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ARTS N° 416 du 19 juin 1953

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Revivez avec ce journal intégral du magazine "ARTS N° 416" et trouvez enfin les actualités sérieuses de cette époque du 19 juin 1953.
Vous allez pouvoir découvrir en une de ce journal datant de 1953, les sujets importants des grands titres de l'époque :
-MAX JACOB
-3 ARCHITECTES DE LA DESTRUCTION
-JACQUES BRENNER
-JEAN PAULHAN
-MIRO PAR G. RIBEMONT-DESSAIGNES.

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Publié par
Publié le 19 juin 1953
Nombre de lectures 28
EAN13 3607910116530
Langue Français
Poids de l'ouvrage 22 Mo

FAUT-IL PRENDRE MAX JACOB AU SÉRIEUX ?
iKTS
» . , i
140, Faubourg Saint-Honoré - ELY. 21-15 Du 19 au 25 juin 1953 - N° 416 30 francs
Trois " architectes " de la destruction
PAULHA N M I R O
'' . * i ; . . ,
Maître à danser Feu mystérieux
d'un haï masqué apporté d'Orient
#
Jean Paulhan multiplie les
EAN Paulha n s'est montré
exemples pour montrer la vanité surpris, un jour, d'être ap- par Georges Ribemont-Dessaignes par Jacques de l'étymologie. Il en explique J pelé « maitre à danser s.
aussi les tharme s et c'est ici Pourtant, il a parlé iHi-mème
que son étude devient passion-quelque part — c'est dans De la BRENNER à Miro, bien que le langage pic-nante. Paulhan établit la parenté OUS allons voir une exposi-paille et du grain — de la
littéde l'étymologie avec le calem- tion de l'œuvre récante de tural dont il use ait obéi à une rature considérée comme un bal nous fait assister' à des change- N Miro. C'est une raison d'évo-bour. longue évolution. masqué. De oe bal, il est incon- j ments de sens qui restent inex- m L'étymologie littéraire, dit quer cette figure de peintre dans testablement le maitre. Non seu- Il est impossible, en 1953, de pliqués : tuer vient de tutari qui Paulhan, est, un procédé, une for- sa totalité qui est considérable, lement parce qu'il sait mieux que ne. pas tenir compte de ce qu'on signifiait protég-cr. m me de discours. Son emploi re- encore qu'on la connaisse trop jersonne aujourd'hui exécuter les appelle vulgairement L'art abs-f Au surplus les mots français lève de l'art, de la persuasion. peu et que l'homme denrsure mo-igures les plus compliquées, mais trait. S'il faut parler
d'abstracont évolué dans la langue fran - Faire des réflexions sur l'origine deste. Attaché à sa terre par la aussi les enseigner et les expli- tivité & propos de Miro, c'est à
çaise même et il serait assez ri- des mots, donner une étymologie, chair et les nerfs, Miro est- Ca-quer. cause de l'évolution de sa ma -
dicule de vouloir employer les c'est un peu donner son explica- talan, c'est-à-dire, à la fois un
nière de peindre et de ses efforts Abandonnons tout de même la tion du monde. E n réalité, on •V' S homme du midi et un homme du dans la création d'un langage danse : Jean Paulhan a entrepris provoque l'illumination d'un ins. nord, selon qu'on pense à la
plastique personnel. Mais dans une vaste enquête sur le langage tant, mais cette illumination Prance ou à l'Espagne. Cela son état actuel, la peinture de et les mécanismes de l'Esprit. n'est pas plus valable, n'est pas combine en lui la Méditerranée
Miro n'est pas plus abstraite C'est dans le cadre de cette en- autre que celle que procure le fluide et la rudesse des collines. que tout langage concret parlé quête qu'il vient de publier La calembour. Car le calembour fait JEAN PAULHAN : A la vérité, par la sensibilité, il par les hommes. Le moindre des preuve par l'étymologie (1) pour lui-aussi preuve un instant, il
est un descendant des vieux ar- mots de n'importe quel langage montrer d'ailleurs que l'étymolo- a le même aspect brillant que
tistes catalans dans les veines désignant un objet, est une abs-gie ne prouve rien. l'étymologie et ouvre à l'esprit desquels coulait un feu mysté-« Méfiez-vous traction par rapport à l'objet C'est un vieux désir des hom- d'inusitées perspectives.
rieux apporté d'Orient et une qu'il désigne, mais en soi il est mes de faire dériver les
difféPaulhan remarque que, dans le certaine pureté abstraite, sans rents langages d'aujourd'hui d'un concret : le mot fleur désigne
langage courant, le laudanum doute venue du Nord avec un ce que nous sommes convenus langage originel où les mots au - des Lettres > devient lait d'ânon et la liqueur goût du symbole formel assez d'appeler ainsi, il est, abstrait raient coïncidé avec les choses
opiacée, liqueur à' pioneer <et étrange, une connaissance de par raipport à l'objet fleur, mais ou, du moins, les auraient assez
ainsi de suite). Celui qui fait su- l'universel qui entretient la ri- nous savons tous de quelle vie exactement représentées ou évo- Nous reproduisons le texte.
bir à ces mots de. telles trans- chesse vivante des instincts na - réelle et concrète il jouit, et. quel quées. On voudrait que l'hiéro- &uju? lettre adressée en 1948
formations ne cherche pas à être turels et les maintient sans cesse par Jean Paulhan à un jour- symbole il est en même temps glyphe soit la forme originelle
drôle. Il essaie seulement d'em- en rapport, étroit avec la péné- de toutes les fleurs. • des langues écrites et l'onoma- nal de lycéens, Entre-nous.
ployer des mots intelligibles, il tration poétique du monde. Tout topée la forme originelle des lan- réalisant une enquête sur le
essaie de donner un sens immé- (Lire la suite en page 4.) ceci s'applique mieux que jamais gues parlées. Claudel pense que thème : « Comment
êtesdiat aux mots qu'il prononce. En 101 is venu à la littérature. notre langue occidentale est faite
ce sens : « il ne procède pas au-Monsieur, d'idéogrammes : « L'évidence,
trement que Rimbaud, Claudel et dit-il, est là pour des vocables J'ai toujours eu un second,
Mallarmé » quand ceux-ci cons- INQUISITION va-l-élle renaître avec M. René-Jean Clôt comme grand prêtre ? Nous nous permet-ou plutôt un premier mé-comme le français œil (l'œil vu
truisent des théories sur le lan- tons de signaler au, grand inquisiteur, trois destructeurs de l'art, crui semblaient avoir échappé à en accolade de face et de profil, tier : agriculteur, professeur,
gage. I ses insitgat'ons et n'est-ce pas que le sourire de Stravinsky est diabolique » chercheur d'or, employé de et le regard qu'il décoche) ».
Paulhan en vient, à exposer la LE GRAND CONCOURS DE «ARTS» buréau... J'ai même été mi-Si tout cela paraît pure rêve -
démarche étymologique. Et l'on litaire (1914-1918). J'ai eu rie aujourd'hui, l'étymologie con- voit bien qu'elle ne diffère pas. mes accidents de travail. Le serve assez bonne pressé. Selon
dans les deux premiers mouve-Alain, il y a dans les mots une métier dp professeur seul
ments, de la démarche du fabri-source inépuisable de pensée qui m'a laissé de la honte : c'est
cant de calembours : empêche qu'on parle jamais de qu'il m'a fallu dire plus
1° on rapproche deux ou plu-d'une chose, dont je n'étais banalités. On entend d'autr e part
sieurs mots dont les sons se trou- STRRWINSKY pas sûr. couramment les pères de bonnes
vent voisins. familles dire que l'étude du latin Méfiez-vous de la
littéra2" on cherche à travers des ou du grec est de premier in- ture. Elle est pire que l'en- Le 18 juin, « Le Libertin », de mots retenus sur leur seul bruit vra »), il avait déjà déconcerté térêt parce qu'elle permet de seignement je veux dire : Strawinsky sera représenté à des liens et des passages de sens- par ses plus vieux camarades, abor-connaître la signification exacte que l'idée qu'on s'en fait l'Opéra-Comique. Nous avons de-On ne les cherche même pas dant à sa façon — et quelle des mots français. Mais c'est ici change sans cesse. L'écri- mandé à Georges Auric de pré-dans de nombreux cas : on as- façon ! — un des modes d'ex-vain (digne de ce nom) doit une illusion bien curieuse car ciser à nos lecteurs le caractère siste à un « retour en force Georges AURIC pression les plus périlleux qui l'étymologie est une course sans savoir s'arrêter d'écrire — de cet événement. d'u n sens d'abord négligé ». soient : le théâire « lyrique ». et le pouvoir — s'il le fau t fin : tout mot fait rebondir vers
Pa r son ampleur,' par les moyens pour quinze ans. 3° le sens et les idées que nous sincère et très réfléchie d'une un autre mot et bientôt l'on
somqu'il met'e n œuvre, les Solutions longue étude de la partition bre dans l'à peu prés. Parole A vous cordialement. Et découvrons communs à tant d9 E suis bien curieux, l'avoue- qu'il nous propose. «' Le Liber-. dont vous allez avoir la révéla-bonne chance ! mots apparaissent soudain com-vient de parabole, enseignement rai-je, de l'accueil qui. va tin » élargit, cette fois, avec une tion. du Christ, mais avant l'enseigne- Jean PAULHAN. me ayant été à l'origine de ces J être fait au « Libertin ». autorité saisissante, un débat mots. Il s'agit'ici d'une bien cu- • ment du Christ, le mot existait Expression la plus complète, « Succès » de public — ou in- dont j'en I revois assez mélanco-rieuse projection. On voit fonc-qui signifiait simplement confron- différence, éloges ou réserves la plus préméditée et en même liquement les. prolongements
tation, comparaison. Et avant ? tionner une illusion voisine d« de « la presse » : j'ai tenu à écrire temps la plus accomplie des qu'il. pourrait avoir... celle que, dans les Entretiens sur Autre exemple : on nous a re- mots dans un autre sens que ces quelques lignes dès mainte- dernières recherches de
Strabattu les oreilles de ce que le celui qu'ils ont aujourd'hui, sous des faits divers, Jean Paulhan winsky, il est fatal que les trois nan t et sans attendre davantage. Ai-je le droit de rejeter
aupoète était le créateur, mais le prétexte qu'on les emploie- Rien de tout ceci ne pourra actes de son opéra provoquent jourd'hui ce que j'écrivais voici
c'était d'abord le fabricant du rait dans un sens exact : le sens changer une opinion dont- je des réactions assez violentes. (1) Editions de Minuit. à peine quelques semaines ? :
poème, le parolier. d'un mot est celui qu'on lui don- vous demande de croire qu'elle Voici maintenan t assez
longDans certains cas, l'étymologie ne. (Suite à la page 6.) est, chez moi, l'expression très temps (souvenez-vous de « Ma- (Lire la suite en page 4.)
h
CHA LIA PINE, une voix
Connaissez-vous plus tendre que ia pensée
les chefs-d'œuvre Il y a quinze ans mourait Cha- museau pointu, tantôt
s'aplatisliapine dont Alexei Remizov sant à terre. par Alexéi
nous évoque l'attachante person- Ils s'étaient levés avec les
prenalité. mières lueu'-'s de l'aube. Les de la Peinture REMIZOV hommes se mettaient en selle et
ST-CE que je pourrais jamais les chiens, hurlant de joie
s'agioublier ces instants uniques, accessibles à tous, sonores ils pre- taient autour des chasseurs. Le E lorsque j'écoutais le chant de naient notre âme. veneur avec sa meute se mit en
Chaliapine - ? J'y retrouvais bien Française ? marche en avant. Derrière lui C'était la voix-même de la plus que moi-même : il chantait s'ébranla le long fourgon de lé-terre russe, la voix qui s'était tout ce qui est humain. L'amer- vriers, les piqueui's s'alignaient âéj à fait entendre par le monde, tume centuplée du cœur humain rpar trois en rang. Un coup de La semaine dernière, nous -N" 5 : D Jacques André, 55 venant des profondeurs du cœur se libérait et bouillonnait dans sifflet se fit entendre. Iégor bis, boulevard de la Ro-humain et exprimée par la pa- offrions à nos lecteurs, l'oc-son chant,. Où nous réfugier à ajusta son bonnet, secoua la tête, chelle, Bar-le-Duc. casion d'exercer leur sens role de Tolstoï et de Dostoievsky. l'heure noire et sous les coups toussa, et sa voix retentit sonore critique, leur don d'observa- N" 6 : M. Maurice Hérault,
des maux qui accablent et usent Sous un ciel clair et ensoleillé et chatoyante : tion et de témoigner de leur 37, rue Jean-Alexandre, l'humanité ? La mémoire du mal dan s la douce tiédeur d'une culture artistique. Nombre Poitiers (Vienne). est infinie : comment regarder le journée d'automne parmi les Les chemins à travers les pr-ai- d'entre eux, nous l'avons N" 7 : M. Brindel, 5, quai monde à travers les larmes de verts sombres des jeunes forêts Iries constaté avec plaisir, sont a,es Gabriel-Péri, Tulle (Cor-colère ? Seule la chanson peut jouaient des feuilles mortes. Tous Encore un sifflet et vingt voix réze). « visuels ». Plus de soixan-exprimer toute la douleur de la luisants d'étincelles dorées, les harmonieuses entonnèrent : te (en vingt-quatre heu- N* 8 : M. P. Monteret, 26, vie. longs fils de la vierge flottaient . .s'étendaient... res), ont reconnu dans le rue Auguste-Rodin, Sèvres.
en s'accrochant aux champs Pour ensorceler l'âme il ne cheval reproduit dans notre N" 9 : Mlle A. Piaux, 41, rue Et bientôt l'écho do la forêt
moissonnés,, il y en avait tant, fau t pas . parler, il fau t chanter. dernier numéro (415), le dé- Tahère. à Saiht-ClOuà. leur criait après : que les champs semblaient cou- 1Les mots - charment autant que tail de la party- inférieure N» 10 : Mme A. Nicolas, 15, • - au milieu des herbes.. .
verts d'un tapis en cristal. Les la musique, mais pour projeter le gauche du « Beffroi de rue jean-Dolfus, Paris
lointains se perdaient dans une C'est la Russie, je vois ses yeux feu de la parole il fau t une voix (18*) . Douai », peint par corot, en
tristes d'automne. brume épaisse, quelques trou-saturée de musique et miroitante mai 1871, et exposé au Mu- Mais tous n'ont pas eu peaux allaient et venaient par de sons plus fins que les mots et Deux guitares en sonnant sée du Louvre. Voici les au- l'œil aussi heureux et les des endroits creux, la fumée plus tendres que la pensée. Plaintivement, geignirent... teurs des dix premières ré- deux attributions, fausses le montait' vers le ciel. Deux ou ponses justes : Air connu depuis l'enfance, Elle n'a''•jamais existé et il n e plus souvent données, ont trois paysannes tournoyaient Mon vieil ami, est-ce toi ? reste pas de souvenir d'une autre N" 1 : M. Jean Lévy, 165, été Bonnard et Millet. avec leurs râteaux dans les chau -
incarnation . aussi éclatante de la rue de la Pompe, Paris. La voix de Chaliapine est vi-mes et des bandes d'oiseaux sif- • Nous rappelons que le
caparole et,de la musique, et je ré- vante. Je la garde dans mon liaient de leurs ailes en volant N" 2 : M. Pierre Pcilué, Cha- chet de la poste fait foi et
pète ce 'no m unique : Chalia- cceur. comme tous ceux qui ont vannes (Drôme). que les dix premières répon-d'un champ labouré: à un autre. pine. en le bonhéur de l'entendre. ses justes sont sélectionnées. Un renard effarouché se glissait N" 3 : M. F. Verdier, 27, rue
Pa r lui le ; charme de ces mots furtivement à travers le maré- Saint - Jacques, Dieppe Voici le deuxième
problèrusses intraduisibles comme les cage, pareil à une mince feuille (Seine-Inférieure). me que nous vous proposons Traduit.pa r
paroles des poètes,! joyaux flam- d'automne il s'allongeait parmi N" 4 : M. F. Bauziu, 10, rue et pour lequel,
volontaireUn des derniers grandsrrcdes de Chaliapine ; « Le Barbier de Séviïle.r (Photo Lipiûtsky*) boyante de' musique devenaient les mottes, tantôt relevant son Nathali e REZNIKOFF . des Nonnains-d'Hières. Pa- ment, nous ne donnons pas
ris (4°), trop de précisions.
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