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BRUNSCHVICG léon (1869-1944)

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Universalis_Article publié par Encyclopaedia Universalis BBRRUUNNSSCCHHVVIICCGG llééoonn ((11886699--11994444)) Philosophe français, né à Paris, Léon Brunschvicg entre, en 1880, à l'École normale supérieure et suit à la Sorbonne les cours de Victor Brochard et d'Émile Boutroux. Sa thèse de doctorat a pour sujet et pour titre La Modalité du jugement (1892). Il fonde, en 1893, la Revue de métaphysique et de morale, avec Xavier Léon et Élie Halévy. Nommé professeur à la Sorbonne en 1909, il y enseigne pendant trente ans. Président, à partir de 1932, de l'Académie des sciences morales et politiques, il donne de nombreuses conférences à l'étranger, et participe régulièrement aux congrès internationaux de philosophie. Son inlassable activité, sa grande curiosité, son érudition ainsi que sa noblesse de caractère ont fait de lui une des très grandes figures de la philosophie française, dont le rayonnement s'est fait sentir jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et s'est prolongé par l'influence parfois inavouée mais toujours perceptible qu'il a exercée sur des penseurs comme G. Bachelard, J. Piaget, M.  Gueroult, J. Nabert, A. Koyré et J.-P. Sartre. Son œuvre, abondante et diverse, touche pour une part importante à el'histoire de la philosophie, plus particulièrement du xvii siècle français. Dès 1897, il édite les Pensées et opuscules de Pascal.
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BRUNSCHVICG léon (1869-1944)

Philosophe français, né à Paris, Léon Brunschvicg entre, en 1880, à l'École normale supérieure et suit à la Sorbonne les cours de Victor Brochard et d'Émile Boutroux. Sa thèse de doctorat a pour sujet et pour titre La Modalité du jugement (1892). Il fonde, en 1893, la Revue de métaphysique et de morale, avec Xavier Léon et Élie Halévy. Nommé professeur à la Sorbonne en 1909, il y enseigne pendant trente ans. Président, à partir de 1932, de l'Académie des sciences morales et politiques, il donne de nombreuses conférences à l'étranger, et participe régulièrement aux congrès internationaux de philosophie. Son inlassable activité, sa grande curiosité, son érudition ainsi que sa noblesse de caractère ont fait de lui une des très grandes figures de la philosophie française, dont le rayonnement s'est fait sentir jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et s'est prolongé par l'influence parfois inavouée mais toujours perceptible qu'il a exercée sur des penseurs comme G. Bachelard, J. Piaget, M. Gueroult, J. Nabert, A. Koyré et J.-P. Sartre.

Son œuvre, abondante et diverse, touche pour une part importante à l'histoire de la philosophie, plus particulièrement du xviie siècle français. Dès 1897, il édite les Pensées et opuscules de Pascal. En 1923, il donne la troisième édition de Spinoza et ses contemporains et, vers la fin de sa vie, en 1942, il rédige son ouvrage Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne. Il ouvre des perspectives plus vastes et plus hardies avec la grande fresque historique intitulée Le Progrès de la conscience dans la philosophie occidentale (1927).

Pour Brunschvicg, le développement de la philosophie n'est cependant pas autonome ; la philosophie n'est pas coupée de la science et elle ne prétend pas à une vérité supérieure ou simplement étrangère. Trois ouvrages capitaux témoignent de l'intérêt que portait Brunschvicg à la science. Ce sont : Les Étapes de la philosophie mathématique (1912) ; L'Expérience humaine et la causalité physique (1922) ; La Physique du XXe siècle et la philosophie (1936). Le développement de la science révèle le travail de l'intelligence humaine et montre la raison à l'œuvre. L'hypothèse de Torricelli relative à la pression atmosphérique indique que « le travail de la raison s'accomplit à l'encontre de l'expérience immédiate ». Les trois « victoires mémorables de l'intelligence » que constituent la découverte du principe d'inertie, la composition mécanique des mouvements, l'identification de la matière céleste et de la matière terrestre sont autant d'exemples et de preuves que « toute découverte, toute démonstration nouvelle s'est présentée d'abord comme l'issue d'un duel » et que « c'est dans la polémique et dans la controverse que se sont édifiées les grandes œuvres de la pensée humaine ». L'intérêt profond de la philosophie des mathématiques est de dégager « deux caractères dont la liaison est la marque spécifique de l'intelligence : capacité indéfinie de progrès, inquiétude perpétuelle de vérification ». La science n'enseigne pas seulement un ensemble de résultats ou ne propose pas seulement un ensemble d'hypothèses ; elle enseigne « la vertu religieuse, qui est la sincérité absolue ; celui-là est assuré de ne jamais mentir aux hommes qui, dans le silence de la méditation scientifique, a senti l'impossibilité de se mentir à soi-même ».

Les critiques contemporains ont souvent stigmatisé l'« idéalisme brunschvicgien ». Que faut-il donc entendre par cette expression ? Nulle proximité ni avec Berkeley ni avec Hegel, mais bien avec Kant — dans la mesure où son idéalisme est critique et où, transcendantal, il se double d'un réalisme empirique — et surtout avec Platon. Pour Brunschvicg comme pour Platon en effet, le philosophe doit savoir « s'appliquer au vrai en tout désintéressement d'âme, allant jusqu'au bout du mouvement de conversion qui de Copernic à Einstein a manifesté le caractère de l'intelligence humaine ». Même volonté aussi de ne pas séparer le vrai et le beau du bien. Rendue à sa vérité, la science doit être ce qu'elle a été au temps de Platon, de Descartes et de Kant : la voie d'accès à la spiritualité vraie. Reste la question « proprement pédagogique » de la « diffusion d'une spiritualité véritable ». Le problème brunschvicgien, écrit Jean Nabert dans la Revue de métaphysique et de morale (1945), « c'est exactement celui que Brunschvicg découvre lui-même au cœur de la philosophie platonicienne, c'est celui de l'efficacité de l'intelligence pour la conduite de l'homme et l'organisation de la cité ». Des œuvres telles que Les Âges de l'intelligence (1934), La Raison et la Religion (1939), La Philosophie de l'esprit (1949) et l'abondant recueil d'articles et d'essais que constituent les trois tomes des Écrits philosophiques (t. I : L'Humanisme de l'Occident, 1951 ; t. II : L'Orientation du rationalisme, 1954 ; t. III : Science et Religion, 1958) manifestent l'étroite union chez Brunschvicg d'un rationalisme strict (qui s'oppose aux philosophies de la vie et de l'irrationnel), d'un idéalisme critique (loin du réalisme matérialiste du sens commun) et d'un spiritualisme éthique confiant en la liberté humaine et en la « qualité des idées » plutôt qu'en la « qualité des âmes ».

Auteur: FRANCOISE ARMENGAUD