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Définition et synonyme de : LIBÉRALISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis LIBÉRALISME e Si le mot libéralisme est utilisé depuis le début du xix siècle, la part e économique du libéralisme est issue des idées du xviii . Généralement, on fait d'Adam Smith et des physiocrates (François Quesnay et ses disciples) à la fois les premiers économistes modernes et les premiers libéraux. Leur vision de la politique économique s'inscrit dans celle plus générale de la pensée libérale. Les philosophes libéraux comme John Locke en Angleterre e e au xvii siècle ou Montesquieu en France au début du xviii siècle vantent les mérites du commerce qui unit les hommes en les rendant dépendants les uns des autres. Dans cette perspective, l'État est un mal nécessaire qu'on doit cantonner dans ses fonctions régaliennes. L'État libéral est le producteur et le gestionnaire de la norme juridique. Sa mission économique reste très politique car il s'agit de préserver la propriété privée et de maintenir un système judiciaire qui donne de la loi une interprétation applicable et appliquée. Au-delà, il ne doit rien faire qui contrarie la dynamique de création de richesses que la concurrence et l'épargne entretiennent.
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LIBÉRALISME

Si le mot libéralisme est utilisé depuis le début du xixe siècle, la part économique du libéralisme est issue des idées du xviiie. Généralement, on fait d'Adam Smith et des physiocrates (François Quesnay et ses disciples) à la fois les premiers économistes modernes et les premiers libéraux. Leur vision de la politique économique s'inscrit dans celle plus générale de la pensée libérale. Les philosophes libéraux comme John Locke en Angleterre au xviie siècle ou Montesquieu en France au début du xviiie siècle vantent les mérites du commerce qui unit les hommes en les rendant dépendants les uns des autres.

Dans cette perspective, l'État est un mal nécessaire qu'on doit cantonner dans ses fonctions régaliennes. L'État libéral est le producteur et le gestionnaire de la norme juridique. Sa mission économique reste très politique car il s'agit de préserver la propriété privée et de maintenir un système judiciaire qui donne de la loi une interprétation applicable et appliquée. Au-delà, il ne doit rien faire qui contrarie la dynamique de création de richesses que la concurrence et l'épargne entretiennent.

Les premières formulations libérales

Le libéralisme des origines critique l'État colbertiste en lui faisant trois reproches essentiels : celui de s'endetter et de perturber de ce fait les mécanismes financiers ; celui de maintenir des législations qui brident la concurrence ; celui de vouloir se mêler de la production en gérant des entreprises qui épuisent ses finances.

Montesquieu, dans un mémoire sur la dette publique, écrit que la dette de l'État n'est pas comparable aux dettes privées : prêter à un particulier, c'est lui fournir les moyens d'investir ; en revanche, au travers de la dette publique « le pays se prête à lui-même ». La dette publique est un mécanisme de transfert de droits sur la richesse créée et non un mécanisme de création de richesses.

Le marquis de Condorcet complète cette critique : en menant l'État à la banqueroute, le déficit budgétaire crée chez les prêteurs des anticipations de la perte des sommes qu'ils lui ont fournies. Ce qui les conduit, afin de compenser cette perte, à réclamer des taux d'intérêt supérieurs à ceux issus de l'équilibre pur et simple du marché de l'épargne et de l'investissement. C'est la première formulation d'un raisonnement en anticipation rationnelle concernant la politique budgétaire.

Condorcet expose ce raisonnement dans sa Vie de Turgot (1786), livre où il défend la politique de ce dernier au contrôle général des finances entre 1774 et 1776. Cette politique et celle que mène, à Londres, William Pitt, dans les années 1780 selon les conseils d'Adam Smith, sont les premières illustrations historiques du libéralisme en action. Turgot et Pitt affichent deux priorités : d'une part, la réduction de la dette publique, d'autre part, la libéralisation du commerce, dont la signature du traité de libre-échange de 1786 entre la France et l'Angleterre est un des éléments marquants.

Les quatre fondements du libéralisme

Dès Adam Smith, dès Turgot, le libéralisme affirme quelques principes qui vont demeurer valables jusqu'à aujourd'hui. C'est au xixe siècle que cette affirmation est la plus manifeste. Dans son livre La Grande Transformation, publié en 1944, Karl Polanyi donne une des descriptions les plus minutieuses du libéralisme économique. Il identifie quatre éléments majeurs qui, selon lui, le fondent : l'organisation générale de l'économie autour de la concurrence et du libre fonctionnement du marché, notamment en ce qui concerne le marché du travail ; l'équilibre budgétaire ; la stabilité monétaire – dont la garantie la plus sûre est l'adoption de l'étalon or ; le libre-échange comme mode de gestion du commerce international.

Pour Polanyi, le Parlement anglais, en votant, en 1834, une loi supprimant les minima salariaux imposés par la justice anglaise à la suite des plaintes des associations ouvrières, a donné sa forme aboutie au libéralisme dont l'instauration avait commencé au xviiie siècle. Jusqu'en 1914, l'économie européenne évolue selon une référence théorique faisant du marché la solution aux problèmes, et de l'État un problème en soi. Toute difficulté économique comme par exemple le chômage est interprétée par les économistes et par les gouvernements non comme un dysfonctionnement du marché mais comme un effet du maintien de blocages, institutionnels ou politiques, empêchant le marché de faire son office.

En 1849, Michel Chevalier, professeur au Collège de France, reprenant son cours interrompu l'année précédente par la révolution, précise ce qu'est l'« économie politique ». Elle est l'opposé du socialisme et de l'étatisme. Chevalier voit dans les socialistes les héritiers intellectuels des alchimistes, puisqu'ils affirment que l'État peut créer la richesse comme jadis les alchimistes prétendaient fabriquer de l'or. Mais l'État ne dispose pas de trésor caché. Pour Michel Chevalier, ce qui assure la croissance économique, c'est la combinaison entre l'intérêt individuel, la concurrence et l'épargne.

En 1914, l'économie de guerre ébranle l'édifice libéral, l'étalon or est mis entre parenthèses et l'État assure une part grandissante de la production. La crise des années 1930 consolide ce recul et, jusqu'à la fin des années 1970, le libéralisme connaît une éclipse. Cette période consacre les politiques keynésiennes de relance. C'est le marché qui est alors présenté comme un problème et l'État comme la solution. Pour faire un retour en force, les libéraux devront attendre les victoires électorales de Margaret Thatcher en Angleterre en 1979 et de Ronald Reagan aux États-Unis en 1980.

Les principes anciens sont conservés, le libéralisme considère toujours que l'État est inefficace, pour ne pas dire nocif. Il doit donc ne pas perturber les mécanismes de marché. C'est le cas en particulier du marché du travail, où l'État ne doit ni fixer un salaire minimum, ni introduire des revenus de substitution qui viennent modifier la perception qu'ont les agents économiques de leur intérêt à se procurer un travail. Il ne doit pas non plus interférer sur les marchés financiers et doit donc équilibrer ses comptes. Il ne doit pas isoler un territoire du reste du monde et doit laisser agir le libre-échange. Il ne doit pas produire lui-même et doit donc généraliser la propriété privée.

Toutefois, le libéralisme moderne s'est adapté et on peut souligner deux différences majeures par rapport au libéralisme ancien : la première est la place prise par les problèmes monétaires ; la seconde est l'ambiguïté qui règne dans l'approche des problèmes budgétaires.

Le monétarisme, dernier avatar du libéralisme

Pour David Ricardo, libéral écrivant au début du xixe siècle, l'inflation n'était pas un phénomène économique mais un phénomène géologique, puisque, pour lui, or et monnaie étaient synonymes. L'économie mondiale dominée par l'Angleterre au xixe siècle obéissait aux règles strictes de l'étalon or. C'étaient les prix qui s'adaptaient à la quantité de monnaie en circulation, et la tendance naturelle de l'économie était une déflation mesurée.

L'économie mondiale ensuite dominée par les États-Unis ignore l'or. Écarté progressivement à partir de 1914, il a perdu tout rôle privilégié avec les accords de la Jamaïque de 1976, qui entérinent la fin du système de changes fixes nés à Bretton Woods en 1944 et instaurent les changes flottants. Désormais, quand une banque centrale met des billets en circulation, elle les gage soit sur le crédit intérieur, soit sur les crédits qu'elle fait à l'économie américaine sous forme d'achats de bons du Trésor des États-Unis. La mine d'or d'hier a cédé la place comme source de création de monnaie au déficit des finances publiques américaines. Et, pour reprendre la pensée de Chevalier, comme il est impossible pour l'État d'être un alchimiste efficace, « l'État alchimiste américain » introduit dans l'économie mondiale l'illusion de la richesse plutôt que la richesse, autrement dit l'inflation.

En faisant de leur dette publique le régulateur de l'économie mondiale, les États-Unis ont poussé les libéraux à chercher de nouveaux garde-fous face aux possibles emballements de l'inflation. Les banques centrales ont vu ainsi leur rôle renforcé, leur autorité réclamée, leur indépendance souhaitée pour contrecarrer les nouvelles dérives financières des États.

Le libéralisme anglais du xixe siècle vivait au rythme de l'or et de la déflation, l'actuel vit au rythme des dettes publiques et des politiques restrictives menées par les banques centrales ou imposées par le Fonds monétaire international. À tel point que, né à la fin des années 1960, le mot monétarisme sert désormais à désigner la forme la plus couramment admise du libéralisme moderne. En identifiant l'inflation comme le problème majeur, le monétarisme a compris que l'État avait acquis, avec la fin de l'or, une dangereuse liberté qu'il fallait encadrer.

Cette transformation du libéralisme économique semble néanmoins atteindre certaines limites : l'étalon or d'antan avait non seulement garanti la stabilité monétaire, mais encore la fixité du change et, avec elle, facilité le commerce mondial. Les banques centrales d'aujourd'hui doivent s'accommoder d'un système de changes flottants que ni les automatismes du marché des changes, ni leur propre détermination ne parviennent à stabiliser. Parfois, le banquier central est pris d'un doute face à « l'exubérance irrationnelle des marchés », selon l'expression d'Alan Greenspan, président de la Fed depuis 1987, ou face à la multiplication des bulles spéculatives. Si bien que l'étalon or, quoique emporté par l'histoire, retrouve quelques défenseurs.

Réduire le poids de l'État

La seconde mutation du libéralisme est sa vision des finances publiques. L'impôt tend à se substituer au déficit comme difficulté primordiale. Non seulement parce que la dette publique américaine joue un rôle déterminant dans les mécanismes monétaires internationaux, mais encore parce que les prélèvements se sont considérablement accrus. Le libéralisme d'avant 1914 connaissait des taux d'imposition qui représentaient moins de 20 p. 100 de la richesse produite. Aujourd'hui, dans certains pays développés, le taux des prélèvements obligatoires dépasse les 50 p. 100. À un tel niveau, il ne s'agit plus de contenir l'État et la sphère publique mais de les faire reculer. Même à l'équilibre, les transferts représentent un tel poids sur l'économie qu'il décourage toute initiative et toute envie d'investir.

En 1974, l'économiste américain Arthur B. Laffer, à partir d'un raisonnement mathématique élémentaire qui se résume dans la formule « trop d'impôt tue l'impôt », affirmait que, à trop prélever, l'État asphyxie l'économie et se pénalise lui-même en réduisant l'assiette fiscale potentielle. La baisse des prélèvements obligatoires est ainsi devenue une nouvelle priorité au même titre que l'équilibre budgétaire. Certains libéraux sont prêts à admettre un déficit budgétaire et donc un accroissement de l'endettement public, dès lors que c'est le prix momentané à payer pour réduire le poids de l'État.

Toujours acquis à l'idée que le marché peut mieux et veut mieux que l'État, le libéralisme a repris les rênes économiques tout en s'étant adapté à un monde où l'État providence reste puissant. Paradoxalement, ce sont peut-être ses adaptations les plus récentes qui le fragilisent le plus : le marché des changes peine à trouver son équilibre, les baisses d'impôts peinent à relancer la croissance.

Auteur: JEAN-MARC DANIEL