Comment sauver le jardin d Eden
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Comment sauver le jardin d’Eden
Extrait du Grands Reporters
http://www.grands-reporters.com
Ecologie et Nouvelle-Zélande
Comment sauver le jardin
d’Eden
- Articles -
Date de mise en ligne : samedi 27 janvier 2007
Date de parution : 2005
Grands Reporters
Copyright © Grands Reporters Page 1/3 Comment sauver le jardin d’Eden
Lexploitation des richesses minières et les mammifères venus dEurope ont détruit la faune
de larchipel néo-zélandais. Aujourdhui, lheure est à lécologie. Et la chasse à lopossum est
ouverte.
Dans le train, Margaret sest collée à la vitre avec la vivacité dune enfant quelle nest plus depuis 70 ans. De
Christchurch à Greymouth, la voie ferrée, qui sagrippe aux flancs des Alpes du sud, enjambe une rivière de galets et
de fleurs. Non pas quelques brassées mais une marée. Un déferlement rose et mauve qui bouleverse Margaret dont
les lupins, dans son jardin de Cornouailles, sont loin de connaître une telle exubérance. Si le plus souvent les
touristes visitent lîle du sud pour escalader les montagnes et descendre les rivières, Margaret sen va vers le passé
en souvenir dune photo qui a enchanté son adolescence, celle de lanatomiste britannique Richard Owen tenant par
le haut du fémur un oiseau au cou de girafe qui le surplombe dun bon mètre. La photo date de 1870 et le squelette
du moa de plusieurs siècles. Le moa appartient à ce temps qui commence alors que les terres qui deviendront la
Nouvelle-Zélande se séparent du ...

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Comment sauver le jardin d’Eden
Extrait du Grands Reporters
http://www.grands-reporters.com
Ecologie et Nouvelle-Zélande
Comment sauver le jardin
d’Eden
- Articles -
Date de mise en ligne : samedi 27 janvier 2007
Date de parution : 2005
Grands Reporters
Copyright © Grands Reporters
Page 1/3
Comment sauver le jardin d’Eden
Lexploitation des richesses minières et les mammifères venus dEurope ont détruit la faune
de larchipel néo-zélandais. Aujourdhui, lheure est à lécologie. Et la chasse à lopossum est
ouverte.
Dans le train, Margaret sest collée à la vitre avec la vivacité dune enfant quelle nest plus depuis 70 ans. De
Christchurch à Greymouth, la voie ferrée, qui sagrippe aux flancs des Alpes du sud, enjambe une rivière de galets et
de fleurs. Non pas quelques brassées mais une marée. Un déferlement rose et mauve qui bouleverse Margaret dont
les lupins, dans son jardin de Cornouailles, sont loin de connaître une telle exubérance. Si le plus souvent les
touristes visitent lîle du sud pour escalader les montagnes et descendre les rivières, Margaret sen va vers le passé
en souvenir dune photo qui a enchanté son adolescence, celle de lanatomiste britannique Richard Owen tenant par
le haut du fémur un oiseau au cou de girafe qui le surplombe dun bon mètre. La photo date de 1870 et le squelette
du moa de plusieurs siècles. Le moa appartient à ce temps qui commence alors que les terres qui deviendront la
Nouvelle-Zélande se séparent du Gondwana et dérivent vers le sud. A bord de ce radeau, les dinosaures vivent et
disparaissent sans que les mammifères, comme partout ailleurs sur la planète, ne leur succèdent. Exception faite
des chauves-souris, ces îles appartiennent aux reptiles, poissons, insectes, oiseaux...qui vont évoluer sans se
bousculer. Sans même voler pour certains. Comme le moa, volatile démesuré, cloué sur un sol où il navait rien à
craindre... A Greymouth, Margaret prend la route du nord, pour le bassin dOparara. Pays de grottes et de
labyrinthes. Paysage de mousses et de palmes où saccroche une lumière sous-marine. Dans ses caves gisent
enchevêtrés des ossements de moas, vestiges dun temps disparu. Quand les pirogues des premiers hommes
rejoignent cette terre inespérée aux sources deau douce qui jamais ne sépuisent, aux arbres qui montent jusquau
ciel et aux oiseaux si gros quun seul suffit à nourrir toute une tribu, léquilibre des îles vacille. Les Maoris vont tuer
jusquau dernier des moas et, pour en extraire le jade, gratter ce ventre nourricier. Plus tard, les Européens le
mettront à nu. Ils arrachent les arbres pour faire place aux fermiers, ouvre le sol pour quil livre son or, creuse des
galeries pour en extraire du charbon si abondant que son exploitation se poursuit encore. Léquilibre est rompu à tout
jamais. Mais dans les forêts dOparara, quand les nuages se déchirent aux branches en écharpes de brume, la
magie de lancien monde est encore perceptible. Il suffit de suivre le fil des araignées géantes ou le sillage des
escargots à la chair bleue pour imaginer des moas qui avancent entre les fougères arborescentes, le cri des kiwis qui
par milliers se répondent et le vol de cet aigle géant dont les ailes se déploient avec lampleur dune voilure au vent "
Un fragment de paradis" a dit Margaret avant de reprendre le train, sans même un regard pour la mer de Tasman.
Pourtant, aujourdhui, elle est en furie. Grise et blanche. Taillée à la hache par un vent rugissant qui emporte des
paquets décume au delà de la route qui plonge vers le sud. Une mer à naufrage. Longtemps, elle fut le passage
obligé pour rejoindre la côte ouest. Celui des explorateurs, des chasseurs de baleine et des chercheurs dor. Cest
en voulant sauver son chien, emporté par le courant, quun homme se jeta dans une rivière et remonta une des
premières pépites. Lhistoire ne dit pas si le chien fut repêché mais surgirent par dizaines des villages miniers où les
rêves nourrissaient les prospecteurs plus sûrement que le minerai. Certains senrichirent et tous les autres
repartirent encore plus misérables quils nétaient arrivés, abandonnant des villages surgis en quelques nuits comme
celui dHokitika qui fut un des ports les plus exubérants de la côte avec sa centaine dhôtels, de pubs et de
bastringues. De cette époque, reste la nostalgie dun temps héroïque, des éboulis de pierre creusés dans les
montagnes que les mineurs attaquaient avec des lances à incendie pour fracturer la roche et des villages
parfaitement reconstitués comme celui de Shantytown où les enfants viennent apprendre lhistoire de leurs
grands-parents.
"Lîle est riche et les hommes si gourmands !" Sur le trottoir dHokitika, aujourdhui dune terrible
tranquillité, Ben ne mâche ses mots. Maori par sa mère et voyageur par tempérament, ce colosse porte au cou un
hameçon de jade assez large pour quun requin blanc si casse les dents. "Les Pakehas ont pris les terres, rasé les
forêts, exploité lor, le charbon et maintenant, ils veulent nos plages !" Ben revient de Christchurch où il a, avec
plusieurs autres Maoris, occupé une digue pour manifester contre la loi adoptée fin 2 004 par le parlement de
Wellington dans le but de garantir laccès public aux 18 700 kilomètres de littoral. "Cest ce que dit le gouvernement !
Mais nos droits coutumiers sont menacés !" Par cette loi, les Maoris ne peuvent plus revendiquer un droit exclusif sur
les plages. Ils ne lauraient pas obtenu mais ces débats ont rouvert des blessures qui datent de la colonisation et du
traité de Waitangi que les Maoris nont jamais cessé de contester du jour où il a été signé. Ben sen retourne sculpter
des pendentifs aux reflets dabsinthe pour les touristes qui filent vers le sud. "Ils sont souvent pressés" explique Ben
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"Il ny a que Franz Josef et Fox qui les intéressent". Franz et Fox, deux glaciers qui font la paire. Ils ont pratiquement
les pieds dans leau et sont les joyaux des Alpes du sud. Masse bleutée, suspendue dans le goulot des vallées mais
habitée dune respiration silencieuse qui, au gré des conditions climatiques, les fait avancer ou reculer. Cest dans
cette région que se déploient les 12 000 hectares du sanctuaire dOkarito qui a reçu pour mission de sauver le rowi,
le plus rare des kiwis.
Ils étaient des dizaines de milliers, il en reste 200. Bien que de la taille dun poulet, le kiwi est
un oiseau aussi étrange que le moa. Pas dailes mais des moustaches de chat, des plumes qui ont la texture de
poils, des narines plantées au bout du bec et un oeuf de la taille dun melon que le mâle va couver durant environ 80
jours. De tous les animaux quintroduisirent les Européens en Nouvelle-Zélande, cest lhermine qui fut fatale aux
kiwis. Elle ne les mange que petits mais 95% dentre eux succombent avant datteindre lâge adulte. Okarito est un
champ de bataille, parsemé de 1 500 pièges conçus pour briser les reins des hermines quaucun poison na pu
éradiquer. " Cela revient à tenter dendiguer une marée" avoue Chrissy qui travaille pour le ministère de
lenvironnement à Okarito. Des heures, des jours et des nuits à vérifier les pièges, à écouter le signal des émetteurs
radios fixés sur les oiseaux, à sinquiéter quand il disparaît. Sous une pluie presque quotidienne, le soleil étant ici
lexception. "Cest un travail fatigant, assez frustrant, les gens sur le terrain ne tiennent pas longtemps. Deux ou trois
ans tout au plus." Chrissy nest pas certaine que la protection de la nature soit une évidence pour tous les
Néo-Zélandais. "Il y en a qui protestent encore parcequil est interdit sur certaines plages, pour protéger les phoques,
dy promener son chien..." Des animaux aux jeux parfois meurtriers comme celui de lhistoire que racontent tous les
écologistes du pays pour illustrer leurs propos.
"En six semaines, sur lîle du nord, un chien a tué 500 kiwis !". Bevan
flanquerait volontiers une muselière à tous les canins du pays et une raclée à leurs propriétaires. "Les gens ne se
rendent pas compte des dégâts !". Bevan le sait bien lui qui, dans le Kiwi and Birdlife Park de Queenstown, participe
au programme ONE (Operation Nest Egg) qui consiste à récupérer des oeufs dans la nature et à les faire incuber en
laboratoire pour relâcher les jeunes kiwis une fois franchie la barre des six mois et des mille grammes qui en font des
proies trop grosses pour lhermine. Si la marée, contre laquelle se bat Chrissy, venait à lemporter, ONE serait la
bouée de sauvetage des kiwis dOkarito. A défaut de pouvoir éliminer les hordes de prédateurs installées sur les
grandes terres du nord et du sud, de petites îles comme Codfish, Maud ou Kapiti, au large de la Nouvelle-Zélande,
sont devenues -après avoir été nettoyées de toutes les espèces indésirables- les forteresses où survivent les
rescapés. Des kiwis, des takahes aux plumes mauves, des tuataras, reptiles aux allures de lézard qui furent les
contemporains des dinosaures... Le vent venu de lAntarctique, aussi tranchant que le fil du rasoir,
immobilise les
avions de Queenstown. Dans laéroport, les Japonaises profitent de lattente pour essayer des vestes en peau
dopossum. Importés dAustralie et relâchés dans lîle du sud en 1837, ils ont traversé tout le pays pour atteindre, en
1990, lextrême pointe nord du pays. Plus nombreux que les moutons et dune voracité de sauterelle, ils sont la plaie
de la Nouvelle-Zélande. Leur population est estimée à 60 millions et autant de dollars sont dépensés par an pour
tenter de contrôler des opossums qui, chaque nuit, avalent 20 000 tonnes de feuilles. Aucun arbre ne les rebute avec
une préférence pour les pousses les plus tendres. Dans un pays où, dans les années 80, porter une fourrure relevait
de la provocation, afficher du poil dopossum est aujourdhui considéré comme un acte de salut écologique... Des
autocars finissent par emporter les passagers vers Christchurch. En ce début dété, il neige. Cest le monde à
lenvers, jubile le chauffeur qui montre lhorizon où palpitent détranges lueurs. Echo assourdi des aurores australes
qui, encore plus loin vers le sud, accrochent au ciel des draperies embrasées.
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