Autour d'une trière - article ; n°1 ; vol.1, pg 147-156

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Bulletin de correspondance hellénique. Supplément - Année 1973 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 147-156
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1973
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Jacques Coupry
Autour d'une trière
In: Bulletin de correspondance hellénique. Supplément 1, 1973. pp. 147-156.
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Coupry Jacques. Autour d'une trière. In: Bulletin de correspondance hellénique. Supplément 1, 1973. pp. 147-156.
doi : 10.3406/bch.1973.5058
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0304-2456_1973_sup_1_1_5058AUTOUR D'UNE TRIÈRE
Marcadé attico-délienne porter « conversation tendait à d'extraire de doit fantômes ayons Monument Christian D'un Si Pisistrate trop visé dans au la m'avait jeu s'avérer perche3 soient compte quelques à un Llinas, entre aux côté, de à sanctuaire la écartés. l'époque dossiers ; depuis que Taureaux d'Athènes décoration et il Déliens à notes en je qui R. ne restera longtemps Vallois, ; reviendra sur d'Alexandre puis grec, ou qu'on »2 et sculptée « ; plutôt certes, Athènes la parmi des Philippe autrefois, voudra petite mis derniers en aujourd'hui, c'est les du fin le en et anecdote, Bruneau, bien collections Grand Néôrion de un ou éveil, Apollon moments compte tel instant que »\ autre en que et je plus de qu'on Délien, se sacrées repasser le la de dans présente Délos, par montrant bénéfice récemment, décision. l'Amphictyonie me la une inventoriées de suite, la le ici. permette question l'époque sorte que fameux prêt Et Jean nous des me s'il de à
annuellement, apparaît à partir du milieu du ive siècle l'équipement
d'une trière (et avec grand détail : un modèle réduit s'y serait-il prêté?
— et avec un mélange d'agrès et d'éléments de panoplies — celles-ci
d'ailleurs de petite taille — qui dénonce plutôt l'ensemble d'exposition —
relique ? offrande ? — que le navire en service)4, et si vers la fin du même
siècle un édifice extraordinairement disposé et propre à contenir une
trière est venu précisément compléter la série des monuments de ce sanc
tuaire5, il convient de se demander si le Néôrion ainsi révélé par l'archéologie
n'aurait pas été réalisé, avec quelque retard à expliquer, pour cette trière
des inventaires ; ou plutôt même, la donnée des inventaires et la construc-
(1) Cf. Inscriptions de Délos, Période de l'Amphictyonie attico-délienne (n°" 89 - 104-33)
(J. Coupry, 1972), p. vm.
(2) BCH 75 (1951), p. 89 et n. 2.
(3) Recherches sur les cultes de Délos, p. 557 et n. 3.
(4) Inscr. de Délos, 104-25, 1. 10 ; 104-26, B, 1. 16 ss. ; 104-28, 6 B, 1. 10 88. ; 104-29, 1. 13 ss.
(5) R. Vallois, V architecture hellénique et hellénistique à Délos, I, p. 34 ss. ; Ph. Bruneau
et J. Ducat, Guide de Délos, p. 90 s., n° 24 (et flg. 1 1) ; Ph. Bruneau, Rech. sur les cultes de Délos,
p. 122-124, 554-557. 148 Jacques coupry [BCH Suppl I
tion sur le terrain sont, à la fois l'une et l'autre, assez peu banales au titre
des biens et monuments sacrés dans le monde grec6, pour qu'a priori
l'on puisse estimer qu'il y a quelque bonne chance que l'une ait répondu
à l'autre. Telle est l'hypothèse, et la simple démarche de pensée, qui a
commandé les réflexions qui suivent.
Le matériel d'équipement d'une trière dans les inventaires de l'époque
amphidyonique.
L'équipement d'une trière, sous la rubrique σκεύη της τριήρους7 ou
σκεύη τριήρους8, est absent de nos inventaires jusqu'en (±) 354/29, en des
années — depuis 364/310 — où leur ordonnance et leur contenu nous sont
suffisamment connus. Il apparaît pour la première fois dans la document
ation conservée, et pour être dès lors reproduit en principe chaque année,
dans le débris de texte que j'ai placé deux numéros avant l'inventaire
de 342/111. C'est donc entre 352 et 343 qu'il faudrait chercher la date où
cette trière et ses agrès commencèrent d'être mentionnés dans les invent
aires déliens.
On peut certes se demander s'il ne s'agirait point, en ces inventaires
sacrés, d'une trière en réduction, à simple usage d'offrande. Et aucun
argument décisif ne s'oppose à cette interprétation. Mais il faudrait se
représenter une réplique (réduite selon quelle proportion ?) assez impor
tante ou assez industrieusement façonnée pour imiter effectivement par
tout le détail de ses agrès et ustensiles, comptés et donc détachables, une
trière réelle : travail qui, si l'on s'écartait trop des dimensions et normes
des produits des arsenaux attiques, serait devenu une réalisation d'artiste-
ingénieur d'arts et métiers qui, pour une époque antérieure aux goûts
techniques et à la curiosité hellénistiques, serait jusqu'ici, je crois, sans
autre exemple, et me semble assez improbable ... Offrande pour offrande,
et sous toute la précision technique d'une description comparable à celles
qu'exigeaient la commodité et la minutie des inventaires de la marine
athénienne12, le plus simple est de supposer un navire qui soit plus ou moins
de même sorte que ceux qui sortaient des chantiers navals d'Athènes.
(6) Exemples à aligner dans le monde gréco-romain : la nef Argo (!) à Corinthe ; le navire
d'Énée (!) à Rome ; un navire consacré par Antigone Gonatas ; une offrande du même genre à
Alexandrie (?) (cf. Ph. Bruneau et J. Ducat, Guide, 1. c).
(7) Inscr. Délos, 104-26, B, 1. 16.
(8) Ibid., 104-29, 1. 13.
(9)104-10; 104-11; 104-12.
(10) Ibid., 104.
(11) Soit donc sous le n° 104-25 (104-27 = a. 342/1).
(12) IG, II», 1604-1632. autour d'une trière 1973]
Le Néôrion de Délos et sa datation.
On sait d'autre part les dispositions peu ordinaires d'un édifice délien
qui occupe largement le côté oriental du sanctuaire d'Apollon et que
l'on a coutume d'appeler le « Monument des Taureaux ». Précédée d'un
prodomos à l'un de ses bouts, une longue galerie apparaît propre à contenir
un navire, son sol n'étant en effet qu'une sorte de bassin en marbre, avec
des trottoirs, à la mesure d'une trière. A l'autre extrémité de la galerie,
par une baie à piliers (et demi-colonnes), on passait dans une chambre
sous lanterneau, en partie occupée par un grand socle triangulaire (de
statuaire ? d'autel ? d'ex-voto ? ...) sans doute en forme de proue. Il
doit s'agir du Néôrion connu par des comptes de l'Indépendance ou des
inventaires ou comptes d'après — 16613.
La meilleure pièce conservée de la décoration extérieure est une Niké-
acrotère qui passa longtemps pour appartenir au Temple des Athéniens ;
et d'autre part J. Marcadé a souligné que la frise du lanterneau s'inscrit,
d'après ce qu'on en peut encore voir, dans la meilleure tradition attique14.
A l'intérieur, les chapiteaux des deux piliers encadrant la baie qui sépare
la galerie de la chambre au massif triangulaire sont surmontés chacun
d'une paire de protomés de taureaux : disposition et motif qui peuvent
bien évoquer l'art achéménide (dont la connaissance fut réveillée par la
conquête d'Alexandre ?) et ne représente pas forcément un thème (ou
blason) antigonide15. Quant à la grande frise de figures marines qui ornait
la longue salle du navire, le sujet et le style de cette composition ont été
commentés par J. Marcadé, autant que le permettent les débris retrouvés,
et rien n'interdirait d'en rattacher l'inspiration, et l'exécution large
et ferme, aux conceptions classiques (« scopasiques » ?)16.
(13) Ph. Bruneau et J. Ducat, Guide, p. 90 s., n° 24 (et sur la base triangulaire, J. M arcade,
RA 1946, II, p. 150, et Au Musée de Délos, p. 486 ; comparer R. Vallois, L'architecture hell. et
hellénist., I, p. 397 s. ; 434). Pour le Néôrion des inscriptions, cf. Inscr. Délos, 1403, Β b, 1, 1. 39 ss.,
et commentaire ad loc., et R. Vallois, o. /., I, p. 39 ss. ; 398 ; 434.
(14) J. Marcadé, BCH 75 (1951), p. 82-87 ; 56-67 ; 87-88.
(15) Entre toutes hypothèses sur ce motif (« protomés et animaux géminés, cornes des dieux
et des rois »... : cf. Vallois, AHHD, I, p. 373-386), la plus simple ne serait-elle pas que le taureau
fût ici l'animal, et le symbole, des sacrifices, R. Vallois indiquant lui-même (ibid., p. 375, n. 3)
cette simple interprétation ? Quant à la gémination de la figure, et s'il faut en chercher une
explication autre que de proportions et de techniques, plutôt qu'à un symbole de double sacrifice
(et, par exemple, de sacrifice adressé à des divinités jumelles, et peut-être, et s'il ne s'agit pas tout
à fait du même dieu sous deux figures ou en double exemplaire, à ces « deux » Apollons dont le
couple s'inscrira un jour, auprès d'un Poséidon, apparemment aux dernières lignes d'un inventaire
du Néôrion ; — mais aussi il y aura là « deux » Victoires portées peut-être par une Athèna, — et
alors (?), et cf. plus loin, peut-être s'agirait-il, et dans un monument triomphal attico-délien,
d'Apollon Délien et d'Apollon Pythien ?), on peut simplement penser au procédé banal de la
multiplication symbolique par doublement de l'image.
(16) J. Marcadé, BCH 75 (1951), p. 67-82, 87-89 ; et Au Musée de Délos, p. 359-362. — Mais
encore et par exemple (et si l'édifice était athénien ?), un magnifique thème à offrir au sculpteur,
et bien propre à être célébré à Délos, sur le chemin d'Athènes à la Crète, et à justifier la vocation
d'Athènes pour exercer son empire sur les mers, aurait été la fameuse visite de Thésée, porté par 150 Jacques coupry [BCH Suppl I
De ce monument de gloire marine et militaire on date ordinairement
la construction des toutes premières années des temps « hellénistiques » :
de l'époque d'un Démétrios Poliorcète, — ou peut-être d'un peu plus haut :
vers 320-310 ( ?)17. Question de technique et de décoration architecturales
(R. Vallois), de style des sculptures (J. Marcadé) ; et quant à la strati
graphie18, elle n'impose, semble-t-il, comme terminus post quem, qu'une
date, notamment fondée sur un certain type de lampes, à chercher dans
la seconde moitié du ive siècle ou le premier tiers du troisième, sans qu'on
puisse encore préciser.
Et si le Néôrion était pourtant le Pythion ?
La correction apportée par F. Salviat19 à la restitution de la 1. 5 d'/G
XI 2, 145 (καθάρασθ[αι. το Θεσμοφό]ριον au lieu de καθάρασθ[αι ίερον και
Πύ]φ(.ον) est inattaquable. Mais l'argument illusoire que Vallois tirait
de ce texte ne constituait, dans sa pensée, qu'un supplément à d'autres
raisons d'identifier le Néôrion avec le Pythion : celles qu'il a données, et
certaines aussi, peut-être, qu'il réservait encore.
Dans la réalité du Monument des Taureaux, il retrouvait telles dispo
sitions remarquables du Pythion connu par les inventaires : un édifice,
écrivait-il, « divisé par des colonnes transversales », un thalamos et un
lanterneau, des clôtures à claire- voie dont cinq au moins formaient des
entrecolonnements20. Et sans doute Ch. Picard21 pouvait-il se demander
où situer, dans le Monument des Taureaux, tels objets que les inventaires
dénonçaient dans le Pythion (en fait les objections de Ch. Picard ne sont
pas dirimantes, car on peut spéculer sans fin sur la place occupée par des
objets dont on ignore à peu près tout : ici les dimensions, là le nombre),
et proposer d'identifier le Pythion avec un autre édifice éclairé par sa
partie haute, le temple A des fouilles du Sanctuaire22, c'est-à-dire le
Kératôn selon Vallois.
Mais R. Vallois, d'autre part, savait bien que, si le « Néôrion » des
fouilles n'était autre que le Pythion des inventaires, il restait à rendre
compte d'autres détails encore, et notamment de cette précision remar
quable {IG XI 2, 165, 1. 23-24) : Εύφράνορι έγλαβόντι γράψαι τή[ν] ό[ροφήν
des dauphins, au palais de Poséidon, d'Amphitrite et des Néréides, pour aller chercher l'anneau
jeté par Minos, et que Poséidon remit à l'Athénien, son fils. Cf. Bacchylide, Les jeunes gens, ou
Thésée, — et l'invocation au dieu de Délos pour terminer le poème. Et à la coupe d'Euphronios
du Louvre (G 104) on ajoutera toutes reprises ou variantes, sûres ou supposées, du sujet, en imagerie
céramique, et l'allusion de Pausanias, I, 17, 2, à tel tableau de Micon dans le Théseion d'Athènes.
(17) Cf. Ph. Bruneau et J. Ducat, Guide, p. 91.
(18) Chr. Llinas, BCH 89 (1965), p. 996.
(19) BCH 87 (1963) p. 489-492.
(20) R. Vallois, L'architecture ne//, et hellénist., I, p. 34 ss. ; 423.
(21) Journ. Sav., 1946, p. 115. Cf. Ph. Bruneau, Rech. sur les cultes de Délos, p. 123.
(22) C'est-à-dire l'édifice GD 42 suivant l'actuelle terminologie (= Guide de Délos de
Ph. Bruneau et J. Ducat — cité ci-dessus — , n° 42). autour d'une trière 151 1973]
την εν τώι] Πυθίωι την καταπροσθεν πόδ[ας] τώγ κυματίων χίλιους έ[π]τακοσίους
έβδο|μήκοντα τρεις, τομ πόδα CXX ' το γινόμενον ΗΡΔΔΔΔ ΡΗ-. Où
s'inscrivent ces 1773 pieds dans le dessin architectural du Monument
des Taureaux ? — C'est nécessairement ce que Vallois se réservait de
montrer au chapitre IX, consacré aux « Toitures, charpentes et plafonds »,
et non encore publié, de son ouvrage23.
R. Vallois a-t-il jusqu'à la fin fait confiance à tels de ses calculs et
cru à la haute probabilité d'un accord des dispositions et dimensions du
Pythion avec celles du Monument des Taureaux ? — Voici en tout cas
la découverte qu'il pensa faire, voilà cinquante ans. En ma possession
se trouvent les exemplaires des IG XI et des deux premiers volumes des
Inscriptions de Délos qui appartenaient à R. Vallois. Il avait abandonné
entre les pages une foule de brouillons, de notes, de fragments de copies
épigraphiques, d'essais raturés, d'épaves de correspondance, qui semblent
presque toujours ne pouvoir être remués sans quelque indiscrétion ou
impiété. Je me hasarde cependant — parce qu'il s'agit là de deux lettres
dûment réfléchies et qu'il vient juste de s'écouler cinquante ans depuis
cet échange de correspondance — à faire connaître la lettre que R. Vallois,
en en conservant le double, adressait, le 16 mars 1922, à F. Durrbach, et la
réponse de celui-ci, datée du 26 mars 1922. (On pourra comparer avec
cette correspondance le Journal des Débats, 26 mars 1922, article de
R. Vallois, p. 2.)
Bordeaux, 16 mars, 43, rue Ausone.
Cher Monsieur Durrbach,
En vous remerciant des très utiles remarques que vous m'avez communiquées
sur le texte amphictyonique, j'ai le plaisir de vous annoncer un résultat qui a
dépassé mes espérances. Il s'agit du « Temple des Taureaux » dont je viens d'avoir
à m'occuper à propos de l'article Gouchoud-Svoronos paru dans le dernier n° du
BCH ou plus exactement de la réclame qu'un ami de Gouchoud a essayé de faire
dans les Débats du 10 mars au profit de cette prétendue découverte : id e. Temple
des Taureaux = Trésor construit pour le navire dédié par Antigone Gonatas
après la bataille de Gos. L'idée n'était pas absurde : elle était venue à Holleaux la lecture de l'article de Tarn (JHS 1920, The dedicated ship of Antigonos
Gonatas) ; je l'avais examinée sans trouver d'argument ni pour ni contre.
Bien entendu il n'en était plus question si le Mt des Taureaux est le Pythion ;
l'identification reposait sur 1° les colonnes intérieures (disposées transversalement)
de votre n° 165 ; 2° l'hypolampas du οδ τα τρία, et paraissait confirmée par la
présence d'un large degré autour de la base dont il reste en place le noyau de granit
(23) Notons pour mémoire une autre précision, que je ne crois pas contradictoire avec
l'hypothèse selon laquelle le Pythion serait le Néôrion des fouilles (le texte est cité incomplètement
par Ph. Bruneau, Rech. sur les cultes de D., p. 116) : IG, 199, A, 1. 80-81 : Νευγένει τώι έγλαβόντι
έγκαϋσαι τα κυμάτια τα [έπΐ του] θ[αλ]άμου οδ 6 φοίνιξ τόμ πόδα IC, ά[πο] |μετρήσαντι πόδας
τετταράκοντα τό γινόμενον ' Δ. 152 Jacques coupry [BCH Suppl I
(cette base en triangle — ou trapèze était donc un autel — ce qui allait très bien
pour le feu du Pythion). Ajoutons que les Taureaux sont voisins du Prytanée,
où nous trouvons un culte d'Hestia à l'omphalos, etc.
Tout cela ne me donnait pas encore la certitude absolue : aussi je suis revenu
sur les 1773 pieds de kymatia du n° 165 dont je n'avais rien pu tirer à Délos —
je ne sais pourquoi. Voici mon calcul :
ί/οροφή ή κατάπροσθεν των κιόνων doit être celle de la grande salle.
Des 1. 22-23 ... σεσηπότα... χρήιζοντα il apparaît que les πλινθεΐα et κυμάτια
sont en bois, les καλύμματα en marbre (confirmé par 1. 32).
La grande salle était en effet couverte de dalles de marbre qui formaient à la
fois les tuiles et les caissons. Étaient en bois 1° les chevrons (ou arbalétriers)
placés dans les axes des parastades du mur ;
2° les poutres, s'il y en avait ;
3° le coffrage à l'intérieur de la frise et de la corniche (πλινθεΐα) ;
4° la sablière sous les poutres, probablement.
Maintenant je fais l'hypothèse suivante : les 1773 p. représentent 1 ou plusieurs
séries de kymatia complets — d'un bout à l'autre de la grande (salle2*). —
Hypothèse arbitraire, mais que je dois faire, parce que dans le cas contraire mon
calcul ne donnera rien ; si j'arrive à un résultat, elle se trouve du même coup
vérifiée. — Maintenant les peintres commencent d'ordinaire leur travail par les
parties les plus hautes pour des raisons faciles à comprendre.
Il faut nécessairement une moulure sur les chevrons, au-dessous des caissons ;
la salle compte 27 travées soit 26 paires de chevrons. Gomme vous pouvez voir
par l'art, de G. Poulsen (Mélanges Holleaux), p. 230, fig. 8 (correction à faire :
la moitié de la dalle de rive à l'intérieur du mur était cachée par les boiseries :
il faut donc supprimer le dernier caisson), et p. 226, fîg. 2, la largeur de la couverture,
de la ligne de faîte à l'aplomb de la paroi intérieure, est connue. Sur les dalles mêmes
(face intérieure) on trouve environ 3 m. 89-3 m. 90. Mais il faut qqs centimètres
pour la moulure du coffrage de bois au-dessous de la dernière dalle (en bas) :
ce qui donne pour la longueur apparente du chevron 3 m. 93-3 m. 94 environ = cela
fait 12 pieds. J'ai estimé la coudée délienne (Salle Hypostyle, supplémt.) à 0 m. 500-
ou 0 m. 501. 12 pieds font 4 m. ; mais j'admets que le peintre et les vérificateurs
n'ont pas défalqué les fractions inférieures à 1 palme — ce qui se vérifiera par la
suite.
A raison de 2 faces par chevron cela fait pour 26 paires de chevrons : 12x2 X
2x26 = 1248 p.
S'il y avait des poutres, ce que j'ignore, elles n'avaient probablt pas de
moulures ; en tout cas, elles nous donneraient une longueur très supérieure au
reste.
On ne peut donc plus envisager que les kymatia du coffrage de l'entablement.
Nous connaissons la longueur de la salle sur ( lire : sous) la toiture. Les travées
sont de 1 m. 83 = 5 p. %,.
(24). Mot sauté dans le double conservé par R. Vallois. autour d'une trière 153 1973]
27 travées donnent donc 5 p. y2 X 27 = 148 y2,
dont il faut défalquer à chaque extrémité 0 m. 20 environ pour l'appui des
dalles (cf. Mél. Holl. p. 229, fîg. 6 : la largeur de la partie cachée par le chevron =
0 m. 45±, mais il faut défalquer la saillie des moulures du chevron : ce qui nous
donne 0 m. 40-0 m. 41 environ).
0 m. 20 [en négligeant les fractions inférieures (v. plus haut)] font y2 p.
Soit pour la longueur totale de la salle sous toiture : 148 y2 — y2x2 = 147 y2.
Or le kymation le plus élevé du coffrage se place sous les dalles. Il est donc
coupé par les chevrons dont il faut défalquer la largeur : 0 m. 41± = 1 p. 1/4.
Longueur du kymation supérieur du coffrage :
147 y2 — 1 p. 1/4x26 = 115 : soit pour les 2 faces de la salle : 230 p.
Le kymation inférieur se place soit au-dessous des chevrons s'il n'y a pas de
poutres — soit au-dessous des poutres s'il y en a (sablière) : il est continu et a
exactement la longueur de la salle sous toiture : pour les deux faces : 147 y2 χ 2 =
295.
1248+230+295 = 1773.
Je n'ai pas porté dans le compte les moulures des murs nord et sud au-dessous
des dalles. L'objection ne serait pas très forte ; car on pourrait toujours admettre
que ces moulures furent peintes après les autres et payées l'année suivante :
mais nous savons qu'au nord les dalles reposaient directement sur le marbre ;
il devait en être de même au sud.
Maintenant voici quelques remarques sur les inscriptions : Ne pourrait (-on)
pas placer 165 l'année de Phillis II? cf. 199 A, 1. 29-30, 77 et 165, 1. 38-41. Il semble
bien qu'il y soit question du même τρύφακτος.
199 A, 1. 80, Νευγένει κ.τ.έ., cf. Arch. XGV A, 1. 40 : φοίνιξ έν τώι Πυθίωι. —
Le θάλαμος οδ δ φοίνιξ ne serait-il pas la chambre au lanterneau où se trouveront
τα τρία ?
199 A, 1. 73. Ne faudrait-il pas restituer plutôt τα μεταστύλια του Π[υθίου] ?
Remarquez que, par hasard, les travaux semblent assez bien groupés dans
ce compte. Ce total de 5 τρύφακτοι n'est pas aussi clair que l'a cru Courby. S'il
s'agit d'un prodomos à 5 travées, celle du milieu doit être réservée pour la porte.
Il est vrai 1° que nous ne connaissons pas le nombre des μεταστύλια du Πώρινος :
il pouvait p.-ê. y en avoir 7, 2° que la même difficulté se pose pour le Pythion :
nombre de μεταστύλια impair. Toutefois au Pythion il y avait à l'extérieur 7 et
je crois 9 travées.
Puis il est curieux qu'après ces 5 τρύφακτοι il soit question d'un θύρετρον
(1. 76) ou plutôt de deux, payés (chacun ?) le même prix qu'un τρύφακτος — mais
ces θύρετρα paraissent bien destinés au Pythion, cf. B, 1. 72. — Enfin il y a G, 1. 12
et suiv. Le παράδειγμα de B, 90 s'applique-t-il à ces portes ou à celles du temple
d'Apollon? —
Du fait que la destination des θύρετρα n'est pas indiquée à la 1. 76 on pourrait
induire que cet article dépend encore logiquement de [εις] τα μεταστύλια του Π [
— ce qui confirmerait la restitution Π[υθίου]. — Je serais porté à croire qu'il y a 154 Jacques coupry [BCH Suppl I
là un vrai chapitre allant de 1. 73 à 1. 81 — mais le trait de lai. 79 ■—■ Εύφράνορι
m'embarrasse ; qu'indique-t-il?
N° (199 A), 1. 41-42. λαβήν ψεε] λεΐνην ώστε μα[υ]λ[Λι δι περι|πηξ]αι ? ? —
L'autre mot dont qqs. lettres correspondent à ce que vous avez lu μάραγνα paraît
aller encore moins bien.
Bien cordialement à .voua..-
R. Vallois.
Toulouse 26 mars 1922
Mon cher ami,
J'ai là, sous les yeux, depuis plusieurs jours votre lettre, que j'ai longuement
méditée. Elle m'a émerveillé par l'ingéniosité de vos calculs, auxquels je me
sens bien incapable d'adresser la moindre critique. Vous arrivez à des chiffres
qui cadrent admirablement avec les textes, et ce résultat, joint à vos autres obser
vations, me paraissent donner la plus haute vraisemblance à votre identification
du Sanctuaire des Taureaux avec le Pythion ; je dis prudemment « vraisemblance »,
parce que le doute méthodique, qui est notre loi en ces matières, nous interdit
de prononcer d'emblée le mot de « certitude ». Toutes mes félicitations pour votre
belle découverte, qui est une nouvelle conquête à votre actif ; et mes remerciements
aussi pour l'exposé détaillé que vous avez bien voulu faire à mon usage.
Je voudrais vous apporter ici ma petite contribution. Une nouvelle fois, je me
suis reporté au compte IG XI, 199, A : j'en ai un cliché, à très petite échelle, fait
par Rohrer, et dont les épreuves sont archi-mauvaises ; néanmoins en m'armant
d'une bonne loupe, j'y ai fait maintes découvertes précieuses. A la 1. 73, je crois
que décidément il faut lire Π[υθίου], bien que je me sois prononcé pour Π [ωρίνου]
de préférence (art. de Courby, p. 191, = p. 18 du tirage, note 1). Après le P, il
me semble maintenant apercevoir les restes d'un Y, comme je verrais aussi, à la
fin, les traces du dernier Y : V\WÊ&( ; les autres lettres ne sont pas seulement
usées, auquel cas, on pourrait espérer discerner quelques vestiges, mais l'épiderme
de la pierre a été emporté par une cassure ; enfin l'intervalle entre les deux Y
serait plus adéquat à Πυθίου qu'à tout autre mot. Je me prononce donc sans hésiter
cette fois pour cette restitution.
A la ligne 79, le long trait qui précède Εύφράνορι est la reproduction d'un signe
de la pierre, un trait qui peut avoir la longueur de deux ou trois caractères. Je ne
pense pas qu'il faille beaucoup vous embarrasser de cette ponctuation insolite,
qui paraîtrait marquer qu'on passe à un autre chapitre. Car je retrouve, dans ce
même compte, au moins deux autres exemples de la même : une fois
à la 1. 72, où en effet elle marque une division importante du texte, — mais une
autre fois 1. 114, où ce signe se trouve intercalé sans aucune espèce de raison au
milieu même d'une phrase. (Par ailleurs, vous constaterez que le texte ou bien
ne marque par aucun indice la séparation des différents articles, ou la marque par autour d'une trière 155 1973]
de petits blancs.) Il y a donc là une fantaisie du lapicide, qui n'empêche pas de
lier Εύφράνορί. à ce qui précède.
Voilà, mon cher ami, le peu que je puis ajouter à vos très intéressantes
remarques.
Bien amicalement*
F. Durrbach.
Le n° de dimanche 26 du Journal des Débats me tombe sous les yeux par hasard
(je ne le lis pas d'ordinaire) ; j'y vois lumineusement exposée la substance de votre
thèse. Ce qui est moins clair pour moi, c'est votre allusion (sub finem) à « un marin,
qui finit par être roi », lequel aurait présidé à la construction du Pythion. Qui
entendez-vous par là? Vous constatez que sans doute l'édifice remontait à la fin
du ive siècle, en raison des pièces dites σεσηπότα vers 275, et de l'allusion (douteuse)
de 145, A, 1. 5. Ce ne peut être qu'Antigone I ou Poliorcète?
Je m'en remets à mon ami Chr. Llinas, qui publiera ce « Monument
des Taureaux », pour décider de la valeur du raisonnement de R. Vallois25.
Je voudrais un moment encore, en ce cinquantenaire (1922-1972), supposer
que Vallois ait pu avoir raison.
Hypothèse.
Mais alors, par Quelle circonstance extraordinaire un Néôrion aurait-il,
à Délos, convenu à un Pylhion ? La réponse pourrait être donnée par
la trière des inventaires amphictyoniques, c'est-à-dire par la date de son
apparition, qui est à chercher, nous l'avons vu, entre 352 et 343. Car
on ne relève à cette époque-là qu'un grand événement (et peu banal,
lui aussi) qui ait marqué l'histoire délienne et les rapports entre Athènes
et Délos, et c'est le fameux procès pythique (entre 345 et 342) : la plainte
déposée par les Déliens auprès de l'Amphictyonie de Delphes contre les
prétendus droits d'Athènes sur le sanctuaire d'Apollon à Délos ; le rempla
cement d'Eschine par Hypéride pour défendre la cause d'Athènes, et
l'argumentation où mobilisait la mythologie attique ; bref
les droits d'Athènes sur Délos reconnus par Delphes, c'est-à-dire la consé
cration pythique de la présence et de l'autorité d'Athènes au centre de
(25) La question qui m'embarrasse est évidemment celle-ci : pourquoi R. Vallois, si ses calculs
avaient quelque solidité, n'a-t-il pas utilisé l'argument dès avant la confection de son chapitre IX,
pour mieux appuyer les raisons de vraisemblance qui l'engageaient à identifier Néôrion et Pythion?
Le jeu de chiffres s'est-il avéré moins probant qu'il n'avait d'abord semblé, et où se trouve alors
le défaut ? De toute façon, l'intérêt de la présente petite note étant surtout de méthode, j'arrive sans
doute au bout des questions que je désirais poser : comment, sur ce problème qui l'a accompagné
pendant quarante ans de sa vie (R. Vallois est mort en février 1962), ont joué la flère imagination
et tous les scrupules qui chez Vallois faisaient le bonheur et l'honneur du savant ? Et n'est-il pas
utile de retrouver la petite histoire d'enquêtes scientifiques comme celle que menait Vallois sur
ce point, afin de mieux juger du bon usage et des limites des supputations de vraisemblance ?