Herrero, le poids des mots, le verbe haut
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Herrero, le poids des mots, le verbe haut

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L'un des personnages les plus charismatiques du rugby français livre ses réflexions au moment où la saison commence. Sans fard. Mais avec toujours à la fois le même enthousiasme et un recul qui lui permet de porter un regard plus sociétal sur son sport.

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Langue Français
Herrero, le poids des mots, le verbe haut
L'homme au bandana se félicite du retour aux affaires de Philippe Sella et Raphaël Ibañez.

Il est l'une des figures marquantes du monde de l'Ovalie. Joueur, entraîneur, écrivain, chroniqueur, consultant et avant tout amoureux d'un sport dont il s'est fait le chantre, l'homme au bandana rouge ne laisse pas indifférent par sa faconde et son analyse. Alors que la crinière et la barbe ont blanchi au fil des ans, la parole de Daniel Herrero est toujours à la fois aussi précise...., précieuse et imagée. L'intéressé qui n'a pas l'habitude de hurler avec les loups évoque avec un recul toujours nécessaire les évolutions du Top 14 au moment où une nouvelle saison commence alors qu'il reconnaît volontiers que ses liens se sont quelque peu distendus avec le rugby d'aujourd'hui. "Le Top 14 se présente depuis plusieurs saisons comme une compétition incontestablement de haut niveau. Sur le territoire mondial de l'ovalie, il en réunit tous les paramètres en termes de structures, de talents regroupés dans une même compétition" assure-t-il. En ajoutant aussitôt : "Il y a dans les process méthodiques, presque scientifiques, de la qualité du travail fourni par les gens qui sont dans cette compétition". A ce moment de sa réflexion, Daniel Herrero ne peut pas faire l'économie de s'interroger sur la signification de ce haut niveau dont il parle à propos du Top 14. Le moment pour lui d'apporter un bémol... "La saison qui s'annonce porte sûrement une grande excitation car tout est réuni pour que la compétition soit belle. Mais dans le temps de son développement, je trouve le Top 14 obnubilé par la performance, presque stérile en matière d'innovation, enfermé dans une problématique absolue du résultat qui l'appauvrit en termes de qualité. Il est très haut sur le rationnel, la méthode, l'environnement économique, la rigueur, la préparation physique, la robustesse et la robotisation des corps. Mais il est bas sur la joie et le ludisme". Et d'enfoncer le clou : "Il n'est pas conforme à la richesse des talents". Ce qui l'amène à évoquer "une métamorphose extrêmement dangereuse du rugby". Interrogé sur l'arrivée massive de grands joueurs étrangers et en même temps la difficulté pour les joueurs français de s'exprimer à certains postes où parfois ils sont même en voie de disparition, Daniel Herrero rappelle que le Top 14 est probablement le championnat national le plus élevé au niveau économique. "Il attire aujourd'hui des joueurs de grand renom de la planète, mais il va souffrir de cela. Le Top 14 est tellement riche qu'il devient très appétissant et on voit la problématique des marchés dont le premier marché avec les grands internationaux, le deuxième avec le Pacifique sud, le troisième avec les nations émergentes". Mais il veut croire que la situation peut s'améliorer avec les JIFF (joueurs issus des filières de formation), ce qui a pour objectif d'accorder davantage de place aux joueurs formés en France (chaque club du Top 14 doit compter 40% dans son effectif de joueurs ayant cinq saisons de licence à la FFR avant 21 ans ou trois saisons dans un centre de formation entre 16 et 21 ans). Alors que l'horizon est bouché pour les joueurs français sur certains postes comme les ouvreurs et les piliers droits... "C'est quand même une inquiétude, mais il y a un prix à payer quand on est riche et que l'on achète sans précaution, ce qui peut amener à un appauvrissement de notre élite nationale" constate-t-il. Daniel Herrero qui parle "d'un affermissement du ventre mou" perçu la saison passée dans le classement du Top 14 rappelle que, selon lui, il n'y a pas d'équipes a priori condamnées et qu'il n'y aura pas vraiment de championnat à deux vitesses cette saison dans une compétition où de glorieux anciens comme Philippe Sella à Agen et Raphaël Ibañez ont pris des responsabilités. "C'est une présence plus que logique et c'est de ne pas les avoir vus arriver plus tôt qui était suspect. Les grandes générations des leaders techniques nationaux depuis les années 95 ont fourni peu d'entraîneurs et de cadres. On les voyait s'orienter vers l'économie, vers l'image et l'exploitation de leurs compétences, un peu loin du terrain et les voir arriver est plutôt réjouissant. Peut-être que ceux qui sont en train de mettre le pied à la fenêtre vont sortir un peu de cette espèce de fossilisation des pensées rugbystiques contemporaines". Alors que les Jeux de Londres viennent de se terminer, le prochain rendez-vous à Rio dans quatre ans sera l'occasion pour le monde de l'Ovalie de revenir dans le milieu olympique (après avoir été présent aux Jeux de 1900, 1908, 1920 et 1924) avec le rugby à VII. L'occasion de demander à Daniel Herrero ce qu'il pense de ce retour. Il tient avant tout à rappeler en préalable "qu'il est évident et clair que le rugby à VII est quand même un autre jeu, une autre pratique, un autre univers". Et de se féliciter néanmoins : "Mais sa dimension éducative et ludique fait quand même que son insertion dans le domaine olympique me paraît une bonne chose". Du Herrero dans le texte.

"Acheter sans précaution peut amener à un appauvrissement de notre élite nationale"