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Moncton, étude de géographie urbaine d'une ville moyenne des provinces maritimes du Canada - article ; n°3 ; vol.52, pg 231-258

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Revue de géographie de Lyon - Année 1977 - Volume 52 - Numéro 3 - Pages 231-258
Moncton, ville née des fonctions de relation et surtout du chemin de fer, est aussi la plus grande ville acadienne. Les aspects et les problèmes de la cité dérivent du dépérissement du centre ancien concurrencé par les centres d'achat périphériques, de la gêne de la circulation engendrée par les installations ferroviaires. La coexistence de deux groupes humains : Acadiens francophones et anglophones influence peu les aspects urbains mais pose des problèmes de géographie sociale en voie de règlement.
Moncton is a town born by for the railways (Canadian National) ; its functions have always been closely tied to trade-connections, but it is also the biggest Acadian city in the Maritimes. Its main problems are the obsolescence of the old center challenged by périphérie shopping-centers and the embarrassment generated by railways. The coexistence of two human groups : French speaking acadians and English speaking communities does not influence urban aspects but sets problems of social geography. These problems are fortunately in way of resolution.
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1977
Nombre de lectures 31
Langue Français
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Exrait

Jean Pelletier
Samuel Arsenault
Moncton, étude de géographie urbaine d'une ville moyenne des
provinces maritimes du Canada
In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 52 n°3, 1977. pp. 231-258.
Résumé
Moncton, ville née des fonctions de relation et surtout du chemin de fer, est aussi la plus grande ville acadienne. Les aspects et
les problèmes de la cité dérivent du dépérissement du centre ancien concurrencé par les centres d'achat périphériques, de la
gêne de la circulation engendrée par les installations ferroviaires. La coexistence de deux groupes humains : Acadiens
francophones et anglophones influence peu les aspects urbains mais pose des problèmes de géographie sociale en voie de
règlement.
Abstract
Moncton is a town born by for the railways (Canadian National) ; its functions have always been closely tied to trade-connections,
but it is also the biggest Acadian city in the Maritimes. Its main problems are the obsolescence of the old center challenged by
périphérie shopping-centers and the embarrassment generated by railways. The coexistence of two human groups : French
speaking acadians and English speaking communities does not influence urban aspects but sets problems of social geography.
These problems are fortunately in way of resolution.
Citer ce document / Cite this document :
Pelletier Jean, Arsenault Samuel. Moncton, étude de géographie urbaine d'une ville moyenne des provinces maritimes du
Canada. In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 52 n°3, 1977. pp. 231-258.
doi : 10.3406/geoca.1977.1205
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113X_1977_num_52_3_1205ryf
Revue de Géographie de Lyon, 1977/3
MONCTON, ETUDE DE GEOGRAPHIE URBAINE
D'UNE VILLE MOYENNE DES PROVINCES MARITIMES
DU CANADA
par Jean Pelletier et Samuel Arsenault
Deuxième ville du Nouveau-Brunswick, après Saint-Jean grâce à son
importance numérique et son poids économique, Moncton présente l'intérêt
d'être un exemple remarquable de ville américaine moyenne. Née récemment,
au cours de la deuxième moitié du xixe siècle, Moncton s'est développée essen
tiellement à partir de sa position de carrefour ferroviaire puis de carrefour
tout court. De plus en plus gênée par les mêmes installations ferroviaires qui
continuent à la faire vivre, elle est maintenant en proie à tous les problèmes de
dépérissement du centre, de développement des quartiers périphériques, de
stationnement et de circulation, des villes grandes ou petites de l'Amérique
du Nord.
Mais à cette spécificité générale, qui en fait un exemple presque cari
catural, Moncton ajoute l'originalité d'être le « carrefour de deux cultures ».
C'est la plus grande ville acadienne ou plutôt celle où habite la plus grande
concentration d'Acadiens puisque ceux-ci y étaient, en 1971, plus de 21 800,
soit le tiers de cette population, et elle devient peu à peu le symbole de la
renaissance de la nation acadienne avec la mise en place puis le développement
de la seule université francophone du Canada en dehors du Québec. Cette
présence acadienne a posé et pose toujours des problèmes au niveau de la
géographie culturelle, de la géographie des groupes sociaux. Ont-ils de l'i
mportance sur les aspects géographiques classiques comme ceux des quartiers
par exemple ? Il sera tentant d'essayer de répondre à ce type de questions
dont Moncton, peut, à titre d'exemple, présenter un cas particulièrement inté
ressant dans le milieu nord-américain.
I. — LES BASES DE LA VIE URBAINE
A. — Les éléments géographiques
1 ) La situation de Moncton : une position centrale
Moncton se définit comme la ville du centre, et il est manifeste que,
depuis la mise en place d'une économie moderne, cela reflète la réalité. L'em- 232 J. PELLETIER ET S. ARSENAULT
piacement de la ville se trouve au point où la Petitcodiac forme un coude
brusque, changeant son orientation SO-NE qui semble la mener directement
vers la baie de Shepody, appendice terminal de la baie de Fundy. Ce coude,
par ailleurs assez peu explicable sur le plan morphologique, procure une posi
tion de croisement entre les routes qui viennent du SO et de Saint-Jean,
celles qui vont vers le SE, la baie de Fundy ou la Nouvelle-Ecosse, celles, qui
vers le NE vont vers l'île du Prince Edouard, celles enfin qui vers le NO et le N passent à proximité de la côte pour rejoindre les littoraux intérieurs
de la baie des Chaleurs, la vallée de la Matapédia et les régions du Saint-
Laurent. Ce carrefour est marqué aujourd'hui par le passage des grandes voies
de communication. Les routes principales de la province : la Transcanadienne
Halifax-Moncton-Fredericton avec son embranchement vers Saint-Jean qui
contourne la ville par le N, les routes 11, 126 et 115 vers Newcastle et Camp-
bellton s'y croisent. Le nœud ferroviaire est de première grandeur car toutes
les lignes du Canadien national s'y rencontrent près du triage et des ateliers
de réparation. Enfin l'aéroport est devenu le plus important de la province
en rapport avec le nombre de passagers.
Cette position de rencontre des voies de communication n'est cependant
pas le seul élément de la centralité. Moncton est aussi, géométriquement, au
centre des provinces maritimes et du Nouveau-Brunswick habité. Il en résulte
que le drainage commercial s'effectue aisément sur les distances de l'ordre de
80 à 160 km sans qu'une concurrence sérieuse, surtout au N, apparaisse. La
région desservie par Moncton a une population estimée à 300 000 personnes
habitant dans les comtés d'Albert, de Kent et de Westmorland.
Ces personnes participent à une économie relativement prospère. L'exploi
tation des forêts et les mines ne jouent qu'un rôle mineur, mais l'agriculture
fournit les deux-tiers de la production laitière du Nouveau-Brunswick ; la
pêche est particulièrement active dans le détroit de Northumberland à Shédiac,
Cocagne, Bouctouche et Richibouctou en comptant particulièrement une des
plus importante production de homard des provinces maritimes. L'arrière-pays
est donc suffisamment productif pour que la position centrale soit un avantage.
2) Le site de Moncton
a - Les conditions topographiques générales
Elles semblent, au premier abord, peu marquantes et donc peu contrai
gnantes. Le soubassement de l'ensemble de l'agglomération constitué de
terrains gréseux carbonifères (mississipiens), de couleur rouge sombre, ne
présente pas d'inconvénients majeurs pour la construction : les portances et
les possibilités d'accueil de bâtiments même élevés ne posent pas de problèmes.
Les roches sont dans leur ensemble nivelées par une surface topographique à
peine ondulée dont les altitudes les plus fortes ont à peine 80 à 100 m et qui
correspond probablement à une surface d'érosion d'âge tertiaire.
Les vallées, assez rares, y sont aussi peu enfoncées. Celle de la Petitcodiac
est la seule d'envergure et présente à Moncton une dissymétrie assez remar
quable : basse et à peu près plate au Nord sur l'emplacement de la partie
centrale de la ville, elle présente du côté sud une amorce de rebord qui consti
tue un coteau bien marqué de 30 m de dénivellation, coteau sur lequel se
trouve la ville de Riverview. Dans la partie septentrionale, les ondulations du VILLE MOYENNE DU CANADA 233 MONCTON,
plateau sont à peine esquissées, mais quelques petites vallées sont incisées
dans la topographie générale : le Jonathan's et le Humphrey's Creek et les
deux branches ouest et nord du Hall's Crrek. Ces vallées convergent presque
exactement vers le site primitif de Moncton, ce qui a. pour une part, facilité
les montées sur les plateaux puis l'installation de chantiers de construction
navale et, plus tard, favorisé la création de réservoirs d'eau par la simple
construction de petits barrages (fig. A).
A première vue, la topographie marque donc assez peu le paysage, et les
noms de rue qui la rappellent, comme Mountain Road, s'appliquent à la direc
tion des reliefs plus lointains vers lesquels elles se dirigent plus qu'à la réalité
proche de leur soubassement. Cependant, les emplacements des vallées forment
dans leurs parties basses des obstacles non négligeables dont le rôle va se
trouver amplifié par l'intervention de la mer.
b - Le site de détail
Les courants de marée venus de la baie de Chignecto, où ils sont les plus
puissants du monde, il est à peine besoin de le rappeler, remontent la Petit-
codiac jusqu'en amont de Moncton, mais à l'emplacement de la ville même,
les conditions de remontée et donc de traversée changent. A l'aval, la largeur
de ce que l'on doit alors appeler l'estuaire est assez grande, plus de un kil
omètre en moyenne et la profondeur est relativemnt forte. Le fond rocheux
apparaît cependant nettement à Moncton comme une plate-forme d'abrasion
taraudée par des chenaux enfoncés de quelques mètres et parcourus alterna
tivement et en sens contraire par les courants de marée. La remontée de la
marée et le conflit qu'elle provoque avec les eaux douces déterminent un effet
spectaculaire de mascaret, qui demeure un des éléments touristiques de la
physionomie urbaine comme le sont, toutes proportions gardées, les chutes
réversibles du Saint-Jean dans la ville du même nom. La remontée par des
bateaux au-delà du coude est beaucoup plus malaisée à partir de Moncton,
et on peut admettre qu'à l'emplacement de la ville cesse la navigation maritime,
site classique de fond d'estuaire.
En même temps la largeur de la rivière diminue, ce qui permet l'instal
lation relativement aisée, par rapport aux régions plus à l'aval, d'un pont.
Le premier a été construit en 1872 et il matérialise cet autre élément classique
du site que constitue la première traversée terrestre d'un estuaire.
Sur le bord septentrional de la rivière, plusieurs éléments topographiques
se matérialisent : quatre ondulations morphologiques séparées plus ou moins
par des vallées elles aussi envahies par la mer. De l'Ouest à l'Est, ce sont
ceux de Newton Heights, de Moncton, de Dieppe et de Lewisville. Ces divers
éléments sont aux environs de 20 mètres avec une légère pente vers la Petit-
codiac. Les vallées sont des obstacles plus ou moins marqués. Celle du Joha-
than Creek, la moins profonde, a été utilisée pour la mise en place d'un plan
d'eau artificiel : le lac Jones. Celles du Humphrey's et du Hall's Creek, qui
se rejoignent à quelques distance de leur embouchure, sont des obstacles plus
sérieux, car elles sont plus larges, remontées sur plusieurs kilomètres par la
marée et accompagnées de marécages. Elles forment de nettes coupures parfais
tement visibles dans le tissu urbain au Sud de l'Université de Moncton par
exemple et surtout entre Dieppe et Moncton. Leur franchissement encore mal
assuré par des ponts trop étroits particulièrement celui sur le Hall's Creek 234 J. PELLETIER ET S. ARSENAULT
entre les rues Main et Champlain est un des problèmes majeurs de la circu
lation dans l'agglomération.
La topographie, malgré son absence apparente de caractère, n'est donc
pas indifférente, loin de là ; elle a influencé et influencera encore la physio
nomie de
B. — Les étapes du développement urbain et les activités économiques
I ) Les étapes du urbain
a - Des débuts difficiles
La devise de Moncton, Resuvgo (je revis), montre que l'installation
humaine a connu bien des problèmes au cours de ses premières étapes. Les
« avantages » géographiques de la situation et du site ne pouvaient avoir une
valeur que dans des circonstances favorables.
Le premier établissement humain fut le fait des Acadiens, au lieudit
« le coude » au cours du xvnc siècle, mais, comme beaucoup d'autres, le village
fut détruit en novembre 1758 et ses habitants furent emmenés en Nouvelle-
Ecosse ou durent s'enfuir sur les côtes du golfe du Saint-Laurent. A leur place
arrivèrent, en juin 1766, des immigrants hollando-allemands venant pour la
plupart de Philadelphie. Ce nouveau peuplement se fit dans l'esprit de conquête
qui présida à la colonisation anglaise consécutive aux victoires qui avaient
amené au traité de Paris de 1763. Les territoires autour de Moncton
été défrichés par les Acadiens dans les parties non sujettes aux inondations,
et ceux qui étaient soumises aux marées, au bord de la Petitcodiac par exemple,
avaient été mis hors d'eau et en culture par la pratique des « aboiteaux ». Ces
vastes étendues furent amodiées à de nouveaux colons et, dans le cas de la
région de Moncton, à des compagnies capitalistes de Pennsylvanie dont l'une
était dirigée par Benjamin Franklin. Cent mille acres, soit plus de 40 000 hec
tares, furent dévolus à ces dans la partie située au nord de la
rivière et constituèrent un township auquel fut donné, dans le contexte histo
rique du moment, le nom de Monckton d'après celui du général qui contribua
le plus après Wolfe à la conquête du Canada français par la prise en parti
culier, en 1755, du fort Beauséjour qui marqua la chute définitive de l'Acadie.
On ne sait trop pourquoi le к que comporte le nom originel disparut en 1786
pour laisser la place à la graphie actuelle de Moncton.
Pendant longtemps aucune agglomération d'envergure ne s'installa sur
l'emplacement actuel de la ville. C'est seulement en 1821 qu'une « Free Meeting
House » fut construite et servit de lieu du culte au début des installations des
diverses églises. Cependant le peuplement de la région se poursuivit réguli
èrement avec le retour d'un certain nombre d'Acadiens dans la partie aval de
la vallée de la Petitcodiac, par la venue de Loyalistes arrivant des Etats-
Unis particulièrement dans l'Ouest de la région, ainsi que par l'arrivée
d'autres immigrants parmi lesquels de nombreux Irlandais, au cours du
xixe siècle.
II fallut attendre 1855 pour que la municipalité devienne une véritable
ville par son incorporation. Cet événement découla alors de l'existence d'une
importante industrie de construction de navires génératrice d'un fort accrois- VILLE MOYENNE DU CANADA 235 MONCTON,
sèment de population et d'activités. Mais la faillite assez rapide de cette
industrie, au moment où les changements de techniques amenaient la pros
périté des grandes installations de Saint-Jean et d'Halifax, détermina une
chute brutale du nombre d'habitants, et dès 1862 Moncton reprit pour un
certain temps le statut de village.
b - La troisième naissance de Moncton : le chemin de fer
Lors de l'installation des chemins de fer dans les provinces maritimes, la
position géographique de Moncton pouvait difficilement ne pas porter ses
fruits. En 1857 la voie ferrée atteint la ville qui devient rapidement un nœud
ferroviaire et un dépôt de machines à vapeur. Le renouveau d'activité se
marque par la réincorporation en 1875 en tant que ville, puis enfin le 10 avril
1890 en « cité». En fait la première ligne de chemin de fer a été commencée
en 1852 pour relier Saint-Jean et Shédiac via Moncton par l'European and
Northmerican Railway, vendu au gouvernement du Nouveau-Brunswick en
1856 puis au gouvernement canadien en 1867. Pendant un temps on put penser
que le chemin de fer ne profiterait pas tellement à la ville, mais ses ateliers
situés jusqu'alors à Shédiac brûlèrent en 1869 et furent reconstruits à Moncton
1871, qu'ils n'ont plus quitté malgré un nouvel incendie aux conséquences
catastrophiques qui les détruisit encore une fois en 1906.
с - La croissance du xx° siècle
Depuis la fin du xixc siècle, la croissance de la ville de Moncton a été
relativement régulière: 5 000 habitants en 1891, 9000 en 1901, 11300 en
1911, 18 500 en 1921 ,20 500 en 1931, 24 000 en 1941, 32 800 en 1951, 47 800
en 1961 et enfin 55 800 pour le dernier recensement de 1971. En réalité la
croissance a été plus importante, car les communes périphériques, Dieppe et
Riverview ont surtout augmenté leur population durant les vingt dernières
années. Actuellement l'ensemble urbain dépasse 76 000 personnes. Cette
accélération de la courbe de croissance dans les dernières décennies ne corres
pond pas à une augmentation des activités productrices de la ville, mais à
l'accentuation de son caractère tertiaire, par la venue de nouvelles activités
de service, dans les domaines de l'administration, du commerce, de l'équipe
ment hospitalier et universitaire (création en 1967 de l'Université de Moncton).
Elle a coïncidé avec la venue de nombreux ruraux, car l'abandon graduel de
l'agriculture, spécialement dans les parties les plus pauvres des comtés franco
phones du N.E. (S.E. du Kent et la côte du Westmoreland) a libéré une
masse de population dont une partie s'est installée à Moncton.
Auparavant, la constante lenteur de l'accroissement a correspondu au
développement de moins en moins rapide de l'économie des Maritimes, petit
à petit marginalisées par le déplacement vers le Québec et l'Ontario du centre
de gravité des activités canadiennes. Aucun phénomène d'envergure n'a pro
fondément modifié les caractères premiers de l'économie toujours fondée sur
le chemin de fer, le commerce et une assez faible activité industrielle.
2) Les activités de l'agglomération de Moncton
a - La prépondérance des fonctions de relations
Dans le panorama des occupations de la population active, 16 % seule
ment de la main-d'œuvre est composée d'ouvriers de production et d'artisans. 236 J. PELLETIER ET S. ARSENAULT
Au contraire, 19 % sont dans les services, la recréation, le transport, les
communications ; 28 % les domaines professionnels techniques et
administratifs.
Le Canadien national demeure le plus grand employeur de Moncton avec
plus de 6 000 personnes sur un total de 6 820 travailleurs dans le domaine des
transports et des communications. Le déve'oppement des activités de la prin
cipale compagnie de chemin de fer du Canada a été spectaculaire à partir du
moment où la position de carrefour, non seulement dans le Nouveau-Brunswick
mais dans les provinces maritimes tout entières a été reconnue. Moncton est
le siège de l'administration du Canadien national pour les provinces maritimes ;
la gestion financière y dispose d'un ordinateur depuis 1956 ; depuis le 10 octo
bre 1962 un nouvel édifice de bureaux abrite le siège social de la région atlan
tique et du secteur maritime de la compagnie.
La fonction proprement ferroviaire, de relais de traction, de croisement, de
triage demeure. On a construit, en 1956, un peu au-delà vers l'Ouest de la
zone habitée et sur près de 340 hectares, la première gare de triage électronique
du Canada au coût de 15 millions de dollars, gare dont la capacité de triage
est maintenant de 3 500 wagons par jour. Un très important atelier de répa
ration de wagons et de locomotives diesel, de fabrication de matériel de signa
lisation et d'aiguillage occupe plus de mille ouvriers en général de haut niveau
technique. En 1974, les 6 000 personnes employées percevaient des salaires
annuels de plus de 25 millions de dollars, ce qui donne une bonne idée du
poids du chemin de fer dans l'économie.
Centre de transport ferroviaire, Moncton est aussi un important centre
de transport routier, puisque, en 1975, on y comptait cinq entreprises de
camionnage et qu'il était desservi par 104 compagnies dont les sièges sont
pour la plupart dans les villes de la Nouvelle-Ecosse, du Québec, de l'Ont
ario, des Etats voisins des Etats-Unis. Centre d'éclatement commercial pour
les marchandises ferroviaires, Moncton l'est aussi pour les produits trans
portés par la route, ce qui explique son grand rôle dans le secteur commercial
proprement dit. Une pierre de touche de l'importance de ces différents sec
teurs de l'économie est constituée par les surfaces utilisées. Les secteurs consa
crés aux transports occupent 192 hectares, ceux consacrés à la distribution
90 hectares. En complément, le secteur des télécommunications a pris un
nouvel essor grâce à la construction de la grande tour de la New Brunswick
Telephone Compagny qui domine toute la ville de sa silhouette aérienne et la
signale de loin, de manière symbolique.
b - La fonction commerciale
Cette ressort de deux éléments essentiels : les commerces de
gros et de détail.
Le commerce de gros largement favorisé par la position centrale et l'équ
ipement en voie de communication a eu une croissance de grande envergure
au cours des dix dernières années. On considère Moncton comme le pivot
des Maritimes pour la redistribution de presque tous les produits bruts et
manufacturés, spécialement les produits alimentaires, les éléments d'outillage,
l'appareillage ménager et électrique. L'aire de redistribution recouvre les
provinces maritimes, y compris le secteur d'Halifax, dont la concurrence com
mence cependant à s'affirmer. On peut citer dans les fortes activités de
commerce de gros celles des coopératives. Les plus importantes sont la Mari- VILLE MOYENNE DU CANADA 237 MONCTON,
time Cooperative Service qui joue le rôle de supercoopérative pour 200 asso
ciations du même genre, et dont le chiffre d'affaire annuel dépasse les 40 mil
lions de dollars, et la United Maritime Fishermen. Jusqu'en 1976, la société
T. Eaton employait plus de 850 personnes au service de vente sur catalogue,
dont Moncton était le centre pour toutes les provinces maritimes. Ce service
a été supprimé par manque de rentabilité, ce qui entraînera probablement des
diminutions d'effectifs au Canadien national et dans les services postaux.
Le commerce de détail subit actuellement des transformations profondes
en raison du dépérissement du secteur central de la rue Main et du dévelop
pement de centres commerciaux périphériques dont le centre Champlain, à
Dieppe, est l'expression la plus caractéristique. Quelles que soient les consé
quences urbaines de cette évolution, le volume global de cette activité demeure
très considérable, à l'échelle d'un marché dont l'étendue potentielle va de
296 000 à 404 000 personnes selon que l'on y inclut ou non l'île du Prince
Edouard. La surface occupée par les magasins de taille moyenne et grande
est de 25 000 mètres carrés, soit le taux par habitant le plus fort des Maritimes.
On n'a pas effectué, à notre connaissance, d'étude de la clientèle des centres
commerciaux, spécialement de la place Champlain, mais on sait qu'en fin de
semaine une proportion importante des clients provient d'une aire dont les
rayons les plus longs dépassent 80 ou 90 km, au-delà de la distance où l'on a
compté les 296 000 clients potentiels.
Les ventes ont atteint en 1974 un montant de près de 160 millions de
dollars1 soit 2 150 dollars par habitant. La répartition par type de produit
était caractéristique : 35,7 % pour les automobiles, 26,8 % pour l'épicerie et
les magasins à vente multiple, 6,7 % pour les magasins de vêtements.
с - La fonction de service
La fonction de service proprement dite est celle d'une petite capitale ;
elle dérive, en partie, de la situation particulière de Moncton à la charnière
de deux groupes de population de langue différente : au nord et au nord-est
du Nouveau-Brunswick, les Acadiens de langue française, à l'ouest et au sud
les anglophones pour le plus grand nombre. Dans plusieurs domaines Moncton
fait figure de capitale de l'Acadie.
Il s'agit spécialement du domaine culturel. Ce fait s'est d'abord exprimé
sur le plan religieux par l'obtention, après quelques luttes à la fin du xixe
et le début du xxe siècle, d'une hiérarchie catholique de langue française, suc
cédant à celle de langue anglaise, pour une large part d'origine irlandaise.
Puis ce fut la fondation du célèbre journal « L'Evangéline » dont le tirage
est maintenant de 10-000 exemplaires quotidiens, seul journal de langue fran
çaise au Canada, à l'est du Québec et extraordinaire exemple de persistance
malgré les circonstances défavorables, 1976 en étant la 89e année.
L'agglomération compte maintenant trois journaux de diffusion impor
tante : « L'Evangéline » et les deux quotidiens de langue anglaise : « Le
Moncton Daily Times » et « Le Moncton Transcript » dont le tirage atteint
pius de 33 000 exemplaires (tous deux appartiennent au groupe Irving). A
cela s'ajoutent trois stations de radio et trois émetteurs de télévision ; dans
les deux cas avec un élément de langue française pour deux de langue anglaise.
1. D'après un document de la Chambre de Commerce de Moncton. 238 J. PELLETIER ET S. ARSENAULT
L'émetteur de télévision française de Radio-Canada est particulièrement puis
sant pour rayonner sur une région très étendue, ce qu'il fait grâce à de nom
breux réémetteurs installés dans toutes les provinces maritimes.
Enfin, ce fut la création de l'Université de Moncton sur un campus de
près de 50 hectares, dont les 2 500 étudiants inscrits en 1976 représentent un
élément de grande importance dans l'animation urbaine.
Le fait acadien réapparaît ou apparaît aussi, de façon plus inattendue,
dans le domaine des finances et du crédit. Moncton possède l'équipement
financier adapté à la taille de la population qu'il dessert : 22 agences des
principales banques du Canada, 5 des trusts principaux, 20 des compagnies de
finance, 6 de sociétés d'investissement, plus de 35 représentants des grandes
compagnies d'assurance sur la vie. On peut y ajouter 43 hommes de loi. On
y trouve surtout le siège social et les bureaux principaux de la plus grande
compagnie sur la vie du Nouveau-Brunswick : l'Assomption. Les
capitaux de cette grande société sont essentiellement acadiens et jouent un
grand rôle dans l'économie provinciale. L'édifice qui en abrite les bureaux
est le plus élevé de Moncton ; placé dans la partie rénovée du centre-ville à
côté de l'Hôtel de Ville et de l'hôtel Beauséjour, il est tout autant visible et
symbolique que la tour de Télécommunication et sert de signal urbain à
Moncton.
La fonction des services de santé est sensiblement du même type.
Moncton a aussi la gamme de médecins et d'équipement sanitaire conforme à
la taille de sa population (974 lits d'hôpital). Les hôpitaux rayonnent cepen
dant fort loin ; en particulier l'agrandissement à 364 lits en 1974 de l'hôpital
Georges L. Dumont en a fait l'un des plus grand, sinon le plus grand de tous
les établissements francophones de ce genre dans les maritimes. Il reçoit des
patients d'une région nettement plus étendue que celle de Moncton propre
ment dite.
d - Relative faiblesse de la fonction d'accueil
La fonction touristique de Moncton demeure relativement mince ; les
curiosités présentées par la ville malgré le mascaret et un magasin d'artisanat
sont relativement peu nombreuses le voisinage de la colline Magnétique
et des parcs de la Fundy et Kouchibougak. La proximité de la mer, plus au
nord, et de la Nouvelle-Ecosse à l'est, province dont « l'image de marque »
touristique est bien meilleure, n'en font pas un lieu de séjour tellement acha
landé tout au plus une étape. Deux hôtels seulement existent dans la ville,
et totalisent 330 chambres ; 23 motels en offrent 724. Cela est suffisant pour
les besoins courants, mais en période d'affluence, pendant l'été, les touristes
doivent chercher des logements en dehors de la ville. Manifestement l'équ
ipement hôtelier est surtout au service des hommes d'affaires.
e - Une fonction industrielle encore mineure mais en croissance marquée
En 1974, l'agglomération de Moncton comptait 380 établissements indust
riels employant 16 249 personnes, soit une moyenne approximative pour cha
cun de 43 employés. Mais de ce nombre une large part faisait partie de ce
que nous avons appelé la fonction de relation. Deux branches sont réellement
industrielles : la construction : 36 établissement pour 1 564 employés et les
entreprises manufacturières au nombre de 106 occupant 5 232 personnes MONCTON, VILLE MOYENNE DU CANADA 239
(moyenne d'un peu moins de 50). Les industries manufacturières forment donc
seulement environ le tiers des entreprises industrielles de l'agglomération.
Cependant leur nombre a sensiblement augmenté au cours des dernières
années : 35 se sont installées depuis trois ans comme en témoigne le remplis
sage assez rapide des parcs industriels offerts par les municipalités. Appar
aissent en tête, et de loin, les industries alimentaires et particulièrement celle
de la fabrication des boissons grâce à l'usine des vins « Normandie » qui
opère à partir des moûts importés et produit des vins de qualité courante.
Viennent ensuite les fabrications métalliques, celles fondées sur le bois et les
produits minéraux non métalliques, l'imprimerie, etc. Dans l'ensemble, la
région ne se suffit pas, et de loin, à elle-même ; on considère que les deux-
tiers des produits manufacturés utilisés dans le périmètre commercial de
Moncton sont importés. Sans viser à une autarcie particulièrement absurde
dans un secteur si bien desservi par les voies de communication, certaines
branches industrielles pourraient être développées ou implantées (vêtement,
meubles, quincaillerie par exemple).
Au total, une agglomération dont le panorama des activités est assez
varié, mais dont la dominante demeure celle d'un centre tertiaire dans lequel
les fonctions de circulation, de commerce, de redistribution, de services rendus
à une population étendue sont essentiels. Cela va apparaître dans les aspects
et les problèmes urbains.
II. — ASPECTS ET PROBLEMES URBAINS
DE L'AGGLOMERATION DE MONCTON
Moncton, malgré sa naissance assez récente (moins de 100 ans), porte
déjà le poids de son ancienneté et de l'évolution passée, dans le dépérissement
du centre par exemple, mais supporte aussi les inconvénients de sa fonction
de relation dans le poids des infrastructures ferroviaires et présente avec
acuité les problèmes posés par la présence de deux communautés : une de
langue anglaise, l'autre, acadienne, de langue française.
A. — La structure générale de la ville
L'organisation de l'ensemble urbain est suffisamment complexe pour que
sa compréhension oblige à analyser d'abord ce qui l'a influencé.
a - Les influences
1 ) La topographie, malgré ses faibles dénivellations, joue un rôle assez
important par les pentes et les coupures qu'elle présente. Les pentes ont sur
tout de l'intérêt au Sud pour le versant de la vallée de la Petitcodiac ; elles
procurent une belle vue sur la rivière et sur la ville : cet avantage n'est apparu
que récemment car auparavant les habitations des personnes aisées se trou-