Analyse pollinique des sols. Un exemple : les sols bruns acides à faciès humifère d'Eymoutiers-Peyrat-le-Château (Haute-Vienne) comparés à quelques tourbières voisines - article ; n°3 ; vol.8, pg 181-194

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Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1971 - Volume 8 - Numéro 3 - Pages 181-194
After pollen analyses, a blackish humic horizon is judged to have formed on brown acid soils in West Limousin. This would be the result of the growth of heather following deforestation during the Subatlantic period. The way in which pollen is included at various levels of the soil profile is discussed here.
D'après les analyses polliniques, un horizon humifère de couleur noire se serait développé au sommet de sols bruns acides de l'Ouest Limousin par suite de l'implantation de la callunaie consécutive aux défrichements du Subatlantique. Le mode d'incorporation des pollens dans ce type de sol est discuté.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1971
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Langue Français
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Armelle Billard
J Dejou
J Guyot
J Morizet
Analyse pollinique des sols. Un exemple : les sols bruns acides
à faciès humifère d'Eymoutiers-Peyrat-le-Château (Haute-
Vienne) comparés à quelques tourbières voisines
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 8 - Numéro 3 - 1971. pp. 181-194.
Abstract
After pollen analyses, a blackish humic horizon is judged to have formed on brown acid soils in West Limousin. This would be the
result of the growth of heather following deforestation during the Subatlantic period. The way in which pollen is included at
various levels of the soil profile is discussed here.
Résumé
D'après les analyses polliniques, un horizon humifère de couleur noire se serait développé au sommet de sols bruns acides de
l'Ouest Limousin par suite de l'implantation de la callunaie consécutive aux défrichements du Subatlantique. Le mode
d'incorporation des pollens dans ce type de sol est discuté.
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Billard Armelle, Dejou J, Guyot J, Morizet J. Analyse pollinique des sols. Un exemple : les sols bruns acides à faciès humifère
d'Eymoutiers-Peyrat-le-Château (Haute-Vienne) comparés à quelques tourbières voisines. In: Bulletin de l'Association française
pour l'étude du quaternaire - Volume 8 - Numéro 3 - 1971. pp. 181-194.
doi : 10.3406/quate.1971.1181
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1971_num_8_3_1181de l'Association française 1971-3, page 181. Bulletin
pour l'étude du Quaternaire.
ANALYSE POLLINIQUE DES SOLS *.
Un exemple : Les sols bruns acides à faciès humifère
d'Eymoutiers - Peyrat-le-Château (Haute- Vienne)
comparés à quelques tourbières voisines.
PAR
A. BILLARD ', J. DEJOU \ J. GUYOT \ J. MORIZET 3.
1. Laboratoire de Géographie physique, 191, rue Saint- Jacques, Paris-5e.
2. I.N.R.A., Station d'Agronomie, 30, rue Vielle-Prison, 36 - Châteauroux.
3. I.N.R.A., Station 12, avenue de l'Agriculture, 63 - Clermont-Ferrand.
Résumé. — D'après les analyses polhniques, un horizon humifère de couleur noire se
serait développé au' sommet de sols bruns acides de l'Ouest Limousin par suite de l'implan
tation de la callunaie consécutive aux défrichements du Subatlantique. Le mode d'incor
poration des pollens dans ce type de sol est discuté.
Summary. — After pollen analyses, a blackish humic horizon is judged to have
formed on brown acid soils in West Limousin. This would be the result of the growth
of heather following deforestation during the Subatlantic period. The way in which
pollen is included at various levels of the soil profile is discussed here.
Mots clefs. — Palynologie, Post-Wùrm, Limousin, sols bruns acides, callune.
L'analyse pollinique des sols actuels a permis d'éclairer un certain nombre de
problèmes d'intérêt biogéographique, relatifs à la phytosociologie, à l'écologie
végétale et à l'évolution pédologique.
Ses possibilités d'application connaissent des limites assez strictes dans le
temps et dans l'espace. Les spectres polliniques les plus anciens qu'elle ait fournis
ne remontent guère au-delà de la limite Boréal-Atlantique tandis que l'étude des
tourbières a permis de reconstituer la totalité de l'histoire forestière du Post-
Wùrm — et, seuls les sols acides, à pH < 6 et à faible activité microbiologique
semblent assurer la conservation des pollens. Compte tenu de ces restrictions,
cette méthode d'investigation a donné des résultats dont la valeur est fondée
sur la bonne reproductibilité des séquences polliniques obtenues dans des profils
pédologiques situés à faible distance les uns des autres et sur leur forte analogie
avec celle des tourbières avoisinantes quant à l'ordre de réintroduction et de
développement des espèces, à l'Holocène, dans une région donnée. L'importance
de ce peut connaître, par contre, des tourbes aux sols, de fortes
variations qui traduisent l'influence des conditions de station sur la composition
du couvert végétal.
C'est ainsi que la prépondérance pollinique de la chênaie mixte, à Quercus
dominant et présence associée d'Utmus et de Tilia, caractéristique de la période
atlantique dans les milieux tourbeux est remplacée, dans les sols perméables, par
celle de la tiliaie. Ce fait, consécutif à la faible dispersion des pollens de Tilia, a
révélé la grande importance acquise par cet arbre, en station bien drainée, pendant
la période d'optimum climatique (Munaut, 1967). D'une manière générale, ainsi que
le montre l'étude de la pluie pollinique actuelle collectée sur échantillons de
mousses ou de litière superficielle (Heim, 1967), les arbres strictement locaux fournis
sent de façon fortement prépondérante les pollens qui se déposent sur les sols et
s'y accumulent tandis que, dans les grandes tourbières déboisées, se mêlent les
apports des diverses forêts environnantes. Couteaux (1967) souligne que si un tel
* Manuscrit déposé le 17 avril 1971. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 182
mélange « favorise l'apparition des repères stratigraphiques », l'étude du contenu
sporo-pollinique des sols, ainsi que des tourbières de taille exiguë, apporte des
renseignements beaucoup plus précis quant à la répartition spatiale des associations
végétales considérées à une époque déterminée. Elle permet de saisir plus clair
ement, au travers de leur évolution dans le temps, l'origine des peuplements actuels.
Parallèlement, les conditions locales d'évolution des sols, qu'elles soient naturelles
ou liées à l'intervention humaine, peuvent être retracées à partir des modifications
du couvert végétal qui se reflètent dans les diagrammes polliniques.
C'est dans cette optique qu'a été entreprise la présente étude qui vise à recher
cher les causes d'individualisation d'un horizon humifère au sommet de sols bruns
acides de l'Ouest Limousin. Ces sols, prospectés dans la région d'Eymoutiers et
Peyrat-le-Château, entre les vallées de la Vienne et de la Maulde, ont fait l'objet de
travaux pédologiques détaillés (Dejou et al., 1967, 1968, 1969). Ils sont développés sur
couverture d'arène, sur le massif leucogranitique qui forme la bordure ouest du
plateau de Millevaches. Ils ont la particularité d'être affectés dans leur horizon
superficiel ou sur toute leur profondeur lorsque celle-ci est faible, de variations
colorimétriques allant du brun clair au noir, le passage d'une teinte à l'autre se
faisant avec ou sans transition. L'ensemble compose, à la surface des parcelles, une
sorte de vaste mosaïque dont les éléments semblent, en première approximation,
disposés indépendamment des données topographiques.
Le relief, habituel dans les massifs cristallins anciens modérément disséqués,
présente des collines arrondies à versants convexo-concaves, isolées ou réunies en
lourdes échines et pouvant s'élever de 50 m au-dessus des dépressions doucement
évasées et mal drainées qui les séparent. L'ensemble, dont les dénivellations s'accu
sent à proximité des vallées principales, ne dépasse pas 600 m d'altitude. La pluvio
métrie moyenne, calculée sur 30 années d'observations, est de 980 mm à Eymoutiers
(461 m) contre 1 500 sur le plateau de Millevaches. La température moyenne annuelle
mesurée à Limoges (294 m) est de 10,5° et doit être, en raison de l'altitude, légèr
ement inférieure dans le secteur étudié.
DONNEES PEDOLOGIQUES
Les sols de la région d'Eymoutiers-Peyrat-le-Château peuvent être divisés en
trois catégories principales, suivant l'intensité de leur coloration directement liée
au pourcentage plus ou moins élevé de la matière organique.
1. Des sols bruns acides, de type classique en domaine cristallin. Ils comportent,
dans la majorité des cas, un profil uniforme avec un seul horizon A de teinte
claire — 5 YR 3/3 au code Munsell — et, parfois une différenciation d'horizon (B),
légèrement ocre, mais sans migration d'argile, de fer ni d'aluminium. L'horizon C
est repiésenté par l'arène leucogranitique très décomposée. La texture est sablo-
limoneuse et la structure grumeleuse. La teneur moyenne en matière organique,
appartenant au type Mull acide, est de 2,7 %.
Ces sols couvrent un peu plus de la moitié du secteur étudié, soit environ
2 500 ha.
2. Des sols bruns foncés, intermédiaires entre les sols bruns acides et les sols
noirs par l'intensité de leur coloration — 10 YR 2/2 pour la zone 0-20 cm — et leur
teneur en matière organique — 5,6 % — qui est encore un Mull acide. La description
du profil type s'apparente à celle des sols bruns acides avec un horizon A subdivisé
en deux sous-horizons Ap (0-20 cm) et Al-2 (20-45 cm) reposant directement sur
l'arène C que caractérise une discontinuité nette avec le sol, la teneur en argile
s 'abaissant brusquement. La texture et la structure sont analogues à celle des sols
bruns acides.
Leur extension est limitée à une centaine d'hectares environ. N° 1 TABLEAU
Composition granulométrique
de la fraction < 2 mm des sols d'Eymoutiers — Peyrat-Ie-Château.
s = _s ==__=,s = = = = = = — S — — = = = = = = = = = B33SS3=BSBSrSBSC3SSSaSXZBSBSB3 = SSaSaSSSSSB:
COMPOSITION DE LA TERSE FINE (SOL SECHE A 1O5*C)
NOMBRE ! TERRE FINE! c/n x X SABLES 'MATIERE !pH ! ARGILEx LIMON x x MAT. ORGA. ! ECHANTILLONS! ORGAN IQ ETUDIES MOYENNE \2 y x2-20p xTRES FINS X FINS X GROSSIERS % x x 20-50 £ x 50-200/4 x 200-2 000^
!
( DE SOLS !
((Horizon x 0-20 cm) !
5,3! 11,2 x 12,3 x 6,4 13,9 53,4 2,7 10,5 (1) Sols bruns acides! 5 88,9
X X
15,8 x 17,1 x 7,0 11,8 5,6 11,8 (2) Sols bruns foncés! 3 85,0 5,8! 41,9
13,6 x 15,9 : 5,9 11,4 X 41,6 13,8 (3) Sols noirs ! 10 88,9 !5,2! 10,7
■!■
X • DE SOUS-SOLS !
(Horizon x 20 à ! x x
X X 35-40 cm) !
!4,8! 14,0 x 12,4 x 5,8 1 X X 1 ,4 (1) Sols bruns acides! 4 87,5 9 13, 51,
! x x X •
82,6 !5,1! 18,2 x 17,1 X 6,6 X X 2 ,7 I Sols bruns foncés! 3 10, 3 44, 7 • • ! x x X
X x (3) Sols noirs 10 90,0 4,8! 13,8 x 17,0 x 6,3 3 4 3 ,7 14,3 11, 48,
! x x ( <
BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 184
3. Des sols noirs, occupant environ 2 000 ha. et auxquels l'étude palynologique
a été spécialement consacrée. Le profil type comporte les éléments suivants :
Al-1 (0-20 cm) très noir (5 YR 2/1), contenant environ 10 % de matière organi
que. La texture est sablo-limoneuse avec quelques fragments de leucogranite ayant
résisté à l'arénisation; la structure est grumeleuse. La matière organique est bien
amalgamée à la matière minérale et paraît très stable car constituée sans doute
d'acides humides très polymérisés, difficiles à minéraliser.
Al-2 (20-40 cm) : (7,5 YR 4/4) contenant encore 3,7 % de matière organique. La
texture est identique à celle de Al-1 mais la structure est légèrement polyédrique.
B (40-60 cm) : de couleur ocre (7,5 YR 5/6) de composition granulométrique
voisine de celle des horizons supérieurs et pouvant être considéré comme la base
du sol.
C (à partir de 60 cm) : arène leucogranitique.
Aucun entraînement des éléments du plasma, pas plus que de Fe libre et
surtout de Al libre n'ayant été constaté au cours de l'étude pédologique, il semble
qu'en dépit de leur morphologie de type A (B) C, les sols noirs puissent être ratta
chés aux sols bruns acides à Moder mullique (C/N = 13,8) dont ils représenteraient
le faciès humifère.
Lailloux o
Bourganeuf o ^
u
j
\ S* Leonard
«/limoges Pey°rC"
a Î^^V^^V f v
i »""."" 'Augne ■ ° ■ . Sf ° Amand \ /
1 .1 Région prospecte'e
4 km Eymoutiersr-^
Fig. 1. — Croquis de situation.
Les analyses granulométriques de la fraction < 2 mm sont consignées dans le
tableau n° 1 qui permet de noter de grandes analogies entre les trois catégories
de profil, mises à part les teneurs en matière organique compensées par une proport
ion plus élevée de sables grossiers dans les sols bruns acides. ESQUISSE de CARTOGRAPHIE
des SOLS
\ ' .1 Sols noirs dominant*
— _ — _. Sols bnjns fonces dominants I r? /\ I (même type que les solsncirs)
Sols bruns acide* à mull oligotrophe
Eymoutiers 2 km.
oo BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 186
Deux problèmes demeurent posés au terme de l'étude pédologique :
— celui de l'origine de la matière organique accumulée, avec de fortes teneurs,
sur une épaisseur courante de 30 cm;
— celui de sa répartition dans l'espace. Si chaque secteur prospecté dans la
région d'Eymoutlers-Peyrat-le-Château est caractérisé par un type de profil dominant,
il y a, dans la majorité des situations, juxtaposition des trois types de sols. Il n'est
pas rare que dans une même parcelle, de superficie souvent inférieure à un hectare,
puissent s'observer à la fols les sols bruns acides et les sols noirs, le pas
sage de l'un à l'autre se faisant progressivement ou au contraire très brutalement.
Ni la roche mère, partout identique, ni le climat, constant eu égard à la faible
superficie examinée, ni la topographie ou la végétation actuelle ne permettent
d'expliquer cette hétérogénéité.
ANALYSES POLLINIQUES
II a paru intéressant de chercher à préciser au moyen de l'analyse pollinique
quelle pouvait être l'influence des variations anciennes du couvert végétal sur
l'individualisation locale d'un faciès humifère parmi des sols bruns acides. Ce type
de sol n'ayant pas encore servi de support à des recherches palynologiques, des
renseignements d'ordre méthodologique, portant notamment sur le mode d'incor
poration des pollens dans les profils, pouvaient être en même temps attendus. Il
était nécessaire de rapporter les résultats obtenus à des diagrammes établis sur
tourbe, afin d'en contrôler la validité.
Quatre coupes, dont trois sur sol noir et une sur tourbe, ont été pratiquées
dans la commune de Saint-Amand-le-Petit, en bordure S. de la route d'Eymoutiers
Elles jalonnent un profil topographique menant du sommet de la colline 603 m au
fond du vallon situé immédiatement à l'Ouest en contrebas de celle-ci. Afin d'éviter
un effet d'homogénéisation du sol par des labours profonds, tous les prélèvements
ont été réalisés dans des parcelles qui ne sont et n'ont de longue date été soumises
aux cultures.
Le profil n° 1 de Saint-Amand se trouve au fond du vallon, dans un bosquet de
chêne, bouleau, châtaignier, saule, à sous-bols de fougère Ptéris, ajonc, ronce et
mousse.
Le profil n° 2 est constitué par une petite tourbière située, dans la même
dépression, au pied de la colline 603. Quelques bouleaux sont implantés parmi
une végétation d'herbacées riche en molinie.
Le profil n° 3 est placé à mi-versant de la colline, à la lisière inférieure d'une
zone boisée à chêne et châtaignier dominants, sapin et mélèze assez abondants,
saule et bouleau rares, avec sous-bois à genêts, fougère Ptéris et ronce.
Le profil n° 4 se situe au sommet de la colline 603, couvert par une forêt dense
de pins.
Les sols bruns acides à faciès humifère se sont révélés, à l'analyse, très riches
en grains de pollen en bon état de conservation. La fréquence pollinique absolue
n'a pas été calculée. Les pourcentages, ainsi que pour l'ensemble des matériaux
examinés, ont été établis à partir de la somme totale des pollens et des spores.
Pour comparaison, un sol brun acide classique, de teinte claire, a également
été soumis, de façon moins complète, à l'analyse pollinique. Le profil choisi se
situe en dehors de la zone d'extension des sols noirs, sur la commune de Lailloux
(Haute-Vienne), à 45 km au N.-O. de Peyrat-le-Château, dans un ample fond de
vallon.
A peu de distance de ce profil et compte tenu de la faible épaisseur de tourbe
qui forme le profil n° 2 de Saint-Amand, des prélèvements ont, en outre, été
effectués sur 1,45 m de profondeur dans la tourbière de Lailloux au fond de la ANALYSE POLLINIQUE DES SOLS 187
vallée de la Couze. A titre de référence, il semble préférable de rendre compte, en
premier lieu, des données recueillies en ce point.
Profil 2 Profil 1
600.
550.
750 metres
Fig. 3. — Situation des prélèvements des sols noirs sur leuco granites.
TOURBIERE DE LAILLOUX
Les niveaux les plus profonds révèlent une importance simultanée de la
chênaie mixte et de Betula qui rappelle les résultats obtenus dans le Nivernais, en
forêt de Prémery, par N. Planchais (1966). Il n'est pas exclu que l'abondance de
Betula soit un phénomène local, lié à une situation de bordure de tourbière. Entre
- 130 et - 70 cm, une brusque poussée d'Alnus se manifeste aux dépens de Betula
puis de la chênaie mixte. L'aulnaie conserve ensuite, jusqu'au sommet, une place
importante sur le site, tandis que Quercus reprend avec Betula un développement
modéré, Ulmus et Tilia ayant cessé d'être représentés en courbe continue. Fagus
apparaît dans le diagramme à - 100 cm et donne un premier maximum à - 80 cm,
deux autres poussées moins marquées s'exprimant, après calcul des pourcentages
par rapport à la somme des pollens d'arbres, à — 60 et entre — 30 et — 20 cm; il
serait intéressant de procéder à des datations au 14C afin de préciser le moment
de ses poussées successives dans la région.
Etant donné l'importance de la chênaie mixte, avec présence régulière de
Tilia, il semble que la partie inférieure du diagramme, jusqu'au niveau — 110 cm
où s'efface la courbe d'Ulmus puisse être attribuée à la fin de la période Atlantique
En l'absence de datations absolues, il est difficile de fixer au-dessus une limite
entre le Subboréal et Subatlantique, le niveau — 70 cm où s'exprime un net change
ment de couvert végétal pouvant être provisoirement proposé comme tel.
Deux épisodes successifs de déboisement apparaissent dans le diagramme
de Lailloux. Le premier, marqué par le fléchissement du rapport AP/NAP et lié
à un important développement des graminées, se place, à l'Atlantique ou au
passage de l'Atlantique au Subboréal, ce qui est conforme aux observations de
Gachon (1963) ainsi que de J. Roux et A. Leroi-Gourhan (1965) relatives à des
épisodes assez précoces de défrichement dans la partie Nord du Massif central. Le
second occupe toute la partie supérieure du diagramme, au-dessus de — 70 cm, BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 188
l'abondance plus forte des pollens de céréales traduisant vraisemblablement la
proximité plus grande des champs cultivés (Heim, 1962, 1967; Bastin, 1964).
L'évolution de la végétation telle qu'elle ressort du diagramme de Lailloux, se
montre très différente de celle des Monts d'Auvergne ou de l'Aubrac, retrouvée, à
altitude cependant plus faible, en Limagne et que caractérise, à partir du Subboréal,
la prépondérance pollinique de Fagus et Abies (Lemée, 1942, 1946, 1953; Gachon,
1963). Abies n'apparaît faiblement, tant à Lailloux qu'à Saint-Amand, que tout au
sommet des diagrammes, vraisemblablement comme espèce plantée. Par la
représentation très faible de Pinus et la persistance de Quercus aux côté de Fagus,
dans des proportions qui varient localement, les résultats se rapprochent au
contraire de ceux du Bassin Parisien, particulièrement sur sa bordure Sud. Ils
rejoignent ceux que Dubois et G. Dubois (1944) et Lemée (1949) ont mis en év
idence dans la partie Nord-Ouest du Massif Central et soulignent le caractère
faiblement montagnard du Limousin. Dubois et G. Dubois notent que « la chênaie
s'étant installée à l'Atlantique demeure ensuite jusqu'aux temps actuels, avec
peu de hêtre et l'aulne abondant (en Marche) ou rare (Champagne berrichonne) ».
Il est possible, cependant, que les résultats relatifs à Alnus, dont l'abondance
dépend surtout des conditions écologiques, varient d'un site à l'autre à l'intérieur
d'une même région. Les diagrammes fournis par ces auteurs révèlent une impor
tance de Fagus supérieure à celle qui s'observe à Lailloux et à Saint-Amand et
Lemée (1949) signale, par ailleurs, «une rapide et importante transgression» de
cet arbre au Subboréal, sur tout le plateau de Millevaches. La bordure Ouest de
celui-ci, où se situent Lailloux et Saint-Amand, se présenterait ainsi, du fait de
conditions climatiques moins rudes, liées à une altitude plus basse, comme une
zone de transition phytogéographique entre la Montagne limousine et le Sud
du Bassin Parisien.
SOLS ET TOURBE DE SAINT-AMAND
La comparaison des diagrammes établis à partir de tourbes et de sols conduit
à mettre l'accent sur les différenciations locales de la végétation, en fonction des
conditions de station.
Le profil n° 1 de Saint-Amand donne un diagramme qui se décompose en
deux parties présentant des associations floristiques nettement contrastées. La
moitié inférieure correspond à un paysage forestier avec prépondérance très nette
de Tilia associé à Quercus, Ultnus étant presque inexistant. Alnus, dans cette
situation de fond de vallon, a pris un développement important. La moitié supé
rieure du diagramme montre une forte poussée des herbacées, notamment des
graminées, des composés liguliflores. Il faut noter tout particulièrement celle de la
callune et des autres éricacées. L'ensemble traduit une période de défrichement. Les
céréales atteignent des pourcentages élevés qui révèlent l'extrême proximité des
champs cultivés. Elles sont accompagnées des plantes adventices Rumex et
Plantago. Parallèlement, il se produit un développement de Betula tandis que
l'effacement brusque et quasi total de Tilia exprime son élimination du site.
Le diagramme n° 2 de Saint-Amand, établi sur tourbe peu profonde, présente
le même passage d'un couvert forestier à un paysage de défrichement. Mais, la
composition du premier, hormis l'importance à caractère écologique à' Alnus, est
caractérisée par la prépondérance de Fagus qui se trouve, dans la phase ultérieure,
principalement affecté par les déboisements.
Les diagrammes 3 et 4 se montrent analogues à la partie supérieure des deux
précédents, du fait de l'abondance des pollens de graminées, de céréales, de la
callune et autres éricacées, la présence des plantes adventices et l'existence des
arbres plantés Castanea, Jugions et Abies. Le net fléchissement à" Alnus, par rapport
aux diagrammes précédents, semble indiquer que ses pollens ont été apportés par -ê
5
spores tri I êtes
spores mono I. êtes
Tubuliflora
Eleagnaceae
— Polygonaceae
Liliaceae
Saxifragaceae
0-" __Primulaceae
Sedum
Chenopodtaceae Campanulaceae
Labiatae
Leguminosae o o-J .Caryophyllaceae
C rue i f e ra e
Rubiaceae
Umbelliferae
Rosaceae
Filipendula
Ranunculaceae
Cyperaceae
Rumex
Gramineae
100%-,
50- AP/AP+NAP
0-
H AP+NAP
406 398 344 408 249 350 768 388 885 597 479 494 315 437
Corylus
Salix
Alnus
Tilia
Quercus
Ulmus
Betula
Pinus
50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 cm
TOURBIERE DE LAILLOUX (HAUTE-VIENNE).