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Vox populi, vox Dei . La voix du peuple, la voix de Dieu

De
28 pages
Chez les marchands de nouveautés (Paris). 1814. 29 p. ; in-8.
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VOX POPULÎ, VOX DEL
LA VOIX DE DIEU.
S'il y a des périls à suivre ce mouvement du
coeur et de la conscience, nous les acceptons.
Proclamation du Conseil g neral du dcpt,
de la Seine ( Avril 1814 )
A PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1814.
OIRE,
Qu'il soit permis à un sujet fidèle et in-
violablement dévoué à votre Famille auguste
de soumettre à V. M. quelques réflexions sur
l'état de la France, sur la constitution propo-
sée par le Sénat, et sur la nécessité d'établir,
dans les circonstances présentes, une ligne de
démarcation entre le crime et, la vertu.
Assez et trop long-temps la vérité, compri-
mée par la crainte, a gardé le silence ; elle
doit aujourd'hui faire entendre sa voix : votre
oreille, SIRE, ne repoussera pas ses accens;
ils arriveront à votre âme qui en fut toujours
le sanctuaire.
La nation française n'est plus ce qu'elle
était autrefois ; nos discordes civiles l'ont
(4)
totalement changée : l'égoïsme a pris la place
de la générosité qui la caractérisait. Des for-
tunes injustement acquises , des honneurs ,
des dignités accordés à la bassesse et à l'intri-
gue , voilà ce qu'on voulait conserver, ce que
l'on s'efforçait d'obtenir! Le gouvernement
de Buonaparte, flattant les passions les plus
honteuses , devait plaire et plaît encore à ceux
que la soif des richesses et des grandeurs dé-
vore. Ils ont encensé l'idole jusqu'au dernier
moment; mais, son autel renversé, ils ont
chanté la palinodie ; et les complices de la
tyrannie sont devenus, dans l'espace de quel-
ques heures , les accusateurs les plus acharnés
du tyran.
Loin de moi la pensée de confondre parmi
ces misérables, dont la saine partie de la nation
fait déjà justice, nos braves guerriers , qui ont
acheté au prix de leur sang" une considéra-
tion que Buonaparte ne leur accordait qu'à
regret ! En servant le prétendu chef de l'em-
pire , ils croyaient servir la patrie : leur er-
reur était excusable ; l'amour de la gloire na-
tionale les enivrait.
Il n'en est pas de même des vils flatteurs,
qui, depuis le commencement de nos troubles,
(5)
n'ont pas cessé d'aduler tous les pouvoirs. Ro-
berspierre , le Directoire, Buonaparte les ont
vus tour à tour à leurs pieds. Semblables au
caméléon, ils ont pris toutes les couleurs , et
en ont changé toutes les fois que leur intérêt
l'a demandé ; et ce sont ces mêmes hommes
qui, sans mission aucune, (a) osent se dire au-
jourd'hui les représentans du peuple français !
prétendent lui dicter des lois, et enchaîner
l'autorité royale ! (&) V. M. ne doit pas le souf-
frir; V. M. ne le souffrira pas.
Pour que la régénération soit parfaite il
(a) «Le Sénat, premier conseil de l'empereur, et
dont l'autorité n'existe que lorsque le monarque la
réclame et la met en mouvement, est établi pour la
conservation de cette monarchie et de l'hérédité de
Totre trône dans notre quatrième dynastie. »
(Discours prononcé le 25 décembre 1812
par Ma de Lacèpède à l'empereur,
lors de son. retour de Moscow.)
(b) « Je recommande à mon fils, s'il avait le mal-
heur de devenir Roi, de songer qu'il se doit tout en-
tier au bonheur de ses concitoyens, qu'il doit oublier
toute haine et tout ressentiment, et nommément tout
ce qui a rapport aux. malheurs et aux chagrins que
j'éprouve ; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples
(6)
lui faut d'autres élémens ; employer les mêmes
ce serait reconstruire l'édifice social sur un ter-
rain mouvant ; le premier orage le renver-
serait encore.
Et cet orage, je ne crains pas de le dire à V.M.,
sera peut-être formé par les membres mêmes
de ce Sénat, mille fois plus coupables que
l'insensé dont ils ont servi les caprices et l'ambi-
tion barbare. Quelle garantie pour vous , SIRE ,
et pour nous-mêmes, que des êtres qui, s'étant
déjà dégradés par une servile complaisance,
viennent de s'avilir pour toujours par une in-
fâme cupidité ! Comment , avec la connais-
sance qu'ils ont eue des sacrifices promis
par V. M. , ont-ils pu avoir l'impudeur de
s'approprier à jamais des biens immenses,
reste d'une spoliation qui honore aujourd'hui
ceux qui en ont été les victimes ! Auteurs
de tous les maux que la nation a soufferts,
qu'en régnant suivant les lois; mais en même temps
qu'un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien
qui est dans son coeur, qu'autant qu'il a l'autorité
nécessaire , et qu'autrement, étant lié dans ses opé-
rations , et n'inspirant point de respect, il est plus
nuisible qu'utile. »
(Testament de Louis XVI!)
(7)
ils exigent impérieusement des récompenses ,
lorsqu'ils devraient s'estimer trop heureux de
vivre ignorés ! Loin d'opposer une digue au
torrent qui bouleversait tant d'empires , qui
engloutissait tant de générations, qu'ont fait les
sénateurs ? Ils ont contemplé d'un oeil sec et
tranquille les ravages de l'Europe ! L'or versé
sur eux à pleines mains était le prix de leur
lâche silence ! Insensibles aux malheurs de la
France, de l'humanité entière, ils en signaient
de sang froid la ruine ! Chaque sénatus consulte
qu'ils rendaient n'était-il pas l'arrêt de mort de
deux ou trois cent mille hommes?
SIRE , il est de votre justice, il est de votre
intérêt, de celui de la France, de celui de
l'Europe d'écarter de votre personne et de
toutes les places des hommes sur lesquels
vous ne pouvez pas compter; accoutumés à
violer leurs sermens, celui qu'ils vous feraient
ne leur serait pas plus sacré. Vous espérez les
ramener à force de clémence ! c'est une erreur
de votre coeur généreux ; ils ne vous pardon-
neront jamais de leur avoir pardonné.
Je sais que des personnes , guidées par les
intentions les plus pures , pensent qu'il faut
(3)
agir avec infiniment de réserve et de douceur,
afin de concilier tous les partis. Tous les par-
tis ! Il n'en est plus qu'un en France ; c'est le
vôtre , Sire ! tout autre est faction depuis que
vous nous êtes rendu. Avez-vous donc cessé
un moment de régner? Non. Louis XVII a suc-
cédé à son malheureux père ; la couronne vous
appartient depuis la mort du fils de Louis XVI ;
c'est une vérité incontestable. Reconnaître
au Sénat le droit de vous rappeler au trône,
ce serait lui supposer celui de vous en
déchoir quand bon lui semblerait. Et il n'est
que trop évident que ce coupable espoir reste
encore aux factieux qui nous ont précipités
d'abîmes en abîmes. Us mordent en frémissant
le frein qui leur est donné. Buonaparte leur est
toujours cher ; ils le regrettent, le suivent
en pensée dans son exil, et espèrent de Je
retrouver un jour ; peut-être même sont-ils
d'accord avec lui dans toutes les démarches
qu'ils ont faites depuis l'entrée des illustres
alliés. Cette prompte adhésion des plus zélés
soutiens de la tyrannie, et du tyran lui-même
n'est pas naturelle ; ils veulent temporiser ; ils
plient pour ne pas rompre. Ils ne se dissi-
mulent pas le mépris, la haine qu'ils inspi-
(9)
rent, et n'attendent qu'un moment favorable
pour s;en venger.
Qu'on examine leur conduite depuis le ier
avril : au lieu de se rendre justice, et d'at-
tendre que V. M. daigne les rappeler , ils ac-
courent en foule après avoir fui le danger ,
et osent parler en maîtres. Nous adhérons
disent ils , à tous les actes du Sénat. Quelle
générosité! quelle grandeur d'âme ! quel pa-
triotisme ! La veille ils auraient dénoncé et
envoyé au supplice celui qu'ils auraient soup-
çonné désirer un nouvel ordre de choses et le
retour de votre auguste Maison.
Quel est le dessein d'une partie du Sénat et
de ceux qui tiennent encore à Buonaparte ?
Toutes les personnes qui ont observé la
route tortueuse que les uns et les autres ont
suivie depuis la révolution le devineront
aisément : ils veulent engager V. M. dans de
fausses démarches , obtenir d'elle des pro-
messes impossibles à tenir , et l'accabler du
poids d'une responsabilité effrayante en lui
faisant signer une constitution vicieuse et im-
praticable.
Une constitution ! ce mot seul fait frémir
par les douloureux souvenirs qu'il rappelle;
(10)
n'a-t-il pas été depuis vingt - cinq ans un
cri de ralliement pour les factieux , un cri
d'alarme et de terreur pour tous les honnêtes
gens ? A combien d'attentats n'a-t-il pas servi
de prétexte ! Que de sang n'a-t-il pas fait ver-
ser ! que d'illustres victimes n'a-t-il pas con-
duites à l'échafaud ! Je m'étonne qu'on ose
encore prononcer ce mot à la face de l'Eu-
rope, lorsque l'expérience n'a que trop prouvé
l'insuffisance de tant d'essais ! Les époques de
1791, de l'an 4 » de l'an 8 , de l'an 10 et de
l'an 12 (a) sont-elles déjà oubliées ? Que d'en-
thousiasme ! que d'ivresse ! que de folies ! que
de pompeux sermens ! que de honteux par-
jures !
Tout porterait à croire que les Français ne
sont pas corrigés s'il était vrai qu'après tant
d'épreuves cruelles ils demandassent encore
une constitution. Mais, je le répète, le Sénat
n'a jamais été regardé comme le représentant
de la nation , et encore moins cette portion
du Sénat, composée d'étrangers, qui a décrété
la constitution que V. M. doit jurer et si-
(a) Les Sénatus consultes de l'an 10 et de l'an 12
n'ont-ils pas été des constitutions nouvelles ?
( 11 )
gner (a). L'histoire nous peint la France heu-
reuse et florissante sous Louis XII , sous
Henri IV , et sous les princes qui leur ont
succédé, et cependant elle n'avait d'autre
constitution que celle qui existait en 1789:
des chartes , des lois fondamentales assu-
raient les droits du peuple et du souverain.
On y dérogeait, me dira-t-on. Qu'un me cite
une institution qui soit à l'abri de la violation
des hommes ; ce sera ma seule réponse.
Mais j'accorde que les idées qui se sont
propagées dans ce siècle, où tout le monde
veut être publiciste et législateur , nécessitent
une constitution. Celle que le Sénat propose
convient-elle? Non ; et je vais le prouver en
examinant ses principaux articles.
Le premier et le second (1) n'étant qu'une
conséquence de la révolution, je demanderai
par qui le gouvernement français a été d'abord
déclaré républicain et ensuite monarchique.
Toute la France répondra que c'est par les
mêmes hommes qui depuis vingt - cinq ans
(a) Plusieurs Sénateurs, qui ne sont point nés Fran-
çais , se sont empressés , en donnant leur démission,
de réparer l'irrégularité qu'ils avaient commise.