Actualité de la recherche historique et archéologique en Languedoc : Études sur l'Hérault, 4, 1988. ; n°2 ; vol.15, pg 187-199

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Dialogues d'histoire ancienne - Année 1989 - Volume 15 - Numéro 2 - Pages 187-199
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Publié le 01 janvier 1989
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Langue Français
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Monsieur François Favory
Actualité de la recherche historique et archéologique en
Languedoc : Études sur l'Hérault, 4, 1988.
In: Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 15 N°2, 1989. pp. 187-199.
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Favory François. Actualité de la recherche historique et archéologique en Languedoc : Études sur l'Hérault, 4, 1988. In:
Dialogues d'histoire ancienne. Vol. 15 N°2, 1989. pp. 187-199.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/dha_0755-7256_1989_num_15_2_2867DHA 15,2 1969 187-199
ACTUALITÉ DE LA RECHERCHE HISTORIQUE
ET ARCHÉOLOGIQUE EN LANGUEDOC
Fondée en 1970, la revue locale « Études sur Pézenas et sa région »
a rapidement dépassé, par les thèmes abordés et les collaborateurs
sollicités, le cadre de Pézenas et de la basse vallée de l'Hérault. On
s'en convaincra en parcourant la table des sommaires de la revue
depuis sa parution, dressée par Jean-Claude Richard pour le n° 4 de
la nouvelle série, qui vient de paraître en ce début d'année 1989. En
1978, la revue précise ses ambitions en modifiant son titre, désormais
« Études sur Pézenas et l'Hérault », qui se simplifie en 1981 pour
devenir le titre en cours : « Études sur l'Hérault ». Après un rythme
trimestriel, sans doute harassant pour une revue régionale, « Études
sur l'Hérault » a adopté, depuis 1986-1987, une périodicité annuelle
qui lui a permis d'équilibrer son contenu, largement ouvert aux
Sciences Humaines, et de s'affirmer comme un ouvrage de référence,
tant par la qualité de ses textes et de l'illustration que par la forme
de la publication, agréable et solide.
La livraison de 1988 consacre 44 pages à l'Antiquité, 48 au Moyen
Age, 23 à l'Histoire moderne et 17 à l'Histoire contemporaine. Mais
cette dernière constitue le cadre chronologique privilégié des sections
« Sociétés, Techniques, Ethnologie » (21 pages) et « Géographie,
Économie » (10 pages). Le tout est complété par les « chroniques » :
des comptes rendus d'ouvrages d'Histoire moderne, dus à Henri
Michel, un répertoire bibliographique (1984-1988), consacré à
l'archéologie médiévale et à l'Histoire de l'Art médiévale et
moderne, et composé par Jean Nougaret, et in fine la table complète Paysages et cadastres 188
des sommaires de la revue, signalée plus haut. Au total, un solide
volume de 192 pages 1.
1. On s'intéressera tout particulièrement aux articles consacrés à
l'Histoire antique, mais je n'oublierai pas de signaler l'intérêt
d'autres contributions, même si les périodes considérées dépassent le
cadre chronologique privilégié par les Dialogues d'Histoire
Ancienne.
1.1. Le volume s'ouvre par un article de synthèse sur
« M ontbazin et son terroir dans l'Antiquité ». L'auteur, Dominique
Haim, donne ici un résumé de son mémoire de maîtrise, soutenu en
1985 devant Michel Gayraud, à l'Université de Montpellier. Il rap
pelle qu'on s'accorde, depuis le début du XIXe siècle, à localiser dans
le territoire communal de Montbazin (Hérault), un relais de la voie
Domitienne, Forum Domitii, placé par les itinéraires antiques et la
Table de Peutinger entre la mutatio de Sextantio (Substantion,
Castelnau-le-Lez), installée sur le Lez, et celle de Cessero (Saint-
Thibéry), sur l'Hérault. Si l'identification de Forum Domitii-
Montbazin ne pose plus de problème, son empreinte archéologique
n'est pas complètement cernée, même si le site repéré au lieu-dit « les
Salles », à l'est du village, et occupé du milieu du 1er s. av. n. è. à la
fin du IVe s., semble bien constituer l'hypothèse la plus plausible et
la plus satisfaisante à ce jour pour la localisation précise de
l'habitat développé autour de la mutatio tardo-républicaine et
impériale. D. Haim présente le dossier de l'origine même de ce forum
et adopte le point de vue de P.-M. Duval pour accorder au conquérant
de la Transalpine, Cn. Domitius Ahénobarbus, le crédit de cette fon
dation. Comme on le sait, et comme ne manque pas de le souligner D.
Haim, cette chronologie haute est loin de faire l'unanimité et on a
cherché un autre Domitius dont la chronologie de l'activité en
Transalpine serait plus conforme à celle des vestiges repérés aux
Salles. L'auteur poursuit l'enquête en dressant le catalogue des sites
gallo-romains identifiés dans le territoire communal : celui des
Tuillières, au nord du village -il faut corriger de ce point de vue la
1. Études sur l'Hérault, nouvelle série, 4, 1988, 192 p. (200 F)
Archives Départementales de l'Hérault
2, Avenue de Castelnau
BP1266
34011 Montpellier Cedex. Dialogues d'Histoire Ancienne 189
localisation « à l'ouest de Montbazin », p. 8-, qui se présente comme
un complexe artisanal comportant une zone d'habitat, un atelier de
production d'amphores et une tuilerie : sa chronologie n'est pas plus
précisée ; l'imposante villa des Avenasses, à l'ouest du village, ins
tallée sur le piedmont de la garrigue et repéré sur 3 ha de superficie :
cet habitat, doté d'une nécropole, est implanté dès le 1er s. av. n. è.,
mais atteint son plein essor durant l'Antiquité tardive (IIIe-IVe s.).
D'autres trouvailles, plus ponctuelles, complètent le cadre de
l'occupation antique reconnue à ce jour : fonds d'amphores italique
dans le village même ; nécropole de l'Antiquité tardive installée en
face de l'habitat des Salles, le long de la Domitienne ; trois épi-
taphes, dont une gravée à la mémoire d'un sévir augustal, C. Vettius
Hypnos, à l'initiative d'un C. Vettius Eutyches (son affranchi ? son
co-affranchi ?). L'installation de cette gens dans le territoire de
Forum Domitii vient d'être confirmée par la découverte d'une nouv
elle inscription, mutilée, mais portant les lettres C. VET[...], à peu
de distance de la villa des Avenasses, que certains interprètent dès
lors comme leur domaine familial.
Au total, des témoignages archéologiques disparates, et pour la
plupart difficilement utilisables faute de rapports précis sur les
découvertes. Il apparaît en effet, à la lecture de l'article, que
l'auteur s'est contenté de compiler la documentation relative aux
sites repérés, dans l'ensemble inédite, sans engager sa propre cam
pagne de prospection. Le temps a dû lui manquer tant il est vrai que
son sujet comportait également l'étude de l'environnement paysager
de Forum Domitii, abordé à travers l'étude de la voirie et des limi
tations antiques reconnues dans le bassin de Montbazin par M. Guy et
notre équipe. La question est à peine esquissée faute, de toute évi
dence, d'outils de référence à grande échelle (réseaux calés sur un
fonds cartographique) et de travail réel sur le parcellaire : l'auteur
doit se borner à rappeler les caractéristiques morphologiques des
réseaux centuries qui se rencontrent et s'imbriquent dans ce bassin
compris entre les garrigues au nord et la Gardiole au sud, et entre
l'étang de Thau à l'ouest, où passe la frontière entre la colonie latine
de Nîmes et la colonie romaine de Béziers, et le Lez à l'est. Pour le
reste, les interrogations nécessaires sur l'occupation du territoire de
Forum Domitii et sur la vie économique et sociale de l'agglomération
antique ne peuvent guère recevoir de réponses très originales, dans la
mesure où la faiblesse des informations archéologiques et l'impossib
ilité de proposer une véritable analyse des formes d'occupation du Paysages et cadastres 190
sol et de la dynamique du peuplement contraignent l'auteur à se
contenter d'observations générales. Constater en les regrettant ce
type de lacunes qui tient au statut même de l'information exploitée
ne revient pas à condamner la démarche, qui ne manque pas de pert
inence : on retiendra que l'auteur accorde à l'agglomération antique un
statut économique voire même politique plus élevé que celui où pourr
ait être contenue une simple mutatio de la Domitienne, du fait même
de sa position privilégiée par rapport aux voies de communication et
à la zone frontière entre les colonies de Béziers et de Nîmes.
On retiendra de cette première approche qu'elle offre un tableau
très utile des informations disponibles sur l'occupation antique du
territoire de Montbazin, avec les limites qu'on a vues et que souligne
d'ailleurs D. Haim : l'article est bien servi par l'illustration propos
ée - on aurait souhaité des figures localisant les principaux sites sur
un fonds cadastral -, et par des notes qui manifestent le sérieux de la
recherche entreprise dans le cadre trop étroit d'une maîtrise : il est
évident que l'ambition affichée par l'auteur dans les questions abor
dées mérite qu'il puisse développer cette recherche, en veillant à
affiner et à consolider l'enquête archéologique, par l'organisation et
le contrôle d'une prospection systématique, et à approfondir l'étude
du parcellaire à partir de relevés topographiques à grande échelle.
1.2. La contribution de D. Haim est suivie de celle de Jean-
Michel Malvis qui donne ici la teneur du mémoire qu'il a soutenu en
1988 à l'Université de Besançon, devant M. Clavel-Lévêque et moi-
même, pour l'obtention du DEA : « Anthropisation de l'espace lunel-
lois (communes de Lunel et de Marsillargues). Périodes romaines et
médiévales ». Après avoir présenté les conditions de son travail -
l'auteur appartient à une équipe qui développe dans le Lunellois et le
Melgorien un programme de prospection-inventaire soutenu par le
Ministère de la Culture -, et détaillé les instruments de sa recherche,
J.-M. Malvis fournit un catalogue de 46 sites, pour la plupart
prospectés durant l'hiver 1987-1988, distribués en 4 phases chronolo
giques : 8 de la Pré- et Protohistoire, 15 de l'Antiquité classique (de
la conquête romaine à la fin du Ile siècle), 13 de l'Antiquité tardive
(du Ille au Vie siècle) et 10 du proto- et haut Moyen Age. Chacune
des notices donne le numéro d'ordre du site qui permettra de
l'identifier dans le texte courant et les figures, son nom, correspon
dant au microtoponyme du tenement qui le contient, éventuellement
les autres périodes d'occupation, la nature des sols occupés par le site, Dialogues d'Histoire Ancienne 191
le cours d'eau le plus proche et une proposition d'interprétation de la
nature du site (habitat, nécropole, aire de stockage, etc.).
La région étudiée, qui comprend le territoire communal de Lunel,
augmenté de celui de Marsillargues et d'une partie de celui de Lunel
Viel, doit permettre à l'auteur d'analyser la mise en place du peu
plement à partir de la conquête romaine et son évolution jusqu'à
l'apparition du castrum seigneurial des Gaucelms de Lunel, pôle de
regroupement de l'habitat qui s'imposera à tous les autres dès le haut
Moyen Age : son existence est attestée par les textes dès le début du
Xle siècle. Les données de la prospection confirment l'occupation de
la plaine lunelloise bien avant la conquête romaine, singulièrement
au Chalcolithique. Mais c'est à partir de la conquête romaine, plus
précisément à partir du principát des Julio-Claudiens, que s'implante
un habitat, largement dispersé en plaine et sur le piedmont de la
garrigue, dans le cadre des différentes centuriations qui se rencontrent
dans ce secteur et où se distinguent deux réseaux majeurs : la centuria-
tion propre à cette plaine de Lunel-Mauguio, dénommée Sextantio-
Ambrussum, et une centuriation nîmoise, qualifiée de Nîmes B. Dès
cette époque, la dynamique du peuplement rural doit compter avec
deux habitats groupés qui influent sur le mode de contrôle de l'espace
agraire : l'ancienne agglomération protohistorique d'Ambrussum,
perchée sur les premiers reliefs de la garrigue, mutatio sur la Domi-
tienne qui la traverse et centre actif qui s'est développé au-delà de
son ancienne muraille pour s'installer sur la rive du Vidourle et
exploiter de nouveaux terroirs, et la nouvelle agglomération, dont le
village de Lunel Viel a assuré la pérennité, et qui s'installe à 6 km à
vol d'oiseau de Voppidum, au contact de la plaine et de la garrigue, à
partir du milieu du 1er siècle de notre ère, au même moment que la
plupart des fermes qui jalonnent le front pionnier progressant vers
l'étang littoral et sa frange palustre. Cette occupation dense
s'interrompt à partir de la seconde moitié du Ile siècle. Au IVe siècle,
le Lunellois présente un réseau d'habitat qui a perdu des sites mais
sans en gagner de nouveaux. D'anciens habitats connaissent alors leur
plein développement et c'est à ce moment, celui de l'Antiquité tar
dive, que se distinguent, par leur ampleur et leur capacité à structurer
l'environnement paysager, les 5 pôles de regroupement qui vont
structurer le peuplement rural durant le haut Moyen Age, accueillir
les premières églises et constituer les chefs-lieux des premières
paroisses du Lunellois oriental, dont la mise en place peut être cernée
grâce à l'apport précieux des textes collectés dans les nombreux Paysages et cadastres 192
cartulaires ecclésiastiques et laïcs du Bas-Languedoc : les sites por
tuaires du Mas Desport et de Saint-Julien de Corneilhan
(Marsillargues), Dassargues et Mas de Collet/Saint-Jean de Nozé
(Lunel), Sainte-Catherine/Saint-Paul de Cabrières (Lunel Viel).
La dernière phase caractéristique est celle de l'émergence du
castrum féodal de Lunel, qui s'établit à un peu plus de 3 km de
l'antique bourgade de Lunel Viel, dont il s'approprie alors le nom, et
qui va absorber progressivement la population environnante aux
détriments des paroisses du haut Moyen Age. L'intérêt du travail de
J.-M. Malvis est, dès lors, de rechercher les indices d'une occupation
antérieure, qui pourrait expliquer le choix de ce site par les
Gaucelms : malheureusement, le développement urbain de Lunel,
dont les lotissements pavillonnaires conquièrent rapidement les fau
bourgs qui cernent sur une largeur de 1 km le noyau médiéval de la
ville, interdit pratiquement toute étude sur l'occupation antique du
site. En revanche, une enquête très perspicace sur la voirie ancienne,
conduite à partir du plan cadastral napoléonien et de missions
aériennes verticales de 1944, a permis à l'auteur de reconstituer deux
itinéraires anciens, dont le carrefour, au nord du coeur de la ville
médiévale, pourrait justifier le choix des Gaucelms. Le castrum
aurait été délibérément implanté sur un important itinéraire nord-
sud, reliant l'arrière-pays cévenol et le site portuaire du Mas
Desport, sur la corne orientale de l'étang de Mauguio, là où la lagune
est la plus rapidement accessible. En outre, le bourg castrai s'est ins
tallé à proximité du carrefour que cet itinéraire effectue avec un
autre itinéraire majeur, d'envergure régionale, le camin salinièr
(« chemin saunier » : route du sel), dont le parcours restitué par J.-M.
Malvis au nord de l'agglomération lunelloise est jalonné par 3
églises, aujourd'hui disparues mais autrefois sièges de paroisses,
dont il donne la localisation au terme d'une démonstration convain
cante où il combine l'apport des textes médiévaux et les données
fournies par l'interprétation des cartes, plans et photographies
aériennes : il apparaît ainsi que le carrefour, situé à proximité de la
gare SNCF de Lunel, devait s'effectuer à l'emplacement du chef-lieu
de la paroisse de Saint-Estève de Nozé, que l'auteur interprète
comme le village préexistant à la fondation du castrum qui
s'installera quelques hectomètres plus au sud.
La fin de l'article est consacrée à une analyse de « l'espace
cadastré », dont l'auteur reconnaît qu'elle doit être poursuivie. Il Dialogues d'Histoire Ancienne 193
expose néanmoins les résultats des relevés opérés sur le fonds cadast
ral de 1812, qui lui ont permis de mesurer à grande échelle la capac
ité d'organisation du parcellaire et de la voirie manifestée par
chacune des 4 ou 5 centuriations identifiées dans la région par notre
équipe. Il reste à affiner l'étude du rapport entre l'habitat et les
limites de chaque réseau et à poursuivre l'enquête sur les parcellaires
isoclines, sur leur répartition dans l'espace et sur la signification des
imbrications constatées.
La comparaison entre les deux études permet de mieux mesurer
l'apport décisif d'une bonne connaissance du terrain étudié, que seule
une prospection systématique permet d'obtenir, complétée par
l'exploitation de toute la documentation disponible, tant au plan des
textes que des images du paysage.
1.3. La rubrique « Antiquité » se clôt par un bilan résolument
optimiste des deux premières années d'existence du Musée de Lattes,
dressé par son conservateur, Christian Landes : « Le de Lattes
a deux ans : programme, réalisations, perspectives ». C'est l'occasion,
pour cet animateur talentueux et infatigable, de rappeler les ambit
ions assignées à ce projet original, puisque le Musée municipal de
Lattes, installé dans le Mas Saint-Sauveur qui pérennise à sa
manière l'antique ville portuaire de Lattara, révélé par les travaux
pionniers du regretté Henri Prades, doit à la fois accueillir et mettre
en valeur les collections archéologiques du site et de ses environs
immédiats, et s'imposer comme le musée du littoral lagunaire
compris entre la Gardiole et la Camargue. On sait que le mas, trans
formé par les soins de l'architecte Jean Massota, abrite en outre un
Centre de Documentation Archéologique Régional, géré par la
Direction Régionale des Antiquités du Languedoc-Roussillon, une
équipe du CNRS, spécialisée dans la Protohistoire de la France
méditerranéenne et dirigée par Guy Barruol, et un équipement hôtel
ier de qualité destiné à accueillir les équipes de fouille qui
exploitent progressivement, sous la direction de Michel Py, les
potentialités du parc archéologique de 10 ha acquis et aménagé par
l'Etat et les collectivités locales.
Après avoir précisé les intentions des concepteurs de l'espace
muséographique, dont la réalisation lui doit beaucoup, Ch. Landes
mène la visite de son musée et guide le lecteur depuis le porche
d'entrée, qui inscrit le site de Lattes dans son cadre territorial 194 Paysages et cadastres
antique, jusqu'aux salles du troisième étage consacrées à la fin du site.
Il insiste ensuite sur la démarche qui lui est chère, celle de constituer
autour du musée et de ses collections un espace vivant : il le conçoit à
la fois comme une vitrine de la recherche en mouvement, en offrant un
centre d'accueil pour les confrontations scientifiques, et des supports
pour les informations en perpétuel renouvellement (expositions
couplées à des colloques et prolongées par de magnifiques cata
logues 2, librairie spécialisée) et comme une maison de la culture
archéologique et historique, ouverte et accessible au grand public et
aux enfants, invité à participer à des formules de sensibilisation et
d'initiation à l'archéologie et à l'Histoire ancienne (festivals cin
ématographiques, bibliothèque), dans un lieu accueillant où l'on
pourra sous peu se restaurer.
L'ambition de Ch. Landes est claire, et elle correspond à sa
conception du service public : faire du musée dont il a la charge un
pôle d'animation, capable d'attirer un public bien au-delà des visi
teurs habituels des collections archéologiques. A cette fin, il a créé
une association, « Imago », qui prend en charge l'activité commerc
iale du musée et réinvestit les bénéfices dégagés dans les projets cul
turels que ne cesse d'échafauder ce véritable promoteur culturel.
2. Il serait injuste de ne pas donner la matière des articles de la
rubrique « Moyen Age », tant leur contenu peut être instructif pour des
spécialistes de l'Antiquité.
2.1. C'est indubitablement le cas de l'article d'André
Bonnery, « Architecture et liturgie à l'époque carolingienne dans la
province de Narbonne ». L'auteur mène une enquête très intéressante
sur les églises préromanes à chœur quadrangulaire, construites aux
IXe et Xe siècles selon un plan simple et constant, celui d'une nef
longue longue de 12 à 16 m et large de 6 à 8 m, terminée par un chœur
quadrangulaire, le plus souvent trapézoïdal, et légèrement déjeté par
rapport à l'axe de la nef. L'adoption très large de ce type d'église
rurale est concomittante d'un important changement de liturgie : la
Les étangs à l'époque médiévale, d'Aigues-Mortes à Maguelone, 1986 ;
Les derniers Romains en Septimanie. IVe-VIIIe siècles, 1987 ; Les
gladiateurs, 1987 ; Vases à mémoire. Les collections de céramiques
grecques conservées dans le Midi de la France, 1988 : s'adresser à
Imago, Musée Archéologique de Lattes, Route de Pérols, 34970 Lattes. Dialogues d'Histoire Ancienne 195
liturgie hispanique, plus ouverte sur la participation active du
peuple des fidèles, cède alors le pas devant la nouvelle liturgie,
« catalano-narbonnaise », imposée par la papauté et le pouvoir
carolingien. Il s'agit d'une liturgie « élitiste », qui différencie fra
nchement les fidèles et le célébrant, lequel occupe seul l'espace du
chœur surélevé par rapport à la nef et séparé matériellement par le
chancel qui marque ainsi la hiérarchisation des espaces. Le nouveau
modèle architectutal, adapté à l'innovation liturgique, a pu se
développer à la faveur de la reconstruction d'églises ruinées durant
les troubles du Ville siècle et à l'occasion de la création de colonies
de peuplement ou de la fondation des multiples ceîlae dépendant des
grands monastères.
2. 2. Gérard Alezieu donne la traduction d'une vie inédite de
Saint-Fulcran, évêque de Lodève durant la seconde moitié du Xe
siècle. Ce récit est fondamental pour l'ensemble du discours hagio
graphique sur ce personnage, puisque l'auteur, en accord avec
l'éditeur du texte, François Dolbeau (Analecta Bollandiana, 100,
1982, p. 515-544), le qualifie de Vita prima, d'où dérivent toutes les
autres vies connues. C'est dire tout l'intérêt de cette traduction.
Alain Riols propose une nouvelle localisation pour le prieuré et
l'église de Saint-Etienne de Prunet à Aumelas : il s'agirait de la
Verrerie de Château-Bas, dont l'architecture trahit la fonction
religieuse du bâtiment originel. Il s'oppose donc fermement à la
récente proposition avancée par André Soutou, qui place cette église
au Mas de Lapouroux.
Pierre-Roger Gaussin fait ensuite le point sur « Les dépendances
de la Chaise-Dieu dans l'Hérault » : on y trouvera un très utile cata
logue des 9 prieurés fondés ici par l'abbaye auvergnate et installés
pour la plupart entre l'Hérault, à hauteur de Pézenas, et le Bassin de
Montbazin.
Suit un bel article de topographie historique appliquée au tissu
urbain de Montpellier : Ghislaine Fabre et Thierry Lochard réussis
sent, dans une analyse de la « Topographie de Montpellier aux Xle et
Xlle siècles : essai de lecture d'une ville neuve », à exploiter les ano
malies du parcellaire urbain du cœur de la ville, heureusement pré
servé des grands boulversements architecturaux que connaît actuel
lement la capitale régionale. L'enquête est rigoureusement menée à