Quinze ansJe n’ai jamais compris en quoi une rentréedes classes pouvait être excitante. À part lesfringues neuves et le nouvel agenda, j’avaisbeau chercher, je ne voyais pas.« Tu n’es pas excitée à l’idée de connaître tesnouveaux profs, ton nouvel emploi du temps ?Cette année, c’est le lycée, tu vas rencontrerplein de nouvelles têtes!», m’a dit ma mèrehier.J’avais l’impression qu’elle aurait adoré yaller à ma place.«Mouais super, les nases de l’autre cité, là,trop génial…»Je n’avais aucune envie d’y aller dans celycée pourri. Je voulais aller dans le mêmeétablissement privé que ma copine Lucie,mais ma mère m’avait rabâché trente-six millefois le couplet sur l’école publique, l’égalitédes chances et d’autres conneries dans legenre. Il était hors-de-ques-tion (je détestaiscette manière qu’elle avait de détacher lessyllabes quand elle montait sur ses grandschevaux!) qu’elle déroge à ses principes etblablabla.J’avais beau lui répéter les histoires sordidesde racket, de drogue et même de viol qui cir-culaient à propos de ce lycée, c’était peineperdue, elle ne voulait rien entendre. J’étaisvouée à finir étranglée au fond d’une salle declasse au nom de ses idéaux.Ce matin, elle m’a emmenée en voiture.«Allez, pour ton premier jour, tu ne vas pasprendre le bus!», m’a-t-elle dit tout sourire.Ben voyons! Au collège, tout le mondeconnaissait ma mère. Elle venait souvent mechercher à la sortie des classes.Trop souvent.Et au lieu de rester dans la ...