La Planèze - article ; n°166 ; vol.30, pg 257-270

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Annales de Géographie - Année 1921 - Volume 30 - Numéro 166 - Pages 257-270
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1921
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Madeleine Basserre
La Planèze
In: Annales de Géographie. 1921, t. 30, n°166. pp. 257-270.
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Basserre Madeleine. La Planèze. In: Annales de Géographie. 1921, t. 30, n°166. pp. 257-270.
doi : 10.3406/geo.1921.8936
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1921_num_30_166_8936257
LA PLAN ZE
Est du Plomb du Cantal se trouve un petit plateau triangulaire
abrité des vents pluvieux de Océan par les hauteurs du Plomb exposé
aux vents froids qui en balaient violemmen la surface couvert de vastes
champs dont les ondulations cachent quelques fermes est la Planèze
de Saint-Flour ou tout simplement la Planèze sommet du Plomb
du Cantal forme le sommet du triangle les côtés en sont de nis par les
vallées de Alagnon et de pie la base plus imprécise par la Truyère
prolongée de son affluent le Lauder puis par une ligne fictive laissant
en dehors tout ce qui est sur le terrain primitif Longue de 18 km et
large de 20 km. la surface du pays incline vers Est; son altitude
moyenne atteint 1000
FINITION DE LA PLAN ZE
La notion de Planèze semble se dégager un triple concept par la
nature du sol est une terre volcanique par le relief est un plateau
par économie humaine est une terre de culture
La Planèze est un plateau basaltique Le basalte est répandu en
nappe sur un sous-sol déroches primitives on voit affleurer dans les
vallées profondes cette nappe elle-même se compose de plusieurs couches
qui correspondent chacune une éruption différente Continue dans
Ouest de la Planèze on la voit se fragmenter de plus en plus vers Est se
découper en tables et se réduire en pitons isolés ce que les roches
primitives du soubassement soient complètement dégagées est ainsi
la limite Est de la Planèze on trouve les buttes de Vieillespesse de
Rézentières de Coren de Villedieu Alleuze est une des raisons pour
lesquelles on ne peut pas dire que la Planèze finisse brusquement vers
Est mais avant toute érosion elle étendait vers Est beaucoup plus
actuellement
La Planèze est un plateau Stric ement limitée au plateau la Planèze
éloigne de sa notion toute idée de relief marqué et de creusement profond
bien elle ne soit pas une surf ace très plan ni très régulière Néanmoins
est un plateau et tout ce qui est plus sur le plateau est plus Planèze
Demandez aux paysans des vallées de Alagnon de pie et de la
Truyère il sont en Planèze ils vousrépondront en élevant le bras que la
Planèze est en haut sur la plaine Interrogez un vacher ou un berger qui
passe de longs mois sur les flancs déserts du Plomb du Ganlal surveiller
ANN DB OQ XXX* ANNKE LA PLAN ZE 2ä8
des troupeaux de vaches et fabriquer des fromages dans de petites
masures isolées ils vous diront que la Planèze est plus bas et eux-
mêmes sont dans la Montagne Ainsi ni les vallées ni la Montagne
ne sont Planèze La Planèze est le plateau
Enfin la Planèze est uneterre de eu Uure Ce vaste plateau basaltique
monotone aspect est en grande partie semé De loin apparaissent
partout des champs de céréales dont les épis courbent la tête sous le vent
ou bien de grandes étendues vertes quand le terrain est plus humide
La Planèze est une terre agricole une terre fertile bien différente comme
économie des régions voisines qui se tournent vers la pâture est pour
cette raison on ne saurait comprendre la région contigue Ouest
qui étend entre les vallées de pie et du Brezons avec Pierrefort
comme village principal car en maints endroits le basalte disparaît
sous des matériaux origine glaciaire qui donnent des terres assez
médiocres ailleurs ce sont des roches granitiques qui affleurent partout
les conditions du sol poussent le paysan exploitation pastorale Tel
est par exemple le cas de la commune de Cezens des versants du Cantal
occupés en été par de nombreuses vacheries elle re oit des ruisseaux
riches en matières fertilisantes grâce ses belles prairies elle peut
faire en grand élevage une race de bestiaux la race de Cezens qui
rivalise avec cell& Aubrac Mais dès on rentre en Planèze est la
vocation agricole on observe presque partout
Il faut cependent excepter de cette région purement agricole la partie
de la Planèze qui borde la Montagne du Cantal elle forme transition
sous le nom de Haute-Planèze entre la vie pastorale du haut et la vie
agricole du bas les champs de seigle orge et avoine alternent
avec les prairies naturelles et arti cielles on entretient pour la laiterie
des bêtes de la race de lers plus bas dans la Planèze proprement
dite est la race Aubrac on élève pour la boucherie Cette tendance
pastorale déjà ancienne en Haute-Planèze accentue nettement depuis
une dizaine années on transforme beau-coup de labours en prés et
en pâturages on délaisse volontiers la culture des grains des lentilles
et des pois on cherche accroître de toutes manières les ressources en
foin en été on envoie les génisses dans les fermes des cantons Allanche
et de Condal pour pâturer sur les montagnes communales est sur
le bétail que reposent toutes les spéculations rémunératrices on achète
au dehors en novembre et décembre des vaches suitées on conserve
en mars au mois de mars ou avril dey cultivateurs du Puy
de Dôme viennent les acheter étable cette combinaison est ordinaire
dans les communes de Coltines Ussel Talizat et Valuéjols et dans une
partie des de Tanavelle et de Paulhac autre part les vaches
qui ont passé été sur la Montagne sont vendues au début de hiver
Observation due obligeance de Mr GLANGKAUI LA PLAN ZE 259
Ainsi la partie haute de la Planèze oriente chaque jour davantage vers
la production astorale Mais la basse Planèze la vraie Planèze demeure
iidele au labour
Les observations météorologiques manquent pour la Planèze Mais
ceux qui la connaissent savent que protégée du côté de Ouest par le
massif du Cantal elle re oit peu de pluie est un pays relativement
sec Mais surtout elle doit sa forte altitude un climat montagnard
hiver est une saison rigoureuse pour le Planézard ou pour tout
voyageur qui se hasarde un séjour ou même une simple traversée
-du plateau La neige voile tout elle atteint fréquemment une épaisseur
de Om.50 de m. plus rarement de On circule en traîneau par-
lois même ce mode de transport doit cesser est alors arrêt complet
<le la vie les courriers sont interrompus et ie*s habitants de la Planèze
demeurent enfermés dans leur solitude isolés de tout quelquefois pen
dant huit jours La neige reste sur le sol de novembre avril
La Planèze connaît des vents violents Le plus redouté Ecir le
vent de la tempête soulève la neige et la roule en tourbillons aveuglant
le voyageur perdu dans la plaine que les cloches un village voisin
essayent de guider au milieu de la tourmente est en toutes sai
sons que les vents balaient furieusement la surface de-la Planèze on
les craint toujours de quelque direction ils viennent Les vents du
Nord et de Ouest sont les vents du froid les vents qui soufflent quand
air est sec quand le baromètre monte le vent de Cezens annonce aux
habitants de Paulhac le froid et la neige il est pour tous les PIanézards
le vent du Plomb Le vent du Sud apporte la pluie celui du Sud-Ouest
les orages et la grêle Le vent Est est très rare en Planèze aussi
cherche-t-on de préférence les expositions Est ou Sud-Est abritées par
une petite pente pour construire une maison ou un village
Les saisons ne répondent pas aux époques déterminées par le calen
drier Ce est que vers le 15 mai on entrevoit le printemps Les
montagnes so débarrassent alors de leur manteau de neige et apparais
sent sous un tapis de verdure les bourgeons éclatent après un long
sommeil et les jeunes blés voilent la plaine un vert tendre Le prin
temps est très court la finde juin ou au début de juillet se manifestent
les premières chaleurs de été chaleurs très fortes brûlantes mais
assez souvent tempérées par les orages est époque des recolles le
paysan se presse de couper le foin qui nourrira ses bêtes hiver de
couper son blé de le battre et de engranger été se prolonge par une
arrière-saison délicieuse et calme Mais bientôt les vents emportent les
feuilles dorées des arbres et novembre arrive le troupeau revient de
montagne les étables ont oie remises neuf pour le recevoir la
vie de liberté et de plein air est iinie pour les hommes comme pour les
bêtes froid intense neige ecir lout chasse hoiuiue de la plaine
hiver con ne tout le monde d.ins la forme LA PLAN ZE 260
est aux vents il faut attribuer aspect dénudé de la Planèze
on ne peut guère parler arbres on en voit quelques rangées autour
des champs quelques groupes autour des villages mais de grandes
étendues en manquent totalement par exemple la région de Tanavelle
où la rareté des arbres est passée en légende une Planézarde excuse
de mettre une bûche dans son foyer en disant Nous ne sommes pas
Tanavelle La seule espèce on rencontre est le frêne dont la
feuille ajoute au foin hiver pour la nourriture des bestiaux On
aper oit aussi quelques ormeaux et quelques tilleuls autour des mai
sons Le vent grand ennemi de arbre le dessèche jusque dans ses
plus fines ramures On fait quelques essais de plantations mais les
résultats obtenus ont pas été encourageants probablement en raison
de action des vents Ces essais ne pourront peut-être donner de bons
résultats que ils sont entrepris sur une grande échelle la périphérie
seule souffrira alors de la tempête et protégera ensemble de la plan
tation
II. CONOMIE BUBALE
La Planèze se limite peu près 1200 et la Montagne lui fait
suite vers le haut Ces deux régions sont très différentes aspect elles
opposent complètement par économie mais elles sont solidaires dans
la vie agricole
La Planèze est le riche plateau de culture la montagne est espace
libre le pâturage où le bétail est abandonné toute la journée Mon
tagne ne signifie pas élévation de terrain mais pâturage est une
région élevée aux pentes fortes habitée temporairement pendant la
saison été livrée aux neiges hiver
La Planèze est le plateau orienté vers ia culture Mais elle du
bétail il faut nourrir et auquel ses foins ne suffisent pas Or la Mon
tagne peut offrir de vastes pâturages au troupeau pendant la saison
été elle appartient des propriétaires de la Planèze qui envoient leur bétail les bêtes sont accompagnées par deux ou trois gar ons
de ferme qui fabriquent les fromages et les rapportent leur maître au
début de hiver en même temps ils ramènent le troupeau La Mon
tagne est donc le complément de la Planèze
Les cultures de la Planèze Les cultures adoptées sont par ordre
importance le seigle appelé blé par les paysans) le froment
orge avoine les lentilles le sarrasin la pomme de terre les raves
le raifort Depuis quelque temps on cultive aussi des betteraves quel
ques légumineuses des pois dont on nourrit les animaux et une sorte
de pois noir appelé la jarosse hiver on enfouit comme engrais
pour le froment Il pas longtemps cultivait aussi du chanvre
du lin du colza et de illette pour usage domestique hui on LA PLAN ZE 261
en cultive moins bien que ces cultures aient ete reprises depuis la
guerre Mais est avant tout le seigle et le froment dans toutes leurs
variétés meteil touzelle ou froment de printemps marsinge ou seigle
de printemps) qui ont de la Planèze un véritable grenier Le
domine dans la proportion de hectares ensemencés contre de blé
orge 130 avoine de lentilles et 080 de pois est ailleurs le
blé des paysans élément constitutif de leurs grandes tourtes on
voita chaque repas sur la longue table de bois On cultive beaucoup de
froment hiver depuis cinquante ans Exigeant une orientation privi
légiée une température douce craignant la grêle et les fortes gelées de
novembre ainsi que les brouillards ne pouvant être semé que sur un
sol un peu argileux avec quelque engrais on comprend il réussisse
difficilement en Planèze Néanmoins il gagne de plus en plus sur le
seigle et hui tous les environs de Saint-Flour sont semés en
froment
Seigle et froment servent la nourriture de homme mais pas seu
lement celle du Planézar.d car chaque année des leveurs visitent
les greniers de la Planèze et achètent en gros les céréales pour les
exporter souvent les meuniers viennent aussi les acheter directement
Fréquemment le seigle est donné aux animaux Le blé noir sert fabri
quer les galettes que les Auvergnats apprécient beaucoup La nourri
ture des porcs est Orge et les pois ainsi que le son avoine sert
aux juments Enfin la pomme de terre est la fois la nourriture des gens
et des bêtes
est seulement lorsque les moissons sont terminées on
laissé un peu reposer la terre on sème le seigle et le froment est-
à-dire fin septembre ou début octobre il faut que le soit semé
le plus tôt possible afin il prenne force avant les gelées On compte
beaucoup sur la couche de neige pour protéger les grains durant
hiver Pour semer orge avoine les lentilles et les pois on attend
mars et quelquefois avril car on ne peut retourner aux champs tant
il reste de la neige orge on réserve alors les meilleures terres
avoine plus résistante se risque des altitudes plus élevées
La moisson est un fait original de la vie rurale en Planèze Du
juillet au août les épis sont mûrs il faut les couper rapidement de
peur de la pluie ou de la grêle Le Planézard ne moissonne pas seul
il emprunte les bras de deux populations voisines les Tochis et les
Barrabans Les Tochis viennent en bandes du Quercy vêtus légè
rement une simple blouse et un pantalon de toile un large chapeau
de paille sur la tête la faucille en bandoulière la besace et les sabots
ferrés sur épaule ils vont reprendre dans la ferme la place ils ont
quittée année précédente et ils connaissent depuis longtemps est
une race active et sobre travaillant fort et se contentant de peu un
rugai repas et un lit de foin La besogne terminée dans une ferme 262 LA PLAN ZE
ils passent dans la ferme voisine et font ainsi le tour de la Plansze-
laissant des pignons1 après eux et regagnant la besace pleine de fro
mages du pays les rives du Lot Les Lozériens les Barrabans viennent
achever le travail des Tochis race hommes solides larges épaules
actifs comme les premiers ils viennent démolir les pignons et baltrfr
les épis avec antiques fléaux Ils suivent la trace des Tochis passpnt
dans les villages que ceux-ci ont abandonnés et quittent la Planèze leur
tâche terminée
Mais vite le temps presse il aut ensemencer car on est en septembre
et la saison agricole avance On remue la terre trois fois puis
le seigle est semé de la septembre au octobre le froment du 15 sep
tembre au 15 octobre La saison du travail ne présente plus partout un
caractère aussi rustique homme compris et comprend de plus en
plus que la machine peut le servir en accélérant les travaux de la
saison et en épargnant son effort et hui particulièrement
dans les régions voisines de Saint-Flour et de Murât est-à-dire
proximité des voies ferrées on aper oit des moissonneuses et des bat
teuses mécaniques qui font comme les Tochis et les Barrabans
la tournée des villages de la Planèze sous la conduite entrepreneurs
commen ant par les endroits bien abrités bien orientés où la moisson
est prête la première de Murât remontant vers Paulhacet unis sant vers
Talizat région plus froide
Un autre progrès est celui de emploi des engrais Le planézard
commence utiliser engrais il méprisé ou plutôt négligé si long
temps car il voit que sa terre naturellement bonne épuise vite Avant
ces dernières années le fumier de ferme déposé par tas au milieu des
champs et répandu une fois la terre remuée était le seul engrais utilisé
On commence maintenant et là employer des engrais chimiques
des superphosphates ainsi que des scories de déphosphoration Depuis
longtemps on cultive la luzerne mais elle ne peut durer bien long
temps par suite du peu de profondeur de la couche végétale puis la
luzerne il faut de engrais Plus généralement on lui préfère le trene
qui représente une période de assolement après deux récoltes excel
lents fourrages on peut enfouir la troisième coupe qui sert alors engrais
reconstituant riche en calcaire tant par ses feuilles vertes enfouies que
par la décomposition de ses racines Très généralement le trèfle est semé
au milieu de avoine
assolement adopté est généralement triennal la première année
on sème du seigle ou du froment la deuxième des céréales de printemps
la troisième du fourrage En bien des endroits cependant on pratique
assolement biennal un an sur deux la terre se repose et année où
elle travaille on la sème moitié en céréales de printemps moitié ea
Nom donné aux gerbes entassées après la moisson LA PLAN ZE 263
seigle automne Mais on tend supprimer les jachères et cultiver
la plupart des terres chaque année
herbe et le bétail dans la Planèze La Planèze ne possède pas
que des champs le long des vallées et dans certaines dépressions elle
aussi des prés Le Planézard soigne son pré comme il soigne son
champ il irrigue par des peilleres -canaux irrigaUon quand le
pré est au bord de la rivière ou par un réservoir dans le cas contraire
deux fois par an il en fait la toilette Les prés par rapport aux terres
de cultures occupent en Planèze une faible place Par exemple
dans une propriété de Fressange en Basse-Planèze mesurant 30 hec
tares sont en prés en pâture et 19 sont cultivés La commune
de Lescures plus près du Plomb 2700 hectares dont 1100 en labour
900 en prés 700 en communaux Mais ces prés sont précieux ils don
nent le foin pour hiver il pas faire fond sur les fourrages artifi
ciels ni sur les racines on cultive peu La fenaison plus que la moisson
conservé son caractère antique De fin juin fin juillet on fauche
dans toute la Planèze est une époque de travailet en même temps de
fête Le Planézard qui coupe son foin est aidé de ses voisins et les aide
son tour et tout le monde travaille gaiement lefoin engrangé on fait
rôtir un quartier de veau on débouche une bouteille de vin on chante
on danse au son de la casutle est la Baradsada la balayée est-
dire le coup de la fin
Les animaux élevés en Planèze sont les bovidés les moutons les
porcs et aussi un assez grand nombre de poulains et mulets quelques che<
vaux On élève des mules et des mulets on fait produire la mment
poulinière pour les vendre dès âge de six mois la foire de la Toussaint
Saint-Flour où les Espagnols et les Catalans viennent les acheter
Parfois même on les expédie dans le Nordide la france et en Belgique
Dans son mémoire de 1697 Lefèvre Ormesson mentionne le com
merce des mules élevéesen Planèze1 hui ce commercea diminué
par suite de la modification des moyens de transport Quant aux bovidés
adultes après engraissement ils sont dirigés sur les marchés de Nîmes
Marseille et Paris Les jeunes sont expédiés dans certaines régions du
Midi dans le Tarn spécialement dans la Haute-Loire et les départe
ments circonvoisins Le bétail est donc en grande partie exporté il
reste cependant aussi dans le pays pour fournir le travail des champs
la charrue sont attelées très souvent des vaches sauf dans les grandes
exploitations qui peuvent entretenir une paire de ufs néanmoins le
travail de la terre est facile pour la vache car le sol de la Planèze est
léger et friable
Mais la Planèze ne suffirait pas seule nourrir ses bêtes elle se
complète quant élevage par la montagne
Mémoire manuscrit Arch Naf. cote G7 101 111 264 LA PLAN ZE
La Montagne La montagne vaste lande et pâturage sur les som
mets du Plomb comme richesse essentielle élevage De distance en
distance on aper oit moitié cachée dans un léger pli de terrain
entourée de quelques arbres une petite masure isolée construite en
pierres sèches est un buron est là que Auvergnat fabrique ses
fromages est là que du plateau va exiler avec son troupeau
toute une partie de année emigration temporaire plutôt que noma-
disme car il ne déplace pas son centre de vie sa ferme
la un de mai le troupeau quitte la ferme pour la montagne/Deux
hommes et quelquefois trois partent avec lui parcourant souvent plus
de 30 et 50 km pour arriver leur montagne une fois arrivés ils
établissent là pour six mois livrés leurs seules ressources La céré
monie du départ est solennelle un prêtre vient donner sa bénédiction
au troupeau
La comprend deux parties la fumade près du buron
avec le parc formé de claies de bois est là -que deux fois par jour on
rassemble les vaches pour les traire et est là elles reviennent pour
la nuit les aygades ou terrain de parcours où les bêtes vont et
viennent librement
Mais originalité de la montagne est le burun où se fabrique le
fromage Le buron apparaît comme une misérable hutte en basalte
recouverte un toit débordant de chaume ou de basalte qui main
tient intérieur une température régulièrement fraîche une toute
petite porte très basse en guise ouverture ne permet jamais un
rayon de soleil de ûltrer dans intérieur obscur Le buron est entouré
un petit jardin où le vacher cultive quelques légumes Deux autres
huttes encore plus grossièrement construites sont des compléments du
buron une est la cabane des veaux autre le logis des porcs engraissés
avec le petit lait déchet de la fabrication du fromage intérieur un
buron est très simple deux seules pièces la composent très sombres
très peu aérées et trop souvent sales la première dans laquelle on entre
directement est encombrée de baquets de bois de moules fromage
de presses bien primitives formées de quelques lourdes pierres posées
sur des planches de bois dans un coin une table grossière un banc
et une sorte de lit pour le vacher et son compagnon La seconde est
encore Jplus sombre ayantr comme ouverture que la porte basse qui
faijt communiquer les deux pièces est la cave creusée dans la mon
tagne du côté Nord pour maintenir dans une température égale et fraîche
les rangées de fromages on aper oit dans cette demi-obscurité et
qui doivent fermenter avant être portés au marché
Cette misérable hutte est le centre de vie de deux ou trois hommes
pendant cinq ou six mois de année Ils vivent là dans une atmosphère
fade de caillé et de présure Peu dif ciles pour eux ils ne le sont que
pour leurs bêtes Deux fois par jour heures du matin et heures LA PLAN ZE 265
du soir ils partent avec leur grand seau de bois pour traire les vaches
ils rapportent le lait au buron et lui font subir toutes les opérations
nécessaires pour le transformer en fromages énormes fournes qui
pèsent 30 et 50 kgs
En 1918 une vache laitière rapportait de 800 1000 fr est-à-dire
le prix de vente dé 100 150 kgs de fromage phis le prix du veau sans
compter la valeur de la bête elle-même et utilisation du petit lait
pour engraissement des porcs
Les salaires mêmes par suite du manque de main-d uvre ee sont
élevés dans de fortes proportions en 1913 un vacher gagnait de
600 800 fr en 1917 de 2500 3500 fr un bouvier avait en 1913
de 500 700 fr en 1917 de 1400 2000 fr ün petit berger de mon
tagne qui on donnait 150 250 fr en 1913 gagnait 600 1000 fr
en 1917 avec la nourriture en supplément La montagne est actuelle
ment un excellent rapport
La Pianèze complétée par la montagne produit donc essentiellement
des grains des bestiaux et des fromages
est dans les foires surtout que ces produits se vendent Les foires
hiver sont peu importantes cause des dif culles de circulation
elles été sont aussi très faibles car les paysans sont occupés aux
champs Le de mai est époque où on achète les bestiaux pour
garnir la montagne le octobre on vend les bêtes qui en descendent
le Iw novembre la foire de la Toussaint est renommée pour les ventée
importantes de mules et de mulets aux Espagnols
Des marchés complètent les foires toutes les semaines on vend
les ufs le beurre les fromages et la volaille Les fromages de la mon
tagne sont exportés Paris le centre de ce commerce est Aurillac
Saint-Flour qui se trouve par son site hors de la Pianèze rattache
par son rôle économique est là que se tiennent en effet les plue
grandes foires du pays on peut même dire que la ville jadis forteresse
jadis aussi centre de tissage ne vit plus que par elles
111 HABITATIONS VILLAGES ET PAYSANS
Maisons et villages La maison du paysan Planézard comprend
habitation suivie sur le même plan des bâtiments exploitation
plus importants que le logis composés une longue écurie surmontée
une vaste grange écurie Ouvre sur la cour généralement par
deux portes la possède une ouverture laquelle on accède par
une pente douce angle droit avec habitation
Qn trouve peu de granges séparées en Pianèze sauf dans lesgrandes
exploitations Le logis habitation et les bâtiments exploitation sont
construits avec la pierre noire du pays blocs de basalte quelquefois
recouverts de chaux le tout abrité sous un large toit débordant