La végétation au Japon - article ; n°73 ; vol.14, pg 52-63

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Annales de Géographie - Année 1905 - Volume 14 - Numéro 73 - Pages 52-63
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1905
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Michel Revon
La végétation au Japon
In: Annales de Géographie. 1905, t. 14, n°73. pp. 52-63.
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Revon Michel. La végétation au Japon. In: Annales de Géographie. 1905, t. 14, n°73. pp. 52-63.
doi : 10.3406/geo.1905.6499
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1905_num_14_73_6499OGRAPHIE GIONALE
LA TATION AU JAPON
La nature est montrée pour le Japon une prodigalité magni
fique Un ensemble de causes très diverses mais parmi lesquelles
apparaissent tout de suite en première ligne la situation géographique
et le climat ont fait surgir dans cette heureuse contrée une végétation
également merveilleuse par sa grande abondance et par son extraor
dinaire variété
Son abondance est le caractère qui dès abord frappe le plus
vivement observateur De toutes parts et quelle que soit la saison il
ne voit un splendide décor de verdure fraîche même aux alentours
des villes il se trouve en pleine nature et plus il voyage plus il lui
semble il se promène éternellement dans un jardin En même
temps cette végétation luxuriante rien excessif elle est pas
envahissante comme dans ces contrées tropicales où la forêt semble
une menace constante pour la civilisation humaine le Japon possède
une quantité de végétaux qui correspond tous ses besoins qui même
les dépasse mais dont opulence ne écrase pas Le second caractère
qui éclate aus yeux est la prodigieuse variété de cette flore Il est
bien évident étant donnée étendue de Empire la variété des cli
mats devait engendrer une variété de végétations correspondante et
on trouverait rassemblées la fois au Nord et au Sud une flore
analogue celle des pays tempérés une flore analogue celle des
zones glacées aussi bien une flore analogue celle des zones tropi
cales Et en efïet vous pouvez voir là-bas dans la région la plus sep
tentrionale les bouleaux les mélèzes les pins chétifs les cryptogames
qui composent extrême végétation des contrées boréales dans la
région moyenne les innombrables plantes familières que nous con
naissons chez nous et dans larégionla plus méridionale les palmiers
les bananiers les camphriers les cycas les orchidées des pays brû
lants Mais il plus dans la partie moyenne elle-même en un
endroit quelconque vous avez devant vous autour une plaine où la
rizière de Inde côtoie le champ de blé fran ais des collines où les
sombres pins du Nord voisinent harmonieusement avec les bambous
lustrés des tropiques vous croiriez on mis dans un paysage
européen des plantes de serre apportées des quatre coins du monde
et cette flore étrange vous suit partout sans relâche sur tous les che
mins de archipel LA YÉUÉTATION AU JAPON. 53
Si vous analysez cet état de choses en botaniste, vous remarquez
que, sans compter les mousses, les lichens et autres menues végéta
tions, et sans parler des découvertes certaines qu'on pourra encore
faire dans les régions peu connues du Nord, le nombre des espèces
d'arbres et de plantes déterminées jusqu'à ce jour ne s'élève pas à
moins de 2 743, qui se distribuent elles-mêmes en un nombre de
genres très élevé. Rien que dans les forêts, il y a 168 espèces d'arbres,
qui composent 6ti genres, tandis qu'en Europe nous n'avons que
85 espèces, divisées en 33 genres, que la région occidentale de l'Amé
rique du Nord, plus pauvre encore, ne comprend que 78 espèces, en
31 genres, et que sa région orientale, qui seule offre une richesse
comparable à celle du Japon, compte bien aussi 6 6 genres, mais
155 espèces seulement. On peut se rendre compte par là de l'immense
variété de végétaux que présente cette flore japonaise. — Chose
curieuse, lorsqu'on la considère dans son ensemble, arbres et plantes,
on observe entre elle et la flore de l'Amérique du Nord, du côté de
l'Atlantique, une ressemblance aussi étrange qu'inattendue. Ces deux
régions, si éloignées l'une de l'autre, possèdent en effet 65 genres et
environ 250 espèces en commun. En même temps on remarque, ce
qui évidemment est beaucoup plus naturel, que la flore du Japon est
sœur de la flore produite par la région continentale qui comprend la
Corée, la Mandchourie et une large part de la Chine septentrionale.
Le Japon est donc une des contrées du monde les plus intéressantes
au point de vue de la géographie botanique. 11 a dû cet avantage, dans
le passé, à des causes géologiques qu'on ne peut que supposer; il le
doit aujourd'hui, certainement, à son climat admirable. C'est ce qui
apparaît bien lorsqu'on observe l'évolution annuelle de la végétation
dans ce pays. Dès le mois de janvier, les pruniers s'étoilent de leurs
exquises fleurs blanches, au parfum discret, et les buissons de daphnés
embaument les jardins. Puis, peu à peu, les narcisses, les véroniques,
les magnolias, mille plantes variées s'épanouissent, annonçant le
printemps qui vient très vite. Vers le milieu de mars et surtout au
commencement d'avril, le concert éclate, dès que la mousson du Sud
s'établit. C'est alors que la culture du riz s'inaugure, que les ceri
siers fleurissent, mettant leurs immenses taches roses dans le vert des
paysages, et que la flore sauvage éclôt de toutes parts. Au milieu de
mai, elle est dans toute sa splendeur : l'été bat son plein, sous les
coups de soleil qui font tout croître, sous les torrents de pluie qui
font tout verdir; tandis que les glycines, les pivoines, les iris
triomphent, l'Empire entier se couvre d'un prodigieux tapis de verdure
et de couleurs. Après la canicule, qu'illustrent les lotus, le temps
des grandes moissons vient, et avec lui l'automne. La mousson du
Nord s'établissant. la saison sèche a commencé : l'eau disparaît des
rizières, les plantes annuelles se flétrissent, les forets se dorent et 54 GÉOGRAPHIE RÉGIONALE.
s'empourprent de teintes magnifiques. En novembre, les chrysan
thèmes sont dans toute leur gloire, et les érables étalent un feuil
lage si superbe que les Japonais le rangent parmi les fleurs. Les
plantes vertes continuent à briller, à fleurir même : l'aralia, en
novembre; le thé, en décembre; le camélia, en janvier, en février,
alors que ses corolles nacrées s'épanouissent parfois sur des branches
chargées de neige. Néanmoins, pendant celte saison d'hiver, la
plupart des plantes se reposent. Le gazon que vous foulez aux pieds
n'offre plus que de vastes surfaces jaunes désolées. Les plantes vertes
elles-mêmes s'arrêtent dans leur croissance, comme le prouvent les
nœuds annuels de leurs tiges. Le froid ne permet pas une végétation
continue, et c'est pourquoi, malgré l'extrême chaleur de l'été, les
citronniers, les orangers ne réussissent vraiment que dans les pro
vinces du Sud, tandis que, dans ces provinces mêmes, la canne à sucre
ne peut être cultivée qu'à condition d'être plantée en mars, récoltée
en novembre. D'une manière générale, en somme, la végétation ne
dure que six ou sept mois. Mais pendant cette période relativement
brève, quelle vie prospère ! Le Japon a son hiver comme nos froides
contrées; mais il a un été que rien chez nous n'égale, comme chaleur
et comme humidité fécondantes; et voilà pourquoi, malgré le peu de
durée de son activité annuelle, sa flore demeure, après celle des pays
tropicaux, la plus riche et la plus puissante du globe.
Mais examinons cette flore d'un peu plus près, pour en bien appré
cier la composition réelle et voir par là même les effets les plus
directs qu'elle a pu avoir sur la civilisation du pays. A cet égard, la
meilleure méthode sera de grouper les espèces végétales les plus im
portantes, non par genres et par familles, ce qui nous entraînerait, à
de trop longs détails, mais par larges régions d'ensemble; et comme
l'étude de telles régions, si on les choisissait dans le sens de la lat
itude, nous amènerait à des développements inutiles sur l'île de Yézo,
qui n'est devenue intéressante pour les Japonais que depuis un petit
nombre d'années, aussi bien que sur les îles secondaires du Sud, qui
n'ont jamais joué chez eux un bien grand rôle, mieux vaut que nous
négligions ces régions extrêmes pour nous en tenir surtout aux trois
grandes îles centrales où la civilisation s'est vraiment développée, et
que nous les embrassions d'un seul coup d'œil dans le sens de l'alt
itude, depuis la mer jusqu'aux sommets.
Sans parler de la mer elle-même et de ses algues, qui cependant
ont leur utilité positive, nous pouvons distinguer d'abord la flore des
dunes arides qui ondulent le long des plages. Cette flore parti
culière, qui croît dans le sable et sous une perpétuelle poussière
d'eau salée, n'est évidemment pas riche en espèces. Ce sont de
pauvres plantes,, à peu près partout les mêmes, qui, tantôt enfoncées
profondément dans le sol par leurs racines, ne s'élèvent guère à sa LA TATION Au JAPON 55
surface que pour faire ramper leurs maigres tiges tantôt au contraire
étalent des feuilles épaisses et charnues qui peuvent servir alimen
tation Nous avons ainsi pour employer les noms indigènes de ces
plantes que les Japonais ont baptisées par comparaison avec celles de
la terre ferme le pois des dunes le liseron des dunes orge des
dunes la carotte des dunes mais surtout la poire des dunes et le pin
des dunes la première étant une espèce de rosé sauvage dont les
fruits assez gros sont très appréciés le second une espèce de
genévrier aux formes bizarres qui pendant hiver même égaie ces
lieux désolés par ses aiguilles un vert profond et ses brillants fruits
bleuâtres Enfin on trouve encore le long des côtes les bois de pins
noirs que les Japonais ont plantés dès que la végétation précédente
avait créé un sol assez ferme et qui la différence du pin rouge
savent se maintenir malgré lèvent du large et la stérilité de la terre
sur tous ces rivages sablonneux
Viennent ensuite en éloignant de la mer les plantes des marais
et des eaux douées Sans arrêter aux espèces variées on observe
après la moisson surtout dans eau boueuse des rizières et de leurs
fossés irrigation on peut signaler ici les plantes plus remarquables
qui flottent la surface des grands étangs creusés pour alimentation
de ces rizières et qui décorent aussi les bassins des temples surtout
pendant le fort de été Ce on rencontre le plus ce sont diverses
variétés de potamogetons en particulier dans la partie septentrionale
mais aussi mesure on avance vers le Sud quantité de nénu
phars de nymphéas et par-dessus tout le fameux lotus qui devait
tenir un si haut rang dans la poésie du bouddhisme en même temps
que ses tiges rampantes ne devaient pas être négligées comme ali
ment autres plantes aquatiques apparaissent encore en dehors de
ces eaux stagnantes la marge des eaux vives immobiles ou un cou
rant modéré Mais le fait le plus curieux peut-être en cet ordre idées
est on découvert dans les montagnes de Hakôné entre Soko-
koura et Kigha et au milieu un courant eaux sulfureuses de
59 centigrades une espèce algue qui est développée spontané
ment et qui prospère est sans contredit une des plus hautes tem
pérature auxquelles on ait jamais observé la vie normale un végétal
Il semble que nous devrions maintenant parler des landes et des
bruyères mais le Japon en possède point et la flore qui caractérise
chez nous ces régions ne se reconnaît là-bas que par exception dans
le Nord ou sur quelques hautes montagnes Nous pouvons donc aborder
les petites collines qui élèvent de toutes parts dans les plaines et qui
atteignent guère que de 100 300 au-dessus du niveau de la mer
Le sol de ces hauteurs arrondies est composé surtout argile et de
sable produits de la désintégration des roches de granité ou ardoise
graveleuse ou encore de cendre volcanique Dans tous les cas la 56 OGRAPHIE GIONALE
sécheresse et aridité de ces terrains se révèlent par leur végétation
faite surtout de légers bois de pins en particulier de pins rouges et de
broussailles basses Dans les buissons les plantes toujours vertes se
marient ordinaire des plantes annuelles rosés sauvages graminées
fougères qui veulent un terrain sec Mais cette flore plutôt frêle est
cependant pleine de charme Sur un fond de verdure tendre ou par
fois sur un terrain dénudé les azalées mettent leurs taches rouges les
deutzias leur éclat blanc les anémones leurs teintes discrètes on
dirait Tun jardin agrément composé par le goût fin un artiste et
lorsque les insectes bourdonnent sur toutes ces fleurs tandis que
sous les branches des pins grêles les joyeuses cigales mènent leur
infatigable tapage cette nature qui première vue semblait plutôt
indigente vous enveloppe bientôt de son enchantement
Montons plus haut aux prairies qui au-dessus des vallées
livrées eau des rizières au-dessus même des collines basses que
nous venons apercevoir étagent des hauteurs variées environ
300 1500 Cette prairie japonaise rien de commun avec le pré
le pâturage que nous observons chez nous Pas de gazons pressés sur
une vaste étendue où toutes les herbes se serrent épaisses et entre
mêlent en un inextricable fouillis mais un espace éclairci dégagé
où les arbrisseaux et les touffes de plantes se détachent et là sur
un tapis de graminées légères on se croirait plutôt dans une prairie
alpestre au milieu des bois Ce genre de prairies se rencontre un peu
partout au Japon ce explique assez la nature montagneuse de la
contrée en particulier on en trouve immenses la base du Fouji
et des autres grands volcans est là et dans les bois voisins que vous
saisissez sur le vif la prodigieuse variété de la flore japonaise Dans
ce grand champ de fleurs comme les Japonais appellent parfois
vous reconnaissez outre la plupart des plantes sauvages offraient
nos prairies de montagnes et des plantes ornement que vous aviez
pu voir dans nos serres tout un monde de plantes indigènes origi-
nales et variées infini Vous chercheriez en vain il est vrai le
genêt le trèfle le mélilot la bruyère le thym nombre de composées
et de graminées qui vous étaient familières niais vous retrouvez
nos violettes quoique moins odorantes nos campanules nos
scabieuses nos gentianes nos composées en quantité remar
quable les orchidées denos montagnes les gazons et les fougères de
nos bois Puis ce sont les azalées les deutzias les aralias tout un
magasin de fleuriste éparpillé sur ce tapis sauvage Et ce sont enfin
les fleurs proprement japonaises comme les lys du pays si différents
des nôtres avec leurs immenses corolles blanches jaunes bleues
rosés orangées tachetées de mille manières plus magnifiques que
les vêtements des rois ou comme ces humbles fleurs la lespédéza
eulalie japonaise et tant autres que ce peuple raffiné aime préci- LA TATION AU JAPON 57
sèment pour leur humilité même pour leur beauté sobre et sans
éclat Ajoutez encore la variété que viennent mettre en ces tableaux
les degrés altitude par exemple au-dessous de 1000m. les lys
au-dessus la pat me aux épanouissements or plus haut encore
les parnassies et vous apercevrez aussitôt que ce décor naturel est
aussi changeant il était riche
Arrivons enfin aux forêts dont la flore constitue au moins la
moitié de la flore totale Ici encore et plus que partout ailleurs vous
vous sentez transporté bien loin de Europe Nos forêts consistaient
en un petit nombre espèces arbres abritant quelques buissons et
quantité herbes basses La forêt japonaise du moins elle se
compose arbres feuillage consiste en un très grand nombre
arbres et arbrisseaux de hautes herbes et de fougères et se dis
tingue surtout par un réseau compliqué de plantes rampantes et grim
pantes qui lui donnent aspect une véritable forêt vierge La forêt
européenne était pauvre la forêt de Amérique du Nord dans la région
orientale beaucoup plus riche la forêt japonaise est plus opulente
encore elle est dépassée que par celle de quelques pays tropicaux
Si on considère abord une forêt arbres feuillage par oppo
sition aux forêts arbres aiguilles on voit pêle-mêle le chêne
le hêtre le charme érable le bouleau le marronnier le noyer
orme le platane ou dans les parties humides le frêne aune
mais on voit aussi le magnolia aralia le cerisier japonais et de
nombreuses rosacées indigènes On voit enfin les lianes merveil-
leuses qui donnent ici la note exotique et qui marquent le caractère
particulier du pays Parmi ces dernières il celles qui rampent
terre celles qui ne appuient que sur des buissons peu élevés
celles qui attachent au tronc des arbres découronnés les enveloppant
un réseau de fleurs et dressant ainsi dans la forêt de blanches
colonnes hautes de 10 celles qui élèvent elles-mêmes quelques
mètres de haut puis élancent enroulent un arbre le suivent
quelque temps et passent arbre voisin courant détrônes entrones
comme une magnifique guirlande et celles qui comme espèce
que les Japonais appellent la rampante de fer étend de toutes
parts des câbles si forts on peut les employer pour soutenir des
ponts et celles qui épaisses et solides couvertes de mousses et
de lichens font ascension des chênes ou des rochers une
hauteur de 25 et celles qui comme élégante glycine montent
30 de hauteur en laissant retomber leurs fleurs splen
dides La plupart de ces lianes avec les glorieuses colorations
brunes blanches rouges violettes elles suspendent dans ombre
des arbres géants se retrouvent ailleurs aussi dans les forêts de
plantes vertes des régions méridionales où elles enlacent le camphrier
le laurier le camélia ilicium 58 OGRAPHIE GIONALE
Mais de la forêt arbres feuillage dont la flore secondaire défie
rait toute enumeration passons la forêt de conifères pour en
indiquer encore que les éléments les plus essentiels est de préfé
rence entre 500 et 1000 on les rencontre car au-dessous ce
sont plutôt le pin noir et le pin rouge qui dominent au-dessus le
mélèze et surtout le sapin Dans la région moyenne au contraire
régnent les conifères les plus remarquables es cèdres immenses
orgueil des grandes routes nationales des avenues triomphales qui
conduisent aux temples des forêts qui abritent les tombeaux des
shogouns les cyprès dont on compte trois variétés célèbres et bien
autres arbres utiles dont nous retrouverons plus loin les appli
cations
Un mot enfin sur la flore des hautes montagnes 000 environ
elle apparaît Chose curieuse tandis que dans nos Alpes les plantes
descendent des cimes avec les eaux et peu peu établissent dans
des régions moins élevées en revanche au Japon la migration de
bas en haut paraît être la règle générale Cependant au-dessus de
certaines limites les plantes les moins résistantes arrêtent et fina
lement on aper oit plus que la flore spéciale propre aux habitats
supérieurs Cette flore est caractérisée surtout par le pin nain que les
Japonais appellent pin cinq aiguilles par de petites éricinées ram
pantes et par les plantes spéciales aux régions arctiques ou par les
plantes alpines de nos plus hauts sommets Certaines de ces dernières
sont moins développées là-bas que chez nous comme les anémones
les primevères les saxifrages autres le sont davantage comme la
soldanelle qui épanouit dans arrière-été ses magnifiques clo
chettes rosés et les penche sur éclat des neiges En somme plusieurs
centaines espèces alpines se pressent escaladant les cimes et
témoignant ainsi de la richesse florale du Japon jusque sur ses som
mets glacés
Mais laissons ce tableau ensemble pour examiner de plus près
dans ce monde de plantes celles qui allaient avoir la plus notable
influence matérielle ou morale sur la civilisation Pour nous en
rendre compte la meilleure méthode sera de considérer cette flore
en bloc sans distinguer pour le moment entre état primitif et les
importations subséquentes et de voir le rôle que jouent ses principaux
éléments dans leur application aux divers besoins sociaux
Le premier de ces besoins est alimentation et la première
chose aussi qui vous frappe est que japonaise consiste
surtout en végétaux Voici abord ce que les Japonais exemple
des Chinois ont appelé les cinq céréales le riz orge le blé le
millet et enfin chose bizarre le haricot rouge Ce dernier tient sans
contredit une large place dans la nourriture du pays de nieme le
millet qui avec le blé et orge est surtout consommé par les pay- LA TATION AU JAPON 59
sans pour qui le riz est chose de luxe Mais ce en est pas moins le
riz qui vient en première ligne dans les préoccupations de agricul
teur japonais et la meilleure preuve est on ne cultive les autres
céréales que pendant la saison froide ou dans les endroits défavo
rables où il ne peut réussir Le riz du Japon est en enet le meilleur
de Asie ceux qui ne peuvent en permettre usage le vendent
un prix élevé et faut-il rappeler que sous ancien régime on éva
luait en mesures de riz les revenus des seigneurs le traitement des
fonctionnaires la condition des fortunes Aux cinq céréales on peut
ajouter divers produits de même espèce épeautre le maïs le sorgho
le blé noir
Viennent ensuite toutes sortes de Legj nies que les Japonais man
gent soit frais soit marines Parmi les premiers on peut citer côté
un certain nombre de légumes verts analogues aux nôtres la pomme
de terre cultivée surtout dans le centre et la patate douce dans le
Sud Parmi les seconds le daïkon superbe radis blanc atteignant un
mètre de longueur on laisse fermenter longtemps dans la saumure
et qui avec le raifort la moutarde les oignons le gingembre et di
verses herbes aromatiques constitue le principal condiment du pays
On pourrait encore signaler toutes sortes de produits végétaux qui
servent alimentation souvent une manière inattendue les tiges
rampantes de lotus les bulbes du lys doré la graine de if les jeunes
pousses du bambou les algues de la mer que sais-je encore Entre
les fruits enfin le kaki orange la gue le raisin la nèfle japo
naise les pommes les poires les prunes les pêches le melon
musqué le melon eau et dans certains endroits les châtaignes
De la nourriture passons aux boissons Ici encore nous retrou
vons le riz dont la fermentation donne le saké national en même
temps une sorte de liqueur plus douce le mirinn autre part
un breuvage encore plus répandu est le thé qui sous la forme de
thé vert est perpétuellement consommé par toutes les classes de
Empire côté autres infusions analogues sont plus ou moins
en usage infusions orge grillée de haricots rouges passés au feu
de fleurs de cerisier conservées dans le sel Quant la vigne elle ne
produit guère de bon vin mais elle existe et elle se développe Notons
aussi que si les Japonais ont horreur de opium en revanche ils fu
ment beaucoup le tabac dont la culture chez eux est fort étendue
Enfin lorsque nous aurons constaté que ancienne médecine japo
naise fondée sur la médecine chinoise donnait dans ses prescriptions
une place prépondérante aux potions tirées des plantes ne sera-t-il
pas évident que soit pour la nourriture soit pour la boisson en état
de santé comme en cas de maladie les Japonais ont presque tout tiré
du monde végétal En définitive ils sont un peuple de végétariens
depuis des siècles et on ne saurait exagérer les conséquences de 60 OGRAPHIE GIONALE
cet état de choses au point de vue de leur tempérament physique de
leur psychologie particulière et de toute économie sociale du pays
une remarque analogue impose en ce qui touche leurs habitations
elles sont en bois Ici encore est la no ils ont tout
emprunté ou peu près tout depuis la maison elle-même aux
moindres meubles Les bois pour la construction pour la menuiserie
pour ébénisterie sont très nombreux Le cèdre fournit le bois le plus
commun trop doux il est vrai et périssable le pin rouge un beau
bois solide les cyprès et surtout espèce que les Japonais nom
ment arbre du feu en souvenir du temps lointain où ils en
servaient pour produire le feu par frottement leur donnent un superbe
bois blanc très dense très durable ils emploient la fois pour
édification des temples shinntoïstes et pour la fabrication des objets
ils veulent laquer if indigène est recherché pour son bois rouge
aux veines admirables diverses espèces de chênes offrent un bois dur
et persistant qui convient la construction des vaisseaux des bâti
ments et autres gros ouvrages le hêtre est utilisé pour les outils
agricoles le kaki le santal blanc la paulownia impériale sont préférés
pour les boîtes les coffrets les commodes bien travaillées les petits
meubles soignés le magnolia était autrefois pour les fourreaux de
sabre deux espèces ormes sont fameuses par la nature presque
-.impérissable de leur bois qui sait résister humidité de la contrée
et une elles présente en outre un bois couleur acajou un grain
fort délicat le cinnamome produit un bois serré le camphrier si
abondant au Japon qui de plus par acquisition de Formose pres
que monopolisé exploitation de cet arbre livre un bois plus fragile
mais un lustre soyeux et qui restant imprégné de senteurs rési-
neuses permet avoir des meubles abri des insectes si des
tructeurs là-bas quoi on pourrait ajouter encore le camélia le
poirier le cerisier le catalpa et quantité autres espèces utiles
sans parler de arbre à-laque qui procure le vernis des tasses des
plateaux de la majeure partie des objets domestiques ou de la cire
végétale qui tirée un sumac frère de celui qui donne la laque sert
faire les chandelles qui constituent encore éclairage le plus répandu
dans intérieur et du charbon de bois qui est resté partout le moyen
de chauffage ordinaire En définitive toute architecture japonaise
depuis les plus vieux édifices publics sacrés ou profanes depuis les
palais impériaux et les grands temples aux plus humbles mai
sons des particuliers des toits de bois des murs de bois des colon
nades de bois des ornements de bois des meubles de on évalue
la richesse un homme après la nature des bois qui ont été employés
la construction de sa demeure on apprécie une colonne décorative
suivant les veines de son bois Or que de conséquences cet état de
choses Conséquences pour la vie domestique et sociale qui sans