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" Ne pas oublier d'où l'on vient"

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Depuis deux ans qu'il est aux commandes de l'équipe, Fabien Galthié fait des miracles avec Montpellier. D'un club luttant pour le maintien, il en a fait un club qui se qualifie régulièrement pour la H Cup. Mais il est vigilant et prudent car il sent que son équipe n'a pas trop de marges de manoeuvre pour lutter avec les grosses écuries qui ont de plus gros moyens.

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" Ne pas oublier d'où l'on vient"
"Avoir été dans les six ces deux dernières années, c'est un exploit."

Cet été, on vous a vu sur une étape du Tour de France. Vous n'allez quand même pas abandonner le rugby pour le vélo ! (sourire) J'aime ce sport, j'en fais et c'était génial de vivre cette course de l'intérieur, c'est quand même la plus belle du monde. C'était la première fois que j'étais dans la voiture de course donc j'étais impressionné. C'est la vitesse à laquelle ils vont qui est le plus impressionnant. C'est juste hallucinant. J'ai fait une étape qui passait dans la région, je connais donc un peu les routes par où ils sont passés et parfois je me demandais comment ils pouvaient aller si vite en restant sur leur vélo. J'ai été bluffé et je leur tire un coup du chapeau. Moi, j'en fais pour mon plaisir. J'ai vu ce que c'était le haut niveau et je peux vous dire que j'en suis très loin (rires).

Y'a-t-il des similitudes entre le cyclisme et le rugby ? Ça n'a rien à voir. Les efforts sont complètement différents. Les préparations aussi puisque les saisons sont différentes. Mais j'ai apprécié le don de soi des cyclistes, ils ne calculent pas leurs efforts comme les rugbymen. Et puis c'est quand même un sport d'équipe car même si un seul coureur gagne à la fin, c'est grâce à son équipe, sans elle il ne peut rien faire.

Vous êtes-vous remis de l'élimination en barrages face à Castres en mai dernier ? Oui, il le faut bien. Ruminer ça ne changera rien. On est déçu et on était frustré d'avoir perdu bien sûr. Quand on a une chance de se qualifier, perdre en quarts c'est une déception. Personne n'était satisfait, mais c'est la loi du sport. La saison précédente, on a été finalistes et on avait gagné à Castres en barrages. La saison dernière, ce n'est pas passé, c'est la vie, il faut l'accepter. C'est quand même une satisfaction d'être entré dans les six, d'être de nouveau qualifié pour la H Cup. C'est la deuxième année consécutive qu'on se qualifie pour la H Cup, ça montre que nous sommes en train d'acquérir une bonne régularité. C'est vers ça que nous devons tendre : être régulier sur le long terme. Mais c'est difficile car la concurrence est de plus en plus forte.

Quelles conclusions avez-vous tiré de cette défaite afin que ça ne se renouvelle pas cette saison ? Je pense que c'est notre jeunesse qui nous a joué des tours. L'équipe alignée sur ce barrage avait 24 ans de moyenne d'âge, c'est jeune et ça s'est vu sur ce match. Il fallait être en place et bien faire ce qu'on avait à faire. On avait de l'énergie, on était costaud, mais on a manqué de maîtrise. On était nerveux aussi. Tout ça est dû, je pense, à cette jeunesse.

La satisfaction, c'est que votre équipe a confirmé sa finale de la saison précédente.

Oui, c'est clair. On dit toujours qu'en sport le plus difficile est de confirmer. Après notre place de finaliste, on était attendu et ça c'était une nouvelle situation pour nous. Nous avions vécu une saison exceptionnelle, l'équipe jouait à 200 % de son potentiel. On a montré que ce que nous avions réussi la saison précédente n'était pas un accident. D'autant plus qu'avec la Coupe du monde on était très handicapés car on avait beaucoup d'internationaux qui étaient absents et c'étaient des cadres. On était avant-derniers à la 9ème journée. L'équipe avait du mal à digérer la saison précédente. On a connu un début de saison très difficile puis c'est allé mieux quand les internationaux sont revenus. On a fait un parcours honorable. En 2011, c'est cette jeunesse qui nous a permis d'aller si loin, l'année d'après cette jeunesse a eu ses défauts. Je ne sais pas comment l'expliquer. En une saison, les choses peuvent être très différentes, l'équilibre d'un groupe est très difficile à maintenir.

On a un réservoir limité en comparaison de ceux du Stade Toulousain, de Clermont-Ferrand et même de certains autres"

"Ce n'est pas parce que de grands joueurs sont regroupés dans une même compétition que tu vas avoir forcément du beau jeu."

Jusqu'où peuvent aller vos joueurs ? On ne peut jamais le savoir exactement. C'est sûr qu'il y a un potentiel à développer dans ce groupe comme on le fait depuis deux ans. Pour continuer à progresser, il faut savoir d'où on vient et ne pas oublier que l'année où on atteint la finale on était destiné à jouer le maintien, nous avons été à deux doigts de déposer le bilan. On est très soudés, c'est ça la force de ce groupe. De toute façon, sans solidarité, on ne peut pas s'en sortir en rugby.

Vous repartez cette saison avec un nouveau staff.

Oui. Avec le président on a beaucoup discuté et on a décidé de prendre Stéphane Glas et Mario Ledesma. Ils nous accompagneront Eric et moi. Je les connais bien et je savais que c'étaient de gros bosseurs qui peuvent nous apporter beaucoup. En leur faisant confiance on est sûr de ne pas se tromper.

Quels sont les objectifs que vous avez fixés à vos hommes pour la saison qui vient ? J'ai du mal à fixer des objectifs car c'est difficile de prévoir comment une saison va se dérouler, il y a tellement d'impondérables, de choses que l'on ne maîtrise pas comme les blessures, les méformes que c'est quasi impossible de faire des pronostics. On a fait finale il y a deux ans, quart de finale l'an passé, donc ça fait une moyenne d'une demi-finale pour cette saison. Non, plus sérieusement, l'objectif est de faire le mieux possible. Mais franchement, avoir été dans les six ces deux dernières années, c'est un exploit. J'ai du mal à jauger la valeur de l'effectif et à nous jauger par rapport aux autres aussi. Les premiers matches seront révélateurs et importants, mais il ne faut pas se le cacher, on a un réservoir limité en comparaison du Stade Toulousain, de Clermont-Ferrand et même de certains autres.

Justement, en parlant de moyens financiers, le club a connu des soubresauts cet été avec des rumeurs d'un trou dans le budget. Avez-vous été inquiet ? Non.

Quels sont vos favoris dans ce championnat pour cette saison ? C'est trop tôt pour le dire, mais forcément les grosses écuries seront là, comme elles sont là chaque année.

Cette saison, il n'y a pas la Coupe du monde, mais le Four Nations qui va priver votre équipe de six joueurs argentins durant les neuf premiers matches. Comment le vivez-vous ? Les Argentins offrent un super rapport qualité-prix, mais le problème est que le rugby professionnel n'est pas arrivé à maturité au niveau du calendrier. Il y a énormément de doublons dans la saison, les clubs sont souvent privés de leurs internationaux, c'est comme ça on ne peut rien y faire. Il va falloir que l'on fasse le dos rond comme au début de la saison dernière. Enfin, il faudrait quand même que l'on fasse un meilleur début que l'an dernier. Il faut que l'on s'appuie sur l'humilité, le travail et l'état d'esprit pour mieux entamer la saison à venir et récupérer dans les meilleures conditions nos Argentins.

Malgré vos bons résultats, vous êtes dans l'ombre des footballeurs et des handballeurs montpelliérains, champions de France en titre. Etes-vous jaloux ? Non, pas du tout. Moi, je ne suis jaloux de personne. Les succès, ça se mérite et s'ils gagnent c'est qu'ils ont bien bossé. Vous vous rendez compte, les footballeurs sont devenus champions de France avec le 16ème budget de L1, c'est fou. Ils ont réalisé un véritable exploit, à l'image de ce que nous avons fait en 2011 avec notre place en finale. C'est même plus fort car ils ont été champions de France. Quant aux handballeurs montpelliérains, ça fait un moment qu'ils se sont installés parmi les meilleurs. Le hand, c'est une institution à Montpellier. Les deux équipes ont mis la barre très haut. Cela pousse à l'humilité et à la modestie quand, dans la même agglomération, d'autres équipes réalisent de grosses performances. Ça vous motive et vous pousse vers le haut aussi. Donc c'est très positif pour nous.

Etes-vous surpris par les performances de votre équipe depuis deux ans ? Un peu car comme je vous le disais précédemment on part de loin. Mais le groupe possède des gars de grande qualité, non seulement sportives, mais aussi humaines. Les résultats que l'on obtient, c'est le fruit d'un travail quotidien. En obtenant de bons résultats, on est forcément sur le devant de la scène et on devient plus attractif pour les autres joueurs. L'effectif s'étoffe à mesure que les résultats viennent et les joueurs de l'effectif prennent aussi de l'expérience. Tout ça est lié. Mais il faut être très vigilant car tout ça reste fragile, il faut être sur le quivive en permanence.

Comment voyez-vous votre rôle de manager ? C'est un rôle qui évolue en permanence, avec beaucoup de choses à gérer, mais c'est passionnant. On doit construire la performance d'un groupe dont on fait partie. Le rôle du manager est de faire en sorte que chaque individu rentre dans l'aventure collective. La performance et la sérénité ne doivent pas être dissociées. Cela vaut également pour l'échec qui n'est pas nécessairement à dissocier de la performance. L'essentiel dans la recherche de performance reste le plaisir. Il n'y a pas de risque à chercher la performance si l'on fait de son mieux, si l'on prend du plaisir et si l'on gère de façon positive la pression. Le plaisir doit rester toujours présent même si le travail est laborieux. C'est un point de vue complètement personnel, c'est la façon dont moi je vois les choses.

"Pas jaloux des footballeurs et des handballeurs montpelliérains"

Malgré l'arrivée de stars, le Top 14 est paradoxalement de moins en moins spectaculaire. Pourquoi selon vous ? Ce n'est pas parce que de grands joueurs sont regroupés dans une même compétition que tu vas avoir forcément du beau jeu. Les enjeux deviennent tellement élevés, de plus en plus importants et du coup les équipes privilégient le résultat, ce qui est normal. Le niveau s'est resserré et même les équipes qui jouent le maintien sont difficiles à jouer, plus qu'avant. Il n'y a pas de petites équipes.