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Apprendre à se connaître et à devenir plus autonome :
une approche en course de durée
Bruno Perrotin
Pour permettre à l’élève d’apprendre en EPS, le professeur doit créer un
ensemble de conditions favorables. L’objet de cet article est de montrer,
à travers des exemples concrets, comment s’articulent ces conditions
pour apprendre. Nous avons choisi d’illustrer notre propos en nous ap-
puyant sur les deux premières leçons d’un cycle de course de durée et
de demi-fond, mises en œuvre avec des élèves de terminale.
Tâche n° 1L’objectif de la première leçon étaitAborder la course de durée et de
formulé comme suit :demi-fond dans le cadre scolaire OBJECTIF : Améliorer sa VMA et
n’est pas toujours aisé car, au pre- – Réaliser une évaluation diagnos- s’habituer à ce rythme de course
mier abord, cette activité ne semble tique des capacités aérobies de (allure du 2000 m).
pas très ludique et n’est donc pas chaque élève de la classe afin d’éla-
CONSIGNES :
vraiment motivante pour les élèves. borer un travail individualisé lors Réaliser 8 x 200 m ou 6 x 300 m ou
Pour la rendre plus attrayante, nous des leçons suivantes. 4x 400 m.
avons développé une démarche qui Pour améliorer ma VMA, je cours :
prend en compte le potentiel physio- L’objectif de la deuxième leçon était – mes 200 m à VMA + 2 km/h
logique initial de chaque élève. Nous (pour l’élève) : – mes 300 1 km/h
avons, effectivement, fait l’hypothè- – Construire et réaliser un projet de – mes 400 m à VMA.
se que ce dernier ...

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Apprendre à se connaître et à devenir plus autonome : une approche en course de durée Bruno Perrotin
Aborder la course de durée et de demi-fond dans le cadre scolaire n’est pas toujours aisé car, au pre-mier abord, cette activité ne semble pas très ludique et n’est donc pas vraiment motivante pour les élèves. Pour la rendre plus attrayante, nous avons développé une démarche qui prend en compte le potentiel physio-logique initial de chaque élève. Nous avons, effectivement, fait l’hypothè-se que ce dernier rentrera d’autant plus facilement dans l’activité qu’il pourra se construire un projet de course lui permettant d’évaluer à tout moment ses progrès. Nous allons essayer de voir en quoi la mise en place de groupes de niveaux, en fonction de la VMA (vitesse maximale aérobic) – c’est le choix d’organisation qui a finale-ment été retenu –a conditionné toute notre démarche d’enseigne-ment. Notre souci sera de faire émerger, dans les situations d’ap-prentissage vécues, les conditions qui ont permis aux élèves d’ap-prendre sur l’activité physique, certes, mais surtout sur eux-mêmes.
Les objectifs définis pour le cycle d’apprentissage et les deux premières leçons
Les objectifs de cycle étaient les sui-vants :
– Faire acquérir aux élèves, en fonc-tion de leurs possibilités indivi-duelles, une « notion de train » afin que chacun puisse courir à son allu-re optimale sans variation d’allure. – Apprendre à l’élève à gérer son potentiel, à mieux se connaître.
Pour permettre à l’élève d’apprendre en EPS, le professeur doit créer un ensemble de conditions favorables. L’objet de cet article est de montrer, à travers des exemples concrets, comment s’articulent ces conditions pour apprendre. Nous avons choisi d’illustrer notre propos en nous ap-puyant sur les deux premières leçons d’un cycle de course de durée et de demi-fond, mises en œuvre avec des élèves de terminale.
L’objectif de la première leçon était formulé comme suit :
– Réaliserune évaluation diagnos-tique des capacités aérobies de chaque élève de la classe afin d’éla-borer un travail individualisé lors des leçons suivantes.
L’objectif de la deuxième leçon était (pour l’élève): – Construireet réaliser un projet de course « réaliste » par rapport à ses ressources du moment pour amélio-rer sa régularité dans l’effort, ses capacités physiologiques (un peu) et la connaissance de soi.
Q u e l l e sé t a i e n tl e sc o n d i t i o n s humaines et matérielles pour les leçons ?
Ce cycle concernait une classe de terminale de dix-sept garçons. Chaque leçon était d’une durée d’une heure de pratique effective. Pour assurer la mise en œuvre, nous avions à notre disposition le matériel suivant: une piste de 400 m, 20 plots, 10 cardiofréquence-mètres, 1 magnétophone, 1 cassette audio, 1 protocole de test VMA, 1 fichede recueil des résultats par élève, 1 sifflet.
Leçon 1 Au cours de cette leçon, une évalua-tion diagnostique des capacités aérobies a été réalisée à l’aide du test de Luc Léger.
Leçon 2 Cette leçon proposait aux élèves de réaliser deux tâches correspondant à deux objectifs différents.
Tâche n° 1 OB J E C T I F:Améliorer sa VMA et s’habituer à ce rythme de course (allure du 2000 m). CONSIGNES: Réaliser 8 x 200 m ou 6 x 300 m ou 4 x400 m. Pour améliorer ma VMA, je cours : – mes 200 m à VMA + 2 km/h – mes 300 m à VMA + 1 km/h – mes 400 m à VMA.
Tâche n° 2 OBJECTIF:Améliorer sa VSA (vitesse au seuil anaérobie) – 85 % de VMAet s’habituer à ce rythme de course (allure des 20 min). CONSIGNES: Réaliser 4 x 800 m ou 3 x 1000 m ou 2 x 1600 m. Pour améliorer ma VSA, je cours : – mes 800 m à VMA - 1 km/h – mes 1000 m à VMA - 2 km/h – mes 1600 m à VMA - 3 km/h
Conditions mises en œuvre, au cours de la leçon, pour que les élèves apprennent à mieux se connaître
Le postulat de départ est que les élèves d’une même classe sont diffé-rents dans leurs comportements, mais surtout au niveau de leurs capa-cités initiales. Les faire courir tous ensemble, sur des temps ou des dis-tances identiques, à des allures simi-laires, avec un pouls à 120-130 pul-sations, est une aberration et n’engendre qu’une démotivation généralisée.
Les cahiers EPS de l'académie de Nantes n° 23 - décembre 200029
Créer les conditions de la motivation
La première condition requise, pour générer de réels apprentissages en course de durée et de demi-fond, est de motiver les élèves en leur faisant prendre conscience qu’ils peuvent améliorer leur potentiel dans la filière aérobie par des exercices intermit-tents appelés plus communément « fractionnés »ou «intervalles trai-ning ». Ces fractions de course, effec-tuées sur des distances courtes (de 200 à 800m) ou sur des temps courts, permettent une plus grande intensité dans l’effort et, surtout, sup-priment la monotonie du rythme régulier et lent de la course longue. Les efforts s’effectuant à la VMA sont entrecoupés de temps de récupéra-tion active permettant un travail beaucoup plus qualitatif que l’endu-rance traditionnelle.
Déstabiliser les représentations initiales
L’entrée par un travail à la VMA va changer les représentations qu’ont les élèves de l’activité «course de durée ».On peut dire que ce change-ment de représentation est la deuxiè-me condition qui va favoriser leurs apprentissages. Le test de Luc Léger, qui permet d’évaluer le potentiel indi-viduel des élèves au début du cycle, va changer le sens qu’ils donnent à l’acti-vité pratiquée. Par les indications claires qu’il apporte aux réalisations des élèves, ce test va leur permettre de se mettre en projet. Ils vont, en effet, pouvoir construire un plan d’en-traînement «réaliste » qui leur per-mettra d’exploiter au maximum leur potentiel de départ. Cette mise en pro-jet de l’élève constitue une troisième condition de l’apprentissage.
Diversifier le travail en fonction des capacités des élèves
Les couples d’élèves ayant une même VMA étant constitués, l’objec-tif sera que chaque binôme choisisse des distances situées entre 200 et 800 m, qu’il va répéter plusieurs fois à VMA +1 à 3km/h. Ce travail per-met, habituellement, à la fin d’un cycle de douze séances d’une heure, de gagner 1 km/h lors du test de Luc Léger réalisé lors de la première leçon. L’objectif principal n’est pas
tant, pour les élèves, d’améliorer leur performance au test de Luc Léger que de prendre conscience que, même dans le cadre scolaire, par un travail qualitatif, on peut influer sur les capacités physiolo-giques des personnes. Les situations d’apprentissage par binômes pour améliorer la VMA permettent une diversification, une différenciation des allures, des intensités, des temps de récupération, autre condi-tion (la quatrième) qui permet de réels apprentissages moteurs.
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Donner aux élèves des repères simples, accessibles, tels que la signification des différentes fré-quences cardiaques rencontrées : pouls de repos (chez un sédentaire il est environ de 70 pulsations/min, chez un athlète entre 30 à 50 pul-sations/min), pouls à l’effort (220 pulsations moins son âge) leur per-mettra de progresser et de devenir plus autonomes. Un élève de 18 ans a, en théorie, un pouls qui peut monter dans un effort à la VMA à 220 - 18, soit 202 pulsations/min. Cet élève, sur un effort à la VSA,
rôle du professeur n’est pas à mino-pour l’évaluation de la course de Conclusion rer. Il est difficile, même pour desdemi-fond : six répétitions de 300 m, élèves de terminale, d’avoir unesoit 1800 m, respectent bien ceLes types d’exercices proposés, diver-réflexion approfondie sur leur pra-principe). sifiéset courts, répondent précisé-tique. Il faut donc que l’enseignantment aux attitudes et aux attentes des soit incitateur dans ce domaine etélèves que nous rencontrons dans Varier les formes de travail n’hésite pas à faire verbaliser sesnos sociétés modernes. La mesure de élèves sur les impressions, les sen-Une autre condition pour qu’il y aitla VMA offre un intérêt indéniable, sations qu’ils ont éprouvées enapprentissage, c’est que l’élèvecelui d’individualiser l’activité de course. La verbalisation, la réflexionhabitue son organisme à se désa-l’élève et d’introduire une pédagogie sur sa pratique sont aussi des condi-dapter !différenciée dont les effets sur sa tions qui aident l’apprentissage.Il est donc intéressant de le fairemotivation et sa prise progressive travailler à des allures et sur desd’autonomie sont reconnus. La notion de mesure des aptitudes aérobies, par Acquérir des connaissancesdistances différentes. C’est pour-quoi, après le premier travail basédes tests appropriés en début et en fin pour progresser s u rl aV M A ,n o u sp r é c o n i s o n s ,de cycle, permet à l’élève de prendre Pour que l’élève choisisse toujoursdans un second temps, un travail àconscience de ses progrès et renforce les tâches qu’il va réaliser en adé-la VSA (vitesse au seuil anaérobiesa motivation. Il pourrait, sans doute, quation avec ses ressources duqui correspond à 85 % de la VMA),en être de même pour toute la scolari-moment, il devra prendre en comptec a rd e se f f o r t sf r a c t i o n n é sà la tési des éléments de comparaison lui les grands principes de développe-VMA ne peuvent pas, seuls, garan-étaient fournis chaque année. Le fait ment des capacités aérobies quetir une amélioration des capacitésd’exécuter ces mesures sur son sont : l’intensité de l’action, la duréeaérobies. Pour travailler à un ryth-propre corps lui permet, en outre, de de l’action, la durée de la récupéra-me proche de l’allure qu’il tiendramieux se connaître et de se dépasser tion, la nature de la récupération et,sur 20min, s’il choisit cette deuxiè-en éprouvant, par là même, ses enfin, la quantité totale de travailme option, il lui faudra courir surlimites. Cette pratique physique régu-(ou nombre de répétitions).des temps et des distances pluslière imprègne l’élève des connais-Pour illustrer ces cinq principes del o n g u e sm a i sà de si n t e n s i t é ssances et des principes de gestion de développement des capacités aéro-moindres. l’effort.Au niveau des sensations, il bies, prenons l’exemple de l’élèveSi on prend, par exemple, un élèveconstruit ses propres repères psycho-qui possède une VMA de 15 km/h etqui a une VMA de 18 km/h et quiphysiologiques en relation avec qui décide de la développer en réali-décide de courir 3 x 1000 m pourl’intensité et la durée des exercices sant 6x 300m. Au niveau de l’inten-améliorer sa VSA, les 1000 m(contrôle de l’allure, contrôle de sité, ceux-ci seront réalisés à VMAdevront être courus à VMA - 2 km/h,l’essoufflement et de la respiration, + 1 km/h, soit un temps de 1min 07s soit,pour lui, à 16 km/h, donc enrepérage des types de fatigue…). Le pour parcourir les 300 m (durée3 min 45s. travailen binôme produit de l’émula-d’effort). Lestemps de récupération seront,tion (entraide dans les tâches, diversi-Le principe, pour la durée de récu-en revanche, plus longs que lors dufication des rôles, prises de décision, pération entre les 300 m, sera detravail à la VMA. En effet, ce travailde responsabilités) et favorise l’inté-réaliser une récupération activesollicite fortement le système ner-gration sociale attendue et nécessaire. (marcher ou trottiner, c’est la natureveux et des récupérations actives deEnfin, la référence individuelle que de la récupération) durant deux tiers3 min(marchées ou courues), quelleconstitue la mesure de ses capacités du temps d’effort, soit, dans le casque soit la distance parcourue, per-(VMA, VSA) et la facilité qui caractéri-présent, environ 45secondes afinmettront à l’élève de « recharger sesse la méthode de construction des d’éviter une récupération complètebatteries »physiquement mais sur-exercices permettent à l’adolescent, (le cœur doit descendre au mini-tout nerveusement.puis à l’homme de demain, de pou-mum de 30pulsations/min avantCes variations de rythme et devoir s’entraîner de manière autono-que le coureur puisse repartir).temps de récupération sont impor-me. On s’aperçoit, alors, que la course Enfin, la quantité totale de travail,tantes à donner à l’élève, afin qu’ilde durée constitue, pour peu que les dans le cadre scolaire, doit corres-maîtrise bien « la mise en vie » desconditions soient réunies, une activité pondre à la réalisation de la distanceactions à réaliser (autre conditionsupport remarquable pour la forma-parcourue lors du test final (2000 mpour apprendre).tion fondamentale de l’élève.
Pour en savoir plus
BERTHOIN(Serge),GERBEAUX(Michel), (dir.),Aptitude et pratique aérobies chez l’enfant et l’adolescent, Paris, PUF, 1999.
BRUN(Bernard),L’entraînement en course à pied, Éd. VO2, 1995.
PR A D E T-HU B I C H E(Michel),Préparation physique, Paris, INSEP, 1995.
Les cahiers EPS de l'académie de Nantes n° 23 - décembre 200031