UNE JEANNE D'ARC A PONT-A-MOUSSON (1580-1612) ?

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UNE JEANNE D’ARC A PONT-A-MOUSSON (1580-1612) ? Philippe MARTIN Université Nancy 2 Les viespost mortemde Jeanne d’Arc sont passionnées, utilisées par tous, manipulées 1 par toutes les époques, elles ont servi mille causes . Il est assez fréquent d’enfermer la vision e 2 du XVI siècle dans les trois registres définis par George Huppert : la fiction rationaliste faisant de l’histoire de la Pucelle une imposture ; la fiction du « sans importance », reléguant l’événement au rang des détails de l’histoire ; la fiction dévote qui assimile l’héroïne à une figure religieuse parfaite, sans qu’il soit question de l’assimiler à une sainte. Après 1525, l’intérêt pour Jeanne déclina ; elle apparaissait dans nombre d’histoires mais moins d’ouvrages lui étaient dédiés en propre. Puis vint, à partir de 1570, une crise du mythe 3 johannique . Pourtant, dans ce climat, l’université de Pont-à-Mousson, semblait un pôle de culture johannique avec les publications de Fronton du Duc (1581) puis de Jean Hordal (1612). 1.- Une pièce de théâtre Né à Bordeaux en 1599, Fronton du Duc devient novice à Verdun en 1577 avant d’être, l’année suivante, nommé régent du collège de Pont-à-Mousson puis professeur de 4 rhétorique et de théologie . Un des méthodes utilisées par les pères pour former leurs élèves était d’organiser des pièces de théâtre. Les jeunes gens étaient ainsi obligés de réaliser un travail en commun et la représentation permettait d’attirer un large public. En 1580, quand il fut question de recevoir le roi de France Henri III, en route pour les eaux thermales de Plombières, notre jésuite eut l’idée de faire jouer un texte de sa composition sur Jeanne d’Arc. Prévu pour le mois de mai, la représentation fut, à cause d’une épidémie de peste, reportée. Finalement, le 7 septembre, le spectacle se déroula devant la famille ducale Charles III fut enchanté. Il offrit 100 pièces d’or à l’auteur, et décida de faire remettre, tous les ans, la même somme aux pères jésuites de l’université en remerciement. Surtout, il s’empara d’une copie du texte qu’il confia à Jean Barnet (1532-1591). Tabellion, greffier des fortifications de Nancy, anobli en avril 1567, puis secrétaire du duc, celui-ci était poète. Cette
1  Philippe MARTIN (dir.),Jeanne d’Arc. Les métamorphoses d’une héroïne, Nancy, Editions Place Stanislas, 2009. 2 George HUPPERT,L’idée d’histoire parfaite, Paris, Flammarion, 1973, p. 204-216. 3 Jean-Claude ARNOULD, « La crise du mythe johannique entre 1570 et 1580 (E. Pasquier, F. de Belleforest, A. Thévet et quelques autres) », J. Maurice, D. Couty (dir.),Images de Jeanne d’Arc, Paris, P.U.F., 2000, p. 143-150. 4 Histoire tragique de la Pucelle de Dom-Remy, aultrement d’Orléans, Nancy, 1581. Le livre est aujourd’hui extrêmement rare ; un exemplaire est conservé à la bibliothèque municipale de Nancy, un autre à la Bibliothèque Nationale… Un reprint est paru chez Slatkine, à Genève, en 1970. Sur Fronton du Duc, voirSciences et présence jésuites entre Orient et Occident. Autour de Fronton du Duc, Sèvres, Médiasèvres, 2004.