante, Mme Imbert, « et moi-même, dit Margue.
» rite Vianney, j'allais tous les samedis à Écully, porter
» à mon frère les provisions nécessaires pour la semaine
» suivante t. » La pensée qu'il commençait à s'acheminer
vers le saint Autel faisait tressaillir de joie Jean Marie,
et, dans le transport qu'il éprouvait, il s'écriait : « Ah !
» si j'étais Prêtre un jour, je voudrais gagner bien des
» âmes au bon Dieu 2. »
Les habitants d'Écully furent si heureux d'apprendre
que le jeune Vianney venait habiter parmi eux, qu'ils
auraient tous voulu prendre part aux dépenses de son
éducation, et la seule crainte de paraître humilier sa fa-
mille fut capable de mettre des bornes à cet élan géné-
reux. Mais une pieuse veuve, nommée Mme Bibost, fut
plus heureuse : elle sollicita avec tant d'instance la fa-
veur de blanchir et raccommoder le linge du nouvel
élève, que la famille ne put la lui refuser. Ce service lui
donnait le droit d'aller visiter quelquefois le saint jeune
homme, et elle ne revenait jamais sans rapporter un ac-
croissement d'amour de Dieu et de ferveur.
i. Som., p. 30, n° 46.
2. Som., P. 110, n, UOO.
40 VIE DE J. M. B, VIANNEY
CHAPITRE IV
Jean Marie rencontre dans l'étude des difficultés presque insurmontables.
—Il fait un pèlerinage au tombeau de saint François Régis, et il obtient
la grâce d'une plus grande aptitude pour la science. — Il annonce un
jugement droit; il est très-propre à donner des conseils. — Il pratique
une grande sobriété dans son manger. — Appelé aux armes par suite de
l'oubli d'une formalité à remplir, il est retiré du service militaire d'une
manière miraculeuse. — Réfugié au village des Noës, il y ouvre une
école; il est le modèle des instituteurs.
« La Croix est le don que Dieu fait à ses amis4. » Le
Serviteur de Dieu la rencontra de bonne heure sur la
route de la vie, et accompagnée d'un cortège de cruelles
douleurs. Il avait déjà dix-neuf ans lorsqu'il commença
ses études; son instruction était si faible, qu'il savait à
peine lire le latin dans un livre d'Heures. Pour comble
de disgrâce, il était loin de racheter, par la supériorité du
talent, le désavantage de l'âge. Son intelligence était lente
à concevoir, et sa mémoire infidèle. Il est difficile de se
figurer tout ce qu'il eut à surmonter pour triompher de
tant d'obstacles. Plus d'une fois une douloureuse im-
pression de découragement lui serra le cœur et le porta
à désespérer du succès.
Dans son abattement, les livres lui tombaient des mains,
1. Petites Fleurs d'Ars, p. 53. j
- 1
CHAPITRE IV 4i
et, ne pouvant plus s'appliquer, il demandait à son Maître
la permission d'aller faire une visite à sa famille. Le sage
M. Balley comprenait tout le péril de cette tentation dé-
licate, et il faisait ses efforts pour empêcher son élève de
tomber dans le piège que l'ennemi lui tendait à son insu.
Il tachait de relever son courage défaillant par de douces
paroles : « Où veux-tu aller? lui disait-il : tes parents,
» voyant l'inutilité de ton travail et de leurs sacrifices,
» ne demanderont pas mieux que de te garder à la mai-
» son. Alors, adieu tous nos projets ! Adieu le Sacerdoce
» et le salut des âmes1 !. » Ces mots de Sacerdoce et de
salut des âmes produisaient un effet merveilleux sur le
cœur du jeune Vianney : il n'en fallait pas davantage
pour ranimer son courage et le mettre au-dessus de toutes
les difficultés.
Déterminé à vaincre tous les obstacles et à marcher
résolûment, coûte que coûte, dans la voie où le Seigneur
l'appelait, il s'adressa au Dieu des sciences pour obtenir
la capacité que la nature lui avait refusée. Il prit pour
intermédiaire saint François Hégis, et fit vœu d'aller en
pèlerinage à son tombeau à pied et en demandant l'au-
mône. Il se mit bientôt en devoir d'accomplir sa pro-
messe, mais il était loin de prévoir les peines et les humi-
liations étranges qu'il allait rencontrer sur la route. Il ne
trouva partout que répulsion, menaces et mauvais traite-
ments. En le voyant si jeune, 'ceux à qui il demandait
l'aumône le prenaient pour un vagabond et l'accablaient
I. Le Curé d'Ars, t. I, p. CL J
42 VIE DE J. M. B. VIANNEY
de paroles injurieuses. Plusieurs allèrent jusqu'à le me*
nacer de le livrer à la gendarmerie. Dans tous les temps,
ce fut la grande terreur du Serviteur de Dieu. Il ne voulut
pas néanmoins manquer à son vœu pour se soustraire à
tant d'épreuves , et il continua courageusement sa route
jusqu'à La Louvesc. A peine arrivé, il courut se jeter aux
pieds d'un Confesseur pour lui raconter ses mésaventures
et soulager son cœur oppressé.
Le Père auquel il s'adressa loua la magnanimité de
son courage, mais il lui conseilla, en retournant, de se
servir de son argent. Il lui commua son vœu, et lui or-
donna de faire l'aumône aux pauvres qu'il rencontrerait,
au lieu de la recevoir. Dans la suite, faisant allusion à ce
fait, il disait : « Il vaut mieux donner que de recevoir.
» J'ai mendié une seule fois, en allant au tombeau de
» saint François Régis, je m'en suis mal trouvé; on me
» prenait pour un voleur, et l'on ne voulait m'accorder
» ni pain, ni abril. »
Le Seigneur bénit d'une manière sensible la Foi de
son Serviteur; car, à partir de ce pèlerinage, il se trouva
changé en un autre homme ; et s'il ne montra pas un ta-
lent supérieur, — ce qui n'entrait point dans les desseins
de Dieu, — il lui fut donné de goûter au fruit de la science
sans éprouver trop d'amertume 2.
Délivré de la dure épreuve du découragement, il ne
pensa plus qu'à se livrer à l'étude en paix et à sanctifier
son âme. Déjà, à cette époque, il jouissait de la réputation
i. Le Curé d'Ars, t. I, p. 56.
2. Son?., p. 55, n° 9, et p. 110. n° 501.
CHAPITRE IV 43
d'un prudent conseiller, et l'on avait volontiers recours
à ses lumières dans les cas les plus difficiles. Un de ses
cousins g'ermains reçut une lettre d'un ami qui s'était fait
Religieux, et il conçut lui-même un ardent désir de le
suivre. Il en demanda l'autorisation à son père. Celui-ci,
homme plein de Foi et de générosité, lui répondit : « Tu
» es à Dieu avant d'être à nous. Il s'agit de connaître
» sa volonté. Va trouver ton cousin, et demande-lui son
» avis ; il est si sage et si raisonnable, que l'on peut s'en
» rapporter à son jugement. » Le jeune homme obéit,
et Jean Marie, après avoir lu attentivement la lettre, lui
dit d'un ton ferme et assuré : « Reste où.tu es, mon ami;
» tes vieux parents ont besoin de toi ; les secourir, les
» assister, leur fermer les yeux, voilà ta vocation. » Le
conseil était sage ; il fut accueilli avec docilité4.
Une des vertus du Serviteur de Dieu, pendant ce pre-
mier séjour à Écully, fut son attrait pour la mortification.
Il fit avec sa tante Imbert une sorte de convention, à la-
quelle il veilla avec un soin extrême. Il lui dit : « Ayez
» bien soin de tremper ma soupe avant d'y avoir mis
» votre beurre ou votre lait ; je ne veux ni de l'un
» ni de l'autre. » — « Lorsque par oubli, a déposé
» Mme Fayolle, née Imbert, nous lui trempions sa soupe
3) avec le bouillon de la famille, il la mangeait d'un air
» triste et dégoûté; mais si, au contraire, nous la lui ser-
f) vions sans beurre, il la mangeait volontiers et d'un air
» satisfait2. » Au reste, que la soupe fût accommodée à
1. Le Curé d'Ars, 1.1, p. 58.
2. Som., p. 437, n° 233.
44 VIE DE J. M. B. VIANNEY
son goût ou non, elle formait tout son repas. Ne lui
servir qu'un, seul plat était un autre article de la con-
vention qu'il observait d'autant mieux, que cela dépendait
entièrement de sa volonté4.
La pénitence volontaire avait plus de douceur que d'a-
mertume pour cette âme généreuse. Aussi le Seigneur
voulut mettre sa fidélité au creuset d'une épreuve bien
autrement douloureuse. M. Balley ne l'eut pas plutôt
admis parmi ses élèves, qu'il envoya son nom à l'Arche-
vêché de Lyon, afin que l'Autorité diocésaine l'inscrivit
sur la liste des candidats au Sacerdoce, formalité qui suf-
fisait pour l'exempter du service militaire. Par suite d'une
erreur inexplicable, le nom de Jean Marie Vianney fut
omis. La municipalité de Dardilly était si éloignée de
soupçonner un pareil oubli, qu'elle se comporta comme
si les formalités voulues par la loi avaient été remplies.
Trois ans après l'époque de la conscription, M. Balley
ayant jugé à propos de présenter son élève aux examens,
pour le faire admettre au cours de philosophie du petit
Séminaire de Verrière, les Supérieurs cherchèrent en
vain le nom Jean Marie Vianney sur la liste des étu-
diants ecclésiastiques. Surpris de cette omission, ils cru-
rent d'abord que le jeune homme se présentait sans en
avoir le droit ; convaincus ensuite du contraire, ils pri-
rent le parti de garder le silence. Mais le secret s'ébruita,
et, au bout de quelques jours, les autorités militaires •
envoyèrent au Serviteur de Dieu sa feuille de route,
1. Som., p. 409, n° i8. ;
CHAPITRE IV ■ 45
avec l'ordre de partir immédiatement pour Bayonne
M. Balley et la famille Vianney furent plongés dans
un abîme de désolation en apprenant une si triste nou-
velle. M. Balley tenta des démarches auprès de personnes
puissantes pour parer à un coup si inattendu, mais tous
ses efforts demeurèrent sans résultat. Le père Vianney,
voyant qu'il ne restait pas d'autre moyen de laisser son
fils à sa vocation, lui fournit un remplaçant au prix,
énorme pour lui, de 3,000 francs ; mais, deux jours avant
de partir, le jeune homme qui avait pris l'engagement
vint déposer sur le seuil de la maison Vianney son sac
et 200 francs qu'il avait déjà reçus.
Le jour fixé pour le départ approchait, le Serviteur de
Dieu dut, en conséquence, se préparer à endosser le sac
militaire. L'extrémité était cruelle, mais il la subit avec
résignation, adorant au fond de son cœur les desseins
incompréhensibles de la divine Providence. Il consola
son vieux père et sa vieille mère, et donna du courage
à M. Balley lui-même. Mais, pendant qu'il soutenait les
autres, il fut atteint d'une dangereuse maladie, causée
par la douleur secrète qui lui dévorait le cœur. Dire adieu
* au Sacerdoce au moment où il allait entrer dans le Sanc-
tuaire, et échanger les armes de Jésus-Christ contre les
armes du siècle, quelle nécessité cruelle 1 ce fut pour lui
comme un coup de foudre auquel il succomba.
Cependant les autorités militaires, ne le voyant pas ar-
river au jour déterminé, envoyèrent dans la maison pa-
1. Soni., p. 27, no il.