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Définition et synonyme de : ENCYCLOPÉDISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ENCYCLOPÉDISME Qu'est-ce qu'une encyclopédie ? Initialement, on entend par encyclopédie le parcours effectué par l'élève de toutes les disciplines existantes. C'est du er moins le sens attesté, dès le i siècle avant notre ère, chez Vitruve (De architectura, III, 6), lorsqu'il rapporte qu'il fut envoyé à Athènes par ses parents pour y effectuer le « cycle » complet des études. Par voie de conséquence, le terme désignera les contenus mêmes de l'enseignement, ce qu'il est souhaitable ou nécessaire de connaître. À l'époque médiévale chez Raymond Lulle (1233 env.-1316) ou à l'époque classique chez Leibniz, ou encore dans les Principes de la philosophie de Descartes, l'idée de l'encyclopédie renvoie plutôt à l'unité méthodologique des savoirs et à la règle de leur exposition. La visée pédagogique n'est présente que de façon dérivée – sauf à travers la réflexion leibnizienne sur la constitution d'une langue parfaite (la caractéristique universelle), adéquate à l'exposé de la science et à sa compréhension par tout sujet raisonnable. C'est dans l'œuvre de Comenius (1592-1670) que se croisent de la façon la plus conséquente éducation et encyclopédie.
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ENCYCLOPÉDISME

Qu'est-ce qu'une encyclopédie ? Initialement, on entend par encyclopédie le parcours effectué par l'élève de toutes les disciplines existantes. C'est du moins le sens attesté, dès le ier siècle avant notre ère, chez Vitruve (De architectura, III, 6), lorsqu'il rapporte qu'il fut envoyé à Athènes par ses parents pour y effectuer le « cycle » complet des études. Par voie de conséquence, le terme désignera les contenus mêmes de l'enseignement, ce qu'il est souhaitable ou nécessaire de connaître.

À l'époque médiévale chez Raymond Lulle (1233 env.-1316) ou à l'époque classique chez Leibniz, ou encore dans les Principes de la philosophie de Descartes, l'idée de l'encyclopédie renvoie plutôt à l'unité méthodologique des savoirs et à la règle de leur exposition. La visée pédagogique n'est présente que de façon dérivée – sauf à travers la réflexion leibnizienne sur la constitution d'une langue parfaite (la caractéristique universelle), adéquate à l'exposé de la science et à sa compréhension par tout sujet raisonnable. C'est dans l'œuvre de Comenius (1592-1670) que se croisent de la façon la plus conséquente éducation et encyclopédie. « Pour moi, je prends le risque de promettre une grande didactique, c'est-à-dire un art universel de tout enseigner à tous, sûr, rapide, solide » (Didactica magna, 1657), pédagogie qui s'appuie sur une « pansophie » – sagesse et/ou science universelle qui consiste à « ranger les choses dans un ordre éternel et se correspondant de tous côtés » (Consultatio catholica, vers 1645).

Le projet encyclopédique

En 1751, dans le Discours préliminaire de l'Encyclopédie, d'Alembert se pose la question de la méthode et distingue l'ordre génétique de l'ordre encyclopédique. L'ordre génétique concerne le mouvement de la découverte, qui renvoie plutôt au modèle du labyrinthe et du désordre : « Le système général des sciences et des arts est une espèce de labyrinthe, de chemin tortueux, où l'esprit s'engage sans trop connaître la route qu'il doit tenir » ; tandis que l'ordre encyclopédique de la connaissance obéit à une autre logique : il s'agit de rassembler dans un espace rationnellement ordonné les connaissances disponibles ; c'est un espace synoptique, structuré, « une sorte de mappemonde », qui comporterait des « cartes plus ou moins détaillées ». Que cet ordonnancement puisse être pensé de différentes façons, que la connaissance puisse être présentée selon différents points de vue, cette question reste ouverte, de telle sorte que l'accès au savoir reste libre dans ses choix et sa méthode.

Qui voudrait déplacer, dans l'ordre de l'éducation et de l'école, la matrice dessinée par d'Alembert pourrait de façon adéquate reconnaître dans l'ordre génétique l'ordre pédagogique des apprentissages, et dans l'ordre encyclopédique celui, didactique, des programmes d'enseignement. Avec cet écart, toutefois, que l'ordre génétique de la pédagogie, loin d'être laissé à la bonne fortune de la découverte, est soumis à l'impératif de la méthode et de l'appropriation rationnelle et efficace.

Mais aussi, dans le domaine de l'éducation, l'idée d'encyclopédisme répond à un double mouvement. Le premier s'inscrit principalement dans ce projet intellectuel d'organisation logique de la connaissance et de pédagogie rationnelle, le second se situe plutôt dans une perspective d'éducation du sujet moral et politique, et de sa formation à l'engagement critique dans les affaires de la cité ; il répondrait au modèle de l'« honnête homme ». En fait, dans le modèle républicain français né de la Révolution, les deux aspects ne sont jamais dissociés et s'épaulent dans un système de circulations notionnelles articulant contenus et méthode.

La pédagogie républicaine

À la question « que faut-il enseigner ? », Condorcet (1741-1794) apporte une réponse en deux temps. Il faut enseigner les sciences en priorité parce qu'elles seules présentent une universalité de connaissance, une justesse d'analyse et une rigueur méthodique capables d'amener l'élève à l'exercice critique de la raison. Mais, il ne s'agit pas de donner aux enfants toutes les connaissances disponibles, tâche impossible ; l'école publique doit en revanche prodiguer à tous les moyens qui leur permettront de les acquérir. Limitée dans ses contenus, l'instruction ne saurait connaître de limite temporelle car le progrès de chacun comme le progrès social doivent être envisagés dans l'univers culturel d'un progrès infini.

L'histoire de l'institution scolaire en France aux xixe et xxe siècles montre que les programmes d'enseignement garderont toujours dans leur horizon une visée de systématicité et de totalisation. Mais le programme républicain donne aussi la priorité à la formation morale et civique. À cette tension entre instruction et formation, la pédagogie républicaine répond en élaborant des programmes, ou des plans d'études, qui procèdent de deux exigences : la cohérence et la continuité. Cohérence interne (à l'intérieur d'une discipline) et cohérence externe (complémentarité et étayage des territoires disciplinaires entre eux) : il s'agit là de construire, dans la synchronie, une sorte de marqueterie aussi serrée que possible. Cette recherche de cohérence horizontale est complétée, diachroniquement, par la mise en continuité des niveaux ou des étapes de l'apprentissage. La construction des programmes obéit ainsi à deux principes : un principe d'unité (encyclopédisme réduit) et un principe de progressivité. De la sorte, l'unité des savoirs (leur organisation pédagogique interne) peut correspondre, dans la perspective républicaine, à l'unité (institutionnelle et politique) de l'école.

Le passage entre l'encyclopédisme comme apprentissage complet des contenus du programme et la formation de l'élève à l'autonomie morale et à la liberté est assuré par trois niveaux de médiation : élémentarité du savoir ; unité de la méthode ; principe de communauté.

Le principe d'élémentarité est énoncé par Condorcet et ne sera jamais démenti. Il s'agit de présenter les savoirs de façon aussi simple (simplifiée) que possible de telle sorte qu'ils puissent être compris par tout esprit attentif : c'est une pédagogie analytique, renvoyée à la structure, logique, d'un ordre des raisons. L'idée d'élémentarité satisfait en même temps à la question (épistémologique) du fondement et à celle (pédagogique) de la genèse et de la progressivité des apprentissages. L'unité de la méthode s'inscrit dans le même cadre épistémique : elle est « intuitive/déductive » en son point de départ et « enchaînement des raisons » dans son développement. Le principe de communauté « scolaire » renvoie comme à sa condition et sa finalité, au principe de communauté « nationale » ; l'école peut être en même temps l'espace commun de la raison et le creuset de l'espace public. Comme la république, l'école est « une et indivisible ».

La matrice qui se met en place dans le cours du xixe siècle ne bougera guère jusqu'à aujourd'hui ; les évolutions observables concernent des déplacements entre encyclopédisme et pédagogie : structuration des savoirs et enseignement. Il s'agit d'un encyclopédisme « réduit » : cette qualification concerne moins son extension que ses hypothèses épistémologiques, dont nous avons vu qu'elles se ramènent à un principe d'unité et à la définition du « socle » fondateur d'une culture commune.

Auteur: ALAIN VERGNIOUX