Coupe dans le Quaternaire récent de la vallée de la Deûle, près de Lille - article ; n°2 ; vol.5, pg 89-99

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Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Année 1968 - Volume 5 - Numéro 2 - Pages 89-99
La coupe de la briqueterie de Lambersart (Nord) présentée lors de la réunion de la sous-commission pour la stratigraphie des loess de l'INQUA (Belgique, 1967), montre une stratigraphie complète des dépôts würmiens reposant sur un limon ancien (Riss). Les faciès et les phénomènes périglaciaires sont caractéristiques d'une lithostratigraphie de versant en pente douce exposée à l'E, à la limite de la zone limoneuse, et peuvent être mis en corrélation avec les divisions du Pléistocène récent de l'Europe du Nord-Ouest, notamment de la Belgique et des Pays-Bas : loess de couverture, cailloutis et horizon pédologique cryoturbé, formations limoneuses litées, cailloutis et fentes de gel, sables et limons, solifluxion de base. La coupure essentielle réside dans l'horizon cryoturbé (sol de Kesselt-interstade de Paudorf) qui sépare le loess de couverture des formations limono-sableuses solifluées sous-jacentes.
The profile of the Brickyard of Lambersart (Nord), showed during the meeting of the sub-commission for loess stratigraphy of INQUA (Belgium, 1967), contains a complete stratigraphy of Würm deposits overlying an older loam (Riss). Fades and periglacial phenomena are typical of a litho-stratigraphy of smooth slope in eastern exposure, at the boundary of the loess area, and can be correlated with divisions of the late Pléistocène in north-western Europa, particularly in Belgium and Netherlands : coverloess, pebble and cryoturbated soil horizon, layered loamy formations, pebble and small frost-wedges row, sands and loams, basis solifluction. The main limit is the cryoturbated horizon (Kesselt-soil, Paudorf interstadial) which separates coverloess and underlying soliflucted sand-loamy formations.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1968
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Jean Sommé
Coupe dans le Quaternaire récent de la vallée de la Deûle, près
de Lille
In: Bulletin de l'Association française pour l'étude du quaternaire - Volume 5 - Numéro 2 - 1968. pp. 89-99.
Résumé
La coupe de la briqueterie de Lambersart (Nord) présentée lors de la réunion de la sous-commission pour la stratigraphie des
loess de l'INQUA (Belgique, 1967), montre une stratigraphie complète des dépôts würmiens reposant sur un limon ancien (Riss).
Les faciès et les phénomènes périglaciaires sont caractéristiques d'une lithostratigraphie de versant en pente douce exposée à
l'E, à la limite de la zone limoneuse, et peuvent être mis en corrélation avec les divisions du Pléistocène récent de l'Europe du
Nord-Ouest, notamment de la Belgique et des Pays-Bas : loess de couverture, cailloutis et horizon pédologique cryoturbé,
formations limoneuses litées, cailloutis et fentes de gel, sables et limons, solifluxion de base. La coupure essentielle réside dans
l'horizon cryoturbé (sol de Kesselt-interstade de Paudorf) qui sépare le loess de couverture des formations limono-sableuses
solifluées sous-jacentes.
Abstract
The profile of the Brickyard of Lambersart (Nord), showed during the meeting of the sub-commission for loess stratigraphy of
INQUA (Belgium, 1967), contains a complete stratigraphy of Würm deposits overlying an older loam (Riss). Fades and periglacial
phenomena are typical of a litho-stratigraphy of smooth slope in eastern exposure, at the boundary of the loess area, and can be
correlated with divisions of the late Pléistocène in north-western Europa, particularly in Belgium and Netherlands : coverloess,
pebble and cryoturbated soil horizon, layered loamy formations, pebble and small frost-wedges row, sands and loams, basis
solifluction. The main limit is the cryoturbated horizon (Kesselt-soil, Paudorf interstadial) which separates coverloess and
underlying soliflucted sand-loamy formations.
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Sommé Jean. Coupe dans le Quaternaire récent de la vallée de la Deûle, près de Lille. In: Bulletin de l'Association française
pour l'étude du quaternaire - Volume 5 - Numéro 2 - 1968. pp. 89-99.
doi : 10.3406/quate.1968.1079
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/quate_0004-5500_1968_num_5_2_1079Bulletin de l'Association française iQAo -> _„„„ lyos ' "*' page pour l'étude du Quaternaire.
COUPE DANS LE QUATERNAIRE RECENT
DE LA VALLEE DE LA DEULE, PRES DE LILLE
PAR
J. SOMMÉ,
Institut de Géographie, Lille.
Résumé. — La coupe de la briqueterie de Lambersart (Nord) présentée lors de la
réunion de la sous-commission pour la stratigraphie des loess de l'INQUA (Belgique,
1967), montre une stratigraphie complète des dépôts wurmiens reposant sur un limon
ancien (Riss). Les faciès et les phénomènes pénglaciaires sont caractéristiques d'une
lithostratigraphie de versant en pente douce exposée à l'E, à la limite de la zone limo
neuse, et peuvent être nus en corrélation avec les divisions du Pleistocene récent de
l'Europe du Nord-Ouest, notamment de la Belgique et des Pays-Bas : loess de couverture,
cailloutis et horizon pédologique cryoturbé, formations limoneuses htées, cailloutis et
fentes de gel, sables et limons, solifluxion de base. La coupure essentielle réside dans
l'horizon cryoturbé (sol de Kesselt-tnter stade de Paudorf) qui sépare le loess de couverture
des formations hmono-sableuses solifluées sous-jacentes.
Summary. — The profile of the Brickyard of Lambersart (Nord), showed during
the meeting of the sub-commission for loess stratigraphy of INQUA (Belgium, 1967),
contains a complete stratigraphy of Wiirm deposits overlying an older loam (Riss).
Fades and periglacial phenomena are typical of a litho-stratigraphy of smooth slope in
eastern exposure, at the boundary of the loess area, and can be correlated with divisions
of the late Pleistocene in north-western Europa, particularly in Belgium and Netherlands :
coverloess, pebble and cryoturbated soil horizon, layered loamy formations, pebble
and small frost-wedges row, sands and loams, basis solifluction. The main limit is the
cryoturbated horizon (Kesselt-soil, Paudorf interstadial) which separates coverloess and
underlying soliflucted sand-loamy formations.
Lors de la réunion de la sous-commission pour la stratigraphie des loess de
l'International Association for Quaternary Research (INQUA) ' qui a eu lieu en
Belgique durant l'été 1967, ont été montrées aux participants deux coupes de la
region lilloise au cours d'une brève excursion dans le N de la France. La coupe
de Lambersart est particulièrement intéressante car elle montre une stratigraphie
complète des dépôts de la dernière période froide reposant sur un limon plus
ancien, avec des faciès caractéristiques pour le N-W de l'Europe.
I. — SITUATION (fig. 1).
Feuille topographique 1/25 000e Lille n° 5-6 (I.G.N.).
Coordonnées Lambert : x = 648,1 ; y = 328,3 ; z = 25.
A la sortie ouest de Lille, la briqueterie de Lambersart (route de Lompret)
exploite les limons du versant occidental de la vallée de la Deûle, au droit de
* Communication du 21 octobre 1968
1. 28 août-3 septembre 1967. Présidence : Pr J Fink Direction des excursions en Belgique : Dr R.
PAEPE, Pr F. GULLENTOPS. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 90
m. 0 S -10 15 2,0 25
C ; J // ///
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(Briqueterie) nature B de (argile : Fig. A épaisseurs Louvil : des du 1. — et Flandres). substrat La tuffeau) du ; vallée topographie Quaternaire du et — de épaisseurs C la : reposant Deûle (courbes reposant du au sur Quaternaire. N-W du le de sur Landenien Quaternaire de niveau, le Lille Crétacé (sables : équidistance situation reposant (craie d'Ostncourt, senonienne) sur de l'Ypresien : la 5 coupe argile m) — ;
l'interfluve entre cette rivière et le ruisseau du Corbeau qui rejoint la Deûle en
aval de Lille.
La coupe, située vers 25 m d'altitude, occupe à l'extrémité N-E du pays de
Weppes, la partie inférieure du long versant en pente douce de la vallée de la
Deûle. A cet endroit, la vallée s'évase largement après son resserrement, quelques
kilomètres en amont, a la traversée de l'anticlinal du Mélantois (J. Sommé, 1967).
La pente du versant, déjà faible (maximum = 3-4 %) tout au long du pays
de Weppes, s'amenuise encore : la coupe se situe dans une faible concavité basale
dont la pente n'atteint plus 1 % dans ce secteur. La pente moyenne depuis le
Fort d'Englos (ait. 49) jusqu'au fond plat du talweg de la Deûle (ait. 19) est de
l'ordre de 0,5 % (J. Sommé, 1966).
Cette légère pente est suffisante pour que la coupe étudiée soit caractéristique
d'une litho-stratigraphie de versant, dans une morphologie où le type de séd
imentation quaternaire est influencé par les nuances topographiques.
Le substrat est constitué par le Landenien argilo-sableux qui repose sur la
craie vers la cote — 5. L'ensemble de la structure plonge vers le N-W, en direction
de la plaine de la Lys où l'argile yprésienne est largement conservée. Celle-ci vient COUPE DANS LE QUATERNAIRE RÉCENT DE LA VALLÉE DE LA DEÛLE 91
se terminer en biseau à la partie supérieure du pays de Weppes : elle est encore
exploitée à la briqueterie de Lomme à l'altitude 37 sur le même versant.
L'épaisseur des dépôts quaternaires peut être estimée, à la briqueterie de
Lambersart, à environ 13 m. L'usine exploite un front de 8 m ; un sondage 2 aurait
rencontré l'argile de Louvil à 13 m de profondeur, sous 5 m de sable en partie
mêlé de galets de silex cassés, d'éclats de silex et de blocs de grès éocènes. On
doit donc considérer ce sable inférieur comme totalement quaternaire et admettre
une épaisseur d'au moins 13 m pour la couverture quaternaire du versant de la
vallée de la Deûle au niveau de Lambersart (cf. J. Gosselet, 1905 ; J. Ladriere,
1885) (ftg. 2).
LAMBERSART
25m
Fig. 2. — Schéma stratigraphique de la
coupe de Lambersart. (Les numéros cor
respondent aux couches distinguées dans
les planches et le texte.)
Légendes des signes : 1 : loess — 2 : limon
hte — 3 : limon sableux, sable et limon, htes Àesse£t-/£. — 4 : sable hté. — 5 : cailloutis. — 6 : sol
actuel (Ap) — 7 : sol postglaciaire — 8 : ConcretLimons Liés ions calcaires (« poupées ») — 9 : traînées ferrugineuses. — 10 : Cryoturbation — 11 : fentes de gel — 12 : contact franc. — 13 : contact
progressif.
I--- 113
Le manteau de dépôts quaternaires s'épaissit donc légèrement avec la pente ;
il n'a que 5 à 8 m à Lomme. Au fond de la vallée, l'interprétation des sondages3
permet d'attribuer une épaisseur de plus de 20 m au Quaternaire qui remblaie
le talweg creusé dans la craie. Mais ces dépôts de fond de vallée, connus seule
ment par les sondages, présentent des faciès relativement uniformes de sables
avec graviers de craie sous une mince couverture de limons tourbeux. Nous nous
attacherons uniquement à la description de la stratigraphie de versant que montre
la coupe de Lambersart.
2. Renseignements communiqués par M Marquant, directeur de la briqueterie
3. Archives, Bureau de recherches géologiques et minières. Service géologique régional, Lille. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 92
II. — DESCRIPTION DES PROFILS (pi. I et II).
Le profil principal4 est orienté parallèlement à la pente selon une direction
NW-SE. Il est complété par des coupes séparées, levées aux deux extrémités de
l'exploitation, qui permettent de reconstituer une coupe verticale plus complète
et d'apprécier les variations latérales.
L'ensemble des coupes offre la stratigraphie générale suivante, de haut en bas :
1) Sol actuel (horizon Ap) développé dans un limon brun-jaunâtre. Epaisseur :
0,30-0,50 m.
2) Limon brun-jaunâtre décalcifié à structure polyédrique avec coatings, horizon
B-textural (« terre à briques »). Epaisseur : 1 m.
3) Limon (10 YR 5/8), compact, doux au toucher, calcaire avec
concrétions calcaires (« poupées »). Epaisseur : 1 m.
4) Limon jaune-brunâtre (10 YR 6/6) légèrement sablonneux, à taches grises
et pseudomycelium apparaissant vers le bas. Epaisseur : 1 m.
5) Limon gris, légèrement brunâtre (2,5 Y 6/2), avec grosses taches jaunes et
nombreuses traînées brunes (7,5 YR 5/8) ferrugineuses sub verticales. Epais
seur : 0,50 m.
Les contacts entre les couches 1 à 5 sont liés à la couleur et à la structure.
La limite de décalcification, subhorizontale, est très marquée entre les couches
2 et 3. Le passage entre les couches 4 et 5 est progressif.
6) Horizon cryoturbé : cailloutis mince formé de cailloux yprésiens plats et
usés (L maximum = 2 cm) reposant sur une ligne de petites fentes diffuses
développées dans un limon argilo-sableux brun-jaunâtre (10 YR 5/6), non
calcaire, avec taches ou picules rouilles (7,5 YR 5/5). Esquisse de grande
cryoturbation à la base du limon 5 qui affecte le cailloutis. Epaisseur
moyenne = 0,25 m.
7) Complexe formé d'une sédimentation finement alternée de limon jaune pâle
et de sable argileux brun-jaunâtre stratifiés avec multiples lignes
de petites fentes, déformées dans le sens de la pente, dont certaines sont
recouvertes d'un fin cailloutis discontinu (du même type qu'en 6). La strat
igraphie subhorizontale de ces formations litées à multiples petites fentes (7 a)
devient largement ondulée vers le bas en même temps que la texture sableuse
tend à prédominer (7 b). Les taches grises et les points noirs deviennent
également nombreux vers le bas. Certaines traînées ferrugineuses de la couche 5
traversent tout ce complexe qui a une épaisseur variable : 0,50-1 m au
N-W (D, A), 1,50 m au S-E (B, E) ; il disparaît dans l'angle ouest (C).
8) Larges fentes souvent contournées et parfois dédoublées (h et 1 = 0,25 m)
avec un remplissage sablo-argileux brun contenant un cailloutis abondant
(cailloux yprésiens et silex anguleux usés). Cailloutis en ligne assez régulière
à la partie supérieure.
9) Limon doux pâle (10 YR 6/3), brun-jaunâtre et gris, à linéoles brunes très
contournées avec quelques fentes diffuses, formant une couche tronquée et
déformée par les fentes 8. La base devient sableuse avec plusieurs lignes de
petites fentes. Epaisseur : 0,25-0,30 m.
4. Profils levés en 1967 et 1968, en partie avec M. R Paepe (Service géologique de Belgique) que
je tiens a remercier pour sa collaboration fructueuse lors de la preparation du symposium. LAMBERSART briqueterie route de
19 18 1? 16 15 14 13
- - ^j?- i^flp
SE NW
70 75 18 19 20
25
24
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21
PLAN GENERAL
D
Echelle des Planches longueurs I = et échelle II. — des Profils hauteurs. réels Situation de la générale briqueterie de la briqueterie de Lambersart. et des profils levés. DANS LE QUATERNAIRE RÉCENT DE LA VALLÉE DE LA DEÛLE 93 COUPE
10) Complexe lité à texture sablo-argileuse dominante. En haut : sous un cailloutis
assez continu surmontant une ligne de fines fentes, alternance de limon
sableux brun-jaunâtre et de sable argileux brun à granules d'argile. Quelques
lignes de petites fentes de moins en moins nettes vers le bas. Cailloutis spora-
diques. En bas : sable argileux jaune brunâtre au litage faiblement ondulé
avec nombreux points noirs et taches grises. Epaisseur : 2 à 3 m.
11) Cailloutis formé d'un gravier de cailloux à enduit noir (yprésien et silex usés).
Ce cailloutis constitue un niveau continu, vers le haut, reposant sur un liseré
de sable grossier jaune clair. Il se mélange, au-dessous, à un sable jaune-
brunâtre qui forme des poches contournées dans le complexe suivant.
12) Complexe de limons et sables soliflués :
— sable jaune brunâtre avec cailloutis abondant ;
—verdâtre, plus ou moins grossier, parfois en stratification
oblique dans les poches ;
— limon lité gris compact à structure lamellaire avec points noirs et filets
ferrugineux.
Epaisseur variable : 0,50 m environ.
13) Limon légèrement sableux gris à taches ferrugineuses et points noirs finement
lité, à structure fendillée. Ce limon, apparaissant au fond de l'exploitation,
dont l'observation est gênée par l'eau, est raviné par le complexe précédent
et comporte quelques fines fentes.
La comparaison des diverses coupes permet d'observer des variations latérales :
— Le limon de couverture reste très constant ; il repose toujours sur le même
horizon cryoturbé (couche 6).
— Le complexe 7 s'épaissit de A à B, dans le sens de la pente générale du
versant. La partie supérieure, à stratification plus régulière (7 a) prend
en particulier plus d'importance. A l'amont, latéralement, l'ensemble 7
(coupe C) disparaît.
— Le niveau de larges fentes (8) reste constant. Cependant en E apparaissent,
à côté des courtes, d'étroites fentes profondes plus rares.
— Les couches 9 et 10 présentent des variations entre les coupes B et E
d'une part, et A, C, D d'autre part. Le limon 9, bien représenté en B et E,
est plus réduit dans les autres profils. Parallèlement les fines fentes qui
surmontent le complexe 10 sont plus marquées en C et D, où ce niveau
ravine les couches sous-jacentes.
— Enfin, les niveaux-repères (6 et 8) présentent des pentes conformes à celle
de la surface du sol, quoique légèrement et inégalement plus marquées.
III. — INTERPRETATION ET CORRELATIONS.
L'interprétation, discutée sur le terrain dans le cadre du système lithostrati-
graphique proposé par R. Paepe (1967), montre que les couches 1 à 12 représentent
la stratigraphie, en position de bas de versant, des dépôts wiirmiens reposant
sur un limon ancien (Riss) (couche 13). Si aucun sol caractérisé n'est présent
dans la coupe, les profils comportent des horizons-repères qui par leur netteté
et leur continuité constituent des coupures caractéristiques de la stratigraphie et
permettent des corrélations régionales, en particulier avec la Belgique et les
Pays-Bas. BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 94
La coupe contient deux horizons-repères nets : le niveau cryoturbé 6 et la zone
de larges fentes 8. Ils permettent une division de l'ensemble en trois parties qui
correspondent aux unités lithostratigraphiques définies par R. Paepe en Belgique
(R. Paepe et R. Vanhoorne, 1967) : « coverloam, (Peaty) loam formations, loam
and coarse sands ».
Les deux horizons-repères n'ont cependant pas la même importance strati-
graphique si l'on considère le faciès des couches qu'ils séparent. Le niveau pédo
logique cryoturbé 6, caractérisé par une ligne de petites fentes de gel surmontée
d'un cailloutis, sépare en effet deux types de sédimentation tranchées : limon de
couverture homogène et formations sablo-limoneuses litées. Il a été reconnu
comme équivalent stratigraphique du sol de Kesselt {cf. F. Gullentops, 1954) et
mis en corrélation avec le sol interstadiaire de Paudorf (R. Paepe, 1966, 1967). Dans
la coupe, cet horizon graveleux peu épais (0,30 m), à texture fortement sableuse
(> 50 u. = 40 %) comporte des traces de pédogenèse hydromorphe 5. Il st
surtout cryoturbé ainsi que le cailloutis qui lui est mêlé et qui le surmonte.
Ce cailloutis, comparable à tous les autres niveaux qui apparaissent dans la
coupe, est constitué essentiellement de petits cailloux (L maximum = 2 cm)
yprésiens usés et aplatis auxquels se mêlent secondairement des silex de même
taille, aux arêtes usées. Ce cailloutis présente un faciès éolisé. Ses éléments,
disposés à plat, jalonnent le niveau supérieur de l'horizon ; ils tapissent également
les fines fentes de gel qui sont donc postérieures au dépôt du cailloutis. Ces
caractères traduisent l'apparition d'un climat plus froid avec activité éolienne
prédominante qui se confirme avec le dépôt du limon de couverture.
L'horizon 6 apparaît comme la coupure principale du profil par le faciès des
couches qu'il sépare. Au-dessus, repose en effet un limon doux, homogène, épais
d'environ 4 m, continu sur l'ensemble du versant qui constitue le loess de cou
verture, avec à la partie supérieure, l'horizon profond du sol postglaciaire de
type brun lessivé (couche 2). Ce dépôt éolien, non lité, correspond bien à la
dernière période du Wiirm, considérée comme plus sèche (Tavernier, 1954), Bra-
bantien (F. Gullentops, 1954), Pleniglacial B. du Weichsel (R. Paepe et R. Vanhoorne,
1967). Cependant, dans ce dépôt apparemment unique, on peut déceler une subdi
vision en deux parties. La couche inférieure 5, outre l'hydromorphie et l'abondance
des tubulures ferrugineuses surimposées qui pourraient être des traces de
racines, présente une cryoturbation diffuse qui affecte un cailloutis discontinu.
Ce dernier caractère s'accuse latéralement, au S-W de la coupe C. Cet horizon
inférieur du limon de couverture est fréquent dans les coupes de la région,
sur les versants. Il avait été noté par J. Ladriere qui le plaça parfois dans son
assise moyenne du Quaternaire (J. Ladriere, 1879, 1883, 1885, 1886, 1890 ; A. Briquet,
1905). Cette subdivision dans le limon de couverture indiquerait la permanence
d'un climat encore relativement humide au début du Wiirm supérieur et pourrait
correspondre à celle que définit R. Paepe (1964, 1967) dans la Belgique proche.
Le complexe 7 de formations limoneuses litées avec multiples petites fentes
représente le faciès caractéristique des limons sous-jacents au loess de couverture,
que R. Paepe (1967) considère comme la couche-diagnostic de la stratigraphie
pléniglaciaire. Il date de la phase moyenne du Wùrm, impliquant un climat froid
et humide. Il correspond, en Belgique, au faciès flamand occidental du limon
gris feuilleté ou ergeron moyen (R. Tavernier, 1954), à la partie supérieure de
l'Hesbayen (F. Gullentops, 1954), à la partie supérieure du Pleniglacial A (« Peaty
loam formations », R. Paepe, 1967). Aux Pays-Bas, le « Middle » a été
5 Une recherche de pollen effectuée par Mme Leroi-Gourhan que je tiens à remercier pour ses
renseignements aimablement communiqués, montre que ce sédiment, dans l'ensemble peu riche en
pollen, contient, à côté de restes tertiaires, des témoins d'une flore quaternaire herbacée particuli
èrement humide associée aux arbres suivants : genévrier, saule, aulne, noisetier. COUPE DANS LE QUATERNAIRE RÉCENT DE LA VALLÉE DE LA DEÛLE %
défini en termes semblables : « Loamy beds and peat » (T. Van der Hammen,
G.C. Maarleveld, J.C. Vogel et W.H. Zagwijn, 1967).
Cette sédimentation suppose la répétition multiple de cycles identiques de
courte durée : limon doux jaune pâle, limon argilo-sableux brun-jaunâtre
(> 50 [i = 32 %), mince cailloutis et fines fentes de gel peu profondes, clôturant
le cycle. La stratigraphie présente un faciès de solifluxion, particulièrement net
à la partie inférieure (7 b): couches sinueuses, limons finement lités, sables mal
triés (Qd q> = 0,5 à 0,7), fentes déformées dans le sens de la pente. R. Paepe (1961,
1966, 1967) met ainsi l'accent sur le rôle de la solifluxion périodique (J. Budel,
1959) pour expliquer ce caractère du dépôt dont l'origine serait nivéo-fluviale
et nivéo-éolienne. Cette sédimentation cyclique suppose en effet l'association ou
la succession des mécanismes de solifluxion et ruissellement superficiel liés à
la tonte de la couverture neigeuse, aux processus éoliens. La nature du matériel
indique bien une origine en partie éolienne : couches limoneuses claires, sables
fortement éolisés (50 % de grains ronds ou arrondis mats à 0,5 mm).
Ces formations limoneuses litées constituent un exemple des dépôts wurmiens
stratifiés de versant dont le « limon à doublets » serait un autre type (J.-P. Lau-
tridou, 1968). La part de la solifluxion est ici beaucoup plus nette dans la genèse
en même temps que l'irrégularité de la stratigraphie implique un rythme
cyclique plus complexe.
Si le niveau 8 de larges fentes constitue un horizon-repère bien marqué à
la base des formations précédentes, il ne marque pas un changement dans le
type de sédimentation. Le sable argileux 10 (> 50 u- = 55 %) au litage onduleux
qui repose sur la solifluxion de base passe progressivement à une alternance de
lits sableux et de lits plus limoneux en même temps qu'apparaissent de petites
tentes de gel et des cailloux, qui d'abord sporadiques, se disposent vers le haut
en lignes continues. Un tel niveau graveleux de ravinement associé à de fines et
profondes tentes est surmonté par la couche limoneuse pâle 9 qui, bien que de
faciès apparent plus éolien, comporte de multiples linéoles sombres plus gros
sières et des petites fentes. Si l'ensemble est fortement cryoturbé, ces petites
tentes apparaissent indépendantes des larges fentes qui constituent le niveau 8.
Les fractions sableuses des divers niveaux de profil (sable 10, remplissage
des fentes 8, limon sableux 7, horizon cryoturbé 6) présentent des caractères
granulométriques semblables : Md = 0,16 — 0,19 mm, Qd cp = 0,5-07. Ces sables
ont aussi une composition et une morphoscopie remarquablement identiques. La
traction grossière (0,4 mm-2 mm) est presque uniquement formée de grains de
grès ferrugineux, arrondis ou aplatis ; les quartz ne deviennent presque exclusifs
que dans la fraction fine où apparaissent, en outre, quelques grains de glauconie
inaltérée. Ce matériel provient des assises tertiaires environnantes. Or ces sables
marins ont des grains très usés ,sous la forme d'émoussé-luisants, mais ne com
portent guère de mats. Par contre, les échantillons de la coupe ont subi
un façonnement éolien remarquable jusqu'à 0,3 mm (de 25 à 50 % de ronds mats
typiques à 0,5 mm). L'éolisation de ces sables augmente d'ailleurs quand on
s'élève dans le profil, le sable de la couche 10 présentant encore un mélange de
grains luisants et mats. Ces observations éclairent les données de la stratigraphie,
confirmant la part accrue des mécanismes éoliens quand on s'élève dans le profil.
Mais l'action de la solifluxion prédomine dans l'ensemble de la formation (couches
9 et 10) qui correspond aux « loams and coarse sands » de R. Paepe (1967). L'abon
dance des concrétions noires, surtout à la partie supérieure de la couche 10, est
le caractère de l'ergeron inférieur ou limon gris à points noirs (R. Tavernier,
1948, 1954). L'hydromorphie particulièrement marquée au sommet du complexe
correspondrait au sol de Warneton (interstades de Brorup et Amersfoort) (R. Paepe,
1967). BULLETIN DE L'ASSOCIATION FRANÇAISE POUR L'ÉTUDE DU QUATERNAIRE 96
Le niveau 8 de larges fentes peu profondes, s'il ne marque pas un changement
notable dans le type de dépôt, représente cependant un arrêt notable dans la
sédimentation et une phase climatique qui a permis un développement plus
intense des phénomènes périglaciaires. L'importance stratigraphique du niveau
est liée à l'apparition d'un type de fente particulier et bien marqué, formant
en coupe un horizon-repère continu et limitant en plan une structure polygonale,
associée à un remplissage et un recouvrement argilo-sableux comportant un
cailloutis abondant disposé en pavage au sommet.
Ces larges tentes, courtes, en forme d'entonnoir, à pointe ramifiée, recoupant
la structure litée avec petites fentes de la couche 9, paraissent épigénétiques par
contraste avec les autres fentes des formations limoneuses qui seraient du type
syngénétique (J. Dylik, 1966). Elles suggèrent une origine différente qui a permis
leur élargissement. Le remplissage semble s'être effectué par saccades si l'on
considère l'esquisse de stratification et la descente du cailloutis parallèlement
aux parois. Cependant, on note la présence, au même niveau, de quelques rares
fentes hnes et longues. Cette coexistence de fentes de type différent est signalée
également en Belgique (R. Paepe, 1967).
Les tentes larges et courtes délimitent, d'autre part, un réseau de petits
polygones bombés dans la couche limoneuse 9. Leur diamètre est du même ordre
de grandeur (0,30 m) que la profondeur. Dans les cellules, les couches limoneuses
sont affectées de plications intenses sur une épaisseur correspondant à la profon
deur des tentes. Cette cryoturbation limitée impliquerait la présence du pergélisol
à faible profondeur. Mais la signification paléoclimatique de ce type de micro-
iorme (fentes de contraction ?) reste problématique (J. Dylik, 1956, 1966 ; J. Tricart
et A. Cailleux, 1967 ; T.L. Pewe, 1966) d'autant plus que ces fentes n'ont qu'une
extension locale. Elles disparaissent en effet latéralement, au S-W de la coupe C,
passant à des tentes plus étroites et plus profondes dans un matériel hétérogène
soliflué, en même temps que la pente des couches-repère de la coupe est plus
marquée. Ceci traduit l'influence des conditions topographiques locales sur les
structures du niveau 8. Ce niveau de fentes, larges ou fines, parfois dédoublé, est
cependant continu : il correspond, en Belgique, au « small frost-wedge row »
(R. Paepe, 1967). Aux Pays-Bas, un même niveau est défini à la limite du « Lower
Fleniglacial » (T. Van der Hammen, G.C. Maarleveld, J.C. Vogel et W.H. Zagwijn,
1967).
Les sables inférieurs (couche 10) reposent sur un complexe soliflué et ruisselé
(couche 12) qui constitue la base de la sédimentation wurmienne et qui ravine
le limon ancien. Le sol interglaciaire de Rocourt (F. Gulientops, 1954) n'est pas
conservé. La solifluxion de base comporte quelques fentes de gel sporadiques qui
attestent le refroidissement du climat, au moins à la fin de la mise en place
du complexe.
Les niveaux-repères de la coupe, outre leur valeur stratigraphique, présentent
un intérêt morphologique. Les cailloutis surmontant les lignes de fentes rensei
gnent sur l'évolution du versant au cours de la dernière période glaciaire. Celle-ci
a été marquée par la réalisation successive de glacis dont la pente s'amenuise à
chaque stade. Le contraste est particulièrement sensible entre les couches 8 et 9.
Les formations limoneuses litées (couche 7) s'épaississent dans le sens de la
pente générale du versant de la Deûle. Elles disparaissent latéralement à l'amont
vers l'axe d'une dépression secondaire, sous l'effet de l'érosion qui a précédé le
dépôt du loess. Ce loess de couverture n'a fait que tapisser la morphologie du
versant acquise à la fin de l'interstade de Paudorf. L'évolution morphologique au
cours du Wiirm, essentiellement durant le Pléniglaciaire inférieur, a donc consisté
en un adoucissement progressif de la pente d'un versant de type rectiligne, final
ement fossilisé par une couverture loessique.