Le Djebel Demmer - article ; n°27 ; vol.6, pg 239-254

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Annales de Géographie - Année 1897 - Volume 6 - Numéro 27 - Pages 239-254
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1897
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Langue Français

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Paul Blanchet
Le Djebel Demmer
In: Annales de Géographie. 1897, t. 6, n°27. pp. 239-254.
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Blanchet Paul. Le Djebel Demmer. In: Annales de Géographie. 1897, t. 6, n°27. pp. 239-254.
doi : 10.3406/geo.1897.5612
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1897_num_6_27_5612239
LE DJEBEL DEMMER
CARTE PL VII
Suivant exemple donné par le commandant Rebillet dans son
très intéressant ouvrage sur le Sudde Tunisie je reprends les
auteurs arabes du moyen âge le terme de Djebel Demmer pour ap
pliquer avec eux toute la région montagneuse qui étend depuis
le Djebel Nefousa au sud de Gabes sur une longueur de sept
jours de marche1 Les cartes modernes divisent cette région en
plateau des Matmata Djebel Douirat Djebel el Abiodh2 ce sont des
divisions exactes et nécessaires mais est autre part une restaura
tion utile que celle du seul terme par lequel on puisse désigner
ensemble des plissements qui forment ossature du Sud tunisien
Le Sahara algérien et tunisien est une cuvette elliptique dont le
grand axe suivi par Oued Igharghar et lOued Rirh est orienté du
Nord au Sud Sur un fond de roches dévoniennes dont celles ont très
exactement épousé la courbure épaisses strates crétacées se sont
déposées Plus tard les pluies qui ont donné au grand désert sa phy
sionomie actuelle ont débité et roulé au centre de la cvuette les
parties hautes de la périphérie Il en résulte que le Sahara algérien et
tunisien nous présente abord en son centre une région alluvions
récentes presque horizontales ainsi il convient des apports
fluviaux ou puis des plateaux calcaires qui plongent eux
aussi en pente douce vers intérieur de la dépression
extérieur ces plateaux se terminent par une falaise abrupte
falaise Golea falaise El Biodh falaise Douirat leur pied
tendent la vallée de Oued Loua la dépression du lac Menghough ou
Arad de Gabes le voyageur qui vient de Timbouctou de Ghat ou de
Tr poli doit escalader un mur pour pénétrer en notre Sahara
Le Djebel Demmer qui est proprement parler la portion tuni
sienne de ce mur est donc pas une forme isolée et nous ne saurions
être étonnés de lui trouver des ressemblances géologiques nombreuses
IBN RriALDOuN is/.oire des Berbères Trad fie Slane 280
Voir Cape DE LAK.MINAT tude sur los formes du terrain flans le Slid de la
Tunisie frontière de la Ann de r/éof/. 8t 0ài juillet 1896
La pente est presque insensible au voyageur qui depuis Oued Rirh gagne
Douirat rhadamès ou El Biodh lui faut faire 3ü0 öOO ou 700 km pour atteindre
une altitude de 240 OGRAPHIE GIONALE
avec le plateau du Mzab ou les falaises du Touat.Mais il en distingue
par sa position aucun obstacle arrête les caravanes qui de Oued
Rirh gagnent Ghardaya Insalah et Temassinin sans doute le pays
est nu et la route est dure mais tout le commerce du pays noir en
passait pas moins par là avanfcla conquête fran aise Soudan Sahara
Mzab sont en relations constantes et naturelles
Au dos du Djebel Demmer au contraire une région inabordable
de sables sans eau semble une barrière destinée isoler la montagne
du monde saharien quatre cents kilomètres de dunes sont un obstacle
qui effraie les nomades les plus intrépides les relations du Djebel
Demmer se sont orientées vers des contrées plus faciles atteindre
la Berbérie au Nord Est Egypte et Asie
Au pied de la falaise El Golea Insalah ou de Temassinin autre
part le désert étend nouveau il faut trois mois de marche pour
gagner Timbouctou ou Agadès cinquante kilomètres du Djebel
Demmer la Méditerranée baigne Arad de Gabes
Situé au point de contact de Orient et du Maghreb ignorant un
Sahara barbare qui est pour lui sans intérêt mais dominant la mer
et commandant les routes Asie le Djebel Demmer devait jouer dans
histoire de Afrique un rôle plus important que la Hämada el Homra
ou les falaises du ïidikelt
Le Djebel Demmer est formé par un redressement de couches
jurassiques recouvertes leur extrémité occidentale par des calcaires
cénomaniensqui eux-mêmes ont disparu sous des calcaires sénoniens
enfouis leur tour sous le manteau des alluvions récentes Il se divise
en trois régions distinctes une avant-chaîne une falaise et un long
plateau peine incliné qui étend vers lOuest aux atterrisse-
ments quaternaires avant-chaîne jurassique appelle le Djebel ei
Abiodh des Ouderna la falaise cénomanienne est le Djebel Douirat
le plateau sénonien est le plateau des Matmata
Nature des roches formes du relief productions du sol origine
race urs des indigènes histoire du pays diffèrent selon que on
passe de un autre de ces districts il est malaisé de trouver un
exemple plus net de régions naturelles
II
La région des Matmata et de Tamezred est un vaste plateau formé
de calcaires puissants presque horizontaux Les vallées peine sen
sibles très larges de pentes très douées sont orientées Est en Ouest
ainsi que les dos qui les séparent ce sont les dernières manifesta-
Voir les feuilles XXII Kébilli XXIII Gabes XXVII Douz XXVIII Ksar
Médenine XXXII Douirat de la Carte de Reconnaissance de la Tunisie 1/200 000
publiée par le Service géographique de armée LE DJEBEL DEMMER
tions de la grande poussée qui dresse parallèlement Equateur
Atlas Aurès le Djebel Guettar et le Djebel Tebaga Plus nous nous
éloignons et inoins ils nous apparaissent nettement au delà des val
lées de lOued Bahira et de Oued Guermessi que relie un seuil peine
sensible les soulèvements du sol courent dans le sens du méridien
Ces vallées dans la partie nord du plateau surtout affectent volontiers
la forme de cirques Le fonden est alors occupé par des limons rouges
assez durs empâtés une épaisse couche de tuf
Les calcaires du plateau ne portent que de alfa Les vallées du
Nord se prêtent mieux la culture est là que se sont fondés les vil
lages des Matmata
On arrive de Gabes Haddège leur principal établissement après
trois heures de montagne La plaine est pas loin mais la route est
fatigante est un escalier glissant semé de galets et de roches en
trois heures voilà trois fois que notre mule perdu pied Quand le
couloir élargit un peu on aper oit deux ou trois redressements plus
lointains ce sont des collines longues minces droites taillées en
tables et dont le pied est bordé une ceinture régulière de cônes é-
boulis bien égaux
Dans ces pierres peu de végétation Cependant quelques plantes
affectionnées aux calcaires thyms romarins toutes essences aroma
tiques dont se compose le parc qui verdoie au flanc du Zaghouan et
que je retrouve ici au parfum violent dont elles remplissent air
droite et gauche du chemin de petits ravins perpendiculaires
viennent de la montagne la vallée Le fond en été aplani on
porté dos homme quelques couffins de terre végétale et on
retenu cette terre par des murs de pierres sèches Ces terrasses
étagent les unes au-dessus des autres comme les biefs un canal
Ce sont de pauvres champs de vingt mètres carrés où poussent deux
figuiers un olivier quelques légumes Mais on les cultive avec un soin
jaloux la terre est fréquemment remuée le pied de chaque arbre est
entouré un fossé et une digue vienne la pluie qui ruissellera des
parois du ravin et qui de marche en marche arrosera tous les jar
dins chaque arbre aura une provision eau suffisante pour attendre
pendant six mois peut-être averse prochaine
aucuns plus audacieux ne se sont pas contentés de porter de la
terre au fond des ravins ils ont remblayé dans le lit de oued des
terrasses parallèles sa pente un barrage force les eaux attendues
se répandre surle sommet de ouvrage puis par un saut de deux ou
trois mètres on leur permet de reprendre leur course
On étouffe dans ce défilé resserré encore de murs et de barrages
est un soulagement que arriver au sommet et apercevoir ses
pieds les taupinières ou vivent les gens de Haddège
Les limons rouges dont je parlais tout heure affectent ici une
ANN DE OEOG Vl ANN 16 242 OGRAPHIE GIONALE
disposition toute particulière on dirait une mer solidifiée Le fond
du cirque est bossue de petites dunes entre lesquelles il quelques
arbres Une seule maison blanche qui est le gouvernement part le
Khalifa les six cents habitants de Haddége vivent sous terre
Chacun des mamelons de la vallée été creusé en son centre un
puits de six sept mètres et de dix mètres de côté Au fond de ce et sur chacune de ses parois on ouvert des galeries qui épa
nouissent intérieur de la butte en chambres en cuisines en salles
de réception Puis on pratiqué un tunnel qui vient aboutir au dehors
au niveau du solde la cour est entrée unique de la maison troite
tortueuse facile fermer et défendre il faut prendre garde en
promenant de ne se point heurter une croupe de cheval ou une
bosse de chameau car ce sont des élargissements de ce passage qui
constituent les écuries et les étables Au centre de la cour énormes
paniers tressés en forme de calebasses renferment le grain nécessaire
là-consommation journalière Les greniers sont des chambres sou
terraines qui communiquent par une cheminée avec le sommet de la
butte est là-haut que on décharge les chameaux rien de plus aisé
que de vider ensuite dans la cheminée les tellis gonflés de grains
Près de issue du couloir une citerne où aboutissent de nombreuses
rigoles les puits sont rares et lointains mais eau conservée dans
les sables est une pureté et une fraîcheur exquises Haddége est
un des grands crus du Sud
La fraîcheur dont on jouit sous la terre se paie de quelques inconvé
nients il est abord très malaisé de circuler dans le village Les dunes
se touchent se joignent enchevêtrent et ne communiquent entre
elles que par étroits isthmes de sable est sur ces ponts de Mahomet
que circulent les gens du pays buttant chaque pas sur une taupi
nière nouvelle ou arrêtant pour contourner un trou inattendu
En second lieu la construction une maison est un événement
rare et une entreprise de longue baleine La terre que on creuse est
en effet fort dure ces limons ont acquis la consistance du roc et
quand un citoyen de Haddége veut construire une habitation nouvelle
toute la communauté doit se mettre sur pied On attaque le sommet
de la dune choisie les ouvriers enfoncent avec la cour entrant et
sortant par une rampe accès conservée sur une des parois Mais
sitôt habitation prête recevoir son maître escalier est détruit et
il plus issue que le long tunnel qui perce la dune Il faut un
an me dit-on pour creuser la demeure un homme riche
Enfin quand une averse tombe sur Haddége les cours intérieures
deviennent des mares de boue où nagent les poules les paniers et
les plats couscouss eau envahit chambres et couloirs Il faut au
moyen échelles gagner les chambres du second étage percées
mi-hauteur de la paroi Il avait là un véritable danger les Matmata LE DJEBEL DEMMER 243
creusent en ce moment un canal central qui recevra les eaux de tout
le village apportées des cours intérieures par des conduits souterrains
Les habitants de ces grottes sont gens aspect très doux accueil
très hospitalier et qui semblent loin de nourrir contre le Roumi
les mauvais sentiments des Arabes de la plaine Et en effet ils con
naissent mieux les chrétiens ils les ont vus de près et ils ont travaillé
parmi eux un quart de leur population habite les villes du Nord
Voici huit siècles ils exercent de petits métiers commissionnaires
porteurs eau man uvres Ce sont gens très durs la fatigue qui
se reposent du labeur de la journée en dormant sous une porte en
hiver sur un trottoir en été Ce sont gens ardents au travail et dont
honnêteté est proverbiale par toute la Régence
Quand ils ont gagné quelques piastres ils rentrent au pays achètent
un palmier deux oliviers trois figuiers et cultivent la terre avec la
conscience et énergie ils ont apportées Tunis ou àSousse dans
accomplissement de leur tâche journalière
III
Est du plateau des Matmata apparaissent les formations cénoma-
niennes qui constituent ici la falaise terminale de la cuvette saha
rienne
Ce rebord de plateau allonge du Nord au Sud escorté Est par
une série de massifs qui en ont été séparés Certains lui sont encore
rattachés par un pédoncule qui ne peut tarder se rompre la falaise
en effet est formée une alternance de bancs calcaires et de couches
de sable ou de marne Le soleil calcine les unes et les réduit en pous
sière il sillonne les autres de multiples fissures la chute un pre
mier fragment déterminé la chute du fragment voisin et de toutes
parts la muraille tombe en morceaux Elle est profondément entaillée
de longs fjords très minces creusés en ravins profonds aux parois
verticales alignés généralement de Est Ouest mais souvent aussi
de formes compliquées et capricieuses ils tournent et retournent
allongent et serpentent et finissent par découper entre leurs
méandres des arêtes très vives et très minces qui se terminent en
proues sur la plaine et qui bientôt détachées deviendront leur
tour un îlot indépendant comme le Djebel Sitana
Ces proues abord diff cile ont attiré les villages garantis de la
plaine par leur altitude isolés du plateau auquel les relie seulement
un chemin très étroit que quelques hommes suffisent défendre
EL BEKR Afrique tr de Slane 112 raconte au xe siècle Aboulcacem
ibn Obeid Allah le fatimite nt construire un village auprès de Tunis afin rece
voir les pauvres gens qui venaient des montagnes du Sud mendier leur vie la
grande ville OGRAPHIE GIONALE 244
est ainsi que sont situés Douirat Chenini Guermessa et tous les
ksour de la région tourmentée étendauNord de lOued Guermessi
Les Douiri ont bâti leurs villages après une méthode nouvelle
ils ont jugé inutile extraire des pierres et de les transporter au loin
pour bâtir cette falaise artificielle qui est un mur alors que la nature
leur offrait un plancher et un plafond très solides et tout disposés Ils
se sont bornés extraire entre les bancs calcaires qui se succèdent
horizontalement environ deux mètres un de autre les roches
meubles quien remplissaient intervalle et ils se sont logés comme
chacals au flanc de la montagne Ils ont pénétré très avant telle
maison compte dix chambres souterraines desservies par de grands
couloirs
Ces maisons se multiplient depuis notre protectorat insécurité
du pays longtemps obligé les gens de Douirat vivre comme leurs
voisins nomades constamment prêts fuir un ennemi inattendu et
soucieux seulement de conserver leurs récoltes dans un ksar bâti au
sommet un piton Mais depuis que la paix règne dans le Sud les
maisons se creusent au flanc de la falaise Elles descendent aujour
hui la plaine et dessinent une spirale continue autour du
pain de sucre que couronne ancien fort Le village compte aujour
hui au dire de son cheikh douze cents habitants fixés demeure
Six sept mille Douiri vivent en outre dans les villes du Nord
En même temps elles se multiplient ces maisons se perfec
tionnent Elles se construisent hui sur un plan assez com
pliqué on commence par déblayer un carré horizontal de dix mètres
de côté au pied de la falaise tenue bien verticale En celle-ci les cou
loirs etles chambres enfoncent et épanouissent Mais trois mètres
en avant on élève sur le terre-plein des greniers des ghorfa cou
vertes en berceau et longues de quatre cinq mètres une porte en
gage dans les ghorfas et vient déboucher sur le chemin étroit qui
subsiste entre la muraille et la déclivité de la montagne Ce corps de
bâtiment extérieur renferme toutes les provisions la cour qui le
sépare de la falaise re oit les animaux pour la nuit la véritable mai
son est en arrière bien défendue contre les regards du passant
Les Douiri vivent de culture et de commerce Leurs jardins sont
aménagés comme ceux des Matmata mais avec plus art et de soin
les murs de soutènement sont composés de deux lits de pierres sèches
séparés par un lit de branches de fa on soulager la base de la
muraille Depuis très longtemps on les construit ainsi les chroniques
mozabites du xnie siècle nous racontent histoire de ce gouverneur
qui dut sortir de sa province parce il avait toléré que ses gens
enlevassent pour sa cuisine les branches sèches de ces murs
ABOU ZA KARIA Chronuïue tr par Masflueray 174 LE DJEBEL DEMMER 245
Les terrasses autre part ne sont plus de simples marches qui
suivent la pente un ravin le mur de soutènement élève
devenir un barrage quand eau descend de la montagne sur un pre
mier jardin elle est retenue et forcée de étaler largement Par un
dispositif ingénieux les portes en sont jamais sur une même ligne
elles sont toujours placées aux deux extrémités une diagonale il faut
que eau hésite cherche son chemin et séjourne sur le sol avant de
reprendre par le trop-plein enfin découvert sa course vers une
terrasse inférieure Sans doute quelques pierres sautent du mur et il
faut réparer quelques brèches mais les Douiri ne répugnent pas au
travail de la terre chaque famille bâti dans son jardin une
kasbah une maison de campagne Monsieur me disait mon do
mestique où les gens viennent passer été et travailler leur jardin
La maison de campagne se compose de quatre murs sans toit
hauts de deux mètres et longs de quatre
Il en est de plus primitives Dans la vallée qui rejoint Harariah
Douirat chaque plantation de figuiers montre une porte carrée
ouverte au flanc de la montagne Au Nord de Oued Guermessi et de
Kasr Ouled Mahdi ce ne sont plus que de simples trous irréguliers
creusés dans le rocher pauvres demeures témoignage pourtant de in
térêt que ces gens portent leurs cultures et des soins dont ils entou
rent leurs jardins
Les Douiri possèdent au reste des terres plus fertiles après de
longues contestations le gouvernement vient de leur reconnaître la pro
priété de la grande plaine de Briga qui étend de Oued Jerjer
Remada chaque année elle est par leurs soins semée de céréales et
donne de belles récoltes Enfin vers Ouest dans cette succession
de petites cuvettes quaternaires qui jalonnent du Nord au Sud la fis
sure qui sépare les formations moyennes des formations supérieures
du crétacé il des figuiers des oliviers qui viennent aussi bien
àSfax La montagne elle-même devient gaie et se tapisse de touffes
de gueddim un beau vert sombre de Douirat Henchir Senem
10 km.) de Guermessa Oued Bel Recheb 25 km.) il se repose
étonné et ravi sur des verdures dont déshabitué le roc fauve et nu
de la falaise
Mais le plateau ne pourra jamais nourrir tous ses habitants Aussi
ont-ils demandé au commerce ce que agriculture ne pouvait leur
donner Imitant leurs voisins les Nefousa avec qui ils ont tant de
points de ressemblance et qui figuraient déjà au xe siècle parmi
les fondateurs du comptoir berbère Audaghocht aux portes du pays
nègre1 ils se sont enfoncés dans le Sahara Ils avaient jadis monopo
lisé le trafic de Ghadamès avecia Tunisie Après un temps arrêt qui
EL BEKR Afrique 349 246 OGRAPHIE GIONALE
suivi notre établissement dans la Régence ils reprennent aujour
hui ces routes qui leur sont familières portent huile de Sfax au
pays touareg et en rapportent les cuirs du Soudan
autres très nombreux ont gagné comme les Matmata les grandes
villes du Nord gar ons hôtel cuisiniers serviteurs sûrs et intelli
gents ils apprennent volontiers le fran ais ou italien est un
Douiri qui heure actuelle occupe Ghadamès ouvrir les routes
du Soudan aux caravanes fran aises Et vraiment ai presque un re
mords avoir souri quand mon hôte lem ben Belgacem me disait
négligemment Nous Douiri nous sommes les plus intelligents
IV
Le système jurassique du Djebel el Abiodh se compose de trois
chaînes strietementparallèles orientées régulièrement du au Elles
affectent toutes trois une même forme ce sont des càilles abruptes
vers Orient doucement inclinées vers Ouest suivant allure géné
rale du Sahara Oriental Leur hauteur varie de 300 600
intervalle qui sépare deux de leurs crêtes guère plus de
sept huit kilomètres Des oueds ont creusé leur lit en la partie
la plus profonde de la vallée Oued Besatna et Oued Bel Bled
allongent au pied de la chaîne de Kasr-Ouled-Sultane Oued Remta
et Oued Zentag au pied de la chaîne de Kasr Beni Barka
Je ne sais rien de plus triste que ces vallées rien de plus nu rien
de plus mort que ces grès délités en sables bruns rien de plus chaud
que ces calcaires très durs et très blancs qui brillent comme des mar
bres sous le soleil
Il ouvre peu anfractuosités au flanc de ces collines Elles ne se
délitent pas elles effritent en innombrables cônes éboulis des
sables des galets des cailloutis et au sommet des escarpements très
raides tantôt immenses plans inclinés tantôt gigantesques fragments
de cuvettes aux parois bien lisses La marche est très dure sur ces
longues dalles où tout coup on sent son cheval glisser des quatre
pieds sans pouvoir arrêter une dalle nouvelle La montagne
est extrêmement élevée de petits sentiers sont seuls tracés et ils
sont même pour les habitants un difficile accès Ceux-ci le plus
souvent avec leurs chevaux et leurs bestiaux sont forcés de sauter
une roche une autre Les chameaux passent par des chemins un
homme ne peut suivre avec beaucoup de précautions et aide
une grande habitude
Rien changé depuis le xive siècle les montagnards ne tiennent
pas rendre plus aisé accès de leurs ksour Et ces constructions
EL TIDJANI Voyage ilans la Régence de Tunis tr Rousseau 61 LE DJEBEL DEMMER 247
elles-mêmes sont aspect peuhospitalier Voici devant nous Kasr-Beni-
Khezer Je ne sais quel rêve de château fort en Palestine me prend
regarderies grandes formes silencieuses blanches sous la voûte noire
Elles approchent elles saluent accepte leur hospitalité et nous
voici dans le ksar
est une place carrée entourée de constructions voûtées en ber
ceau hautes de mètres selon elles comptent un deux ou
trois étages de berceaux superposés On atteint étage supérieur en
posant le pied sur quelque pierre saillante ou sur un morceau de bois
fiché horizontalement dans le mur est une gymnastique se casser
les reins voici deux hommes qui de pierre en poutre par des en
jambées un mètre gravissent un troisième étage une énorme jarre
huile fixée sur le dos
Pour tout le ksar une porte unique ouverte sur la face la plus
abrupte très longue surveillée des deux côtés par des dizaines de
meurtrières protégée par deux avant-corps où les ouvertures sont
percées de biais afin de tenir assaillant plus loin du point faible de
la place
Du dehors ces murs arrondis leur sommet semblent une longue
muraille nue couronnée de créneaux irréguliers prête se hérisser de
fusils contre une razzia Et ce ne sont pas là défenses faciles aborder
la dernière colonne tunisienne qui visita le Djebel el Abiodh avant notre
arrivée ne put enlever Beni-Khezer et Si Selim son commandant
dut abandonner un de ses deux canons aux défenseurs du ksar 1876i
Prenez dix vingt cinquante cours semblables accolez-les de fa on
que toujours leur porte donne sur une cour centrale et que toujours
le mur nu bossue de voûtes percé de meurtrières ouvert une porte
unique domine la campagne vous aurez Médenine et Métameur
Plus petits au contraire moins bien bâtis moins défendus vous
aurez les ksour des Ahouaya Ouled-Mahdi Jouema Beni-
Kredache Transportez-vous plus loin gagnez la Kabylie ou Atlas
Marocain et vous trouverez le même ksar au sommet de tous les
pics est une construction essentiellement berbère partout Mé
denine Beni-Barka ou Beni-Khezer nous retrouvons au-dessus des
portes ce jeu de lignes et de points qui est la main de Fatma traves
tissement musulman de éternelle main de Tanit
est ainsi que bâtissaient les gens de ce pays époque romaine
on me signalait récemment Morghri existence un poste romain
qui était un ksar formée de ghorfas et disposé plus habilement
en redan Et moi-même ai levé le plan Henchir Madjeni entre
Mareth et Médenine un fortin byzantin qui procède évidemment
du même type des constructions voûtées ouvrant sur une cour cen
trale et des murs autant plus inaccessibles que les voûtes en ber
ceau se superposent plus haut