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Choix rationnels et politique : pourquoi en savons-nous toujours aussi peu? - article ; n°1 ; vol.45, pg 96-130

De
36 pages
Revue française de science politique - Année 1995 - Volume 45 - Numéro 1 - Pages 96-130
35 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Monsieur Donald P. Green
Monsieur Ian Shapiro
Choix rationnels et politique : pourquoi en savons-nous toujours
aussi peu?
In: Revue française de science politique, 45e année, n°1, 1995. pp. 96-130.
Résumé
Choix rationnels et politique. Pourquoi en savons-nous toujours aussi peu? Donald P. Green, Ian Shapiro.
Cette critique de la contribution de la théorie des choix rationnels à la science politique, fondée sur une étude empirique, entend
montrer que, à ce jour, les partisans de la méthodologie des choix rationnels ont peu apporté à notre connaissance de la vie
politique. L'échec de ces théories est dû à un syndrome de déficiences méthodologiques récurrentes qui découlent du souci
manifesté par les théoriciens de cette école de développer une théorie universelle de la vie politique. Des exemples tirés de
travaux sur le vote, l'action collective, la concurrence électorale et les législatures publiés par des théoriciens de l'école des choix
rationnels illustrent ces déficiences et des réponses sont présentées aux arguments de ces théoriciens.
Abstract
Rational choice explanations of politics why has so little been learned ? Donald P. Green, Ian Shapiro.
In an empirically-based critique of the contribution of rational choice theory to political science, the authors argue that to date little
has been learned about politics from proponents of the rational choice methodology. They trace the failures of rational choice
theories to a syndrome of recurrent methodological defects that flow from the characteristic rational choice preoccupation with
developing a universal theory of politics. They illustrate these defects from the rational choice literatures on voting, collective
action, electoral competition and the study of legislatures, and they anticipate and respond to several rational choice
counterarguments.
Citer ce document / Cite this document :
Green Donald P., Shapiro Ian. Choix rationnels et politique : pourquoi en savons-nous toujours aussi peu?. In: Revue française
de science politique, 45e année, n°1, 1995. pp. 96-130.
doi : 10.3406/rfsp.1995.403503
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1995_num_45_1_403503CHOIX RATIONNELS ET POLITIQUE
POURQUOI EN SAVONS-NOUS TOUJOURS
AUSSI PEU
DONALD GREEN SHAPIRO
Depuis
partage plus difficile départements premiers Dans tent institutionnelle tionales dépassé publiés dentiels domicile revues choix quelque croissance 96 cinq subi rationnels leurs cédés électeurs expliquer sonnements influencent giques problèmes tes étude microfondements 1990 American tats-Unis Les concernant De ses travaux son ans les est rationnels values des science et avis théoriciens dans les de le et quarante adeptes ambitions influence est années qui les le classiques 177-178 des continue cercle individus Political ses diverses la déductifs elle désigner plus tenter et la des de caractère un principaux maximisent la politique une hommes événements débuts articles principale hui origine les publication science études nature récemment était Kenneth des En du 1950 ans actuels grand expliquer discipline souligne variétés Science de Un un portant les outre publications comportement étendues la systématique plus Elle science de politiques et des impressionnistes cette politique est domaine étude nombre inspirés pas recensement colloques de théorie leur revue conduits au Arrow phénomènes figure en sur analyse Review tard une la école que seuls en grand-chose théorie début la les intérêt politique abord 1951 la de systématique réussite revanche par des utilisation science sont quinze ésotériques en progrès on événements incitations de des depuis spécialistes la politique ces de aborder universités bonne ou des Invisible ne effectué science les leurs choix et politiques théorie Social théoriciens années leur totale étude des politique compte comportements uns sans véritables autre 1952 et cette choix place comparée déductions poser des rationnels de une et contraintes utilité quarante politique politiques rigueur sur en Dans cette choice graphique Ainsi américaines des 1960 la les théorie plus dans une des 1952 fa où jamais vie invoquent américaine autres transformation séminaires relations choix Ce leurs on qui questions les En and ne la régnaient William concernant et intervalles politique qui publiés ou en elle nouvelle sont théorie les industrie un travaux fait réalisés principales calculs des rationnels individual montre largement ne se analyse ait tentatives postulant distingue ont des interna inspire articles pas grands agents dispu straté confi limite il inédi Riker choix dans sans pré rai aux pas des qui est les de en la Pourcentage des articles inspirés par la théorie des choix rationnels
publiés dans American Political Science Review 1952-1992
40
30-
20
10-
Année
science politique Bien que autres spécialistes soient plus mesurés il
est devenu habituel de rendre hommage aux réussites de cette théorie
dans les introductions de manuels et dans les comptes rendus Selon
Jack Knight 1992 1063) la théorie des choix rationnels fait pro
gresser de fa on significative notre compréhension du rôle des institu
tions dans la vie sociale Nulle part affirme Gregory Kavka 1991
371) le développement des modèles économiques de choix rationnels
été plus vaste ni plus fécond que dans le domaine de la politi
que Kristen Monroe 1991 décrit le choix rationnel comme un
des paradigmes dominants de la science politique et sociale qui propose
des explications pénétrantes rigoureuses et économiques et Peter Abeli
1992 203-204 invite les sociologues adopter la théorie des choix
rationnels en partie en raison de ses nombreuses réussites en science
politique il est peine besoin de mentionner
Notre propos est de montrer que les acclamations qui ont accueilli
application la science politique des méthodes de la théorie des choix
rationnels doivent être tenues pour prématurées dès que on pose la
question suivante en quoi cette littérature a-t-elle fait progresser notre
compréhension de la politique Nous ne contestons pas que des modèles
théoriques une immense et croissante complexité ont été élabo
rés par les partisans de la théorie des choix rationnels mais selon nous
il reste encore démontrer que ces modèles ont fait avancer notre
compréhension du fonctionnement des phénomènes politiques dans la
97 Green lan Shapiro Donald
réalité ce jour une grande partie des postulats de cette théorie ont
pas été testés empiriquement Les tests qui ont été effectués ont soit
échoué du point de vue de leurs propres exigences soit apporté un fon
dement théorique des affirmations qui la réflexion ne sont que
banales ils ne font que reformuler les connaissances existantes en lan
gage de choix rationnels
écart entre la foi que les spécialistes placent dans la théorie des
choix rationnels et son échec empirique commande que la qualité
entreprise scientifique de cette théorie soit examinée de plus près De
notre point de vue les faiblesses des travaux inspirés par cette théorie
ont leur source dans aspiration systématique des auteurs produire des
théories universelles de la politique Cette ambition conduit de nombreux
théoriciens poursuivre des formes toujours plus subtiles élaboration
théorique sans se demander comment il serait possible de rendre ces
théories opérationnelles et de les tester. même en théorie Quand les
théoriciens des choix rationnels entreprennent des études empiriques sys
tématiques celles-ci sont ordinairement gâchées par une série de défauts
caractéristiques expliquent les ambitions universalistes que ces auteurs
considèrent tort comme la garantie une pratique scientifique valable
Ces symptômes se manifestent chacun des stades de élaboration
théorique et de la vérification empirique Les hypothèses sont formulées
de fa on peu utilisable empiriquement les preuves sont sélectionnées et
vérifiées de fa on orientée les conclusions sont tirées sans prêter une
attention sérieuse aux explications concurrentes les anomalies empiriques
et les faits discordants sont souvent soit ignorés soit contournés grâce
des modifications post hoc apportées aux arguments déductifs Dans leur
ensemble les carences méthodologiques de la théorie des choix ration
nels que nous analysons dans les pages qui suivent engendrent et renfor
cent un syndrome affaiblissement dans lequel les théories sont
élaborées et modifiées afin de sauvegarder leur caractère universel plutôt
que de répondre aux exigences de efficacité empirique Quand ce syn
drome exerce son influence les données cessent de mettre les théories
épreuve au contraire les théories ne infirmer et de contour
ner les données En bref la recherche empirique est orientée par la théo
rie au lieu être orientée par le problème étudié et elle est con ue de
fa on sauvegarder ou illustrer une variante quelconque de la théorie
des choix rationnels plutôt expliquer les phénomènes politiques qui
se produisent effectivement
En conséquence aussi valides que puissent être les critiques oppo
sées par la théorie des choix rationnels autres formes de la science
politique les travaux elle inspire ont pas encore fait leur preuve en
tant que projet empirique rigoureux En fait bon nombre des objections
que les théoriciens de école des choix rationnels soulèvent en général
contre les théories rivales pourraient appliquer leurs propres travaux
empiriques Ainsi ces théoriciens déplorent que la démarche inductive
manque de fécondité parce elle comporte trop peu de contraintes
logiques que les catégories explicatives peuvent être multipliées arbi
trairement pour coller toutes les situations et il est impossible de
distinguer une découverte importante un artefact Achen Sn dal
98 rationnels et politique Choix
1989 167-168 Notre thèse est que ce jour la masse des travaux
inspirés par la théorie des choix rationnels prête le flanc aux mêmes cri
tiques Elle pèche par un peu scientifique des échantillonages par
des expériences menées de fa on peu compétente et par une interpréta
tion tendancieuse des résultats Par conséquent malgré son prestige
croissant en science politique la théorie des choix rationnels doit encore
prouver elle est capable de faire progresser étude empirique de la
politique
De notre point de vue les choses ne amélioreront pas tant que le
syndrome de déficience méthodologique que nous avons identifié aura
pas été pris en compte et tant que aspiration universaliste qui en est la
cause aura pas été repensée Pour rendre cette thèse convaincante il
faudrait examiner les meilleurs travaux inspirés par la théorie des choix
rationnels pour démontrer ils souffrent du syndrome dont nous
parlons est ce que nous faisons dans notre récent ouvrage Patholo
gies of rational choice theory Green Shapiro 1994) où nous évaluons
de fa on systématique les études inspirées par les travaux influents de
Kenneth Joseph Arrow Anthony Downs et Mancur Olson
Nous ne répéterons pas ici même en résumé cette critique de tra
vaux portant sur la participation électorale les problèmes posés par
action collective le marchandage législatif et la compétition électorale
Au lieu de cela après avoir brièvement examiné la nature de la théorie
des choix rationnels nous nous sommes contentés dans un premier
temps illustrer le syndrome de déficiences caractéristiques et de four
nir quelques explications de son apparition Nous réagissons ensuite
certaines critiques que notre thèse suscitera vraisemblablement dans
espoir ouvrir un dialogue avec des chercheurs appliquant la théorie
des choix rationnels la politique selon une démarche empirique Enfin
nous concluons en suggérant sommairement quelques moyens présentés
de fa on plus complète dans notre livre éviter le syndrome de défi
cience dans les recherches venir
Avant entrer dans le vif de notre analyse de la théorie des choix
rationnels et de ses déficiences il importe attirer attention sur ce que
nous affirmons pas Premièrement cet article est pas une critique
mettant en cause aspiration des théoriciens des choix rationnels
conduire une étude scientifique de la politique Au contraire nous louons
la motivation scientifique qui sous-tend leur projet de recherche Deuxiè
mement nous avons aucune objection opposer au type exposé for
mel et mathématique qui est le propre des travaux en question ni au
développement une théorie cohérente économique et deductive
Ordeshook 1993 72 Troisièmement nous ne nous en prenons pas
noncer une théorie sous la forme un ensemble déductif de propositions son
utilité cela permet de faire apparaître des contradictions que ne dévoile pas un énoncé
moins formalisé et peut révéler existence de relations analytiques qui seraient passées
inaper ues un autre côté le formalisme est ni le remède universel de tous les maux
des sciences sociales ni une fin en soi Une théorie aura beau être la fois économique
et théoriquement impeccable sa valeur scientifique dépendra de sa capacité expliquer
les données pertinentes Mais nous ne sommes nullement hostiles au formalisme en tant
que tel
99 Donald Green lan Shapiro
au paradigme de rationalité en général la différence autres adversai
res de la théorie des choix rationnels nous ne nous pronon ons pas sur
le fait de savoir si les individus rationnels sont la source des phénomè
nes politiques Nous affirmons pas non plus que les modèles de choix
rationnel sont dépourvus de valeur heuristique et nous ne nions pas leur
utilité comme moyen engendrer des hypothèses Nous admettons il
est possible que la rationalité fasse souvent partie des explications défen
dables en matière de science politique Mais cela ne revient pas dire
que application de la théorie des choix rationnels contribué de fa on
substantielle étude empirique de la politique nous affirmons que tel
est pas le cas Quatrièmement nous ne prétendons pas que les modèles
de choix rationnel sont incapables expliquer les phénomènes politiques
mais seulement que peu applications novatrices de ces modèles ont fait
leurs preuves du point de vue empirique Notre opinion est il de
bonnes raisons être sceptique face aux ambitions universalistes affi
chées par de nombreux théoriciens de école des choix rationnels mais
nous sommes prêts concéder que certaines applications de la théorie
peuvent être défendables Toutefois nous affirmons ici que ce jour
les travaux empiriques invoqués appui des modèles de choix rationnel
sont gravement déficients et que ceux qui ont été menés correctement
tendent affaiblir la théorie des choix rationnels Des travaux déficients
apparaissent non seulement en raison une certaine négligence bien
que comme est le cas dans toutes les sciences sociales celle-ci soit
très répandue) mais aussi parce que les théoriciens de école des choix
rationnels ont tendance commettre certaines erreurs caractéristiques
dans la formulation et la mise épreuve de leurs hypothèses empiri
ques En conséquence aussi impressionnants que puissent être de nom
breux résultats analytiques de la théorie des choix rationnels il reste
prouver ils nous apprennent quelque chose de neuf et de fiable sur la
politique Enfin nous nous concentrerons ici sur la théorie des choix
rationnels en tant entreprise explicative dans le domaine de la science Nous aurons pas grand-chose dire en ce qui concerne les
dimensions idéologiques ou prescriptives de cette théorie1
Toutefois notre thèse est pas sans conséquences normatives Des conséquences
prescriptives sont parfois tirées analyses en termes de choix rationnels reposant sur
des fondements empiriques mouvants Par exemple une abondante littérature est déve
loppée propos du phénomène de la recherche de rentes rent-seeking) où des groupe
ments intérêts monopolistiques incitent des gouvernements protéger leur position
dominante par intermédiaire du mécanisme de régulation En fait il pas de preu
ves décisives de existence et de la fréquence effectives de ce phénomène Pourtant
la fin de son analyse par ailleurs impartiale des études consacrées ce sujet selon la
perspective des choix rationnels D.C Mueller 1989 245 conclut Le meilleur
moyen et le plus simple éviter le problème de la recherche de rentes est éviter de
créer les institutions qui créent des rentes est-à-dire les régulations et les administra
tions régulatrices qui engendrent ce phénomène Trop souvent des conclusions pres
criptives de ce genre font suite des hypothèses empiriquement douteuses comme
lorsque W.H Riker et Weingast 1988 378 prétendent que le risque de manipula
tion de la règle de la majorité justifie que les tribunaux imposent des limites constitu
tionnelles au pouvoir légitime des législatures comme la Cour suprême des tats-Unis
avait entrepris de le faire époque dans la décision Lochner Riker et Weingast invo
quent la possibilité théorique de instabilité législative pour affirmer Ni la Cour ni les
100 LA NATURE DE LA TH ORIE DES CHOIX RATIONNELS
Le sens de expression choix rationnel varie selon les auteurs et
les modèles de choix rationnel circulent parfois sous des noms différents
par exemple théorie des décisions publiques théorie des décisions
sociales théorie des jeux modèle de acteur rationnel économie politi
que positive approche économique de la politique etc. Puisque notre
article propose une critique méthodologique plutôt que élaboration un
modèle précis nous adoptons généralement la définition de auteur que
nous analysons Toutefois nous pouvons titre préliminaire définir le
choix rationnel en relevant il existe entre ses différents utilisateurs un
large consensus sur certains éléments qui constituent le noyau de la défi
nition de la rationalité tandis que autres éléments sont plus controver
sés Les théoriciens de école des choix rationnels accordent
généralement sur une conception instrumentale de la rationalité par rap
port laquelle on estime que les individus maximisent leur utilité espé
rée par des comportements théoriquement prévisibles
Toutefois les théoriciens divergent quant la solidité des postulats
concernant les objectifs visés par être humain Certains adoptent la ver
sion rationnelle restreinte qui suppose seulement que les individus utili
sent les moyens leur disposition pour atteindre efficacement leurs fins
tandis que autres optent pour la version rationnelle étendue selon
laquelle le chercheur postule non seulement la rationalité mais aussi
une description supplémentaire quelconque des préférences et des croyan
ces de agent Ferejohn 1991 282) affirmant par exemple que
agent maximise la richesse le plaisir ou le pouvoir1 Certains travaux
de science politique inspirés par la théorie des choix rationnels notam
ment ceux qui portent sur les phénomènes de cycles et instabilité relè
vent presque entièrement de la perspective restreinte En conséquence
ces travaux réduisent autant que possible le nombre de postulats contes
tables concernant les objectifs et les motivations de être humain Mais
une grande partie des travaux inspirés par la théorie des choix rationnels
reposent sur des postulats rationnels étendus Par exemple la littérature
sur la concurrence entre les partis postule généralement que ceux-ci ten-
études juridiques ont fourni les fondements théoriques permettant de postuler la perti
nence du jugement législatif et en fait ni une ni les autres ont cherché savoir si le
jugement législatif est vraiment efficace Pourtant aucun fait probant été avancé
pour appuyer la thèse de Riker et Weingast selon laquelle la possibilité un cycle est
souvent réalisée dans les législatures existantes Quand les théories des choix rationnels
caractère explicatif sont ainsi utilisées appui affirmations prescriptives elles
revêtent un caractère idéologique que révèle la critique des fondements empiriques dou
teux sur lesquels elles reposent
utilitarisme et économie classique ont longtemps reposé sur des versions
étendues de même que les théories des choix rationnels embryonnaires de Hobbes
pour qui les individus maximisent leur pouvoir et Bentham pour qui ils maximisent
le plaisir En revanche économie néoclassique adopte la version restreinte dans ses
postulats concernant le consommateur celui-ci est supposé maximiser son utilité mais
le contenu de cette utilité est pas précisé un autre côté la théorie néoclassique de
la firme est étendue au sens de Ferejohn puisque toute firme est censée maximiser ses
profits Donald Green lan Shapiro
tent de maximiser leurs voix et par là leur pouvoir La littérature
consacrée au phénomène de la recherche de rentes rent-seeking postule
que les groupes intérêts tentent de maximiser un certain nombre
objectifs qui vont des profits la conservation de environnement De
nombreux travaux consacrés au droit et économie postulent que les
décisions judiciaires maximisent la production de richesse Enfin la litté
rature consacrée aux législateurs et aux bureaucrates postule que ceux-ci
de diverses manières tentent de maximiser leur avancement Ces postu
lats sont peut-être plus contestables que les versions restreintes mais du
point de vue de la mise épreuve empirique il faudrait au premier
abord attendre ce ils présentent moins inconvénients étant
donné que la définition et la quantification de objectif prétendument
maximisé laissent moins de place ambiguïté Toutefois nous affir
mons dans les pages qui suivent que quand elles ont été testées empiri
quement les versions étendues se sont avérées être aussi peu fiables que
les versions restreintes1
Un deuxième terrain de désaccord entre partisans de la théorie des
choix rationnels concerne information on peut normalement supposer
que les agents détiennent et utilisent dans leurs comportements Les
modèles néoclassiques courants du comportement sur un marché suppo
sent la fois que information est parfaite et que les consommateurs
sont capables de comprendre et exploiter cette information Ces postu
lats sont peu réalistes surtout en politique où on sait bien que les
électeurs sont mal informés sur les dirigeants et sur les politiques entre
lesquels ils sont censés faire leur choix En conséquence de nombreux
adeptes de la théorie des choix rationnels ont abandonné hypothèse
une information parfaite bien ils continuent de postuler que les
acteurs tirent le meilleur parti possible de information imparfaite ils
détiennent voir McKelvey Ordeshook 1987 Il est possible de montrer
que imperfection de information reflète le fait que son acquisition est
souvent coûteuse et prend du temps Partant du principe que la collecte
information ressemble autres investissements économiques
Downs 1957 215 conclut que tout agent en quête information
continue investir des ressources dans la collecte de données
ce que le bénéfice marginal tiré de information soit égal son coût
marginal tant donné un électeur un faible espoir de voir sa
voix influencer le résultat scrutin il est probable que dans ce cas
ce bénéfice sera réduit ainsi le citoyen rationnel investit peu de res
sources dans acquisition de information politique Toutefois comme
Il est pas toujours facile de déterminer si une hypothèse donnée est restreinte
ou étendue Même si le contenu des préférences est pas précisé le chercheur peut
avancer certains postulats concernant la stabilité de la hiérarchie des préférences qui
sont plus consistants que ce exige la seule rationalité restreinte Par exemple il est
possible une théorie restreinte postule par ailleurs que au cours du temps les
individus ne changent pas de préférences envers le même ensemble de résultats
probables ou que les goûts des acteurs ne sont pas directement influencés par les choix
qui leur sont proposés ou par le comportement des autres acteurs En principe les
théories échelonnent de hypothèse étendue hypothèse restreinte mais leurs
applications empiriques approchent rarement du type idéal de hypothèse restreinte
702 Choix rationnels et politique
Elster 1986 19-20 relevé pareille logique débouche sur un
paradoxe agent doit estimer la valeur de information il ne détient
pas encore afin de décider si cela vaut la peine de tenter de se la pro
curer Une variante de ce paradoxe apparaît dans les débats concernant
la rationalité des comportements courte vue où les acteurs recher
chent une gratification immédiate sans envisager éventualité que cette
stratégie puisse conduire des résultats non désirés Krehbiel Rivers
1990 Austen-Smith 1991 Si on postule que la prévoyance et la plani
fication stratégiques entraînent aucun coût alors on ne peut pas quali
fier de rationnelle action courte vue Mais si on tient compte des
coûts de la connaissance ou des diversions occasionnées par la poursuite
objectifs dans autres domaines de la vie) alors les stratégies
courte vue peuvent être considérées comme rationnelles étant donné les
croyances courte vue de acteur
Certaines des divergences qui opposent les théoriciens de école des
choix rationnels sur ces points comme sur autres points ont leur source
dans différents postulats concernant la philosophie de la science Par
exemple si un chercheur inspire du modèle réaliste explication
covering-law model) comme est le cas de certains partisans de la
théorie des choix rationnels alors il lui semblera important de dévelop
per des modèles qui deviennent plus réalistes dans leurs postulats au fur
et mesure que leur complexité accroît Si inverse il adopte une
conception instrumentaliste de explication comme est le cas autres
partisans de la théorie des choix rationnels alors il pas important
que les postulats soient réalistes seule compte leur puissance de prédic
tion Il est pas nécessaire de trancher pareil débat dans ces pages
il suffise de remarquer que quelle que soit la conception laquelle
on adhère on ne saurait éviter la mise épreuve empirique Comme
T.M Moe 1979 215-239 et D.C Miller 1987 18-19 ont
relevé le modèle réaliste tire sa particularité et sa force de son exigence
que les lois soient la fois générales et empiriques est-à-dire on
puisse les infirmer grâce observation Cette confrontation la réalité
est essentielle si on veut assurer que les lois ne sont pas de simples
envolées de imagination intellectuelle il avère elles ne coïnci
dent pas avec les données observées il faut soit les abandonner soit les
modifier pour les soumettre ensuite une nouvelle épreuve empirique
La conception instrumentaliste de son propre aveu est jugée sur ses
réussites empiriques de prédiction il pas autre moyen évaluer
la théorie Par conséquent selon une et autre conception une théorie
de la politique est pas valable si ses hypothèses ne résistent pas
épreuve empirique des faits De ce point de vue il est surprenant que
partisans comme adversaires de la théorie des choix rationnels aient si
peu prêté attention cette mise épreuve empirique est celle-ci
que nous allons maintenant nous intéresser
103 FICIENCES THODOLOGIQUES CARACT RISTIQUES
DE LA TH ORIE DES CHOIX RATIONNELS
Quoi que on puisse dire en faveur de élégance analytique ou de
la valeur heuristique des théories des choix rationnels leur application
empirique souvent souffert de deux types infirmités méthodologiques
La première comprend ce on pourrait appeler les fautes de méthodo
logie courantes Les chercheurs qui ne travaillent occasionnellement
dans le cadre de la théorie des choix rationnels appliquent de travers les
techniques statistiques négligent les problèmes erreur de mesure ou
placent une confiance excessive dans des inferences tirées un nombre
réduit études de cas Bien elles puissent revêtir une certaine gravité
pareilles déficiences méthodologiques sont monnaie courante en science
politique et notre analyse ne porte pas en priorité sur elles
Plus intéressant est le syndrome de déficiences méthodologiques fon
damentales et récurrentes produit par les ambitions universalistes qui
animent un si grand nombre de travaux inspirés par la théorie des choix
rationnels Il agit des modes de conceptualisation des hypothèses de
leur transformation en énoncés testables et de interprétation des résul
tats empiriques tirés de leur application Selon nous ces erreurs qui se
renforcent souvent les unes les autres expliquent par une démarche de
recherche guidée par la méthode et non par le problème étudié les cher
cheurs ont davantage le souci de défendre un modèle universaliste quel
conque que de comprendre et expliquer des phénomènes politiques
réels Plus aucun autre facteur est cette ambition qui explique les
erreurs que nous désignons ici comme les déficiences de la théorie des
choix rationnels Nous démontrons que ce sont des déficiences propres
cette théorie dans notre livre où nous passons systématiquement en
revue les applications de la théorie des choix rationnels la participation
électorale action collective au comportement législatif et la
concurrence électorale Dans le présent article nous nous contentons de
décrire et illustrer ces déficiences méthodologiques en expliquant en
quoi elles vont rencontre des exigences élémentaires de toute recher
che empirique correcte
VELOPPEMENT DE TH ORIES POST HOC
Beaucoup de déficiences méthodologiques de application de la théo
rie des choix rationnels peuvent être imputées un style élaboration
théorique qui met accent sur le développement explications post hoc
de faits connus Une hypothèse formulée en termes de choix rationnels
peut-elle expliquer existence de systèmes ancienneté au Congrès amé
ricain Peut-elle expliquer la croissance du déficit des gouvernements
Peut-elle dire pourquoi les gens votent pour un troisième parti Pour
répondre ces questions le théoricien se livre une expérience mentale
destinée engendrer propos un phénomène donné une explication
qui soit compatible avec les postulats de la théorie des choix rationnels
K)4