« Ana-Yana » : ceux qui partent loin du pays Dogon (Mali) - article ; n°3 ; vol.10, pg 111-135

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Revue européenne de migrations internationales - Année 1994 - Volume 10 - Numéro 3 - Pages 111-135
« Ana-Yana » : los que parten lejos del País Dogon (Mali)
Véronique PETIT
El objeto es el estudio de los movimientos migratorios de los Dogon (Distrito de Sangha, acantilados de Bandiagara, Mali) y más especificamente de su emigración international. Se distinguen tres grandes tipos de movimientos migratorios : los flujos internacionales hacia Africa del Oeste, los movimientos internos en Mali (de una región a otra) y una emigración de recolonización de la planicie del Seno Gondo. Cada tipo de emigración tiene características particulares ton respecto al sexo, a la edad, a la nuptialidad así como al origen topográfico de los emigrantes. La emigración internacional es, en la mayoría de los casos, una emigración de hombres. La emigración de las mujeres es sobre todo una emigración de proximidad, estas se desplazan prioritariamente hacia la planicie, y luego a otras regiones de Mali. Muy pocas se dirigen al extranjero. Entre los imigrantes internacionales, los solteros estan sobrerepresentados, mientras que los desplazamientos internos son sobre todo el hecho de individuos casados. La destinación de la emigración (extranjero, planicie, otra región de Mali) depende en parte igualmente de la localización topográfica del pueblo de origen del emigrante (zona de desprendimientos o zonas de planicie). Concluimos por un análisis sociológico de las causas y consecuencias de la emigración para la sociedad dogon.
« Ana-Yana », Those Who Go far Away from the Dogon Region (Mali)
Véronique PETIT
Our purpose is to study the migrations of a Malian population, the Dogon (district of Sangha, Bandiagara cliff). We distinguish three patterns of emigration: emigration through West African frontiers (mainly Ivory Coast, Ghana), internal movements and a displacement towards the plain of Seno Gondo. Each pattern of migration has its own factors with regards to age, gender, nuptiality and geographical origin of migrant people. International migrations are essentially achieved by men.
Women's movements could be characterized by a proximity with the village of origin.
Women move in the direction of the plain, more rarely towards the other Malian regions, and least in Western Africa. Most of international migrants are single, while married people have chosen internal movements. The choice of the destination is linked with the geographical origin. We conclude by a sociological analysis of the causes and consequences of emigration in the Dogon society.
« Ana-Yana », ceux qui partent loin du pays Dogon (Mali)
Véronique PETIT
L'objet est l'étude des mouvements migratoires des Dogon (arrondissement de Sangha, falaises de Bandiagara, Mali) et plus spécifiquement de l'émigration internationale. On dégage trois grands types de mouvements migratoires : les flux internationaux vers l'Afrique de l'ouest, les mouvements internes au Mali (d'une région à une autre) et une émigration de recolonisation de la plaine de Seno Gondo. Chaque type d'émigration a des caractéristiques particulières par rapport au sexe, à l'âge, à la nuptialité ainsi qu'à l'origine topographique des émigrants. L'émigration internationale est très majoritairement le fait des hommes. L'émigration des femmes est surtout une émigration de proximité, elles se déplacent en priorité vers la plaine, puis les autres régions du Mali et pour finir très peu vont à l'étranger. Les célibataires sont sureprésentés parmi les émigrants internationaux, tandis que les déplacements internes sont plutôt le fait des individus mariés. La destination de l'émigration (étranger, plaine, autre région malienne) dépend en partie également de la localisation topographique du village d'origine du migrant (zone d'éboulis ou zone de plateau). Nous concluons par une analyse sociologique des causes et des conséquences de l'émigration dans la société dogon.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1994
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Véronique Petit
« Ana-Yana » : ceux qui partent loin du pays Dogon (Mali)
In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 10 N°3. CERPAA CERPOD ORSTOM – Migrations
africaines. pp. 111-135.
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Petit Véronique. « Ana-Yana » : ceux qui partent loin du pays Dogon (Mali). In: Revue européenne de migrations
internationales. Vol. 10 N°3. CERPAA CERPOD ORSTOM – Migrations africaines. pp. 111-135.
doi : 10.3406/remi.1994.1428
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1994_num_10_3_1428Resumen
« Ana-Yana » : los que parten lejos del País Dogon (Mali)
Véronique PETIT
El objeto es el estudio de los movimientos migratorios de los Dogon (Distrito de Sangha, acantilados de
Bandiagara, Mali) y más especificamente de su emigración international. Se distinguen tres grandes
tipos de movimientos migratorios : los flujos internacionales hacia Africa del Oeste, los movimientos
internos en Mali (de una región a otra) y una emigración de recolonización de la planicie del Seno
Gondo. Cada tipo de emigración tiene características particulares ton respecto al sexo, a la edad, a la
nuptialidad así como al origen topográfico de los emigrantes. La emigración internacional es, en la
mayoría de los casos, una emigración de hombres. La emigración de las mujeres es sobre todo una
emigración de proximidad, estas se desplazan prioritariamente hacia la planicie, y luego a otras
regiones de Mali. Muy pocas se dirigen al extranjero. Entre los imigrantes internacionales, los solteros
estan sobrerepresentados, mientras que los desplazamientos internos son sobre todo el hecho de
individuos casados. La destinación de la emigración (extranjero, planicie, otra región de Mali) depende
en parte igualmente de la localización topográfica del pueblo de origen del emigrante (zona de
desprendimientos o zonas de planicie). Concluimos por un análisis sociológico de las causas y
consecuencias de la emigración para la sociedad dogon.
Abstract
« Ana-Yana », Those Who Go far Away from the Dogon Region (Mali)
Véronique PETIT
Our purpose is to study the migrations of a Malian population, the Dogon (district of Sangha,
Bandiagara cliff). We distinguish three patterns of emigration: emigration through West African frontiers
(mainly Ivory Coast, Ghana), internal movements and a displacement towards the plain of Seno Gondo.
Each pattern of migration has its own factors with regards to age, gender, nuptiality and geographical
origin of migrant people. International migrations are essentially achieved by men.
Women's movements could be characterized by a proximity with the village of origin.
Women move in the direction of the plain, more rarely towards the other Malian regions, and least in
Western Africa. Most of international migrants are single, while married people have chosen internal
movements. The choice of the destination is linked with the geographical origin. We conclude by a
sociological analysis of the causes and consequences of emigration in the Dogon society.
Résumé
« Ana-Yana », ceux qui partent loin du pays Dogon (Mali)
Véronique PETIT
L'objet est l'étude des mouvements migratoires des Dogon (arrondissement de Sangha, falaises de
Bandiagara, Mali) et plus spécifiquement de l'émigration internationale. On dégage trois grands types
de mouvements migratoires : les flux internationaux vers l'Afrique de l'ouest, les mouvements internes
au Mali (d'une région à une autre) et une émigration de recolonisation de la plaine de Seno Gondo.
Chaque type d'émigration a des caractéristiques particulières par rapport au sexe, à l'âge, à la nuptialité
ainsi qu'à l'origine topographique des émigrants. L'émigration internationale est très majoritairement le
fait des hommes. L'émigration des femmes est surtout une émigration de proximité, elles se déplacent
en priorité vers la plaine, puis les autres régions du Mali et pour finir très peu vont à l'étranger. Les
célibataires sont sureprésentés parmi les émigrants internationaux, tandis que les déplacements
internes sont plutôt le fait des individus mariés. La destination de l'émigration (étranger, plaine, autre
région malienne) dépend en partie également de la localisation topographique du village d'origine du
migrant (zone d'éboulis ou zone de plateau). Nous concluons par une analyse sociologique des causes
et des conséquences de l'émigration dans la société dogon.Revue Européenne
des Migrations Internationales
Volume 10 - N° 3
1994
« Ana-Yana »,
ceux qui partent loin
du pays Dogon (Mali)
Véronique PETIT
Si les Dogon de Sangha sont relativement bien connus sur
le plan ethnologique à la suite des travaux de Marcel Griaule et de son équipe, ils le
sont beaucoup moins sur le plan démographique. Leurs migrations ont été étudiées
essentiellement sous deux angles. Dierterlen (1941) a suivi leur histoire depuis le
départ du Mandé par les Dogon jusqu'à leur établissement dans la région des
falaises de Bandiagara. Gallais (1975) replace les migrations dans une perspective
plus large, économique et écologique. Mais ces deux études s'attachent surtout aux
mouvements des Dogon, à l'intérieur de leur aire de résidence dans la plaine et sur
la falaise. Nous nous proposons de compléter ces recherches fondatrices par une
approche plus démographique. Dans un premier temps, afin de présenter l'émigra
tion dogon contemporaine, et plus spécifiquement l'émigration internationale
tournée vers l'Afrique de l'Ouest, en établissant quels sont ses caractères propres
comparativement aux flux migratoires internes au Mali (largement orientés vers
les zones urbaines) et à un mouvement de « recolonisation » de la plaine du
Seno-Gondo. Dans un second temps, nous nous attacherons à examiner comment
les caractéristiques démographiques des emigrants lointains s'interprètent dans le
contexte socio-économique de la société dogon.
Nos données proviennent d'une enquête menée en collaboration entre
l'INED, le CERPAA, l'ISH et riNRSP('), qui a été conduite de 1991 à 1994 dans
l'arrondissement de Sangha (région de Mopti) sur les falaises de Bandiagara. La
population de l'ensemble des villages a d'abord été recensée, puis une enquête
individuelle a été réalisée auprès de 695 hommes et 388 femmes dans certains
villages de la région. Ce questionnaire a permis de recueillir en plus les caractéristi
ques individuelles des interrogés, des données sur la vie nuptiale, la vie génésique,
la mortalité infantile, la vie migratoire d'une manière rétrospective. Un bilan éco
nomique par village fut aussi dressé, ce qui éclaire indirectement les causes écono
miques des départs en migration. Enfin des entretiens qualitatifs ont été réalisés :
Ana-Yana » ceux qui partent loin du pays Dogon (Mali)
auprès d'hommes et de femmes eux-mêmes migrants de retour, ou de leurs parents,
ainsi qu'auprès d'informateurs privilégiés (chefs de village ou de lignage, etc.).
L'arrondissement est composé de vingt-deux villages qui se répartissent
entre le plateau et la zone des éboulis au pied de cette falaise (Figure 1) : d'une
altitude de 300 à 500 mètres dans cette région. A leurs pieds s'étend la plaine du
Seno-Gondo, à l'horizon se découvre le Burkina-Faso (Figure 2). Les Dogon
sont installés dans la région depuis le XIIIe siècle, ils quittèrent le Mandé, selon
l'hypothèse la plus souvent avancée, pour fuir l'islamisation conduite par les
Peul. Une fois installés dans les falaises de Bandiagara, leur zone d'habitat
s'élargit ou se contracta au gré des guerres avec les Peul et les Toucouleur. La
paix fut imposée en 1913 par l'administration française. Agriculteurs, ils cult
ivent le mil, le sorgho, le fonio, les oignons et font du maraîchage quand l'hydro
graphie le permet. Ils ont quelques troupeaux, de moutons et de chèvres le plus
souvent. La société est divisée en trois castes : les hommes « libres », les forge
rons et les cordonniers. Animistes d'origine, ils sont de plus en plus nombreux à
devenir musulmans, plus rarement chrétiens. Les falaises de Bandiagara forment
une « forteresse » naturelle, qui servit de refuge aux Dogon contre les menaces
extérieures, et leur permet aujourd'hui de conserver un fort sentiment de cohé
sion sociale et de protéger une culture riche malgré le développement progressif
du tourisme.
FIGURE 1 : Coupe de la falaise et situation des villages
~"
■^ A
1 A Village
\ 1 Culture Village du
plateau Ancien
habitat • à / f
Telem ► Illustration non autorisée à la diffusion
maintenant 4
sépulture I
Grenier à mil I
1 Terre du cultivable bas de la protégé par le T
surplomb de la > ►\jjj falaise
falaise
Village des %■■*
éboulis
Source Beaudouin, 1989. :
Véronique PETIT
FIGURE 2 : Le pays Dogon
Illustration non autorisée à la diffusion
^O** Kori-Kiiï ,
Somadoogou ^'
Source Beaudouin, 1989. :
« Ana-Yana » ceux qui partent loin du pays Dogon (Mali)
UNE ÉMIGRATION DIVERSIFIÉE
DESTINATIONS
Les Dogon sont environ 250 000 au Mali, soit un peu moins de 5 % de la
population malienne. La population totale de l'arrondissement de Sangha que
nous avons recensée en 1991, est de 22 825 individus. La population est de
17 178 personnes résidantes présentes qui se répartissent entre le plateau
(9 028 individus) et les éboulis (8 150 individus). 18,7 % de la recensée
entre dans la catégorie « emigrant ». Cette proportion constitue un ordre de gran
deur acceptable, dans la mesure où ce sont les chefs de famille qui déclarent les
emigrants. Tous n'ont pas la même définition de l'absence (durée, relation avec le
migrant...). Dans les lignes qui suivent, nous distinguerons (Tableau 1) :
— les migrations vers la plaine du Seno-Gondo, située au pied de la falaise
(n = 1 516 soit 35,8 % de la population totale),
— les internes au Mali (n = 1 355 soit 31,9 % de la population
totale).
— les migrations vers l'étranger (n = 1 164 soit 27,5 % de la population totale),
Ainsi un peu moins d'un tiers des migrants se dirigent vers l'étranger. Nous
laisserons de côté les migrations à destination inconnue, ou vers le plateau et les
éboulis en dehors de l'arrondissement de Sangha qui sont d'un effectif réduit
(n = 202), soit 4,8 % du total des migrations.
TABLEAU 1 :
Répartition de la population totale selon la situation résidentielle et le sexe
Statut résidentiel Homme Femme Total
Migrant éboulis hors arrondissement . . . 11 20 31 étranger 916 248 1 164
Migrant plaine seno 650 866 1 516 plateau hors arrondissement . . 18 47 65 Illustration non autorisée à la diffusion
Migrant interne 832 523 1 355
52 54 sans précision 106
2 479 1 758 Total migrants 4 237
Présents 8 906 9 507 18413
Total 11 385 11 265 22 650
Source recensement INED-CERPAA 1991.
Les migrations internes au Mali se répartissent en fait très inégalement entre
émigration urbaine (plus de 90 %) et émigration dans une autre zone rurale du :

Véronique PETIT 115
Mali plus développée, comme les régions de Ségou ou de Sikasso. De plus, en ce
qui concerne cette catégorie « rurale » on peut penser qu'elle est sous-déclarée, car
il est plus valorisant de dire que l'on part travailler en ville que de reprendre une
activité similaire, la culture, même dans une zone agricole plus fertile.
PARTICULARITÉS DE L'ÉMIGRATION INTERNATIONALE
Les caractéristiques démographiques (âge, sexe, situation matrimoniale) ainsi
que l'origine topographique des emigrants sont-elles les mêmes selon le lieu d'émi
gration ?
L'émigration internationale se distingue-t-elle d'une manière très marquée par
rapport aux autres types d'émigration ?
Une émigration de proximité pour les femmes
Les femmes sont-elles représentées de manière égale selon les différentes desti
nations d'émigration possibles ?
TABLEAU 2 :
Répartition des migrants selon la destination et selon le sexe
Lieu Interne Vers l'étranger Plaine du Seno Ensemble
d'émigration au Mali Gondo
Sexe n n n n % % % %
Illustration non autorisée à la diffusion
832 Masculin .... 61,4 916 78,7 650 42,9 2 398 59,4
Féminin 523 38,6 248 21,3 866 57,1 1637 40,6
Ensemble .... 1 355 1 164 4 035 100 100 1516 100 100
Source recensement 1NED-CERPAA 1991.
Plus la distance est courte, plus les femmes sont représentées : l'émigration en
plaine, avec 57, 1 % d'émigrantes, s'oppose nettement à l'émigration à l'étranger, ou
78,6 % des emigrants sont des hommes (Tableau 2) sur l'ensemble des différents
types d'émigrations.
L'effet de l'âge et du sexe
Nous avons distingué quatre grandes classes d'âge, qui correspondent à des
étapes importantes du cycle de vie (Tableau 3) :
0-14 ans : à l'enfance et l'adolescence, les jeunes accompagnent leurs
parents migrants,
— 15-34 ans : le mariage marque une rupture du changement du statut
matrimonial, l'émigration peut être scolaire ou salariale, :
:
« Ana-Yana » ceux qui partent loin du pays Dogon (Mal
— 35-34 ans : à la maturité, on observe une évolution et une extension du
noyau familial, l'homme devient le chef de ménage,
— 55 ans et plus : l'individu recherche la stabilité, le soutien des enfants, il
passe au statut de chef de la grande famille (gina).
TABLEAU 3 :
Répartition des migrants selon la destination et selon l'âge
0-14 15-34 35-34 55 et Total Classe d'âge Total
+ % % % % %
Migration interne .... 10,7 62,4 24,8 2,1 100 1355
Illustration non autorisée à la diffusion étranger . . . 4,2 63,5 28,1 4,2 100 1164
Migration plaine .... 11,8 54,5 28,8 4,9 100 1516
4,4 Ensemble 9,9 57,6 28,1 100 4 035
Source recensement INED-CERPAA 1991.
Comme pour le sexe, on peut penser que l'âge peut être mis en relation avec la
proximité du lieu de migration. La proportion des migrants âgés de 15-34 ans est
dans tous les cas supérieure à 50 %, et elle croit avec la distance, pour atteindre
63,5 % pour les émigrés vers l'étranger. C'est donc une migration liée à l'activité
professionnelle. C'est pour l'émigration vers l'étranger que la part des enfants,
4,2 % est la plus réduite. Examinons plus attentivement l'âge des emigrants vers
l'étranger en fonction de leur sexe (Tableau 4).
TABLEAU 4 :
Répartition des emigrants vers l'étranger selon l'âge et le sexe
Sexe Masculin Féminin Effectifs Classe âge
0-14 46,9 53,1 49
15-19 45,8 54,2 48
20-24 77,5 22,5 195
25-29 80,1 19,9 277 Illustration non autorisée à la diffusion
30-34 81,9 18,1 211
35-54 84,1 15,9 327
84,7 55 et plus 13,3 57
916 Total n 248 1 164
Ages moyens 29,6 26,5
Source recensement INED-CERPAA 1991. Véronique PETIT
Globalement l'âge moyen des femmes qui migrent vers l'étranger est inférieur
de trois ans à celui des hommes, il passe de 26,5 ans pour les femmes à 29,6 ans
pour les hommes, mais cette moyenne masque des différences assez profondes de
comportements et d'attitudes face à l'émigration, liées au statut respect
if de chacun des sexes dans la société dogon.
Jusqu'à 19 ans, les femmes sont les plus nombreuses à émigrer vers l'étranger,
de 53,1 % à 54,2 % entre 0 et 19 ans. Il s'agit en fait le plus souvent de fillettes ou
de jeunes filles que l'on confie à des parentes, ou que l'on marie à un « cousin »
établi définitivement en Côte-d'Ivoire. Il peut s'agir d'épouses qui suivent leur
conjoint dans son déplacement, mais cela demeure une situation relativement
marginale, car elle est souvent perçue de manière négative par la famille du mari.
En effet nos entretiens montrent que la famille considère parfois que c'est une
charge pour le migrant et qu'elle se voit privée d'une main-d'œuvre (belle-fille et ses
enfants) non négligeable.
A 20-24 ans, on assiste à un renversement brutal et durable du rapport hom
me/femme. Les hommes s'exilant majoritairement à l'étranger aux âges adultes, la
proportion d'émigrants masculins s'élève à plus de 80 % après 25 ans.
Le statut matrimonial
Les célibataires sont surreprésentés parmi les migrations internes (52,3 %)
et étrangères (58,6 %) contrairement à l'émigration vers la plaine du Seno-
Gondo où ils ne sont que 31,3 %. La répartition des célibataires montre pour
cette catégorie d'individus (Figure 3) un décalage des âges et des sexes selon la
destination. Les emigrants célibataires hommes vers l'étranger partent plus tard
que les célibataires hommes vers l'intérieur du Mali, et surtout comparativement
à ceux qui vont s'installer en plaine. Pour les femmes célibataires, les différences
sont font surtout sentir entre l'émigration interne et internationale face à l'émi
gration en plaine. Pour les monogames, les histogrammes ont le même profil
quelle que soit la destination : les femmes partent plus nombreuses entre 9 et
29 ans (Figure 4).
Les migrations vers la plaine sont plutôt le fait d'individus mariés, 47,9 % des
mariés monogames et 12,9 % des mariés polygames se dirigent vers la plaine
(Tableau 5). L'importance des mariés concernant l'émigration vers la
plaine s'explique aisément : les hommes laissent une de leurs femmes
dans leur village d'origine, sous la surveillance de leur père ou de leur frère, et
partent en plaine avec une autre épouse et ses enfants. L'homme se déplace entre
les deux villages au gré de ses activités, des fêtes ou cérémonies (2) (dama, funér
ailles, boulo...). Il revient dans son village d'origine après les récoltes, ramenant
avec lui du mil pour ses parents. i
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118 « Ana-Yana » ceux qui partent loin du pays Dogon (Mali)
FIGURE 3 : Emigrants célibataires suivant le sexe, l'âge, la destination
30 t
25
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PLAINE-hom
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■ 5
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Illustration non autorisée à la diffusion D ETRANG.fem
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25 30 20 35 10 15 5 0 - -" ■ Lu D INfTERN.fem
Source: Recensement INED-CERPAA. I99I.