Application de la prospection géophysique à la topographie urbaine, IL Philippes, les quartiers Ouest - article ; n°2 ; vol.126, pg 431-488

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 2002 - Volume 126 - Numéro 2 - Pages 431-488
Une troisième campagne de prospection géophysique électrique menée à Philippes en septembre 2001 a ajouté 9 ha à la surface déjà couverte. L'interprétation des résultats dans la partie Ouest de la ville montre qu'elle y était organisée en trois rangées d'îlots de même module (environ 27 x 83 m). La première rangée, sur le côté Sud de l'axe directeur du carroyage qu'est la « Via Egnatia », comprenait plusieurs ensembles monumentaux, dont une grande basilique paléochrétienne et une double stoa le long d'une petite place publique. Les deuxième et troisième rangées sont plus difficiles à interpréter en raison des perturbations associées à la présence d'un réduit fortifié byzantin autour de la Porte du marais. La confrontation de ces données géophysiques avec les archives des fouilles françaises, la documentation épigraphique, photographique et une prospection topographique a permis d'affiner considérablement leur interprétation.
Κατά την τρίτη περίοδο της ηλεκτρογεωφυσικής έρευνας που πραγματοποιήθηκε στους Φιλίππους το 2001 προστέθηκαν 90 στρ. στην επιφάνεια που είχε ήδη ερευνηθεί. Από την ερμηνεία των αποτελεσμάτων στο δυτικό τμήμα της πόλης φαίνεται ότι αυτή ήταν οργανωμένη σε τρεις σειρές νησίδων του ίδιου μεγέθους (27 x 83 μ. περίπου). Η πρώτη σειρά, στη νότια πλευρά του βασικού άξονα του κανάβου που συμπίπτει με την Εγνατία Οδό, περιλάμβανε αρκετά μνημειακά σύνολα μεταξύ των οποίων μια μεγάλη παλαιοχριστιανική βασιλική και μια διπλή στοά κατά μήκος μικρής δημόσιας πλατείας. Η δεύτερη και η τρίτη σειρά νησίδων είναι πιο δύσκολο να ερμηνευτούν εξαιτίας των διαταράξεων που συνδέονται με την παρουσία ενός οχυρωματικού βυζαντινού πύργου στην περιοχή της Πύλης του βάλτου. Η συγκριτική μελέτη των γεωφυσικών αυτών δεδομένων με τα αρχεία των γαλλικών ανασκαφών, τα επιγραφικά και φωτογραφικά δεδομένα καθώς και τα αποτελέσματα μιας τοπογραφικής έρευνας συνέβαλε σημαντικά στην αποσαφήνιση της ερμηνείας τους.
A third electrical geophysical prospection campaign conducted at Philippi in September 2001 added 9 ha to the area already covered. The interpretation of the results in the West part of the town shows that it was organised in three rows of insulae of the same module (ca. 27 x 83 m). The first row on the south side of the principal axis, which is the Via Egnatia, comprises several monumental groups, induding a large Early Christian basilica and a double stoa along a small public square. The second and third rows are more difficult to interpret because of disturbances associated with the presence of a fortified Byzantine redoubt around the marsh Gate. A comparison of these geophysical data with the records of the French excavations, the epigraphic and photographie evidence and a topographical survey, has considerably clarified their interpretation.
58 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2002
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Samuel Provost
Michael Boyd
Application de la prospection géophysique à la topographie
urbaine, IL Philippes, les quartiers Ouest
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 126, livraison 2, 2002. pp. 431-488.
Citer ce document / Cite this document :
Provost Samuel, Boyd Michael. Application de la prospection géophysique à la topographie urbaine, IL Philippes, les quartiers
Ouest. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 126, livraison 2, 2002. pp. 431-488.
doi : 10.3406/bch.2002.7097
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_2002_num_126_2_7097Résumé
Une troisième campagne de prospection géophysique électrique menée à Philippes en septembre 2001
a ajouté 9 ha à la surface déjà couverte. L'interprétation des résultats dans la partie Ouest de la ville
montre qu'elle y était organisée en trois rangées d'îlots de même module (environ 27 x 83 m). La
première rangée, sur le côté Sud de l'axe directeur du carroyage qu'est la « Via Egnatia », comprenait
plusieurs ensembles monumentaux, dont une grande basilique paléochrétienne et une double stoa le
long d'une petite place publique. Les deuxième et troisième rangées sont plus difficiles à interpréter en
raison des perturbations associées à la présence d'un réduit fortifié byzantin autour de la Porte du
marais. La confrontation de ces données géophysiques avec les archives des fouilles françaises, la
documentation épigraphique, photographique et une prospection topographique a permis d'affiner
considérablement leur interprétation.
περίληψη
Κατά την τρίτη περίοδο της ηλεκτρογεωφυσικής έρευνας που πραγματοποιήθηκε στους Φιλίππους το
2001 προστέθηκαν 90 στρ. στην επιφάνεια που είχε ήδη ερευνηθεί. Από την ερμηνεία των
αποτελεσμάτων στο δυτικό τμήμα της πόλης φαίνεται ότι αυτή ήταν οργανωμένη σε τρεις σειρές
νησίδων του ίδιου μεγέθους (27 x 83 μ. περίπου). Η πρώτη σειρά, στη νότια πλευρά του βασικού άξονα
του κανάβου που συμπίπτει με την Εγνατία Οδό, περιλάμβανε αρκετά μνημειακά σύνολα μεταξύ των
οποίων μια μεγάλη παλαιοχριστιανική βασιλική και μια διπλή στοά κατά μήκος μικρής δημόσιας
πλατείας. Η δεύτερη και η τρίτη σειρά νησίδων είναι πιο δύσκολο να ερμηνευτούν εξαιτίας των
διαταράξεων που συνδέονται με την παρουσία ενός οχυρωματικού βυζαντινού πύργου στην περιοχή
της Πύλης του βάλτου. Η συγκριτική μελέτη των γεωφυσικών αυτών δεδομένων με τα αρχεία των
γαλλικών ανασκαφών, τα επιγραφικά και φωτογραφικά δεδομένα καθώς και τα αποτελέσματα μιας
τοπογραφικής έρευνας συνέβαλε σημαντικά στην αποσαφήνιση της ερμηνείας τους.
Abstract
A third electrical geophysical prospection campaign conducted at Philippi in September 2001 added 9
ha to the area already covered. The interpretation of the results in the West part of the town shows that
it was organised in three rows of insulae of the same module (ca. 27 x 83 m). The first row on the south
side of the principal axis, which is the Via Egnatia, comprises several monumental groups, induding a
large Early Christian basilica and a double stoa along a small public square. The second and third rows
are more difficult to interpret because of disturbances associated with the presence of a fortified
Byzantine redoubt around the marsh Gate. A comparison of these geophysical data with the records of
the French excavations, the epigraphic and photographie evidence and a topographical survey, has
considerably clarified their interpretation.Application de la prospection géophysique
à la topographie urbaine
IL Philippes, les quartiers Ouest
par Samuel Provost et Michael Boyd*
1. Objectifi et méthodologie de h prospection
La campagne de prospection géophysique menée en 2000 à Philippes avait permis de
montrer tout l'intérêt de cette méthode d'investigation archéologique non destructive sur le site :
couvrant l'essentiel de l'angle Sud-Ouest de la ville, autour de la « Maison des Fauves », elle s'y
était montrée particulièrement efficace pour révéler le carroyage urbain. Elle avait ainsi permis
de confirmer l'organisation de la trame urbaine à partir d'un module unique d'îlots répartis sur
deux grilles d'orientation différente1.
La campagne 2001 avait pour objectif d'étendre la prospection géophysique autant que
possible sur le reste de l'aire urbaine. Le succès de la 2000 nous avait conduits à
penser qu'une prospection complète de la ville pourrait permettre d'apporter des informations
susceptibles d'éclairer les questions clefs du carroyage urbain, de l'occupation tardive du site,
* Cet article fait suite à M. Boyd, S. Provost, « Application Kourkoutidou-Nikolaïdou 1995 = E. Kourkoutidou-Nikolaïdou,
de la prospection géophysique à la topographie urbaine, I. Phi- « Φίλιπποι. Άπό την παλαιοχριστιανική στη βυζαντινή
lippes, les quartiers Sud-Ouest », BCH 125 (2001), p. 453- πόλη », Διεθνές Συμπόσιο Βυζαντινή Μακεδονία 324-
521, abrégé ci-dessous Boyd et Provost 2001. Aux abré- 1430 μΧ., Θεσσαλονίκη 29-31 'Οκτωβρίου 1992, Μακε-
viations bibliographiques données dans cet article, nous δονική Βιβλιοθήκη 82 (1995), p. 171-182.
ajoutons : Kourkoutidou-Nikolaïdou et Marki 1989 = E. Kourkoutidou-
Coupry 1938 = J. Coupry, « Sondage à l'Ouest du forum de Nikolaïdou, E. Marki, « H βασιλική του Μουσείου
Philippes », BCH 62 (1938), p. 42-50. Φιλίππων », ΑΕΜΘ 3 (1989), p. 465-470.
Coupry et Feyel 1936 = M. Feyel, J. Coupry, « Inscriptions Palus 1977 = D. Pallas, Les monuments paléochrétiens de
de Philippes », BCH 60 (1936), p. 37-58. Grèce découverts de 1959 à 1973 (1977).
KOURKOUTIDOU-NIKOLAÏDOU 1988 = E. KOURKOUTIDOU-NIKOLAÏDOU,
« H ανασκαφή στη βασιλική του Μουσείου Φιλίππων », 1 BOYD et PROVOST 2001, p. 520.
ΑΕΜΘ 2 (1988), p. 409-419.
BCH 126 (2002) — = 5200 y
— y -5000
Illustration non autorisée à la diffusion
Carroyage de prospection géophysique
6 Zones de prospection géophysique 200 m
Système de coordonnées locales
Flg. 1. Plan de Philippes et localisation des zones de prospection 5 et 6 (dessin L. Fadin, S. Provost). DE LA PROSPECTION GÉOPHYSIQUE À LA TOPOGRAPHIE URBAINE, II. PHILIPPES, LES QUARTIERS OUEST 433 APPUCATION
ainsi que de caractériser l'architecture des quartiers périphériques. Une part importante de ces
objectifs a été atteinte en septembre 2001. Cette seconde étude concerne la partie Ouest de la
ville, tandis qu'un futur rapport couvrira les zones situées à l'Est de la zone de prospection 20002.
1.1. Caractéristiques de la zone de prospection
Pendant trois semaines en septembre 2001, un total de 90976 m2 ont été prospectés,
portant l'ensemble des deux saisons à 145 525 m2, soit un peu moins de 15 ha3. La partie de la
prospection examinée dans cette étude se limite à la zone située au Nord de la prospection 2000,
les zones 5 et 6 sur la fig. 1, correspondant à une surface4 de 40871 m2. Les conditions génér
ales de la prospection sont très comparables avec celles décrites pour la saison 2000. Bien que
la prospection ait été conduite à l'époque la plus sèche de l'année, cela n'a pas posé de problème
pour des raisons identiques à celles déjà exposées. La zone était de nouveau largement dégagée
et libre d'obstacles, à l'exception notable de la zone 5 qui doit sa fragmentation aux nombreuses
haies épaisses et lignes d'arbres qui divisent cette partie du site en champs de plus petite taille.
1.2. Méthodologie
La méthode élaborée pour la campagne 20005 a été appliquée aux zones 5 et 6 sans modif
ications : les mesures de résistance, prises à l'aide d'un Geoscan RM- 15, à 1 m d'intervalle à
l'intérieur de carrés de 30 m de côté (fig. 2). On a de nouveau utilisé le bipôle avec un inter
valle entre les électrodes fixé à 50 cm, distance idéale pour repérer des structures situées jusqu'à
1 m de profondeur.
Comme l'objectif était de couvrir une vaste zone en une courte période, et considérant
le succès rencontré avec ces réglages en 2000, on n'a pas employé d'autres configurations cette
année. Néanmoins, dans de futures campagnes, il sera possible, voire souhaitable, de soumettre
une deuxième fois certaines zones à la prospection, pour répondre à des objectifs précis : dans
la zone 5, par exemple, où la plupart des anomalies proches de la surface se rapportent à l'o
ccupation postérieure à la période romaine du site, un écartement plus important des électrodes
pourrait apporter davantage d'informations sur les couches d'époque romaine sous-jacentes. De
plus, le temps a manqué pour appliquer le magnétomètre à microvanne de flux dans cette zone :
l'efficacité de cette méthode doit également être évaluée lors d'une prochaine campagne.
2 On trouvera dans le « Rapport sur les travaux de l'École 3 II faut corriger en 54549 m2 le chiffre indiqué (55449 m2)
française d'Athènes en 2001 », infra p. 507-511, les résul- pour la prospection 2000 dans le rapport précédent (Boyd et
tats d'une prospection complémentaire de magnétométrie sur Provost 2001, p. 456).
la zone 4, ainsi que quelques premiers éléments d'interpré- 4 Ce chiffre n'inclut pas les 7 783 m2 déjà étudiés (Boyd et
tation de la zone 7. Provost 2001, p. 509-512).
5 BOYD et PROVOST 2001, p. 457-465.
BCH126 (2002) 434 SAMUEL PROVOST ET MICHAEL BOYD
2OOm
Flg. 2. Détail du carroyage de la prospection (dessin M. Boyd, L. Fadin).
BCH126 (2002) APPLICATION DE LA PROSPECTION GÉOPHYSIQUE Λ LA TOPOGRAPHIE URBAINE, II. PHILJPPES, LES QUARTIERS OUEST 435
Les mesures de résistance sont relatives plutôt qu'absolues, et les données ont été modif
iées pour obtenir un contraste comparable entre les valeurs hautes et basses dans toute la zone
de prospection. Dans la zone 6 demeurent toutefois quelques problèmes de correspondance chro
matique aux limites des polygones de prospection, causés par une forte pluie pendant l'acquisi
tion des données : ils font l'objet d'une discussion dans le paragraphe correspondant à cette zone.
L'interprétation des résultats a bénéficié, comme ce fut le cas dans la prospection 2000
pour les thermes de la palestre6 par exemple, de la photo-interprétation aérienne. Une série de
clichés conservés dans les archives de l'EFA couvre le site sur une période de 50 ans et permet
d'utiles comparaisons7. Les plus intéressants d'entre eux ont été redressés par le topographe de
l'EFA, Lionel Fadin, grâce au logiciel Air-Photo, et reportés sur le relevé topographique génér
al du site. Il a ainsi été possible de réaliser des dessins précis des traces archéologiques visibles
sur les photographies, et de les comparer à l'interprétation de la prospection. Leur apport a per
mis à la fois de confirmer les éléments repérés dans la prospection et de les compléter par de
nombreux détails topographiques supplémentaires.
2. Analyse des résultats de L· zone 5 (carrés 68-79 et 97-122)
Contrairement aux autres zones constituées de grandes bandes de terrain rassemblant sou
vent plusieurs champs sans obstacles majeurs, la zone 5 est fragmentée en 6 petits champs (le
plus petit couvre moins de 900 m2, le plus grand 0,5 ha) de formes très irrégulières, séparés par
des haies ou des bosquets pouvant dépasser 20 m d'épaisseur. La solution de continuité dans les
données qui en résulte rend évidemment l'interprétation difficile.
Néanmoins, ces champs constituent indubitablement un ensemble homogène : ils sont
en effet délimités par un mur de fortification qui, prenant appui sur la courtine Ouest de l'en
ceinte principale, clôt à l'intérieur de l'aire urbaine un espace grossièrement triangulaire d'une
superficie de 4 ha, dont il a été possible de couvrir environ la moitié avec la prospection (20 224 m2).
Les vestiges de ce rempart sont occasionnellement conservés sur plusieurs mètres d'élévation,
mais se réduisent le plus souvent à un talus d'éboulis masqué par la végétation. Ils introduisent
toutefois une coupure marquée dans le paysage (fig. 1 1) et sont aisément repérables sur des pho
tographies aériennes (fig. 10). Une partie importante de la campagne de prospection topogra
phique menée en septembre 2001 a été consacrée à l'étude de ces fortifications, qui fera l'objet
d'une publication séparée8. Qu'il suffise d'indiquer provisoirement, en confirmation des obser
vations faites à ce sujet dans le premier volet de cette étude9, que cet ensemble constitue un
quartier fortifié d'époque mésobyzantine, qui n'avait pas été précédemment reconnu. La découverte
6 Boyd et Provost 2001, p. 507-509. 8 Voir également la partie topographique du rapport sur les
7 Les séries disponibles sont datées de 1933-1938, l'époque travaux menés à Philippes en 2001, infra p. 502-508.
des grandes fouilles, de 1962, 1970 et 1983. 9 BOYD et PROVOST 2001, p. 509-512.
BCH126 (2002) 436 SAMUEL PROVOST ET MICHAEL BOYD
d'un linteau de porte fortifiée, appartenant à la courtine Nord du réduit, et portant la date de
1077 ap. J.-O, est venue dans une large mesure confirmer et préciser la datation du XIIe siècle
précédemment avancée pour cette phase d'occupation du site10. Cette chronologie avait été sug
gérée par l'observation de fortes concentrations de céramique byzantine à glaçure en surface du
champ 5a (c. 68, 69, 79) et dans la partie Nord-Est de la zone 3 : ce même matériel se retrouve
également en abondance dans le reste de la zone 5.
Par commodité, les champs qui composent la zone 5 ont été numérotés de 5a à 5e, dans
le sens trigonométrique, en partant de la première parcelle parcourue, au Sud (fig. 8). Bien que
les carrés de prospection 68 à 79 soient inclus dans la zone 5, leur interprétation a donc déjà
été présentée dans le premier volet de cette étude. Cette partie traitera de l'interprétation des
carrés 97 à 122 et apportera quelques légères modifications à celle des carrés 68-79 à la lumière
de ces nouveaux résultats.
L'unité historique de cette zone est immédiatement confirmée dans les résultats de la pros
pection géophysique, dont les caractéristiques générales sont identiques à celles de la partie étu
diée en 2000 (fig. 3) : les anomalies présentes y sont moins claires dans leur orientation que par
tout ailleurs dans la zone de prospection, alors même qu'elles y atteignent des valeurs très élevées.
Un petit nombre seulement de structures majeures a pu être repéré, et la position exacte des rues
est difficile à confirmer : bien que certaines anomalies respectent approximativement l'orientation
du carroyage Nord, attendue ici, beaucoup d'autres lui sont totalement étrangères. La raison en
tient évidemment à la perturbation du tissu urbain apportée par la création du réduit fortifié à
l'époque byzantine : les édifices construits à l'intérieur de ces remparts ont dû dans une large mesure
cesser de respecter la trame antique, sans qu'y soit pour autant substitué un plan d'ensemble cohér
ent. Le seul bâtiment byzantin encore visible à l'exception des remparts, près de la Porte du
Marais, est ainsi implanté sans relation avec le carroyage gréco-romain (fig. 8)11. Les vestiges de
l'occupation médiévale masquent ainsi presque totalement ceux de l'occupation antique du site.
2.1. Secteur 5a
Le secteur 5a comprend les carrés de prospection 68-72, 76-79 et 97. Il s'agit de la par
tie de la zone 5 traitée en 2000, à l'exception du carré 97. Ce dernier contient la continuation
d'un ensemble d'anomalies de résistance élevée (le contraste avec les valeurs environnantes les
plus basses atteint 150 Ω) dont une partie semble correspondre à une structure pentagonale12.
L'ajout du carré 97 ne rend pas son interprétation plus facile. On doit se borner à constater que
10 Ibid., p. 520. Pour l'inscription byzantine, voir S. Provost, en raison des éboulis. On ne peut exclure qu'il s'agisse d'une
« Une réfection des remparts de Philippes sous Michel VII petite église byzantine tardive, d'après l'orientation plein Est
Doukas », REByz 61 (2003), à paraître. du bâtiment, la technique de l'appareil de maçonnerie et les
11 Cet édifice n'est pas identifié et paraît ne jamais avoir été vestiges de voûtes effondrées,
étudié : on en a fait figurer un relevé schématique sur le plan 12 Boyd et Provost 2001, p. 512.
du réduit byzantin. Son plan au sol est difficilement repérable
BCH 126 (2002) APPLICATION DE LA PROSPECTION GÉOPHYSIQUE À LA TOPOGRAPHIE URBAINE, II. PHIUPPES, LES QUARTIERS OUEST 437
la zone de hautes valeurs de résistance mesure désormais au moins 60 m de long, et qu'elle
recouvre le tracé théorique de la rue RN 7. Cette précision ne remet pas en question l'hypo
thèse qui associe cette structure au redan occupant le « sommet » du réduit fortifié triangulaire.
La petite butte présente à cet endroit y a rendu impossible l'extension de la prospection. Il est
très improbable qu'elle soit naturelle : elle doit plutôt correspondre aux vestiges enfouis de ces
fortifications ou du monument occupant l'îlot IN 13. On peut également considérer comme
un indice en faveur de l'existence d'un monument important à proximité de cette butte les nomb
reux blocs architecturaux (dont deux chapiteaux ioniques) qui jonchent la surface du carré 77,
particulièrement sur son côté Est (fig. 13).
Par rapport au schéma d'interprétation antérieur13, la position de la rue RN 7, alors enti
èrement conjecturale, a été légèrement déplacée vers l'Ouest pour tenir compte de son prolon
gement au Nord dans la zone 6. Il est presque impossible de désigner avec certitude quelque
anomalie en faveur de la localisation précise de cette rue. Mais on doit noter qu'à l'Ouest de
RN 7, l'espace correspondant en théorie à l'îlot IN 1 5 comporte en général des anomalies de
plus forte résistance, tandis que plus au Sud, l'îlot hypothétique IN 8 présente des valeurs géné
ralement moins élevées. La rupture entre ces deux zones de plus haute et de plus basse résistance
est assez proche de l'emplacement théorique de la rue de la Palestre. Un tel phénomène ne se
retrouve pas, en revanche, sur le côté Est de RN 7, pour les hypothétiques îlots IN 7 et IN 14.
2.2. Secteur 5b
Le secteur 5b (fig. 12) est le plus vaste de la zone 5 (près de 0,5 ha) et comprend les car
rés de prospection 98-107. Les éléments les plus significatifs des données sont situés sur le côté
Ouest du secteur, dans les carrés 100 et 107. Des anomalies présentant jusqu'à 100 Ω de contraste
avec leur environnement paraissent s'aligner mais aussi en partie chevaucher le tracé théorique
de RN 10. En bordure Ouest (c. 107), une structure mesurant au moins 8 sur 13 m coïncide
précisément avec un édifice repéré sur une photographie aérienne de 1938 (fig. 14). Malgré la
piètre qualité de la photographie, accentuée par le fort grossissement requis pour obtenir ce détail,
on y distingue clairement un bâtiment rectangulaire, subdivisé dans le sens Nord-Sud en deux
espaces égaux, dont l'un au moins, à l'Ouest, possède une abside inscrite sur son côté Sud. La
grande « pièce » Est comprend une subdivision Est-Ouest supplémentaire, et son côté Est pré
sente une épaisseur plus importante qui trouve, tout comme l'abside, une correspondance dans
l'intensité de l'anomalie repérée dans la prospection. L'empiétement significatif du bâtiment sur
le tracé de RN 10 le désigne comme une construction tardive, sans pour autant être nécessair
ement byzantine. La netteté avec laquelle son plan est conservé dans la prospection et sur la pho
tographie aérienne, surtout par opposition aux autres structures présentes dans le secteur, et même
13 Ibid., p. 510, fig. 42.
BCH126 (2002) bck
438 SAMUEL PROVOST ET MICHAEL BOYD
400
350
300
250
200
150
100
200 m
Fig. 3. Interpolation rectangulaire des données de résistance des zones 5 et 6.
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