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Vie et mort édifiantes d'une jeune personne nommée Marie Lombard, décédée dans la paroisse de Saint-Vallier... le 31 mai 1825

24 pages
Impr. de J. Montal (Valence). 1825. Lombard. In-12. Pièce.
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VIE ET MORT
ÉDIFIANTES
D'une jeune personne nommée
MAEIE LOMBARD , décédée
dans la paroisse de Saint-
Vallier diocèse de Valence ,
le 3I mai 1825
Heureux ceux qui meurent dans le
Psèpèur!... Ils sont accompagnés de
leurs bonnes oeuvres. Apoc. 14 , 13.
heureux et mille fois heureux le
coeur vertueux qui, docile à la voix du
ciel qui l'appelle, suit courageusement la
route que son Dieu lui trace, et, le long
du chemin de sou exil; ne se bornant
( 2)
pas, comme les enfans du siècle, à cueillir
quelques fleurs environnées d'épines, sait
prudemment faire une' abondante provision
de fruits de salut, et arrive ainsi- à l'heu-
reux terme de son voyage, chargé de ces
oeuvres qui l'accompagnent au-delà du
tombeau, et passent du temps à l'éternité !
Qui,est-ce qui, entrant dans une même
demeure où se trouvent deux personnes
arrivées l'une et l'autre au dernier instant
de la vie, l'une d'elles sincèrement ver-
tueuse, ayant aimé et servi Dieu de tout son
coeur, l'autre , plongée dans l'iniquité ,
n'ayant aimé que la vanité , le péché, le dé-
sordre et les plaisirs criminels du monde ;
qui est-ce qui,, en. voyant expirer celle-ci
dans un état affreux, en proie aux re-
mords , à. l'agitation, à la fureur, au dé-
sespoir et à tous les, autres maux qui s'y
joignent, ne dise aussitôt: Cette mort est
horrible, je ne voudrais pas mourir ainsi;
Et voyant ensuite le calme, la paix, la
joie, la tranquillité et toutes les consola-
tions au milieu desquelles rend doucement
le dernier soupir cette qui a été vertueuse,
ne dise aussitôt : Oh ! que cette fin est
heureuse ! qu'elle est désirable ! c'est ainsi
que je voudrais mourir.
Mais, ne nous y trompons pas, l'expé-
rience de chaque jour nous l'apprend, la
mort est ordinairement l'écho de-la vie :
en ne moissonne que ce qu'on a semé
(3 )
on meurt comme on a vécu ; telle vie ,
telle mort.
Puisqu'il est certain que, lorsque nous
serons arrivés à notre dernier jour, nous
voudrions tous avoir vécu comme les justes,
afin de mourir de la mort des justes ;
vivons donc aujourd'hui comme nous vou-
drions avoir vécu alors. Pour atteindre ce
but essentiel, comme les bons exemples
ont toujours beaucoup d'empire sur nos
coeurs , jetons un coup d'oeil rapide sur
les principales circonstances de la vie et de
la mort de la vertueuse MARIE LOMBARD.
Elle était originaire de la ville de Die f
diocèse de Valence. Née de pareils pro-,
testans, elle avait été élevée comme eux,
jusqu'à l'époque heureuse où elle eut le
bonheur de connaître et d'embrasser la,
religion catholique. Voici comment fut
opéré cet heureux changement, qui dans
la suite lui procura tant de joie, de conso-
lation et de bonheur, et dont elle rendit
mille actions de grâces à son Dieu.
Depuis assez long-temps elle éprouvait
de grandes inquiétudes dans la religion
protestante, et se sentait vivement pressée,
d'embrasser la religion catholique, qui avait
mille attraits pour elle. Lorsque , par
curiosité ou par compagnie, elle assistait
aux cérémonies des catholiques, elle en
revenait le coeur touché, l'ame toute atten-
drie. Au contraire, lorsqu'il lui arrivait
(4)
d'aller aux assemblées des protestais, les
discours qu'elle entendait, la laissaient dans
la plus grande froideur, et ne lui procuraient
jamais-aucune consolation. Ce culte, nui-
ses yeux, ne disait rien à son coeur ; il
ne lui en restait que sécheresse, froideur
ennui, inquiétude, tristesse et dégoût. Il
n'en était pas ainsi, comme on vient de
le dire, lorsqu'elle avait le bonheur d'en-
tendre quelque instruction chez les catho-
liques ; quelquefois même , sans être à
l'église, le simple exposé des vérités de la
foi, et par qui que ce fût, lui faisait la plus'
vive impression, au point qu'elle ne pouvait
s'empêcher de répandre des larmes d'atten-
drissement et de componction.
Après avoir long-temps hésité, réfléchi
et examiné, elle se rend enfin à la voix
de la grâce qui la presse,cède aux impulsions
de sa conscience, et prend la résolution
forte et efficace de sortir de l'état d'inquié-
tude,-de peine, de trouble, de tristesse
et d'anxiété qui la tourmente depuis si
long-temps. .
Cette détermination sincèrement et cou-
rageusement prise , Marie Lombard est
bientôt au comble de ses voeux. 11 lui faut
peu d'instructions ; depuis long-temps elle
y pense; elle à bien examiné et bien réflé-
chi ; elle a tout prévu, même les obstacles.
Là crainte d'affliger ses parens, qu'elle
aime tendrement, en pensant qu'ils ne
(5).
manqueraient pas de lui demander pour-
quoi elle quittait la religion de ses pères,
aurait bien pu la retarder encore; mais
elle sait, comme elle l'a souvent entendu
dire, qu'en embrassant la religion catho-
lique, loin de quitter la religion de ses
pères, elle revient au contraire à la religion
de ses pères, lesquels, il y a environ trois
cents ans (*), étaient tous catholiques,
et l'avaient été pendant quinze cents ans,
croyant et professant tout ce que croient
et professent maintenant, et depuis dix-
huit cents ans, tous les catholiques répan-
dus sur toute, la terre.
; Elle quitte la religion où elle est née ;
mais elle sait encore, elle l'a entendu
dire plus d'une fois, qu'un très-grand
nombre de martyrs et de grands saints,
beaucoup de vertueux personnages qui
étaient très-savans , très-instruits et très-
éclairés, après avoir bien tout pesé, discuté,
examiné, et avoir sérieusement réfléchi,
voulant faire leur salut, ont quitté coura-
geusement la religion où ils étaient nés,
pour embrasser la religion catholique. Les
noms célèbres des Turenne , Ramsay,
Louise de Romezins, Thayer, Haller, Paul
Latour, Laval , élève du précédent, et,
comme lui, ministre protestant, actuelle-
ment l'un et l'autre fervens catholiques,
ne lui étaient pas entièrement inconnus.
(*) Luther en 1517; Calvin en 1530.
(6)
Encouragée et soutenue par tant de
motifs et d'illustres exemples , toujours
pressée intérieurement par la grâce, elle
voit enfin arriver ce jour heureux et tant
désiré; c'était en 1820. Le bercail de Jésus-
Christ s'ouvre, elle s'avance, la voilà dans
la religion où se sont sanctifiés les Xavier,
les Régis, les Gouzague et tous les saints ;
la voilà catholique ; elle est au comble de
ses voeux, la voilà heureuse. Dès cet heureux
instant, à l'inquiétude, au trouble , à la
peine et à l'agitation qui ne. la quittaient
point, succèdent le calme, la joie, la paix,
la tranquillité et le bonheur. Ainsi l'on vit
l'accomplissement de ce que dit l'évangile :
Des étrangers viendront de l'Orient et de
l'Occident, et seront placés dans le royaume
des cieux ; tandis que ceux qui en ont
toujours été les enfans, en seront exclus.
Voyons en effet la conduite de cette fille
pleine de zèle, de courage et de ferveur :
combien elle condamnera de lâches catho-
liques qui ont toujours habité la maison
du Seigneur, où tous les moyens de sanc-
tification leur sont abondamment fournis !
La foi la plus vive brilla en elle de tout
son éclat; la prière, pour laquelle elle avait
eu tant d'indifférence jusqu'alors, faisait
ses délices et sa consolation ; les cérémonies
de l'Église étaient pour elle pleines d'onc-
tion : dès-lors tout nourrissait cette ame
de saintes pensées, tout relevait vers Dieu.
La confession lui avait para, au premier
abord, bien pénible; mais, après sa conver-
sion, ce fut à ses yeux un bain salutaire,
où elle s'empressa de puiser la force dont
elle avait besoin, et les avant-goûts de la
béatitude éternelle. Auparavant elle était
triste et inquiète; on l'avait vue plusieurs
fois quitter la compagnie avec laquelle
elle s'entretenait, et aller donner, dans le
secret, un libre cours à ses larmes ; mais,
après sa conversion, rien de semblable;
elle a vécu dans une douce paix, qu'elle
n'avait point encore goûtée ailleurs.
Les âmes que Dieu conduit, marchent à
grands pas. Celle dont nous parlons, répondit
trop bien aux bontés de son Dieu , pour
s'arrêter sur le chemin de la vertu. Voulant
satisfaire son désir de se sanctifier, qui allait
toujours en augmentant, elle demanda à
sortir de son pays. Ainsi elle quitte la maison
de son père et de sa mère, quelque grand
que fût sou sacrifice, quelque chers que
lui fussent les auteurs de ses jours ; mais,
quand on veut sincèrement son salut, son.
avancement dans la piété, les plus grands
obstacles n'arrêtent point Comme elle était
privée de ce que le monde appelle fortune,
il fallait, non-seulement lui chercher une
maison qui favorisât son goût pour la piété,
éclairât de plus en plus sa foi naissante, et
formât son coeur aux plus belles vertus ;
mais encore un lieu de travail, où elle pût
subvenir â ses besoins temporels. Le grand
atelier de crêpes de Messieurs Chartron
parut propre à ce double but. On connaît
les sentimens religieux de ces estimables
propriétaires, et le bon esprit qu'ils s'effor-
cent d'entretenir parmi les nombreuses
ouvrières de leur dépendance (*). Marie
Lombard y arrive, après s'être munie des
recommandations nécessaires. Elle n'en
aurait pas eu besoin, car elle portait en
elle-même la recommandation dont une fille
vertueuse n'est jamais dépourvue : la modes-
tie, la simplicité , la candeur, voilà ce qui-
la recommandait bien puissamment. Aussi,
avec quel empressement ne fut - elle pas
accueillie de toutes les personnes de la mai-
son? La très-digne madame Chartron, mère,
en fit l'objet de son attention et de ses soins.
Une demoiselle de la ville voulait la loger
chez elle ; mais non, les ouvrières ne re-
noncèrent pas à la jouissance de la conserver
sous le même toit. Chacune d'elles l'appelait
auprès de son métier, et lui montrait avec
plaisir. Toutes se faisaient un devoir de lui
donner l'exemple de la vertu, et de l'ins-
truire sur la religion. Oh ! qu'elle fut tou-
chée de cette charité générale qu'on avait
pour elle I Que cette conduite contribua à
l'affermir dans la foi, et à lui faire appré-
cier de plus en plus le bonheur qu'elle avait
(*) Voyez à la fin une note relative â ces ateliers»
(9)
d'être dans la vraie religion de Jésus-Christ!
Dès-lors elle s'appliqua plus que jamais à
la pratique des vertus du christianisme. On
remarqua dans cette fille une vive ardeur
à remplir tous les devoirs de la religion ,
sachant toujours les faire accorder avec
ceux de sou état, dont elle s'acquittait avec
une grande exactitude. Que ne voyait-on pas
d'admirable en elle? C'étaient une modestie
sans affectation , un amour constant pour
la prière, un grand désir d'approcher des
sacremens, qui, en la purifiant et la for-
tifiant de plus en plus, inondaient son
ame des plus ineffables délices ; c'étaient une
patience à toute épreuve , une charité sin-
cère envers tout le monde; c'étaient le plus
vif empressement pour aller adirer son Dieu
au pied des saints autels ; un ardent désir
d'entendre la parole de Dieu. Voilà pour-
quoi , les saints jours de dimanche, elle net
connaissait pas d'autre.chemin que celui de
sa demeure à l'église : elle n'en revenait
point sans fruit. Dieu se communiquait à
cette ame. pure, et les instructions qu'elle
entendait se gravaient si profondément dans
sa mémoire, qu'elle n'en perdait pas un mot,
comme on l'a remarqué dans le rendement
de compte qu'elle en faisait devant ses com-
pagnes , le lundi suivant. Par ce moyen,
elle devint en peu de temps si instruite de
sa religion, qu'elle fut dans le cas de l'en-
seigner aux autres..