Anne de France, Enseignements à sa fille Histoire du siège de Brest ; n°1 ; vol.65, pg 187-188

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Réforme, Humanisme, Renaissance - Année 2007 - Volume 65 - Numéro 1 - Pages 187-188
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Publié le 01 janvier 2007
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Comptes rendus
Anne de FRANCE,einsemgntsenE à sa fille ; Histoire du siège de Brest, édition Tatiana Clavier et Éliane Viennot, Collection « La Cité des dames », Publications de l’Université de Saint-Étienne, 141 p., 2007.
Anne de France, fille de Louis XI et sœur de Charles VIII, n’est pas qu’une femme politique qui gouverna pendant la minorité de son frère aux côtés de son mari, c’est aussi un écrivain ; voilà ce que restitue cette édition de deux textes restés manuscrits du vivant d’Anne de France, écrits sans doute vers 1503-1505 pour être offerts à sa fille Suzanne de Bourbon (née en 1491). Ce sont les seuls textes connus d’Anne de France ; le manuscrit d’apparat (unique exemplaire connu) orné de dix-neuf enluminures a disparu au début duXXesiècle mais il avait heureuse-ment été copié – y compris les enlumi-nures – pour être édité par un archivis-te de l’Allier, A.-M. Chazaud, en 1878. Nous avons ici l’édition Chazaud avec ses gravures en orthographe moderni-sée et, le cas échéant, corrigée. Le texte desEnseignements(sansL’Histoire du siège de Brestété publié à Lyon (s. d.,) a peut-être vers 1533) puis à Toulouse en 1535, mais nous ne savons pas si ces versions ont servi à la correction de l’édition Chazaud, et quelques doutes subsistent après lecture du protocole, en particulier sur l’ordonnancement du texte (découpage en chapitres et ali-néas).
Le texte desEnseignementsest de facture très classique, ouvrage didac-tique portant sur les mœurs (vête-ments, conduite avec les serviteurs, avec les hommes, rapport au langa-ge…), il fait l’éloge de la médiocrité en prônant qu’« en toute chose on doit tenir le moyen » (p. 87) ; nulle mise en avant de l’éducation des femmes, les maîtres-mots restent humilité, chaste-té, pureté de conscience et simplicité, les impératifs religieux rejoignant sans démarcation nette les impératifs sociaux de la domination masculine. La seule concession à une forme de moder-nité est l’incitation à l’entourage savant (p. 79). Le caractère très bref de cet ouvrage est à restituer en contexte, à savoir la publication de laNef des dames vertueusesde Champier en 1503 dont le premier, le troisième et le quatrième livres sont dédiés à Anne de France, le second à Suzanne de Bourbon. C’est sans doute à la demande d’Anne de France que Champier a composé son œuvre et elle est une sorte de complé-ment (surtout le livre 2) auxEnseigne-mentsou plutôt lesEnseignementssont un vade-mecum qui va à l’essentiel et qui peut accompagner l’œuvre de Champier. Si les textes d’Anne de France ne se prêtent pas à une exégèse infinie, le mystère de ces deux textes réside dans le lien existant ou non entre eux. Un ouvrage de morale et un récit fictionnel tragique sont réunis dans le même manuscrit mais sans lien explicite, on pense immédiatement à l’exemplum
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illustrant son contexte d’énonciation didactique, mais cela est incertain ici. Pour les éditrices, il n’y pas de lien avéré entre les deux (p. 26) et É. Viennot donne pour nom générique au deuxième texte celui de « nouvelle ». La chose est intéressante et discutable : c’est une « histoire », comme l’indique le titre, au double sens que le mot est en train de prendre, récit tiré du grand récit historique (l’origine du texte est un passage desChroniquesde Froissart relatant le véritable siège de Brest en 1357) mais le modèle suivi par Anne de France en est la réécriture fic-tionnelle par Antoine de La Sale, qui s’intituleLe Réconfort de Madame de Fresne(récit fictionnel, deuxième sens du mot « histoire ») qui inverse les posi-tions : les Anglais ne sont plus assiégés mais assiégeants. Il y a ici un jeu sur Histoire et histoire, au profit d’une démonstration de la valeur féminine (voire de la fragile valeur virile), valeur d’une femme qui va jusqu’au sacrifice de son enfant (étrange pour un texte offert à sa fille). C’est justement ce qui est frappant entre ces deux textes : le traitement de l’amour maternel. La formule qui ouvre lesEnseignements: « La parfaite amour naturelle que j’ai à vous » et qu’on retrouve quasi mot pour mot à la fin de l’Histoire du siège de Brest: « la par-faite et naturelle amour que mère peut avoir à son enfant », (p. 109) semble définir un champ commun, même si traité de manière très contrasté ; on a ici une œuvre essentielle pour la réflexion sur le lien maternel à une date où le sujet est peu traité, surtout directement. Cette mise à disposition, en livre de poche, d’une œuvre quasi ignorée contribue à enrichir l’histoire littéraire
duXVIesiècle dans sa réception la plus large et c’est une tâche qu’il faut saluer. Michèle CLÉMENT
Maistre CHEVALET,La Vie de sainct Christofle, éd. critique par Pierre Servet, Droz, 2006. P. Servet nous livre avec ce volume une belle édition d’un de ces mystères qui ont fleuri en France entre 1450 et 1550,La Vie de sainct Christofle, d’après l’exemplaire de l’édition de la Bibliothèque municipale de la ville de Grenoble, Réserve U 1123. Les élé-ments datables du texte permettent d’en situer raisonnablement la rédac-tion entre 1510 et 1514. L’auteur, Claude ou Antoine Chevalet, est un célèbre fatiste originaire de Vienne, appelé par les municipalités de Lyon, Valence, Vienne et Romans à rédiger pour elles différents mystères. L’œuvre présentée ici est composée de quatre journées assez composites qui au-delà de la seule hagiographie du saint mettent en scène le conflit opposant païens et chrétiens. Des deux versions de la légende du saint, Chevalet suit d’assez près celle de la Légende dorée, (traduite par Jean de Vignay). Ce mystère ne se situe pas dans les normes classiques inhérentes au genre telles que décrites par des spécialistes du théâtre comme Gustave Cohen, Omer Jodogne, Petit de Julleville, il présente des tonalités si diverses et un style si varié « qu’il finit par ne plus être un genre littéraire, mais une de ces sommes théâtrales aux tonalités multiples » caractérisée par trois grands registres : le sublime édifiant, le burlesque et le satirique. C’est dans le registre burlesque
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qu’éclate l’originalité de Chevalet. Ses personnages comiques sont plus nom-breux que dans les autres mystères, bourreaux, tyrans, messagers, couple de paysans, de fou et de folle, prosti-tuées fortes en gueule et même une famélique famille de jongleurs, tous s’expriment avec une verve truculente et dans un registre argotique plutôt inédit. (v. l’Introduction, p. 11 à 63). Le texte occupe les pages 69 à 1025, suivi desDramatis personae, d’unIndex nominum, d’un glossaire, et de la liste des proverbes et expressions. La bonne surprise de cette édition est le soin tout particulier que l’éditeur a porté au lexique de Chevalet ; le glos-saire copieux et pertinent donne au lec-teur l’aide indispensable à la compré-hension du texte, aide renforcée par les nombreuses notes de bas de page qui mettent en lumière toutes les difficul-tés lexicologiques engendrées par les jeux de lexique chers à Chevalet, les mots d’argot, les régionalismes… bref tout un riche vocabulaire et des locu-tions à foison qui tendent à rendre cer-tains passages très obscurs. L’éditeur n’a pas hésité à ouvrir des diction-naires : Oudin, Huguet, Godefroy, FEW, Littré, des ouvrages spécialisés : Sainéan, Di Stefano, Morawski… (fait suffisamment rare chez les auteurs d’éditions critiques pour ne pas être salué ici !) pour donner un maximum d’informations à ses lecteurs et se don-ner tous les atouts pour résoudre le plus de problèmes lexicaux possibles, et La Vie de sainct Christoflen’en manque pas. Je terminerai donc ce compte rendu par l’étude de quelques mots difficiles, ou dont la définition a été suivie d’un prudent ?
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Effle, p. 660, v. 12040, note de l’édi-teur : « ventre, renflement ? ». Dans FEW 4, 672, 673a :inflare, on trouve le régionalismeefle« enflé », régionalisme du moyen dauphinois, pourenfle« enflure » ; la formeenfle « enflure, gonflement » est attestée dans Godefroy, 3, 150b avec cette remarque « est resté avec le même sens dans la Saintonge, le Lyonnais et la Suisse romande ». La confirmation de ce terme en tant que régionalisme du franco provençal est donnée par l’Atlas Linguistique du Lyonnais, t. V, éd. P. Gardette et P. Durdilly, éd. du CNRS, 1976, p. 271, sousEnflée: « le ~fla,-oou le déverbatife~fl,ãfl p.p.e a expriment cette notion dans tout notre domaine ». Ravau, p. 660, v. 12039, note de l’édi-teur : « Au pluriel, le terme est attesté dans Furetière et Littré, où il désigne de “grandes perches, garnies de branches, pour battre les oiseaux dans la chasse aux flambeaux”. Le singulier ne semble pas attesté ». Dans Lacurne,Ravau, « grosses branches avec leurs feuilles » (1368, Usage de Fay, L.C. de D.) ; dans FEW 10, 71a :rapum, «ravau“le gros bout de l’arbre” (Orl. 1368),ravault“pénis en érection” dans Coquillart » ; ce sont les occurrences citées dans Godefroy 6, 624b « : 1)Ravel, -vau, -ault, s.m. le gros bout de l’arbre,ravau: (1368,Sur l’usage prétendu par les habitants de Faï, ap. Le Clerc de Douy, t. II, f° 200 r°, Arch. Loiret.), et fig. dans un sens libre : Bellot a ses deux filles grosses ; Quel descharger d’une massue Et d’ung ravault sur leurs endosses(Coquillart, Monol. Des Perruq., II, 277, Bibl. Elz.) ».