Les petits maux de la grossesse

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La grossesse peut s’accompagner d’un éventail de troubles fonctionnels, nommés petits maux de la grossesse causes fréquentes de consultations. Ne voir dans l’expression de ces maux que la traduction d’une angoisse, d’une ambivalence
ou d’un débordement lié aux futures responsabilités, c’est ignorer l’intérêt d’une écoute appropriée et parfois d’un traitement adapté. La grossesse étant un état évolutif et transitoire, les petits maux qui lui sont liés peuvent disparaître après quelques semaines ou après l’accouchement

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Publié le 03 novembre 2011
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Langue Français
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1
LES PETITS MAUX DE LA GROSSESSE
Florence Comte,
Elisabeth Viseux-Wahl
La grossesse peut s’accompagner d’un éventail de troubles fonctionnels, nommés petits maux
de la grossesse causes fréquentes de consultations.
Ne voir dans l’expression de ces maux que la traduction d’une angoisse, d’une ambivalence
ou d’un débordement lié aux futures responsabilités, c’est ignorer l’intérêt d’une écoute
appropriée
et parfois d’un traitement adapté.
La grossesse étant un état évolutif et transitoire, les petits maux qui lui sont liés peuvent
disparaître après
quelques semaines
ou après l’accouchement.
LES MANIFESTATIONS DIGESTIVES
NAUSEES ET VOMISSEMENTS
Ils
apparaissent entre la 4
ème
et la 17ème semaine d’aménorrhée, et se prolongent rarement au
delà de la 20éme semaine, période
à partir de laquelle il faut suspecter en priorité une
anomalie digestive (hernie hiatale, lithiase biliaire). Dans leurs formes habituelles les nausées
et vomissements gravidiques sont des symptômes isolés avec conservation de l’état général
dans la majorité des cas et résolution spontanée.
Examen clinique
Il faut informer la patiente et éviter l’automédication très constante dans ce genre de situation.
Les nausées et vomissements gravidiques sont le plus fréquemment matinaux, et soulagés par
le
premier repas. Ils sont également déclenchés à l’occasion
des repas par des odeurs ou la
prise d’aliments comme
la viande ou le poisson ou certaines
boissons comme le thé, le café
ou
encore les odeurs de tabac. Ils surviennent immédiatement après l’absorption des aliments,
la femme ne vomissant qu’une partie du repas. Ils sont fréquemment précédés de sialorrhée,
palpitations, malaises, spasmes digestifs voire tachycardie. Leur fréquence
ne dépasse pas
une à deux fois par jour. A ce titre, il ne doivent pas être assimilé aux vomissements
incoercibles de la grossesse appelés hyperemesis gravidarum touchant 1 à 2% [3] des
gestantes, véritable état pathologique dans lequel les vomissements sont plus fréquents et
incontrôlés atteignant leur maximum entre 7 et 9 S.A. et accompagnés d’un amaigrissement
supérieur à 5% du poids de la mère avec épuisement , déshydratation, déséquilibre
électrolytique et cétonurie [9].
Diagnostic différentiel
Les vomissements de la femme enceinte ne sont pas tous liés avec son état et il ne faut pas
négliger les différents
diagnostics différentiels suivants :
Pathologies
digestives : ulcère, occlusion, appendicite, cholécystite, hépatite, hernie hiatale,
infection urinaire ,
insuffisance rénale et hypercalcémie entraînant des troubles électrolytiques responsables de
vomissements,
hypertension intracrânienne.
2
Examens para cliniques
Si les nausées et les vomissements persistent au-delà de 20 semaines d’aménorrhée sans
régression spontanée, une échographie hépatique et une oesophagoscopie
,
sont recommandées
ainsi qu’un bilan biologique à la recherche de troubles hépatiques ou hydro-électrolytiques,
notamment dans les cas d’amaigrissement. Un dosage de la TSH peut s’avérer utile.
Etiologies :
Les facteurs étiologiques sont pour le moins
incertains et il s’agit plus probablement d’une
combinaison de plusieurs d’entre eux. On incrimine le plus souvent: l’augmentation de
l’hormone chorionique gonadotrophine(HCG), de la progestérone, des oestrogènes, de
l’ACTH, du cortisol
et parfois même de la T4 . Cependant, leur taux n’est pas proportionnel à
la gravité des vomissements[2]. L’influence de l’état psychologique de la parturiente, souvent
cité dans la genèse des vomissements gravidiques, semble ne pas être une
constante . Les
vomissements traduisant fréquemment une somatisation, il semble toutefois difficile de ne pas
les impliquer.
Traitements
Deux règles : traiter précocement
en adaptant le traitement à l’importance des symptômes et à
l’état de grossesse. Un retard de prise en charge peut conduire à une aggravation des
vomissements,
ce qui en terme de complication maternelle et de surcoût médical n’est pas
anodin.
L’hygiène alimentaire :
Il
est utile de commencer systématiquement par des conseils alimentaires bien qu’il n’existe
aucune preuve scientifique de l’efficacité du régime alimentaire dans ces pathologies. Il est
toutefois recommandé de fractionner les repas ( 4 à 6 par jour), d’ éviter les grandes quantités
de boisson, le thé, le café, les aliments responsables de dégoût dont les graisses. Préconiser les
aliments semi-liquides. Il est possible de prescrire une supplémentation vitaminique ou
protéique si l’alimentation est trop carencée.
Médecines douces :
L’acupuncture par la stimulation du point P6 (point de Neiguan) [2,7] ou encore le port de
bracelet au poignet permettant une acupression soulageraient les nausées. L’acupuncture
avoisine les
50 % de satisfaction.
Les vitamines
La pyridoxine ou vitamine B6 (1 à 4 cp à 250 mg par jour) est utile pour faire régresser les
nausées et les vomissements. Elle peut constituer une mesure efficace d’appoint [2].
Les antihistaminiques
Au Canada, l’association doxylamine à la vitamine B6 constitue le traitement de référence
(niveau de preuve scientifique
A).
Les anti-dopaminergiques
L’un des traitements classiques toujours utilisé est le métoclopramide
(Primpéran)
car il
favorise la vidange gastrique. Sa posologie est de 30 mg par jour. Il a pour avantage de
pouvoir être prescrit par voie parentérale ou en suppositoire. Sa forme à libération prolongée
3
est également un atout car il peut être prescrit le soir en raison du risque de somnolence. Les
preuves de son efficacité sont insuffisantes[2].
La métopimazine (
Vogalène
) appartenant à la classe des phénothiazines,
permet un traitement
d’une bonne efficacité en limitant les effets de somnolence.
Le dompéridone (
Motilium
) est plus souvent utilisé dans l’association des vomissements avec
les reflux gastro-oesophagiens à raison de
10 à 20 mg 3/j mais son efficacité reste
controversée.
Les antipsychotiques
doivent être utilisé en deuxième intention.
LE PYROSIS
Le pyrosis est un reflux gastro-oesophagien retrouvé chez
80%
des patientes[4].
Souvent
responsable de nausées et vomissements, il apparaît
plutôt au dernier trimestre de la
grossesse.
En cas d’apparition précoce, on peut suspecter une hernie hiatale préexistante à la
grossesse. La récidive d’un pyrosis à chaque grossesse est souvent observée. Dans 98 % des
cas le reflux disparaît après l’accouchement.
Symptomatologie :
Les gestantes se plaignent de brûlures épigastriques ascendantes le long de l’oesophage vers le
pharynx. Elles
surviennent fréquemment en position allongée ou penchée vers l’avant. Les
reflux sont plus constants le soir au coucher et après les repas. Ils sont accompagnés
de
régurgitations acides.
Examens para clinique :
Ce n’est que dans les formes compliquées résistantes aux traitements habituels ou encore
lorsque le reflux est accompagné d’une émission de sang qu’une fibroscopie digestive peut
être prescrite.
Etiologie :
Il s’agit le plus souvent d’une hernie hiatale transitoire. Elle est
liée à une diminution de
tonus
du sphincter inférieur de l’oesophage. La progestérone en
est la principale responsable.
Il existe également un ralentissement de la vidange gastrique chez la parturiente dû à une
diminution de la motiline. Des phénomènes mécaniques de compression gastrique liés à la
croissance foetale favorisent également le reflux en fin de grossesse.
Traitement :
Hygiène alimentaire
Des mesures simples peuvent diminuer l’importance du reflux gastro-oesophagien. La
suppression des mets épicés, graisses,
alcool, sucres rapides, sauces, café, thé, féculents,
boissons gazeuses en est un exemple. Il faut privilégier le fractionnement des repas. Certaines
attitudes posturales doivent être recommandées notamment éviter le décubitus
dorsal
immédiatement après un repas. Le soir
au moment du
coucher, préconiser la position semi
assise. Une marche en période post-prandiale peut être un moyen de limiter le reflux.
Les anti-acides
Les anti-acides à base de magnésium sont recommandés lorsque le régime alimentaire ne
suffit pas, d’autant plus que le magnésium favorise le transit intestinal. Il est utile de les
prescrire sous forme de suspension buvable et si possible après les repas. Les anti-sécrétoires
gastriques ou antihistaminiques H2 peuvent être également prescrit mais sont moins efficaces
que les anti-acides [7].
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LE PTYALISME
Il s’agit d’une sécrétion abondante
de salive pouvant s’élever jusqu'à 2 litres par jour.
Il
peut être isolé ou accompagné de vomissements voire
d’un reflux gastro-oesophagien. Il
apparaît au premier trimestre de la grossesse et persiste parfois jusqu’à la fin de la grossesse.
Après l’accouchement, il disparaît spontanément. Il n’existe pas de traitement en dehors des
atropiniques qu’il convient d’éviter pendant la grossesse.
LA CONSTIPATION
La constipation est fréquente
(30%) chez la femme en âge de procréer. Elle est majorée par la
grossesse en raison de l’augmentation du taux de progestérone, de la réduction de l’activité
physique et plus tard de la compression qu’exerce l’utérus
sur l’appareil digestif. La période
la plus marquée est la deuxième partie de grossesse. Après l’accouchement, le retour à l’état
antérieur ne se fait qu’au bout de deux à trois mois.
La constipation peut se compliquer de crises hémorroïdaires liées aux efforts de poussée.
C’est pourquoi, il importe de la dépister et de la traiter précocement.
Il est souhaitable d’instaurer des mesures hygiéno diététiques avant d’envisager une solution
médicamenteuse. Un régime alimentaire riche en
fibres comme les
fruits , les
légumes
ainsi
que
des pétales de blé complet enrichis en son, associés à
un apport journalier
de 2 l d’eau
par jour
riche en magnésium, peuvent être les premiers moyens pour combattre la
constipation. L’activité physique est également conseillée. L’utilisation d’huile de paraffine
sur les aliments ou sous forme de gelée doit être limitée en raison de son interférence avec les
vitamines liposolubles. Dans la mesure du possible, il faut limiter la supplémentation en fer
chez la femme enceinte tant que celle-ci n’est pas utile en raison des effets néfastes du fer sur
le transit intestinal.
En deuxième intention, les laxatifs osmotiques tels que
le macrogol (
Forlax, Transipeg
), le
lactulose
(Duphalac
) peuvent être prescrit. Les laxatifs à base de séné (
Tamarin
e) peuvent
être aussi utilisé sans danger pour la mère et l’enfant. Quant aux micro lavements, ils sont
réservés aux épisodes aigus de constipation et ne constituent pas un traitement de fond.
Les traitements à base de bisacodyl(
Dulcolax)
, de picosulfate de sodium (
Fructines
) ne sont
pas recommandés.
PHENOMENES DOULOUREUX
LES LOMBALGIES
Elles représentent la première cause de douleur chez la femme enceinte et sont très fréquentes
puisque la prévalence est d’environ 50%[15]. Elles sont bénignes mais entraînent une gêne
fonctionnelle
parfois importante nécessitant un arrêt de travail. Trois phénomènes sont
imputés : le relâchement ligamentaire précoce, l’hyper lordose entraînée par l’augmentation
du volume de l’utérus et la prise de poids. Les lombalgies apparaissent dès le deuxième
trimestre de la grossesse pour disparaître après l’accouchement.
Le diagnostic repose essentiellement sur la plainte exprimée par la patiente et doit être
complété
par un examen clinique minutieux afin d’exclure une autre pathologie.
Les examens complémentaires comme la radiographie, l’IRM étant contre-indiqués et les
conséquences éventuels
sur le foetus connus, il faut en mesurer le bénéfice escompté avant de
les prescrire.
5
Les moyens thérapeutiques restant limités, les traitements antalgiques doivent prendre en
compte le risque iatrogène. Un des premiers traitements consiste à recommander des attitudes
posturales correctes
afin de les
prévenir. Cela implique de connaître et de dépister les
facteurs de risques.
On retiendra les techniques physiques comme la kinésithérapie, l’ostéopathie, l’acupuncture,
et le port d’une ceinture lombaire ,qui semble réduire la douleur de façon significative[8,12].
Traitement
L’antalgique de première intention est le paracétamol sans dépasser la prescription maximale
de 3g/jour. Les AINS sont
contre-indiquées dés le début du 6°mois, et ne
peuvent être
utilisés que
d’une façon très ponctuelle en n’excédant pas 5 jours de traitement.
L’acide uridine 5’hiphosphonique(
Utéplex
)en cure de 2 à 3 semaines à raison de 3 ampoules
par jour s’est avéré efficace.
LES CRAMPES
Ce sont des contractions douloureuses localisées au niveau des mollets, d’apparition nocturne
et plus fréquentes (15 à 30% des patientes )[16] au cours du dernier trimestre de la grossesse.
C’est la combinaison de deux minéraux, synergiques et antagonistes qui semble responsable
de ces troubles.
La supplémentation en magnésium durant 3 mois semble efficace,une diminution des crampes
est observée.
LE SYNDROME DOULOUREUX DES SYMPHYSES OU SYNDROME
DE LACOMME
Ce syndrome douloureux ostéo articulaire très fréquent, très douloureux, apparaît plus
particulièrement au cours des derniers mois de la grossesse. La patiente décrit une difficulté à
la marche, aux changements posturaux (debout/couché)et a l’impression que la présentation
foetale est très basse, générant une sensation de pesanteur pelvienne permanente. Cette
douleur démarre du pubis mais peut irradier en avant
vers les fosses iliaques, le périnée ou en
arrière vers les fesses, les fosses lombaires. Une des étiologies retenues serait due en partie à
la pression de la tête foetale sur la symphyse pubienne
dont les ligaments sont relâchés. La
relaxine hormone secrétée dés le début de la grossesse par le corps jaune voit sa production
maximale au troisième trimestre. Associée à l’action des oestrogènes elle
joue un rôle non
négligeable
sur les tissus conjonctifs des systèmes ligamentaires, pelviens et rachidiens.
Le traitement est essentiellement basé sur le repos strict. Les traitements médicamenteux à
l’exception du paracétamol et de l’acide uridine
5’hiphosphonique, n’ont pas démontré leur
intérêt thérapeutique.
L’évolution est irrégulière, la récidive au cours d’une même grossesse est possible, mais la
guérison est définitive après l’accouchement.
LE SYNDROME DU CANAL CARPIEN
La grossesse est un facteur déclenchant dans la manifestation de ce syndrome. La
compression du nerf médian à l’intérieur de canal carpien provoqué par tout ce qui peut
rétrécir son diamètre(stase veineuse, oedème), va générer un ensemble de symptômes. La
douleur, les paresthésies, les fourmillements siégeant au niveau du pouce et des deux premiers
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doigts de la main peuvent irradier jusqu'à l’avant-bras. Ces symptômes sont
préférentiellement nocturnes. Un déficit sensitif peut également s’observer.
Le bandage
nocturne ou une attelle semble efficace. En cas de persistance douloureuse des
infiltrations de corticothérapie peuvent être envisagés. Tous ces symptômes disparaissent
après l’accouchement.
MODIFICATIONS DERMATOLOGIQUES PENDANT LA
GROSSESSE
Ces modifications touchent plus de 80 % des femmes. Les oestrogènes
sont responsables de
la majorité des modifications cutanées pendant la grossesse. Ils stimulent la pigmentation
cutanée, dépriment la sécrétion sébacée et entraînent une vasodilatation cutanée[13].
Modifications de la pigmentation
Ces modifications existent dans plus de 9 grossesses sur 10 [10]. La fréquence d’apparition
est maximale durant le premier trimestre. Les plus courantes sont le masque de grossesse ou
chloasma ou
mélasma (50 à 75 %) [14], l’hyper pigmentation des aisselles, de l’aréole
mammaire et de sa périphérie, de la face interne des cuisses, de la région anogénitale. La
pigmentation de la ligne blanche appelée « linéa nigra » entre le pubis et l’appendice
xyphoïde ainsi que
le brunissement des naevus
sont courants. Les parturientes brunes sont
plus marquées par ces symptômes.
Le mélasma se manifeste par des taches brunes, irrégulières, symétriques avec des formes qui
peuvent soit être limitées aux régions malaires, ou aux régions mandibulaires soit
centrofaciale [5]. Des petites tâches
plus foncées peuvent s’y intégrer. Le masque de
grossesse apparaît à la fin du deuxième trimestre et régresse dans plus de 70 % des cas dans
l’année qui suit l’accouchement[10]. Il peut être observé chez les patientes utilisant des
contraceptifs oestroprogestatifs.
Les mesures préventives consistent à éviter l’exposition au soleil et aux rayons ultra-violets
car ils aggravent le chloasma. Les traitements dépigmentants
ne sont utilisés qu’en l’absence
de régression plusieurs mois après la grossesse [10,14]
Les naevus prennent une couleur plus foncée dans 15% des cas et/ou augmentent de taille. On
peut constater l’apparition de nouveaux naevus pendant la grossesse. Les troubles de la
pigmentation ne nécessitent aucun examen complémentaire et ne font l’objet d’aucun
traitement tant que la grossesse n’est pas terminée.
Modifications du tissu conjonctif
Des facteurs génétiques, biochimiques, hormonaux et mécaniques sont à l’origine des
vergetures.
Elles apparaissent au deuxième trimestre de la grossesse. Le nombre de grossesse
n’influe pas sur leur survenue.
Les vergetures sont présentes dans
60 à 90 % des cas[10]. Elles touchent l’abdomen (50%),
les hanches, les lombes, les seins. Elles se matérialisent par des lignes dont la couleur varie en
fonction de l’évolution de la grossesse. De couleur violacée, elles deviennent blanc nacré
après l’accouchement pour ne jamais disparaître.
Préventivement, il est utile de limiter la prise de poids pendant la grossesse, de maintenir un
bon niveau d’hydratation de la peau et d’éviter les savons détersifs tout en préservant une
bonne hygiène. Un traitement
à base de trétinoïne après la grossesse peut être envisagé
lorsque les vergetures sont récentes[10].
7
Modifications vasculaires
Elles concernent 50 à 70 % de femmes blanches. Elles sont de cinq types : angiomes
stellaires(60%), télangiectasie, érythèmes palmaires, oedèmes. Les oestrogènes sont
incriminés dans la genèse de ces troubles.
Les angiomes stellaires et télangiectasies
Ils apparaissent vers le 3ème mois, plutôt chez les femmes blanches. Ils sont formés d’un
point rouge vif d’où irradient de fines télangiectasies. Leur compression les fait blanchir. Ils
sont présents sur la partie supérieure du corps. Ils régressent dans les trois mois qui suivent
l’accouchement. En l’absence de disparition, ils sont traités par une électrocoagulation fine à
distance de l’accouchement.
L’érythème palmaire
Souvent associés aux angiomes stellaires, Il apparaît également au 1
er
trimestre. Il peut se
limiter aux éminences thénar et hypothénar ou être plus diffus sur la paume des mains. Il
disparaît dans les 2 semaines qui suivent l’accouchement.
Les oedèmes
Dans 50 % des cas et en dehors de toute pathologie, on peut constater des oedèmes des
membres inférieurs en fin de journée (30 à 40 %), ou encore des oedèmes des paupières le
matin au réveil. Au niveau des membres, ces oedèmes ne prennent pas le godet. Au niveau
des paupières, ils sont durs, rosés. Ils apparaissent au dernier trimestre et
sont la conséquence
d’une rétention hydrosodée et d’une augmentation de la perméabilité capillaire.
Modifications des phanères
:
Les ongles cassent plus facilement mais sont d’aspect brillant et présentent parfois des stries
transversales. La pilosité est renforcée surtout en fin de grossesse se localisant plus
particulièrement sur le pubis, la ligne médiane, les jambes, les bras, la lèvre supérieure .
Le ralentissement du passage de la phase ana gène (croissance du cheveu) à la phase télogène
(chute du cheveu) entraîne une chevelure plutôt abondante pendant la grossesse. 1 à 3 mois
après l’accouchement peut
survenir une chute physiologique des cheveux pendant une durée
de 3 à 4 mois mais la repousse est totale dans l’année qui suit [14].
Une bonne hygiène
alimentaire et un apport en vitamines
B2, B5, B6 constituent une bonne prévention pour la
santé du cuir chevelu [16]
Cependant, on observe rarement des alopécies androgéniques ou des alopécies d’origines
psychologiques dont les traitements ne donnent pas toujours de bons résultats.
Ces différentes modifications disparaissent dans les trois mois qui suivent l’accouchement.
MANIFESTATIONS ORL
Les modifications hormonales sont responsables de ces différents troubles qui pour la plupart
disparaîtront après l’accouchement. C’est le cas des rhinites, des laryngites en lien direct avec
le reflux gastro-oesophagien, de
l’hypoacousie, des acouphènes, de la gingivite et de l’épulis.
8
Les rhinites inflammatoires idiopathiques :
Le diagnostic est aisé, la rhinorrhée
séreuse est le principal signe, le traitement proposé est
l’association de soins locaux des fosses nasales avec du sérum physiologique.
Les vasoconstricteurs sont déconseillés.
La rhinite hormonale :
En dehors de toutes les étiologies connues des rhinites (allergiques, rhinite aiguë
infectieuse,…)ce diagnostic est posé une fois que toutes les étiologies ont été écartées.
La prescription repose sur des soins locaux avec du sérum physiologique et une
corticothérapie locale.
L’épistaxis :
Les modifications de la vascularisation de la muqueuse sont responsables de ces hémorragies
peu abondantes qui apparaissent fréquemment au 3°trimestre. Le diagnostic différentiel le
plus fréquent doit éliminer la toxémie gravidique
.
Seule la répétition et l’importance de
l’hémorragie nécessite une numération formule sanguine avec plaquettes
pour en apprécier la
répercussion. Le traitement le plus approprié repose sur des soins locaux des fosses nasales,
humidification de l’air et utilisation de sérum physiologique. Comme pour les rhinites
l’épistaxis régresse spontanément après l’accouchement.
Les laryngites :
La fréquence du reflux gastro-oesophagien est telle que des laryngites peuvent être observées.
Les otites :
Au niveau de l’oreille externe : la sécrétion de cérumen peut augmenter durant le dernier
trimestre de la grossesse conséquence directe de la stimulation des glandes apocrines du
conduit auditif externe. Cela se traduit par des otites externes responsables d’otalgies et
d’hypoacousie. Au niveau de l’oreille moyenne : cela relève de la pathologie.
Quant à l’oreille interne :l’hypoacousie de perception modérée et les acouphènes semblent
être des symptômes
mineurs souvent décrits par la patiente. La fréquence de ces acouphènes
peut atteindre jusqu'à 50% des femmes.
De même en l’absence de pathologie ces syndromes régressent spontanément.
Les gingivites :
La gingivite gravidique est une gingivite à caractère hyperplasique qui se manifeste par une
rougeur, un oedème localisé et une tendance accrue au saignement. Si elle est marquée entre le
3° et le 5°mois de grossesse(80%) elle disparaît rapidement après l’accouchement.
La thérapeutique démarre par une lutte contre le développement de la plaque bactérienne en
l’occurrence, une hygiène bucco dentaire assidue et des détartrages.
L’épulis gravidique :
Cliniquement il se présente comme une tuméfaction gingivale, d’aspect rouge, souvent
nodulaire ou ulcéreuse et pédiculée de volume variable. L’étiologie est inconnue. Son siége de
9
prédilection est située au niveau du maxillaire supérieur. Sa fréquence varie selon les auteurs
de 0 à 5% [13] ,la date d’apparition se situe au 2éme trimestre. Le diagnostic d’épulis doit
faire demander
l’avis d’un stomatologue afin
d’adapter le traitement.
CONCLUSION
Les petits maux de la grossesse sont le reflet de l’adaptation de l’organisme maternel aux
différentes transformations physiologiques et psychologiques.
Les professionnels de santé doivent assurer le dépistage afin d’en optimiser la prise en charge,
en sachant cependant différencier
les
pathologies gravidiques des petits maux de la
grossesse. L ‘entretien du 4°mois semble être tout indiqué
pour prévenir la plupart de ces
désagréments qui relève parfois
d’une simple information adaptée en terme d’hygiène de vie
et d’alimentation. Néanmoins comme nous l’avons constaté tout au long de ce chapitre, les
traitements proposés restent souvent décevants. Le manque d’études scientifiques validées
laisse la place à de nombreuses prescriptions aléatoires, qui s’inspirent plus de l’expérience
et
de l’avis du prescripteur plutôt que d’un consensus médical.
Améliorer la prise en charge de ces petits maux c’est améliorer le vécu de la grossesse et
implicitement favoriser la relation mére-foetus.
Références
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