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Visite au Musée du Louvre, ou Guide de l'amateur à l'exposition des ouvrages de peinture, sculpture, gravure, lithographie et architecture des artistes vivans . (Année 1827-1828) suivi de la description des plafonds, voussures, grisailles, etc. etc., du Musée Charles X ; par une Société de gens de lettres et d'artistes

De
357 pages
Leroi (Paris). 1828. III-[1]-350-[1] p. ; in-12.
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VISITE
AU MUSÉE DU LOUVRE.
IMPRIMERIE DE MARCHAND DU BREUIL ,
RTIJS DB L1 HARPE, No 80.
TOITPB
AU MUSÉE DU LOUVRE,
ou
GUIDE DE L'AMATEUR
A L'EXpoStT'ION
Des ouvrages de peinture, sculpture, gravure, lithographie
et architecture des artistes vivans.
(ANNÉE 1827 -1828. )
SUIVI
lie la description des plafonds , voussures, grisailles, etc.. e'e..
DU MusÉE CHARLES X;
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES
ET D'ARTISTES.
Prix : 3 francs.
A PARIS,
CHEZ LEROI, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
BUE DU COQ, N. 4;
Et portail du Louvre, vis-à-vis la rue du Coq.
1828.
2lvant-propo,G.
DE grands débats politiques, auxquels la
France vient d'assister, ont dû faire oublier
un instant le Musée. La peinture et la poé-
sie ont tort en un semblable moment. Quand
Philippe menaçait d'asservir Athènes, les
Grecs laissaient déserts leurs théâtres et
leurs propylées, et couraient entendre Dé-
mosthène. Ne sachons donc pas mauvais gré
aux feuilles publiques d'avoir gardé le silence
sur notre exposition de 1827; elles avaient à
défendre de plus grands intérêts que ceux du
goût. ;1
Pour nous, qui vivons loin du monde po-
ij
litique, on nous pardonnera notre excursion
rapide à travers cette région des beaux-arts,
où brille plus d'un talent moderne, non
loin du souvenir permanent des Michel-
Ange, des Raphaël, des David, des Giro-
det, etc.
Si, pour juger d'un art quelconque, il fal-
lait le professer, nous avouons qu'on pour-
rait nous contester notre mission : plusieurs
d'entre nous ne manièrent jamais ni le pin-
ceau ni le ciseau; mais si, en peinture comme
en littérature, il suffit d'une étude conscien-
cieuse des grands modèles, de méditations de
plus d'un jour sur les arts d'imagination, de
quelques voyages, d'un grand amour de
l'art, alors nous croyons que nos titres ne
sont pas tout à fait insuffisans.
Nous pouvons nous rendre le témoignage
que se rendait un grand historien de l'anti-
"j
quité. Nous avons parlé sans haine ni pas-
sion. Peut-être réformera-t-on quelques-uns
de nos jugemens : nous ne prétendons pas
les imposer à ceux qui nous liront; bonne
foi , impartialité, telle a été notre devise.
1
INTRODUCTION.
Nous nous proposions de placer une introduction
à la tôte de notre volume. Nous y avons renoncé en
lisant dans un ouvrage consacré aux arts l'article
suivant :
UNE NUIT AU LOUVRE.
A l'approche du jour où les nouvelles salles du
Louvre allaient s'ouvrir pour le public , déeoréei
des récentes productions de nos peintres contem-
porains , ma curiosité , vivement excitée , comme
celle de tout amateur des arts , me fit désirer de
jouir par privilège et anticipation de ce spectacle
plein d'attraits. Une règle inviolable s'opposant , à
mon grand regret, à ce que j'entrasse par la porte,
avant le jour dit, je trouvai moyen d'entrer. par
la fenêtre. Parvenu enfin à satisfaire ma louable cu-
riosité, je restai, malgré tous les mécomptes qu'elle
éprouvait, à contempler les chefs-d'œuvre d^jfaos
modèrnes Apelles ; je les contemplai tant et si long-
temps que mes yeux 'commencèrent enfin à papil-
loter ; je ne voyais plus que des bluettes; des bâil-
i lemens réitérés me prirent, et je finis parm'eodor-
2
mir sur une de ces larges banquettes de velours qui
décorent les vastes entre-deux des croisées ; les gar-
diens qui, selon l'apparence , avaient aussi la vue
troublée, m'y oublièrent complètement , et je me
trouvai bientôt le seul être vivant au milieu de cette
foule d'images sans vie.
L'horloge du Louvre sonnait minuit quand je
m'éveillai. Je ne saurais dire si c'était le bruit de
l'airain sonore , ou certain murmure confus de pa-
roles qui bourdonnaient à mes oreilles , qui me ti-
rèrent de ce sommeil de plomb, qui pesait sur mes
yeux. Lorsque j'entrouvris les paupières , étant en-
core dans cet état indécis où, à proprement parler,
on ne dort ni ne veille, j'aperçus , à travers une va-
peur blanchâtre , plusieurs personnages de divers
iiges'et de divers costumes , qui s'entretenaient en-
semble avec beaucoup d'intérêt. Peu à peu je dis-
tinguai mieux , et je reconnus la plupart des hom-
mes qui ont illustré la peinture depuis le quinzième
siècle : Léonard de Vinci, avec sa longue barbe
hlanche; Michel-Ange au regard fier; Raphaël à
l'air doux et gracieux ; le Dominiquin au maintien
inspiré ; le solennel Paul Véronèse, l'éclatant Eu-
-befrs , le sombre Rembrandt et Philippe de Cham-
pagne , et le Guide , et Le Sueur , et Lebrun , et
Vien, et David, et Girodet.
Ces messieurs, en général, me semblaient avoir
3
un air peu satisfait ; ils promenaient leurs regards
autour de la salle comme pour chercher quelque
objet qui fût digne de les fixer ; et si quelquefois ils
s'arrêtaient un moment, une lueur de contentement
paraissait alors sur leur visage , mais elle n'était
pas de longue durée.
— C'en est donc fait, dit le peintre cPUrbin ,
cette éeole de France, qui se fit gloire de suivre nos
traces , semble aujourd'hui se faire gloire de les
abandonner. — Oui, dit le grave Léonard", malgré
nos préceptes écrits, malgré nos exemples bien plus
puissans encore, d'imprudens novateurs prétendent
improviser des tableaux comme dans notre belle
patrie on improvise des vers , et veulent se passer
de guides. J'aime mieux ces moines lgnorans et bar-
bares qui coupèrent les jambes aux personnages de
ma Cène pour faire une porte à leur réfectoire, que
ces barbares d'un nouveau genre qui n'ignorent
pas , mais qui s'obstinent à méconnaître. — En
ivain , dit le colossal Michel-Ange, je cherche ici
quelque vaste composition, quelque exécution
(grandiose ; je n'aperçois , sauf le courageux essai
lienté récemment dans l'ancienne capitale du monde,
lque faiblesse et débilité.On n'ambitionne plus le gé-
ïie, on se borne à avoir du talent. — Eh quel ta-
ent ! reprit Uaphaël; où sont les dessinateurs dont
misse se glorifier cette école insensée ? Si j'en ex-
xpte deux ou trois taleDs, qui même ne sont pas
4
tous produits dans cette enceinte , je cherche des
contours et n'en trouve point ; je crois saisir une
forme et je n'embrasse qu'une vapeur. Si à force
de persévérance, mes yeux parviennent à distinguer
les limites de ces corps fantastiques , de quelles in-
corrections ne sont-ils pas choqués ! O David, ô Gi-
rodet ! c'est avec raison que vous avez quitté la
terre., que vous avez abandonné cette école qui vous
renie, et que vous êtes venus trouver aux champs
élyséens vos anciens amis qui vous tendaient les
bras et vous préparaient des couronnes.
Les autres personnages de cette scène extraordi-
naire approuvaient tantôt par leur silence , tantôt
par quelques mots échappés, les discours amers de
leurs vénérables chefs, et se formaient autour d'eux
en groupes aussi variés d'expression que de costume.
A quelque distance , j'aperçus plusieurs autres om-
bres que je n'avais pas vues d'abord ; c'étaient
Poussin , Claude Lorrain et Ruysdael, qui passaienl
en revue nos paysagistes. A tout instant , les deuj
premiers détournaient tristement la vue, et le
dernier se frottait les mains. Je crus comprendra
que Poussin et Claude Lorrain s'affligeaient de voii
qu'on abandonnait tout-à-fait cette noblesse de style
cet idéal dont ils avaient donné de si sublimes le
çons , et que le peintre de Harlem s'applaudissai
de ce qu'on s'efforçait de suivre sa trace , mai:
sans réussir à l'atteindre ; je crus voir , de temp
5
en temps, la même expression sur le visage de
Rembrandt et de quelques autres peintres de son
école.
Bref, tout l'aréopage , assez mécontent , cessa
de s'occuper de ce qui les entourait, et parut se
disposer à retourner d'où il était venu. Peu à peu je
vis ces groupes majestueux s'élever vers les voûtes
de la salle qui , par un jeu bizarre , quoique très-
ordinaire dans nos rêves, se trouva être trans-
formée en d'autres salles dépendantes du même
édifice, où je me trouvais tout dépaysé. Les plafonds
commençaient à s'entr'ouvrir pour donner passage
aux illustres ombres, quand David qui, jusqu'alors,
n'avait point élevé la voix parmi ces maîtres, s'é-
cria : Messieurs, messieurs, que vois-je ici ? Don-
nez encore un moment à cette école de France que
je suis si glorieux d'avoir élevée. Tout n'est pas
perdu , j'en atteste ces plafonds qui avaient d'abord
échappé à nos regards. Aussitôt vous eussiez vu
toute la bande se disperser sous les riches lambris ,
et témoigner, par un murmure flatteur t leur as-
sentiment au discours de leur plus jeune émule. Il
m'était difficile de saisir leurs paroles , mais je vis
clairement Raphaël s'arrêter avec complaisance dans
une salle , tandis que le Guide , Le Sueur, Lebrun,
s'arrêtaient dans d'autres. J'allais m'approcher d'eux
pour entendre les éloges et les critiques qui sorti-
raient de leurs bouches, lorsque toutes les portes
6
s'ouvrirent avec Tracas ; les ombres disparurent,
la foule se précipita dans les salles , et je fus assez
heureux pour en sortir, remettant à un autre jour
un examen plus détaillé dont j'avais été détourné
par la présence imposante des juges éternels dans
l'art de peindre.
un
0ii Ittuscc*
f^Hraub - 34fon,
«
Nous suivrons , dans l'examen de l'exposition de
1827, l'ordre même des salles. Avant de commen-
cer cet examen, qu'il nous soit permis de regretter, et
en cela nous ne sommes que l'écho des artistes et
du public, la disposition adoptée par la Direc-
tion du Musée. Une seule salle , la première,
permet de considérer sans trop de peine les ou-
vrages de nos peintres. Encore le jour arrive-t-il si
mal, que beaucoup de tableaux sont dans une es-
pèce d'obscurité qui n'en laisse voir ni les ligures, ni
le sujet.
On conçoit que , dans notre revue des tableaux ,
il serait impossible d'adopter l'ordre même des nu-
méros placés dans telle ou telle salle. Ces numéros
ne se suivent pas ; on peut donc , sans crainte d'e-
8
garer le spectateur, commencer par telle ou telle
composition , sans qu'on puisse inférer aucune pré-
dilection de notre part pour la composition que
nous examinerons la première.
N° 9. ALAUX (J.-P.),
à Bordeaux.
Site de la côte de Floirac, près Bordeaux.
Un ouvrage immense exécuté avec un rare bon-
heur , et que tout Paris a déjà admiré , le JNéorama
rendra bientôt le nom d'Alaux aussi populaire que
ceux de Daguerre et de Bouton. Dans le petit
paysage qu'a exposé M. (J.-P.) Alaux, on retrouve
la fidélité et l'exactitude qui caractérisent cet ar-
tiste. Quand on a vu le midi de la France, on re-
connaît tout de suite ce ciel, cette nature si brillante;
si la couleur des arbres était un peu plus foncée, ce
charmant ouvrage ne laisserait rien à faire à la cri-
tique. Un prêtre portant le Saint-Sacrement, quel-
ques clercs et de vieilles femmes sont les seuls per-
sonnages animés de ce tableau, ils le sont avec un
rare bonheur.
N° 34. M. AUVRAY,
à Rome.
Le Déserteur Spartiate.
Un spaitiate n'ayant pas eu le courage de mourir
9
avec Léonidas aux Thermopyles, comme il l'avait
juré, sa femme prit le deuil, et sa mère, lorsqu'il se
présenta devant elle , l'accabla de malédictions et
refusa de le recevoir.
On n'est pas content de ce tableau : la couleur
est trop grise, le dessin est d'une grande mesqui-
nerie ; les têtes sont sans grâce et sans beauté.
N° 50. M. BEAUGAUM y DIT TBIL ,
Rue Neuve-Saint-Etienne t n° 9.
Sujet tiré des Incas.
Représenter un naufrage , la mer en miniature,
est une chose fort difficile ; M. Beauregard n'y a pas
réussi. Son tableau offre quelques détails heureux ,
des figures bien tracées ; mais rien ne peut nous
faire partager l'effroi qu'il a peint sur la physio-
nomie de ses personnages. Nous avons à lui faire
une autre observation : on ne doit jamais céder au
désir de peindre un beau corps, même de femme ;
les couleurs d'Amazili sortant des flots font un con-
traste malheureux avec la tête et le bras presque li-
vides que l'on aperçoit encore au-dessus des ondes.
10
Nû 102. M. BODINIEB. ,
Rue des Beaux - Arts, n° 10.
Demande en mariage.
Une mère sage et prudente, une jeune fille char-
mante , innocente sans la moindre malice, un jeune
paysan aussi bon qu'il est amoureux, telles sont les
trois figures dont se compose ce joli tableau. La tête
de la petite paysanne mérite surtout des éloges.
Nous avons eu sur le même sujet des tableaux re-
nommés, et que la gravure a reproduits ; celui de
M. Bodinier, sans être aussi étendu et annoncer le
même génie, jouira sans doute du même honneur.
N° 123. M. BOBmiNGTOtf ,
Rue des Martyrs, na 11.
Vue du Palais Ducal , à Venise.
1
Manière un peu crue, confusion dans les plans;
mais détails d'architecture d'un bon effet; coloris de
maître , grande entente de perspective : bel ou-
vrage.
11
N° 126 M. BONNEFOND de Lyon.
Une jeune femme accablée par les fatigues
du Voyage de Rome ou elle se rend
avec sa famille pendant l'année sainte,
est secourue par des religieux de l'or-
dre du Rachat des esclaves.
M. Bonnefond est une des gloires de cette école
lyonnaise qui a jeté un si grand éclat: il a un talent
vrai, naturel; il dessine correctement, mais quel-
quefois sa couleur manque de franchise; quelquefois
encore, à force de vouloir être vrai, il outre les
effets, et c'est ce qui lui est arrivé dans le tableau
exposé sous le n° 126.
N° 134. M. BOUCHOT, à Rome.
Bacchus et Erigone.
Sujet commun, exécution qui n'a rien de bien
remarquable.
N° 206- M. COGNIET (LÉon) ,
Rue Gran e-aux- Belles, iil 9. ,
Saint-Etienne portant des secours à une
pauvre famille.
Si l'on veut comparer deux artistes qui ont
suivi une route toute différente , et qui entendent
diversement la poétique de la peinture, qu'on jette
1:2
les yeux sur le Saint-Etienne de M. Coignet, et
sur J.-C. au Jardin des Olives, par M. Delacroix ;
rien de tourmenté, point de w-ti.* heurtés, de belles
lignes , une grande harmonie dans les têtes, un co-
loris plein de chaleur. 5t.-Etienne est représenté à
l'âge de vingt-cinq ans environ (c'est l'âge où, dansi
l'ancienne comme dans la nouvelle église, on re-'
çoit les ordres), portant des secours à une pauvrej
famille ; il est suivi de deux acolytes, ou jeunes té-
vites, dont l'air candide, la marche toute religieuse,]
annoncent assez que le diacre va porter autre chose!
que des secours temporels au pauvre malade éten
du dans son lit, et dont la tête est soutenue par une
jeune femme, qui semble remplie d'une douce es-
pérance à la vue du saint. Nous pensons que M. Coi
gniet ne s'est jamais élevé aussi haut que dans
cette simple composition , qui a quelque chose d'é-
minemment poétique. Cependant, nous ferons ur
léger reproche à l'artiste : la figure du malade noui
semble trop contractée ; la douleur qu'elle exprimd
manque de noblesse; la tête elle-même est un pci
forte.
i3
2
N° 232. M. COURT ,
La Mort de César.
Marc-Antoine fait apporter sur la tribune aux
harangues le corps de César assassiné dans le sénat,
et excite le peuple romain contre les meurtriers, en
lui montrant la tunique ensanglantée du dictateur.
Cette vaste composition avait été déjà exposée
aux Petits-Augustins, où la Capitale entière était
allé l'admirer. Le peintre s'est inspiré en lisant
Skakespeare ; c'est dans le Jules César de ce poëte
qu'il a puisé l'idée de son tableau. Presque toutes
les têtes en sont belles, celles des femmes sur-
tout. On a trouvé que Marc-Antoine était un peu
petit ; placé dans l'éloignement, il semble d'une sta-
ture moins élevée que les autres personnages. Qu'on
examine avec soin les divers plans du tableau, et sans
doute on cessera d'adresser cette critique à l'auteur.
Un reproche plus mérité qu'il a encouru , c'est
que son tableau manque de profondeur; tous les
plans semblent confondus, ou pour mieux dire, il
n'y en a pas. Les personnages sont les uns sur les
autres, et semblent se toucher ; l'air ne circule pas
à travers : on voit que M. Court a fait de louables
efforts pour corriger le défaut capital de son tableau,
depuis l'exposition du musée des Petits-Augustins ;
mais il eût fallu recommencer sa composition pour
14
le faire disparaître. Mais de quelles beautés brille ce
grand ouvrage ! comme la couleur est vraie! quellei
chaleur ! quel mouvement! on assiste à ce drame 1
on partage la colère du peuple romain contre leo
meurtriers du dictateur ; on voit qu'une révolution
est près d'arriver, et que ce peuple, qui applaudis-
sait au meurtre de Jules César il n'y a qu'un mo-
ment, se précipitera bientôt armé de pierres sur
ses assassins, et demandera leur sang pour expier
celui qu'une main impie répandit.
N" 234 LE MÊME.
Une Scène du déluge.
Ce n'est pas la faute de M. Court, si ce sujet fait
si peu d'impressiàn. Il a déjà tant de fois été traité:
nous l'avouerons, il n'y a rien de poétique dans laj
manière dont M. Court l'a envisagé. Un vieillard
est sur le point d'être submergé, l'eau couvre soi^
corps tout entier, pâle, livide : Sa tête se soulèvfi
difficilement, et de ses doigts, il tâche d'atteindre
la main que lui tend son fils, sans doute placé sur ls
cîme d'un rocher. Il n'y arien là, comme nous le di
sions, de poétique; l'auteur a voulu mettre er
opposition la vieillesse et l'âge adulte, mais rien m
nous dit ici si le vieillard a donné le jour au jeum
homme; rien ne le fait deviner, le spectateur es
donc froid. I.a position du jeune homme, qui bai
i5
la tête pour attraper la main du vieillard, et dont les
cheveux retombent sur le front, a quelque chose de
commun ; l'œil n'aperçoit pas les traits d'une figure
humaine, il ne voit qu'une touffe de cheveux blonds
qu'on prendrait pour une vieille perruque.
Il y a cependant dans ce tableau une femme dans
la proportion des figures du Poussin, et qui tâche
d'élever son enfant au-dessus des flots, dont la tête
est fort belle ; c'est une tête toute romaine, comme
celles qu'a peintes M. Court.
3N° 293. M. DELACROIX (EUGÈNE) ,
Passage Saulnier, d Paris.
Jésus au Jardin des Olives.
Tout le monde connaît le tableau du Massacre de
Scio , de M. Delacroix ; cette grande composition a
été l'objet de critiques et de louanges excessives.
M. Delacroix, fatigué de ce reproche qu'on adresse
à tous les chefs de notre école, de ne faire que des
académies, a voulu être vrai ; rejetant tout ce que
la poétique de l'art enseigne touchant la vérité de
convention, il a cru pouvoir impunément représen-
ter sur la toile toute la nudité d'un sujet; il a peint la
catiue non pas comme Winkelmann et Lessing l'en-
tendent et le prescrivent, mais comme la voudrait
le peuple, comme elle peut plaire aux yeux de la
16
multitude, telle qu'elle apparaît, sans aucune es-
pèce de fard. Il a ému : cela devait être. Le voilà
chef d'une école qui aura plus d'un disciple et plus
d'un admirateur.
Le tableau qu'il a exposé cette année ( Jésus au
jardin des Olives) n'aurait pas besoin de porter son
nom ; on a deviné et nommé l'artiste en voyant son
ouvrage. Ces chairs livides de l'homme-dieu, cette
figure dont l'abattement est si marqué, et jusqu'à
cette posture indiquent assez le peintre qui a dessiné
les héros de Scio. Mais, nous le demandons à tout
homme impartial, est-ce là la figure d'un dieu , de
celui qui prit nos péchés pour nous les remettre ?
N'est-ce pas plutôt la représentation d'un être tel
que nous pourrions en trouver sur nos places pu-
bliques ? Est-ce ainsi que nous nous représentons
que Jésus devait souffrir et prier? et cette tête ver-
dâtre appartient-elle au fils de Marie, le plus beau
d'entre les fils des hommes, pour parler comme les
livres saints ?
Nous n'avons que des louanges à donner sur le
groupe des anges, dont la pose , le dessin, la cou-
leur sont très-remarquables.
N° 302 M. DELANOE ,
Rue de Vaagi.ra.rd, n° i5 bis.
Saint-Jean , écrivant l'apocalypse , est
inspiré par la vision.
Cet ouvrage fait honneur à M. Delanoe. On dési.
-7
rerait seulement que la figure du Saint exprimât
mieux l'inspiration et l'amour divin qui doivent
l'animer au moment de la vision céleste ; peut-être
aussi la lumière que l'on aperçoit au haut du tableau
devrait-elle être plus forte, tel que M. Delanœ
nous représente Saint-Jean ; il peut bien écrire les
endroits de l'Apocalypse remplis de charité et de
douceur, mais l'artiste eût dû se rappeler qu'il y
en a aussi de sublimes et de terribles.
N° 304. M. DELAHOCHE (PAL-L)
Rue des Marais-Saint-Germain, n° 17.
Attaque duTrocadéro.
Portons nos regards sur cette grande composition
historique ; elle représente, comme on voit, l'atta-
que et la prise du Trocadéro. Le prince est entouré
de son état-major ; l'artiste a su le détacher avec
une rare intelligence des groupes ; il attire l'atten-
tion ; c'est sur lui que se portent tous les regards.
C'est un mérite, ou, si l'on veut, un artifice dont il
faut savoir gré au peintre. La figure du prince est
impassible ; il ne songe point au danger ; c'est ce
sentiment qui anime aussi tous les officiers qui l'en-
tourent. Mais peut-être y a-t-il dans cette impassi-
bilité de vingt à trente personnages une monotonie
que le peintre n'a pu éviter, quoiqu'en variant leurs
poses le plus qu'il a pu. Ajoutons que l'une de ces
1B
figures , qu'on dit du reste fort ressemblante, est
loin d'être idéale. Il fallait la rejeter dans le troi-
sième plan, ou la cacher tout-à-fait. L'artiste n'a
pas ménagé les contrastes : il y a un grand mélange
de mouvement et de repos, de lumière et d'obscu-
rité , et une teinte demi-vaporeuse répandue sur
tout l'ensemble, qu'on a paru critiquer, et qui en
fait ressortir encore l'effet général. Quelques figures
de soldats , jetées dans les côtés, sont peintes avec
beaucoup de vérité. Au total, cette belle composi-
tion, qui n'est pas certes sans défauts, fait honneur
à son auteur.
N" 316 ET 317. M. DXSXARIRC,
d Paris.
Paysages avec Animaux.
M. Demarne a peint dans sa vie une multitude
de tableaux de genre ; il a fait une étude particu.
lière des animaux, et quelques-unes de ses com-
positions font l'ornement des collections de nos
amateurs les plus distingués. Mais M. Demarne a
près de soixante-dix ans : or la main du temps s'est
appesantie sur celle de l'artiste; il n'a plus cette
facilité merveilleuse de'pinceau qui le distinguait
jadis; ses animaux ne sont plus si vrais, l'herbe de
ses champs n'a plus ce vert si naturel qu'elle avait
il y a vingt ans.
19
N° 325. M. Disciouims,
Rue Hautcville, n° 33.
Le Départ du Conscrit.
La fraîcheur d'un coloris brillant n'est pas le pre-
mier mérite de cet ouvrage ; les trois figures prin-
cipales, celles du jeune conscrit et du père surtout,
sont d'une vérité d'expression frappante. La figure
de la jeune fille assise au coin du feu est moins heu-
reuse. On regrette aussi que l'artiste ait cru devoir
placer un groupe dans le lointain , en dehors de la
cabane dont il a représenté l'intérieur. Les person-
nages qui le composent sont trop peu apparens pour
faire de l'effet, et ils doivent nous cacher un paysage
qui eût fort bien complété l'ensemble du tableau.
N° 339. M. DtmOIS (FR.),
Rue Notre-Dame-des-Champs , n" 2.
Manlius Capitolinus se précipitant du
haut de la roche Tarpéienne.
La figure principale est touchée avec fermeté ;
mais celle du jeune Romain tient, par une sorte
de miracle, sur le sommet anguleux du rocher : elle
devrait tomber : coloris satisfaisant.
30
N" 350. M. DUBUFE ,
Rue de l'Oratoire , n° 4.
La Délivrance de Saint-Pierre.
Les gardes sont endormis , l'ange apparaît au
prince des apôtres ; il a brisé ses liens. Saint-Pierre
s'est levé; son œil ardent contemple son sauveur,
qui de la main lui montre la porte de la prison ou-
verte ; sa physionomie n'exprime pas le doute, mais
l'étonnement d'être visité par un ange du Seigneur.
Tel est le sujet qu'a représenté M. Dnbufe. Sa
composition est sage ; l'apôtre ne manque pas de
grandiosç , et sa tête est une belle académie ; mais
le tableau n'a pas suffisamment de profondeur, l'air
ne circule pas entre Saint-Pierre et l'ange libéra-
teur, ;dont le bras droit manque de vie. Le sommeil
des gardes est trop peu poétique ; l'un est couché
sur le visage, et l'autre accroupi.
N° 395. M. FLEURY (ROBERT),
Rue des lJI essageries, n° 4, faubourg Pois-
sonnière.
Le Tasseau monastère de Saint-Onufre,
fi Rome.
Les forces du Tasse sont épuisées par les chagrins
et par la maladie; et pendant que son triomphe se
ai
prépare à Rome, il vient chercher le repos dans le
monastère de St.-Onuphe , sur le mont Janicule, et
demander à la religion un bonheur qu'il n'a pas
trouvé dans la gloire. Il est amené et soutenu par le
cardinal Cintio, son ami, neveu du pape Clé-
ment VIII. Les religieux, dans l'attitude du respect
et de l'admiration, reçoivent ce grand homme.
« Mes pères, dit-il, en entrant, je viens mourir au
milieu de vous. »
Su jet intéressant : exécution très-satisfaisante;
les airs de tête sont variés, le dessin a de la verve,
le coloris pourrait être plus brillant. Le Tasse n'est
pas aussi malade que l'indique la notice ; il souffre ,
ion le voit, mais ses forces ne sont pas épuisées par
le chagrin. M. Fleurya eu raison de ne pas donner à
sa figure principale des traits dégradés par la dou-
leur corporelle.Le Tasse est un digne pendant de la
Scène de brigands qu'exposa M. Fleury au dernier
Salon.
N° 422. M. CAILLOT,
Rue des Petites-Ecuries, n° 15.
Saint-François.
Saint-François présente au pape la règle de son
ordre. On doit louer dans ce tableau la disposition
des figures, l'exactitude des costumes. Malheureu-
sement un sujet aussi sévère prêtait peu à l'imagi-
nation du peintre; aussi pourrait-on blâmer le dé-
22
faut de mouvement, l'uniformité d'expression dans t
presque toutes les physionomies. Tel qu'il est, cet *
ouvrage annonce un grand talent, et serait un fort a
beau tableau d'église.
N° 423. US MEME.
Assomption de la Vierge.
11 nous semble que le/premier devoir d'un pein- i
tre qui s'exerce sur un sujet sacré , est de s'inspirer
à la source même où il puise son sujet ; de connai-I
tre l'Ecriture, de l'avoir méditée long-temps. C'est
ce que n'a pas fait sans doute M. Gaillot : car il i
n'aurait jamais fait soutenir Marie par Jésus son fils, I
lorsqu'elle s'élève dans les airs. Un verset du Can- i
tique des Cantiques lui a donné le sujet de cette
composition ; il a vu l'assomption dans ces mots du j
livre saint : Quelle est celle qui S'élilve du désert"
toute remplie de délices, et appuyée sur son fils
éien-aimé ? Or tous les commentateurs s'accordent I
à voir, dans la bien-aimée des Cantiques, l'Eglise ,
épouse de Jésus-Christ, et non la vierge Marie, sa
mère. Nous ne savons s'il faut attribuer à l'éloigne-
ment où le tableau est placé des spectateurs , la
confusion qui règne parmi cette myriade d'anges et
de séraphins qui s'élèvent au-dessous de Marie. Les
draperies de la Vierge nous semblent pûteusC6 , et
W main gauche plaquée sur la tuile.
25
N* 467. M. GOSSE,
Rue de Lancry, n,, 7.
L'Adoration des Mages.
C'est un des tableaux qui ont le privilége d'atti-
rer les regards. La Vierge se détache avec beaucoup
de bonheur sur le premier plan ; la tête de saint
Joseph est fort belle d'expression , celles des roi.
mages bien caractérisées. Rien de plus joli que la
figure de Marie; mais peut-être est-elle trop jolie.
On a trouvé qu'elle rappelait un peu celle d'une
des vierges de M. Ingres exposée en 1824 > et que
la couleur en était trop rosée.
L'action du drame religieux, telle que l'a conçue
le peintre, se passe au point du jour. On voit dans
le lointain et derrière l'étable les premiers rayons
du jour qui enveloppent la crèche : cette lumière,
qui arrive de côté et non du haut, est bleuâtre.
C'est un défaut. Les personnages jetés dans l'ar-
rière partie du tableau sont un peu confus, et ne
paraissent pas suffisamment éclairés. Nous deman-
derons à M. Gosse pourquoi cette figure de soldat
vêtu à la romaine, placé derrière Saint-Joseph, et
qui semble défendre l'entrée de la crèche du Sau-
veur? Outre l'inconvenance d'une sentinelle sem-
blable à côté de l'enfant qui appelle autour de son
berceau le monde entier, le costume du soldat nous
'24
semble un anachronisme : l'Evangéliste ne dit paf
de quel endroit sont partis ces rois mages. Ils vien-
nent de l'orient : c'est tout ce que nous savons. Or ,
en donnant le casque romain au soldat, le peintr
fait arriver nécessairement les rois de provinces sou-
mises au joug des descendans de Romulus. Ces lé
gères critiques de détail ne doivent pas fermer les
yeux sur l'incontestable mérite de cette composi'
tion religieuse, dont le coloris atteste un peintre de
la bonne école , et le dessin un très-habile artiste.
No 488. M. GRENIER ,
Ru»2 Godot-de-Mauroy, no 22.
Sainte-Genevièvre apaisant un orage qui
tombait sur les moissons.
Quoi! sainte Geneviève, cette humble fille des
champs, cette pauvre gardienne de troupeaux, dans
cette jeune fille à la taille assouplie avec grâce, aux
vêtemfns drapés avec tant d'apprêt, et au profil
'grec? Non, ce n'est pas celle qui délivra Paris par
-ses prières ; vous m'avez représenté une jeune fille
tle la Grèce ; qu'elle se lève, et sans changer de vê-
tement , elle pourra assister aux danses qu'on forme
sur les bords de l'Eurotas. Encore une fois, ce n'est
point une sainte que vous avez peinte. Vous avez
représenté un orage , je le crois du moins, au désor-
dre des;,'êtemens de cette jeune fille, placée sur le
25
3
lemier plan, et qui revient des champs, et à ce
icillard qui est allé chercher un abri derrière cet
irbre, dont les rameaux soat ébranlés par le vent.
Mais pourquoi la figure de ce vieillard est-elle si im-
passible? sans doute parce qu'il espère dans les prié-
es de Geneviève agenouillée. Mais vous ne voyez
lonc pas qu'il y a là un double miracle; la tempête
lui cède à la voix de la fille des champs, et la
lature humaine qui reste muette quand la nature
physique est ébranlée ; or vous n'en avez voulu re-
tracer qu'un seul.
N° 491. M. le Baron GROS,
à Paris.
Portrait du Roi.
Non, ce n'est pas là Charles X , ce n'est pas le roi
qui vient de recevoir l'onction sainte dans la cathé-
drale de Reims: c'est Mgr. le comte d'Artois à l'âge de
4o ans. II se peut que des courtisans complimentent
M. Gros sur la ressemblance ; le public, qui n'est pas
Qatteur, repousse ces éloges donnés aux depensde la
vérité ; il aimera à louer la couleur et peut-être les
accessoires ; mais son bon sens naturel lui a laissé
voir que la queue du cheval que monte le prince
ressemble à un véritable éventail, que le derrière
de l'animal est pointu , et que la cuisse droite aurait
26
besoin pour être vraie de l'art des Guarsault qui la
guérirait de son enflure.
NO 503. M. GtrDDT e
Rue Saint-Lazare, n° 59 bis.
L'América visité par des corsaircsfrançais
en 1796.
L'histoire a consacré l'admiration et le respect 1.
des pirates italiens pour le nom et la demeure de
Scipion. En 1796, un prince français fuyait à bord 1
de l'América , une terre où il n'avait plus de patrie;
le vaisseau est rencontré par des corsaires français,
et tous veulent voir et saluer encore une fois un
membre persécuté de la famille de leurs rois.
C'est ce fait qu'a représenté M. Gudin ; le prince,
àssis sur le pont, reçoit d'un air calme les vœux et
les dons de ces hommes, en qui l'habitude d'une
vie criminelle n'a point détruit ce sentiment qui
nous fait admirer une grande infortune noblement
supportée. Comme tableau de marine, cet ouvrage
est un des plus remarquables que nous ayons vu au
salon; M. Gudin nous semble avoir mérité des ré-
compenses et de nouveaux encouragemens. Il réussit
dans un genre très-difficile. L'América , visité par
des corsaires franrais, fait partie de la galerie de
Mgr. le duc d'Orléans,
*7
N"' 514, 518 ET 520. M. GUÊniN (padun),
Rue du Monthabor, nl 4.
Portraits.
Les portraits de M. Paulin Guérin sont justement
célébres, et ceux qui ont obtenu place au salon ne
peuvent qu'ajouter encore à la réputation de cet
artiste distingué. Le marquis d'Elbée peint en pied
(nu 514), est un ouvrage remarquable sous tous les
rapports ; tous les sentimens qui devaient animer le
cœur de ces nobles et malheureux Vendéens vivent
dans cette composition si belle.Au Nu 520,c'est M.La
Mennais lui-même qui écrit une de ces éloquentes
pages. Les tons, les chairs, l'ordonnance, tout est
du plus beau travail dans ce tableau. Le portrait de
Mademoiselle M. (NQ 518) est d'une fraîcheur éton.
nante. Nos meilleurs peintres de fleurs ne désavoue-
raient pas la rose qu'elle tient à la main ; l'artiste
sait animer les grâces aussi-bien que le courage et le
génie.
Ne 559. M. HERSENT,
Rue Cassette, n° a a.
Portrait de M. le docteur C.
Nous serions fâchés pour M.Hersent de ne pas le
trouver ailleurs; car, comment louer ce portrait 1
28
Est-ce la faute du peintre? Nous le pensons. Il poud
semble qu'un artiste du talent de M. Hersent, s'il
se fait portraitiste , devrait choisir une figure qui
ait quelque chose d'idéal, et non une tête comme
celle du docteur C. VoyezM. Guérin ( Paulin);
quelle jolie tête que celle de Mademoiselle ***,
placée un peu plus loin !
No 563. M. Hmsr (J.-G.) ,
Au Logelbach , prés Colmar,
Un tableau de Fleurs.
Quel dommage qu'un aussi joli tableau soit re-
légué à la porte d'entrée du salon I Avec un peu
moins d'affeterie dans la couleur et dans la distribu-
tion, Van Spaendonck n'aurait pas désavoué l'ou-
vrage de M. Hirn.
N° 610. M. KMXP ,
Rue de r arennes, n8 21.
Vaches dans un marais, près Bois le Duc.
M. Knip a exposé un tableau représentant des va-
ches dans un marais, près de Bois-le-Duc; nous
n'avons que des éloges à donner à cette charmante
composition ; l'herbe , le jonc , et l'eau du marais
sont d'une vérité admirable. La manière de l'ar-
tiste est franche et sans exagération.
29
N° 628. M. X.ANCKERTON ,
Rue du Four-Saint-Germain, n" 4o.
L'Apothéose de Sainte-Geneviève.
Voilà un tableau qui, sous le rapport du coloris ,
fait beaucoup d'honneur à M. Lancrenon; les groupes
d'anges sont harmonieusement posés; il y a du
charme dans la composition , et le dessin ne man-
que pas de pureté ; mais on peut reprocher au
peintre une mignardise et une coquetterie de détails
qui nuisent à ee sujet , et qui en font une véritable
composition de boudoir plutôt qu'un tableau d'é :
glise. Remarquez ce joli ange , ou plutôt cet amoui,
qui semble caresser la Sainte , et qui, d'une main »
tient le chapeau de la bergère , tressé de la paille
la plus fine, et orné des fleurs les plus jolies ; est-ce
là le chapeau d'une bergère ? est-ce là un habitant
du paradis des chrétiens? Nous comprenons paIÍ.li-
tement l'intention du peintre; il fallait représenter
l'apothéose de Sainte-Geneviève ; comment indi-
quer le sujet ? Le chapeau des champs est tout prêt;
il se balancera mollement dans les airs, et sera de
paille , mais d'une paille semblable à celle dont se
servent les paysannes des bords de l'Arno, pour
tresser ces chapeaux qui ornent la tête de no& pe-
tites maîtresses, et il n'y aura pas besoin d'écrire sur
lIa plinthe : Apothéose de Sainte. Geneviève, Tout
Zo
cela est de l'afféterie toute pure. Rendons justice (lui
reste , au ton général du tableau , aux chairs des s
anges et à la beauté de quelques profils,
N° 638. M. LATXL | j
d Paris. !
Le lavement des pieds par notre Seigneur :
Jésus-Christ.
Faut-il attribuer le peu d'effet de ce tableau à la
piovumle de celui de M. Gosse? Il est certain que
le public semble le négliger. La manière ferme,
mais un peu dure, de M. Latil, contraste trop avec
'a moJlbsc et le brillante de son voisin. 11 est donc
». qu'eu peinture comme en poésie, on peutap-
« t fréquemment te
Lyon erat hic tocus
¡LI('"ce. C'est à M. Latil , en ce cas, à se fâcher
outre M. Gosse. Que l'artiste se console, du reste ;
il aura encore assez d'admirateurs. Son tableau
nous semble devoir être placé parmi les production&
remarquables du salon de 1827.
N° 640. M. DE lAUREUCEl t
llue Taitbotit, ti' 9.
Paysage, vue d'Italie.
Un peu de crudité dans les tons ; lointains q-.ii ne
fuient pas.
31
No 664. M. UEDIEU ,
Rue Rameau, n. 6.
Une Halte dans le désert.
Ce tableau ne doit être considéré que comme un
paysage ; point d'action , rien de dramatique , rien
d'expressif dans la physionomie des personnages.
Pour représenter convenablement une scène du
désert, il fallait plus de développement; on peut
placer les personnages, mais non les grandes scènes
de la nature dans un cadre aussi étroit.
N" 674. M. le baron LEJEUBTE.
Une scène du siége de Sarragosse en 1809.
Les Arragonais réfugiés dans cette ville, les
femmes, les soldats dirigés par Palafox, la défen-
dent avec un courage héroïque ; dans chaque maison
ils combattent de chambre en chambre et jusque
$ur les toits; des coups de fusil partent encore du
haut de la tour de Santa-Engracia , ruinée par notre
artillerie, qui vient de renverser une partie du clol.
tre de cette église pour nous ouvrir un passage.
En pénétrant par cette brèche, l'auteur qui avait
été blessé une heure auparavant à l'assaut du cou-
vent de St.-Augustin , reçoit une accoude blesauiç.
32
La statac est celle de la Vierge Maria Mercedes
qui prie le Seigneur de pardonner aux meurtriers
de son fils.
M. Lejeune est un de nos peintres les plus fé-
conds; peut-être pourrait-on lui reprocher de ne
peindre que les mêmes scènes. On sait d'avance,
si cet artiste expose, le sujet qu'il a choisi; c'est
une scène tirée de nos guerres d'Espagne, et une
scène de guérillas. Acteur lui-même dans cette mé-
morable campagne d'Espagne, il a retracé sur la
toile des souvenirs gravés profondément dans sa
mémoire : de là, cette chaleur, cette vérité qu'on
remarque dans tous ses tableaux : on assiste à
un combat , on voit les héros du drame ; leur
physionomie, leur attitude, leur vêtement, tout
est là; il serait difficile de peindre avec plus de
bonheur l'enthousiasme fanatique de cette popu-
lation d'hommes, de femmes, d'enfans, de vieil-
lards , de prêtres armés de tout ce qui s'est trouvé
sous leur main , et qui combattent et meurent pour
leur pays! Héroïsme dont on tient compte aujour-
d'hui, et que M. le général Lejeune n'a jamais cher-
ché à rendre ridicule ! Une figure attire les regards
dans cette composition où il y en a tant de belles,
c'est celle du général qui tombe au pied du co-
1 niel Valazé.
33
N° 693. M. LOBDON ,
Rue des Maçons - Sorbonne, n. i.
Henri IV à Libourne , après la bataille de
Coutras.
Ce prince accueille avec bonté des prisonniers qui
lui rendent leurs armes.
Belle composition ; bonne couleur : tableau re-
marquable.
N° 735. Mme MOSTGEZ ,
Hôtel des Monnaies, a Paris.
Les sept Chefs devant Thèbes.
Nous devons des remercîmens sincères à madame
Moagez ; sans elle, l'éternelle famille des Atrides
aurait été exilée du salon de 1827. Fidèle au culte
de l'antique mythologie, madame Mongez a repré-
senté le serment des sept chefs devant Thèbes, une
de ces scènes capitales.
On voit, en étudiant ce tableau , que madame
Mongez connaît et admire David ; elle a reproduit
les plus belles poses des deux plus belles œuvres du
chef de notre école; le tableau des Sabines et celui
des Horaces ; elle a oublié malheureusement de re-
produire cette largeur de dessin et les savans détails
anatomiques de David : ses têtes manquent en gé-
néral de noblesse, l'un des chefs thébains rappelle
34
la figure de Nourrit dansje siège de Corinthe. Tin
tefois, nous ne serons pas injustes, et nous convienl
drons qu'il est quelques parties dans cette compol
sition assez bien traitées j le coloris en est du resti
généralement satisfaisant.
N" 740 ET 742. M. MONVOISIN,
Rue de l'Ouest, no 14.
Mentor sarprend Télémaque près d'Eu-
charis et l'entraîne loin d'elle.— Un
jeune berger napolitain.
Depuis le retour de M. Monvoisin d'un pays qui
a passé de tout temps pour la terre classique de
arts, sa réputation augmente tous les jours, et 1
voix publique, VOJO Dei, le désigne comme un ar-
tiste sur lequel on peut, à juste titre, fonder des
espérances. Ses deux tableaux, le premier surtout,
méritent assurément nos éloges; et si nous y mêlons
des critiques, c'est aussi-bien par intérêt pour l'au-
teur que par amour pour la vérité. Il y a beaucoup
de correction, et souvent de la grâce dans le dessin
de M. Monvoisin ; et pour ne parler que du tableau
de Télémaque et d'Eucharis, celui qui mérite le i
mieux l'attention du public, on remarquera avec
plaisir combien les formes de la jeune nymphe sont
élégantes, combien les traits de Mentor sont nobles,
35
les proportions régulières sous l'élégante draperie qui
les couvre. Le coloris de ce tableau a une grande
(raîcheur, et beaucoup de légèreté : on croit y sen-
ir, y respirer cet air pur et transparent, l'un des
plus grands charmes des climats méridionaux. Nous
Ir aurions désiré une composition un peu plus forte :
l'auteur peut-être ne s'est pas assez demandé quelles
îmotions devaient agiter chaque personnage. Et,
iur la physionomie de Mentor, quelle idée
peut-on distinguer? Ne devrait-il pas plutôt re-
garder Télémaque de sa hauteur ? Ne devrait-on
pas voir sur sa figure et dans ses gestes la divine
austérité de son caractère, et l'ascendant de la rai-
son et de la vertu sur les passions violentes , mais
pures, d'une âme neuve, et qu'aucun vice n'a en-
core souillée ? Est-il convenable qu'Eucharis pleure
devant Mentor? Je le demande à toutes les femmes
qui verront le tableau de M. Monvoisin : cette ab-
négation d'amour-propre est-elle dans leur nature?
Qu'elle pleure quand elle sera seule, rien de mieux ;
mais tant qu'elle est sous les yeux'd'un pareil té-
moill. son visage ne doit exprimer que la fierté
iblesséeet le ressentiment d'un outrage. La tête de
! Télémaque n'exprime rien ; il est vrai qu'elle ne
peut guère exprimer quelque chose. Cette académie
droite et un peu roide, et qu'on ne voit que de pro-
fil, n'offre non plus rien de bien agréable à l'œil.
Pourquoi aussi sont-elles toutes trois de profil ? Celle
de Mentor, vue de face, ou à peu près, n'aurait-elle
36
pas beaucoup pins de sens? Il y a , comme on vott,
des défauts, mais beaucoup de qualités aimables ,!
et dont la réunion forme un talent fort remar-
quable.
N° 755. M. MOUCHY ,
Rue de Seille, n" 25 , faubourg Saint-
Germain.
Sujet l; Ja vie de Gentil Bellin, peintre
vénitien.
Un jeune homme, dont le costume annonce un
Italien, est aux pieds d'un seigneur turc, à qui il
paraît demander instamment une grâce, la vie de
son amante ou de son ami peut-être ; ce trait ne
nous est pas connu. L'auteur de ce tableau a eu tort
de n'éclairer que faiblement son action ; Girodet et
Horace Vernet, dans un de leurs plus beaux ou-
vrages , ont su tirer un très-grand parti de ces phy-
sionomies turques, insensibles comme les murs du
sérail. Encore une critique ; s'il eût donné une ex-
pression plus vive au jeune peintre , M. Mouchy
eût rendu plus frappant le contraste qui existe
entre sa figure et celle du pacha. Félicitons-nous
lorsque de légers reproches sont compensés par
des mérites réels, comme dans l'ouvrage dont nous
parlons.
37
5
N- 759. M. xtsozix ,
4"
Rue Hauteville, no 39.
Vue de Saint - Valéry - sur - Somme.
Vue d'un bel effet; détails rendus avec assez
'habileté ; accessoires bien traités.
N°774. M. OIRY,
1 Rue Saint - Lazare, no 37.
ue du port de St-Malo, à la maréc basse.,
Manière facile. Composition bien entendue. Ta-
leau remarquable.
N° 885. M. BOBERT (LÉOPOLD),
*
> d Rome.
élerines reçues à la porte d'un couvent
par l'abesse.
M. Robert avait déjà exposé les Pélerins se repo-
mt dans la campagne de Rome. Ce tableau est
estiné à faire' le pendant du premier ; mêmes
eautés, du reste, et mêmes défauts; il y a du
liarme dans les couleurs, pas de pensée, pas d'iu.
ention, un dessin incorrect.
i8
N" 891 ET 892. M. BOBEBT-LD'Èv:B.E ,
à Paris.
Portraits.
On sait que comme portraitiste, M. Robert Le-
fèvre compte peu de rivaux ; les portraits qu'il a
exposés cette année sont dignes de la réputation de
cet habile artiste. Nous citerons surtout celui de
Madame L. F. (no 899), et celui de Mgr. l'arche-!
vêque de Bourges (no 891).
N° 905. M. B-OQUEPXAIff ,
Impasse Férou-Saint-Sulpice , n° 7.
Marée d'équinoxe,
Sujet tiré de l'antiquaire de Walter-Scott.
M. Roqueplan a considérablement gagné depuis
la dernière exposition. C'était alors comme aujour-
d'hui un artiste d'un talent réel, mais uniforme :
toujours la même couleur. On voit qu'il a fait de.
39
I)uis de profondes études. Le 6iijet qu'il a choisi est
¡l'abord très-heureux, et il lui a porté bonheur. La
igure d'Edie Ocheltrée a tout le caractère que lui
)rête le romancier; les trois personnages se détachent
brt bien; le groupe est bien posé, et la couleur du
ableau très-satisfaisante,
N* 943. M. SCHEFFER aÎNÉ ,
Rue Ville-l'Evêque, n° 42,
Jeunes filles implorant la protection de la
Vierge pendant un combat.
Un combat est engagé dans le lointain entre les
Irurcs et les véritables soldats de la Foi ; de jeunes
îrecques , retirées dans une grotte, implorent l'as-
istence de la Vierge. Quelques-unes des figures de
e tableau sont bien dessinées, et l'artiste a su leur
lonner une expression attendrissante. L'ensemble
le l'ouvrage ne mérite pas les mêmes éloges. Les
rois figures qui sont le plus près de la statue, sont
nal groupées, et font un mauvais effet ; et la jeune
ille qui, immobile, se trouve placée sur une ligne pa-
allèle à la Vierge, la figure tournée vers >cs com-
agnes, paraît être d'abord la slalue qu'i::ruquent
.à je mus filles.
40
N* 955. M. SCEMETZ,
à Rome.
On ne trouve pas aisément le sujet de ce tableau.
Une figure de vieille femme, avec une légère ex-
pression annonçant qu'elle prie, une jeune fille ap-
puyée sur son épaule : ce ne sont là que deux têtes,
Une inscription, placée à un des coins du tableau,
nous annonce qu'elles sont près de la statue d'une
madone. Cet ouvrage n'est qu'une étude, et commt
tel il mérite des encouragcmens.
� N° 960. M. SEBB.1TB ,
Rue de f Abbaye, na 11.
Brunéhaut.
Il a plu à M. Serrur de mettre au bas de son ta
bleau le nom de Brunehaut ; mais la femme abattu
et résignée qu'il a peinte au pied d'un cligne n'es
point cette reine exilée, poursuivie et méditant 1;
vengeance ; les personnages qui l'entourent ne son
Gaulois ni par le costume ni par les. habitudes qu')
leur a donnés ; le berger, assez pauvre de physio
nomie , qui , avec Brunehaut , occupe le premie
plan , est de l'âge d'or , et c'est en Arcadie qu
dansent ces bergères que nous voyons dans 1
lointain.
41
D'u n tfôté la rivale de Frédégonde, telle que nous
la représente l'histoire ; de l'autre une danse de
paysannes , heureuses et tranquilles d.ms ces temps
de discorde et de haine; ce contraste, présenté avec
avec autant de bonheur que l'a fait Béranger dans
son Ode de Louis XI, eût pu fournir un beau ta"
bleau ; M. Serrur a eu cette heureuse idée, mais
il est loin d'en avoir tiré tout le parti possible. Il y
a cependant à louer dans son ouvrage ; si l'ensemble
et l'effet du tableau sont manques , les détails ,
l'exécution, promettent que mieux inspiré , l'ar-
tiste saura nous faire admirer sans restriction un
bon ouvrage.
N° 965. M. SMITH, *
Quai Bourbon, n° i'g.
Saint-Pierre ressuscitant Tabithe.
Comment pouvoir juger, en conscience , un ta-
bleau placé à trente pieds de haut ! Que de détails
doivent échapper! à une élévation aussi grande,
beaucoup de teintes sont nécessairement perdues
les demi-tons échappent, et on risque d'être ou trop
sévère ou trop indulgens.
Il nous a semblé que les figures de ce tableau en
formaient la partie brillante; celles des femmes sur-
tout, mais celle de Saint-Pierre ne nous a pas paru
42
conforme à la tradition ; il devait y avoir dans l'en.
semble de la physionomie du prince des apôtres
quelque chose de plus grandiose. Nous blâmerons
encore le vêtement de la femme agenouillée, qui
est plutôt celui d'une sœur espagnole que d'une
juive.
45
< Ræ r!~
larmier*
N* 78. M. BEUTIN (J.-V.) ,
Rue Tral"ée , n" 1 7.
Vue de la ville de Narni.
Le beau ciel d'Italie, un magnifique paysage
animé par les danses de quelques bergers, une ville
parfaitement située sur le penchant d'une colline,
et un antique château séparé de la ville par une
forêt, un ruisseau au fond d'une vallée, tout cela
peint avec les couleurs d'une nature belle et animée,
font du tableau de M. Bertin , un des pluâ agréables
que uous ayons dans ce genre.
44
lN° 74. ILIC MÊME
Encore une scène de la campagne où la nature
est prise sur le fait et parfaitement rendue ; la pose
des deux chaleurs , les chiens, la couleur du mur
en ruines sur lequel ils sont appuyés, tout y est frap-
pant de vérité.
N°' 101 ET 104. M. BODmiEXl,
Rue des Beaux- A ris , n° 18.
Famille des eiivirons de Gaële. - Cos-
tume d'une pélerine.
Nous retrouvons ici deux ouvrages de l'auteur de
la Demande en Mariagc. Le second, Costume d'une
Pèlerine n'est ni plus important ni moins bien que
celui dont nous avons déjà parlé. La famille des envi-
rons de Gaëte (101), est une production plus vaste, et
annonce que l'auteur peut entreprendre une tâche
encore plus difficile. C'est une idée gracieuse que
celle de cette mère endormie, tandis que son époux
amuse leur enfant. L'artiste n'a pas été aussi heu-
reux en peignant l'enfant lu'-même , mais il a pris
sa revanche dans le paysage où il a placé ses per-
tonnages